_
ARCHITECTURE
FRANÇOISE.
O U
RECUEIL
DES PLANS, ÉLÉVATIONS,
COUPES ET PROFILS
Des Eglifes, Maifons royales. Palais, Hôtels & Edifices les plus confide'rables
de Pans, ainfi que des Châteaux & Maifons de plaifance fitués aux environs
de cette \ ille , ou en d autres endroits de la France, bâtis par les plus célèbres
Architeâes, & mefurés exaâempnt fur les lieux.
Avec la defiriptian de ces Edifices, & des Dijfier. tâtions utiles & intéreffantes
fur chaque ejpèce de Bâtiment.
Par J ac que s - Franç ois BLONDEL, Proffieur dAr ch, tellure.
TOME TROISIEME,
Contenant la defcription des principaux Edifices des Quartiers Saint Denis, Montmartre,
du Palais Royal & Saint Honore'.
Enrichi de cent quarante Planches en taille-douce.
A PARIS,
Chez Charles-Antoine JOMBERT, Imprimeur-Libraire du Roi pour l'Artillerie
& le Génie , rue D mphine , à l'Image Notre Dame.
M. D C C. L I V.
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROI.
' ■
,
TABLE
DES CHAPITRES
CONTENUS DANS LE TROISIÈME VOLUME
DE L'ARCHITECTURE FRANÇOISE-
LIVRE CINQUIEME.
Des principaux Edifices du Quartier Saint
Honoré .
CHAPITRE PREMIER. Defcription de
deux Maifons particulières, l’une fife rue
des Mauvaifes paroles , appartenant à M.
Guilloc , Intendant des turcies & levées; l’au-
tre , rue du Cloître S. Méderic , appartenant
à M. Doutremont , Avocat en Parlement , p. i
Ch a r. II. Defcription du frontifpice du Bu-
reau des Marchands Drapiers de Paris, rue des
Déchargeurs , 5
Ch ap. III. Defcription du bâtiment de la Fon-
taine des SS. Innocens, fitué au coin des rues
Saint Denis ôc aux Fers , 7
Ch ap. IV. Defcription de la PorteS. Denis
& de la Porte S. Martin , 10
Ch a p. V. Defcription delà maifon de Madame
la Comtefle d’Eftradps , rue de Clery , 1 7
C h a p. VI. Defcription de l’Eglile des Auguf-
tins Déchauflés , connus fous le nom des Pe-
tits Peres3 près la Place des Viéloircs, 11
Ch ap. VII. Defcription de l’Hôtel de Tou-
loufe , fitué rue de la Vrilliere , près la Place des
Vi&oires, 27
Chap. VIII. Defcription de la Place des Vic-
toires , quartier Montmartre, 34
Chap. IX. Contenant la defcription du Palais
Royal , du Château d’eau, &: de la Maifon de
M. d’Argenfon, 38
Chap. X. Defcription de l’Eglife des Prêtres
de l’Oratoire, rue S. Honoré, y y
Chap. XI. Defcription de la Maifon de M.
Rouillé , Miniftre &: Secrétaire d’Etat de la
Marine , rue des Poulies , quartier S. Honoré ,
60
Chap. XII. Defcription de l’Eglife de Saint
Louis du Louvre , fituée rue S. Thomas du
Louvre, quartier du Palais Royal , 63
Chap. XIII. Defcription des bâtimens delà
Bibliothèque du Roi , rue de Richelieu ; de la
Bourfe, rue Vivicnne, &: de la Compagnie
des Indes , rue neuve des Petits Champs , 67
Chap. XIV. Defcription de la Maifon de M.
le Préfident de Senozan , fituée rue de Riche-
lieu, 80
Chap. XV. Defcription de l’Hôtel de Lou-
vois , rue de Richelieu , 8 3
Chap. XVI. Defcription de la Maifon de M.
Sonning, rue de Richelieu, 87
Chap. XVII. Defcription de la Maifon de
M. Duchatel , rue de R ichelieu , 90
Chap. XVIII. Defcription d’une Maifon fife
rue de Richelieu , près le Boulevard , 5)3
Chap. XIX. Defcription de l’Hôtel Defma-
rets , rue S. Marc , 9 j
Ch ap. XX. Defcription du Portail de l’Eglife
des Feuillans, rue S. Honoré, près la Place
de Louis le Grand, &: de celui de l’Eglife des
Capucines, rue neuve des petits Champs, en
face de la même Place, pp
Chap. XXI. Defcription de la Place de Louis
le Grand, près la Porte S. Honoré, 103
Maifon de
feu M. le Prefidenc de Tunis, & de celle de
j , Baron dl; Thiers, Maréchal général
des logis, 8c Brigadier des Armées du Roi
nruees Place de Louis le Grand, ,og
Chap. XXIII. Defcription de deux Maifons
nruees rue neuve des Capucines , près la Place
de Louis le Grand, l’une appartenant à M.
Defvreux , Fermier général , l'autre à M de
Caftanier, Direéleur de la Compagnie desln-
des , 0 j j
Chap. XXIV. Defcription de la Maifon de
M. Le Gendre d’Armini, rue neuve des Capu-
ciues , pi oclic la Place de Louis IeGrand 1 17
Chap X X V . Defcription de l’Eglife Paroif-
f ale de S. Roch , rue S. Honoré , 1 , ,
Cx,AP'„XXVI- DefcIVion de l’Hôtel de
INoalUes , rue S. Honoré , j , 0
Cn V' , V *’ Defcription de l’Eglife des
Filles de 1 Auomption , rue S. Honore , 1 ; -,
C“1,p' XXVII 1. Defcription de l’ancien
Hôtel de Montbafon , aujourd’hui la Maifon
de M. Richard, Receveur général des Fi-
nances ,
C '^iXIX' DcrcriPt:°n de la Maifon
de M. Blouin, appartenant prefentement à
M Michel, Direéleur de la Compagnie des
Indes, rue du Fauxbourg S. Honoré, 14g
Chap. XXX. Defcription de deux Maifons
particulières , bâties rue du Fauxbourg Saint
„Honore, 1 jo
Chap. XXXI. Defcription de l’Hôtel de
Duras , fitué rue du Fauxbourg S. Honoré ,
Chap. XXXII. Defcription de l’Hôtel d’£-
vreux , appartenant à Madame la Marquife
de Pompadour , rue du Fauxbourg S. Ho-
noré.
I
Les G
II
1
III
Les z
CLes z
IV
£Lcs a
V
Les 5
YI
Les 5
VII
Les 6
VIII
Les z
C Les 4
IX
< Les 5
(_ Les 5
X
Les z
XI
Les 3
XII
Les 4
XIII
Les 3
XIV
Les 4
XV
Les 6
XVI
Les 5
XVII
Les 4
AVIS AU RELIEUR
Pour placer les cent quarante Planches de ce troifieme Volume.
LIVRE CINQUIEME,
Planches des Maifons de M. Guillot & de M. Doutremont fe placeront enfemble à la page 4
Cette Planche du Frontifpice du Bureau des Marchands Drapiers, fe placera à la page 6
Planches de la Fontaine des SS. Innoccns fe placeront entre les pages 8 & 9
Planches la Porte S. Denis fe placeront entre les pages iz &c 1 3
Planches de la Porte S. Martin fe placeront à la page 16
Planches de l'Hôtel deTouloufe fe placeront entre les pages 3z & 33
Planches de la Place des Vi&oires fe placeront entre les pages 3 6 8c 37
Planches du Palais Royal fe placeront entre les pages 46 & 47
Planches du Château d’eau , vis-à-vis le Palais Royal , fe placeront entre les pages 50 5c 5 r
Planches de la Maifon de M. le Comte d’Argenfon , fe placeront à la page 54
Planches de l'Eglife des Prêtres de l’Oratoire fe placeront entre les pages 5 8 & 59
Plinrhrç dp. I.i Maifon de M. Rouillé fe placeront après la page 6 z
XVIII
XIX
XX
XXI
Planches de la Maifon de M. de Senozan fe placeront apres la page
Planches de l’Hôtel de Louvois fe placeront après la page
Planches de la Maifon de M. Sonnine fe placeront entre les pages
Planches de la Maifon de M. D— rf. placeront a la page
T es ! Planches de U M «>£... r.re rue de Richelieu , fe placeront à la page
Planches de l'Hôtel Defmarets fe placeront vis-à-vis la page
Les a Planches du Portail des Feuillans & de celui des Capucines , à la page
1 Les trois Planches de la Place de Louis le Grand doivent être collées l’une au bout
de l’autre , pour n’en faire qu’une feule , qui fe placera entre les pages
6 Planches de la Maifon de M. le Préfident de Tunis doivent être placées enfemble
entre les pages
6 Planches de la Maifon de M. le Baron de Thiers doivent être placées enfemble
8 6
88 & 89
9*
P4
98
loz
106 fie 107
après la page
4 Planches de la Maifon de M. Defvieux doivent être placées à la page
z Planches de la Maifon de M. de Caltanier fe placeront après la page
4 Planches de la Maifon de M. Le Gendre d’Armini fe placeront entre les pages
4 Planches de l’Eglife Paroifliale de S. Roch fe placeront entre les pages
6 Planches de l’Hôtel de Noailles doivent être placées à la page
; 3 Planches de l’Eglife de l’Alïomption fe placeront apres la page
4 Planches de la Maifon de M. Richard doivent être placées enrre les pages
3 Planches delà Maifon de M. Blouin fe placeront entre les pages
5 Planches des deux Maifons de M. le Préfident Chevalier & de Madame Le Vieulx
feront placées enfemble après la page 1 5 1
; 4 Planches de l’Hôtel de Duras feront placées entre les pages 154 & 155
3 Planches de l’Hotel d’Evreux feront placées à la fin du Livre , page
1 10
1 r4
1 1 6
xi8 & 1 19
ïz8 & 119
138
i4z
144& 145
148 & 149
ARCHITECTURE
FRANÇOISE.
<h<M>ÿ-ÿÿÿÿÿÿ$ÿÿÿÿÿ^ÿ^^$ÿÿô<Kbÿ
LIVRE CINQUIEME.
DES PRINCIPAUX EDIFICES
DU QUARTIER.
S. HONORE’.
CHAPITRE PREMIER.
Defcription de deux Maifons particulières , l'une ,fife rue des Mauvaifes
Paroles , appartenant à M. Guillot , Intendant des Tardes & Levees •
î autre, rue du Cloître S. MCde'ric , appartenant à M. Doutremont ,
Avocat en Parlement.
MAISON DE M. GUILLOT.
A Maifon dont nous allons parler Lit bâtie en 1723 & 24 par M.
Cartaud(u) Architecte du Roi. Peut-être trouvera-t’on à redire que dans
un Recueil où l’on femble ne s’être propofé de parler que des plus
beaux Edifices de cette Capitale & de fes Environs , on ait inféré cette
Maifon Bourgeoife : mais comme un de nos plus habiles Architectes en a
donné les delfeins , qu’il en a pris la conduite , & que la diftribution y eft traitée avec
convenance , nous avons crû qu’on en verroit la defcription avec d’autant plus de plai-
fir, qu’un Architecte doit fçavoir defcendre dans le détail des plus petits Bâtimens
comme il doit fçavoir élever fon imagination lorfqu’il s’agit du projet de la demeure
d’unPrince , d’une Tête Couronnée , ou lorfqu’il eft queftion d’un Edifice public.
(a) Voyez ce que nous avons dit de cet Arclmcttc , Tome I. Page 222. Note (a).
Tome III. A
2
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
llaîfon
de M.
Guillot.
Elan du Rez-de-ChauJJec £? du premier Etage. Planche I.
La Figure première offre le plan du rez-de-chaulfée ; quoiqu'il foit diftribué danj
un terrain allez irrégulier,& qu’il ne contienne qu’environpj toiles quarrées de fuper-
ficie , il ne laide pas que de renfermer un allez grand nombre de pièces : fçavoir , un
bureau pour le change ( 'b ) , un cabinet , une cuifine , une écurie pour trois chevaux >
un grand efcalier & deux petits, une cour , &c. ; tant il eft vrai qu’un bon Archi-
teéle doit toujours être confulté , puifque ce ne peut être que par fes lumières & fes
avis qu’un. Propriétaire fçait tirer avantage de l'on terrain, foit pour la diftribution ,
qui a pour objet la commodité ; foit pourla connoilfance de la conftruétion,qui a pour
objet lalolidité ; foit enfin par rapport à l’agrément, qui a pour objet l’ordonnance de
la décoration tant intérieure qu’extérieure ; connoiifances qui fuppofent les princi-
pes delà bonne Architeélure , & qui demandent, dans quelque occafion que ce puifle
être , de la fagacité , du goût & de l’expérience.
Pour preuve de ce que j’avance , il lùffit de confidérer les deux Planches de cette
Maifon , & l’on verra que les diftributions font fufceptibles de toutes les commodi-
tés requifes dans un Batiment de l’efpece dont il s’agit , & que la décoration exté-
rieure , fans fe relfentir de la prodigalité des ornemens qui accompagnent ordinaire-
ment les édifices confidérables , ne lailfe pas cependant que de porter le caraélere
du ben goût & de la proportion ; caraélere qui fait un des mérites elfentiels des fa-
çades extérieures, par la raifon que, dans chaque efpece de bâtiment, la convenance
exige une richelfe ou une fimplicité analogue à fon ufage , qui feule peut lui attirer
le luffrage des Connoillèurs.
Le nom de chaque pièce exprimé dans ce plan nous difpenfera d’un long examen:
Nous obferverons feulement que la cour eft un peu petite pour la hauteur des bâti—
mens , qui ont trois étages & une manfarde ; mais il eft aifé de fentir qu’en a été
obligé d’en ufer ainfi : car comme nous l’avons déjà remarqué , le terrain ne contenant
qu’environ 95 toifes de fuperficie, pour trouver dans auffi peu d’efpace les ccir.rr.cdi-
tés qu’on remarque dans cette mailbn , il a fallu donner à la cour la moindre grandeur
polhble,& multiplier les étages, afin que les différentes perfennes attachées aux Maî-
tres fe trouvaient par ce moyen logées commodément & relativement à leur fers ice ;
conl dératicn qui doit entrer dans le local d’un plan , & qui dans une maifen particu-
lière eft préférable à tout ce que la diftribution peut prélènter de plus ingénieux.
La Figure deuxieme offre le plan du premier étage compofé de trois appartemens
de maître , d’une falle de compagnie , d’une falle à manger , &c. toutes pièces régu-
lières , d’une belle proportion , & munies de dégagemens & de deux petits efcaliers
qui montent de fond en comble & qui conduiiènt aux entrefols. Le grand efcalier
n’arrive qu’au premier & au fécond étage ; ce dernier eft dillribué d’après les mêmes
murs de refends que ceux dont nous venons de parler , & contient plufieurs apparte-
mens de commodité qui concourent à donner à cette mailon un logement alfez con-
fidérable.
Elévation d’une des ailes du celé de la cour , Ù1 coupe du principal corps de logis , donnant fur
la rue des mauvaifes paroles. Planche II.
Cette Planche, prife dans le plan fur la ligne AB , montre la hauteur des differens
étages dent nous avons parlé. Ces étages régnent tout au pourtour de l’intérieur de la
(A) Depuis que M. Guillot eft Intendant des Turcies faire connoître les pièces rélatives à l’ ufage d’un Négo-
& Levées , & qu’il a quitté le négoce, on a fait de la ciant , rien n’étant indiffèrent lorfqu’il s’agit de la aif-
Piece marquée C , une fort belle falle à manger : nous tribution des Bâtimens en général,
avons laillé dans ce plan cette ancienne difpoiition pour
Maifoà
de M.
Guiilot.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv.V. 3
cour , à l’exception de la partie de la remife , au-deflùs de laquelle font un entrefel
& une piece de plain pied au premier étage.
La coupe , en faifant voir le plus petit diamètre de la cour , indique en même tems
la trop grande élévation du bâtiment ; mais les raifons que nous avons rapportées plus
haut prouvent la nécellité dans laquelle on s’ell trouvé d’en ufer ainfi.
Le rez-de-chauflee de cette cour eft décoré d’arcades bombées , tant feintes que
réelles & chargées de refends. Au-deflus de ce rez-de-chaulfée, font-des croifées avec
des bandeaux , qui defeendent jufques au plancher du premier étage , à cela près
d’une banquette de pierre de 14 pouces de hauteur, qui reçoit un demi balcon de
fer , cfue l’Architedle a préféré ici à un appui tout de maçonnerie , pareeque ce demi
balcon procure plus de lumière dans l’intérieur des appartemens , & que par ce moyen
les croifées ont acquis une proportion plus convenable ; attention qui n’eft jamais in-
différente dans l’ordonnance extérieure d’un bâtiment.
Les croifées du deuxieme étage font dans le même genre. Ces étages font féparés
par des plinthes , & tout le bâtiment eft couronné par une corniche dont les profils
fe relîèntent delà capacité & de l’expérience de l'Architeéle qui en a donné les def-
fèins.
La décoration intérieure , quoiqu’on général alfez fimple , eft traitée avec beau-
coup de goût. Les ornemens y font ménagés à propos,& difpoles de maniéré qu’il y a
des intervalles qui font valoir les parties qui doivent naturellement dominer.Nous ob-
ferverons même que quoique le goût des ornemens ait changé confidérablement
depuis que la maifon dont nous parlons a été bâtie , il n’en eft pas moins vrai que les
Connoilfeurs applaudilfent à la retenue dont M. Cartaud a ufé dans les décorations
de cette maifon : modération infiniment préférable à cette multiplicité d’ornemens
dont on fait ufage aujourd’hui , quoiqu’ils foient alfez ingénieux pour la plûpart.
Nous ne donnons point ici la façade du côté de la rue , à caufe de fa grande fimpli-
cité. On remarquera feulement que l’heureufe proportion qui régné dans fon ordon-
nance , l’excellence de fes profils & la beauté de fon appareil , portent le caraétere
du vrai fçavoir ; caraétere que l’on remarque non-feulement dans toutes les grandes
entreprifes qui ont été confiées à M. Cartaud , mais qui fe rencontrent dans toutes les
maifons particulières élevées fous fes ordres, dans le nombre defquelles nous regar-
dons comme un chef-d’œuvre , celle de M. Hurel, Confeiller au Châtelet, fituée rue
Saint Martin, dont la façade du côté de la rue eft généralement eftimée. Nous
n’avons pas inféré cette maifon dans ce Recueil dans la crainte d’ellûyer le reproche
de nous être trop arrêté à des Bâtimens de peu de confequence. Nous en recomman-
dons cependant l’imitation à ceux qui veulent fe diftinguer dans la profeffion d’Archi-
teéle ; les plus habiles étant forcés d’avouer qu’il n’eft rien de fi difficile que de
produire de l’excellent dans une maifon de peu d’importance , & que c’eft ordinaire-
ment dans ces occafions qu’il faut un vrai mérite pour plaire aux perfonnes intelligen-
tes dans l’art de bâtir.
MAISON DE M. DOUTRËMONT.
La maifon dont nous parlons peut auffi être confidérée comme particulière , &
quoiqu elle ait été bâtie long-tems avant celle dont nous venons de donner la deferip-
tion, & par un Architeéle beaucoup moins connu (c) , il eft cependant certain que
(r) Jean Richer , Arcliitefte , paroît avoir été Eleve de
le Veau, mort en 1670, fa maniéré de décorer étant à peu
près la meme que celle qu’on remarque dans quelques ou-
vrages de ce célébré Architeéte ; voyez la maifon de M.
Henfelin , que nous avons donnée page 131 du fécond
Volume. On peut encore fe convaincre de cette relfem-
blance dans les Œuvres de Marot , où Ton verra une autre
maifon , fituée rue Bourglabbé, appartenant à M. Pafquier;
du defleindcJ. Richer, & que nous n’avons pasinferée dans
ce Recueil , pareeque les Planches different affez confidé-
rablement de l’exécution ; mais en général fes diflributions
& fes décorations méritent quelque eftime, ainfi qu’une
maifon particulière dans le même genre de celle que nous
donnons ici, & qui fera l’objet du Chap. V. de ce Volume.
Maifon
de M.
Doutrc-
mont,
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i v. V.
relativement à la néceflité de mettre fous les yeux du Leéteur des bâtimens de toute
efpece, celui-ci n’eft pas tout-à-fait du genre de ceux que l’on doit rejetter; d’ailleurs
le parallèle qu’on en peut faire avec le précédent , fera connoître fenfiblement la dif-
férence qu'il y a entre la maniéré de diftribuer du dernier fiecle , & les progrès que
nos Architeéles François ont fait depuis dans cette partie de l’Architeélure.
La Planche ttoifieme montre dans un terrain alfez peu fpacieux deux corps de logis
appartenant à deux differens Proprietaires, celui marqué C à M. Doutremont, & celui
D à Melk. Rivet. Ces maifons font alfujetties à une façade de bâtiment uniforme ,
qui s’eft pû faire d’autant plus facilement quelles font lltuées à l’ encoignure
de deux rues qui en rendent les entrées plus particulières & plus commodes.
Tout le rez-de-cbaulfée eft occupé par une cour commune & par deux corps
de logis. Le plus grand a une écurie pour quatre chevaux, deux remifes, un grand
efcalier, une cuifine , une falle à manger , un garde manger , &c. Le petit eft com-
pofé feulement d’un porche , d’un elcalier , d’une cuifine , d’une falle à manger &
d’un office.
La Planche quatrième repréfente dans chaque maifon un appartement de Maî-
tre. Ces appartemens font multipliés dans les étages fuperieurs au nombre de trois &
d’un Attique.en comptant le rez-de-chauffée (ri) ; mais, comme nous venons de le re-
marquer, ils font fans commodité: avantage que notre diftribution aéluelle a fur celle
du fiecle précédent. a
La Planche cinquième offre la décoration de la principale façade du côté de la rue,
qui différé autant de notre maniéré de décorer aujourd’hui , que la diftribution ancien-
ne différé de la moderne. Cependant, fi l’on en excepte le couronnement des Atti-
ques , l’Ordre despilaftres , qui fait un trop petit avant-corps dans le milieu de cette
élévation, & l’air de pefanteur qui régné dans toute cette ordonnance, en faveur delà
fimetrie , d’un certain caraélere viril , & de la proportion de quelques parties plus
heureufement conçues que celles dont nous venons de parler , cette compofition
mérite quelque confidération.
La Planche fixieme préfente la coupe prife dans les plans précédens furlaligne AB ,
& le développement de l’efcalier du corps de logis marqué C. On voit auiîi dans
cette planche la coupe des remifes , un logement pratiqué au-delfus , & l’élévation de
l’aile de ce bâtiment en retour fur la cour, & dont l’ordonnance eft la même que les
pavillons de la façade du côté de la rue , dont on vient de faire mention.
(d) Nous remarquerons que dans ces Planches il y a qui ne nous ont pas paru affez importans pour en fâirg
quelques légers changemens dans les diftributions , mais mention ici.
CHAPITRE
/
Plan du premier ctaqc
JLiv. 7^. "N ? I . Planche Prenuere
ScJie-Ue de
A Parus che-x^. AOÆBERT , roe Dauphine .
(Tnclave de la niait on voisine
Plan au re^ de chaussée d'une maison appartenant a /TL. Gudlat négociant, j-cize rue de<S Mauvais et
paroles a. Parus , bâtie car lcd desseins de rtf. Car tau It çirc/uteete du -^.oy
i. Pompe jm tourna
l'eau dam la Cuisine
et dam lauje
zJRiuéÿeaa
le pave pour lecoule
z ment des eaux
ZO£
JPlasi cLictre^ Jlfawon situées dcuants les Consul# f ci J? ans f h as lie, -par I. PsicÀvtr .
wm^lBKSÈÊI^SSÊnMmÊmÊBSmtSÊÊBSlÊmmÊSBsSÊIItBSBBÊÊk
Frvce iu, dedans cU la. Cour auec le Profil de, laisle. ddareMcascm scituee clcuant les Consuls
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
î
chapitre II
Defcription du frontifpice du Bureau des Marchands Drapiers de Paris ,
rue des Dechargeurs.
LA lïngularité de l’ordonnance de ce frontifpice , prife en général, la contrainte
dans laquelle s’eft jette l’Architeéle par l’accouplement des Colonnes Dori-
ques , & la beauté de fa fculpture, nous ont déterminé à faire quelques obfervations
fur les parties qui compofent cet édifice ; mais avant que d’y palfer , nous averti-
rons que la Planche que nous donnons ici diffère en quelque ehofe de l’exécution.
Premièrement il n y a aucune canelure dans les Ordres des colonnes 8c pi ladres : la ta-
ble marquée A eft fupprimée , on a mis à fa place deux triglifes & un métope d’un
plus grand intervalle que les autres , lequel eft orné de deux cornes d’abondance.
Cette table Paillante fans doute avoit été faite dans le projet pour tnafquer l’irrégula-
rité de ce métope , & en même tems pour recevoir une ihfcription ; mais comme elle
s elt trouvée trop petite pour ce dernier ufage , on a préféré d’en placer une de
marbre noir dans le dez du piedeftal marqué B. Cette infcription eft concûe en cés
termes. 5
MAISON ET BUREAU DÉS MARCHANDS
DRAPIERS DE CETTE VILLE DE PARIS.
Secondement il n’y a point de têtes de Lion dans la cimaife de l’Ordre Dorique
les confoles C font beaucoup moins pédantes , & à la place de la tête de Mercure dur
la porte du milieu ( attribut qui déligne le commerce ) , eft aulîi une condole. Les'dez
des piedeftaux de 1 Ordre Ionique font liiîes , & les retours des crolîèttes D dont dup-
primés Les pilaftrcs Attiques ne dont point ravallés, & leurs chapiteaux dont com-
poles de feuilles d’eau avec un tailloir quadrangulaire ; les croidées 'de ce même
Attique dedcendent judques fur l’entablement Ionique, les guillochis de delTus ces
cioilees dont moins ornes , & les caffèttes de délions la corniche horidontale du fron-
ton lont iupprimées. L’éculfon des Armes du Roi eft accompagné de branches de
laurier & de chêne , au lieu de guilandes : enfin les vades de defllis les pilaftres Atti-
ques ne s’y voyent point, auffi-bien que le comble qui n’étant point apperçû d’en
bas , elt execute fans aucune décoration ni fîmétrie.
Ces légères différences , qui ne changent rien à la maflè , dont néanmoins autant
d omillions qui ont ete faites lors de l’exécution ; ce qui donne lieu de croire que
cette Planche a ete grave e fur les projets de Liber al Bruant , (a) qui donna les deflèms
de cet eaifice , & qui de chargea de fa conduite vers le milieu du dernier fiecle
Nous avons trouvé de la fingularité dans l’ordonnance de la façade dont nous par-
lons ; lans doute on doit regarder comme telle la trop grande ouverture des croidées
du premier etage comparée avec le diamètre des pilaftres , le màffifaffeifté au milieu
de ce meme etage pour contenir feulement les armes de la Ville , la fuppreflion des
deux colonnes , a la place defquelles on a préféré des cariatides , le fronton circulaire
bnie, pratique aind, pour y placer une figure alf.de d'une proportion gigantefque, d’un
mauvais choix & d une execution médiocre , enfin le fronton triangulaire , non-feu-
chiïteïfede ’ der„iPefSuol'H Pf™ Ari ides & Soldais de ce même Hôtel ; ainfi que
B
Burea*
des Dtà-
piers.
lement placé fur un Attique , mais dont la réitération trop prochaine de celui de def-
l'ous , eft contre tout principe de convenance.
A l’égard de la contrainte dont l’Architeéle a ufé dans la'décoration de ce frontif-
pice , nous remarquerons l’accouplement de l’Ordre Dorique , & nous dirons que
l’exemple de cet édifice nous montre un des moyens dont nos Architectes modernes
fe font fervi pour rendre poffible l’accouplement de cet Ordre , & quoique Bruant
ait été le foui qui ait mis ce moyen en pratique, il n’en eft pas moins de quelque auto-
rité. Pour y parvenir, il a diminué les pilaftres comme les colonnes, deforte qu’il n’y
a que les bafos qui fe pénétrent ; autrement les chapiteaux auroient eu le même de-
faut , ainfi qu’on le voit au portail des Minimes , par François Memfard , comme nous
l’avons remarqué dans le Volume précédent. Nous avons faitvoir auffi dans le meme
Volume , en parlant du Luxembourg & du portail de S. Gervais , par DesbroJJes , que
pour éviter l’une & l’autre licence dont nous parlons ici , on eft tombé dans un autre
excès , fçavoir , de rendre la dillnbution des metopes diffemblable 5 & qu au porti-
que deVincennes, bâti par Le Veau, pour éviter tous ces inconvéniens ,cet Architecte
avoit préféré de donner 17 modules au lieu de ïô a la hauteur de fa colonne, ce qui
fait fortir cet Ordre de fon caractère. Il eft vrai que la diminution des pilaftres , donc
nous parlons , n’elt pas un fyftême alfez univerfellement reçu dans l’Architecture
pour le mettre en pratique fans quelque confidératlon particulière ; mais en general
on peut dire que lorfque ces pilaftres ne font pas angulaires comme ceux du por-
tail de l’Eglife du College Mazarin , cette diminution eft alfez tolérable , quoiqu’el-
le foit coniîdérée par les plus célébrés Architectes comme une licence plus ou moins
abufive , félon que l’édifice femble exiger plus ou moins de retenue.
Quand nous avons parlé de la beauté de la feulpture de ce frontilpice , nous avons
entendu applaudir à la perfection des cariatides, dont on ne fçauroit alfez louer l’excel-
lence & la beauté du travail , aulli-bien que celui des enfans & des Dauphins qui font
au milieu & au pied de ces figures ; car on doit fe rappeller que nous avons blâmé
ailleurs l’ufage des cariatides en général, dont la fervitude ici eft auffi contraire à la
vraifemblance , que l’allégorie eft peu propre au genre d’édifice dont nous parlons.
Ces différentes obfervations nous conduifent à conclure qu’il ne fuffit pas que l’or-
donnance d’un édifice foit finguliere pour plaire , que les contraintes auxquelles un
Architecte s’aftujettit ne font pas regardées de meilleur œil , quand ces fujettions qui
n’ont pour objet que des parties de détail , produifent un tout hors de proportion ,
& qu’enfin la feulpture la mieux exécutée , lorfqu’elle pèche contre la convenance ,
& quelle n’annonce pas des fimboles relatifs à l’édifice, n’a droit de plaire que fépa-
rément.
Malgré ces obfervations, qui nous paroiifent fondées, l’édifice dont nous venons de
faire la'defcription eft néanmoins un de ces anciens monumens qui s’efl: attiré le fuf-
frage de la multitude , fans autre mérite réel que quelques beautés de détail qui ont
fait fans doute oublier les malles & les rapports de proportion & de convenance , fans
lefquels cependant il n’eft point de bonne Architecture. C eft ce qui nous détermine
tt continuer de relever ferupuleufement dans cet Ouvrage toutes les licences qui fe
rencontreront dans les bâtimens dont nous allons parler , fans pour cela négliger de
faire l’éloge des beautés dont très-fouvent ces mêmes licences font accompagnées.
Llv. v, TST ii
— IMMXff r — — ir- -**/-*—*.-
ARCHITECTURE
CHAPITRE
Defcription du Bâtiment de la Fontaine des Innocent , fit ni au coin des
Rues S. Denis & aux Fers.
'Edifice que nous décrivons fut bâti en ijjo dans l’état où on le voit auiour-
- — ^/,hul,; ™als.la conftruélion primitive de cette Fontaine eft fort ancienne , puif- tf"*
que, félon le fentiment de plufieurs Auteurs, il en eft fait mention dans les Lettres Pa-
tentes de Ph, lippe le Hardi , données l'an 1273 , à propos d'un accord fait entre ce
Ro & le Chapitre de S Medénc Ce fut Pierre Lefeot (a) , Abbé de Clagny , qui don-
na les deffeins de 1 Architeélure de ce monument, & Jean Goujon (b) fut chargé de
la fculpture, ouvrage regardé des Connoilfeurs comme un des chefs-d’œuvres de
cet Art.
Elévation d’une des faces de la Fonthine des hnocens, du côté de la rue aux Fers.
Planche Première.
Cette fontaine , fituee à l’encoignure de deux rues , eft compofée de deux façades
en retour d equerre 1 une contenant deux arcades & l’autre une feulement : ces ^arca-
conjlP.n^sf^ns la hauteur d’un Ordre de Pilaftres Compofites , élévé fur un Pie-
deltal & celui-ci fur un foubafTement. Au-deiTus de cet Ordre s’élev» un Attique
couronné de frontons , ainfi qu’on le remarque dans cette Planche. Nous ne donnons
pas ici 1 autre façade en retour , étant compofée d’une Architeélure femblable & enric-
des mêmes ornemens & figures , qui ne différent de celles de la façade dont nous par-
Ions que dans les attitudes. r
Cette Planche, anciennement gravée, l’eft avec afTez de fidelité, principalement pour
ce qui regarde les bas reliefs , qui fans contredit font un des principaux mérites de ce
bâtiment ; car on peut dire que l’Architeéfure , exécutée d’ailleurs avec pureté & pro-
fii.ee d allez bon gout5 peche contre la convenance. Nous remarquerons à cette occa-
fion qu’en général, quoique ce monument fe foit acquis jufqu’à prefent une grande
réputation , les deux parties effentielles qui doivent caraétérifer un bâtiment aquati-
que font omifes dans celui-ci ; fçavoir, d’une part l’application d’un Ordre viril, &
de 1 autre 1 abondance des eaux, qui extérieurement devroient fe répandre avec plus
de profufion , du moins dans certaines occafions. En effet dans cet édifice , ainfi que
dans prefque tous ceux de ce genre qui font bâtis à Paris , l’eau ne s’échappe que par
de petits mafcarons, qui bien loin de nous annoncer qu’une Riviere confidérable paife
au milieu de cette Capitale , femblent au contraire nous perfuader que le terrein que
nous habitons eft un lieu fec & ftérile. C’eft ce qu’il eft facile de remarquer dans le
monument dont nous parlons , où l’on ne voit que deux robinets qui diftribuent à
peine l’eau aux habitans, & qui font placés du côté de la rue S. Denis , ceux qui fe
voyent dans cette Planche ayant été fupprimés.
A l’égard de l’Architeéfure , on peut dire que fa délicatelTe n’eft pas du relfort
d une Fontaine publique : ajoutons à cela fon peu de relief, fes refTauts trop réité-
rés , la prodigalité de fes ornemens , remarquons même la fineffe & la grâce de fa
fculpture qui dans toute autre occafion feroient un genre de beauté , mais qui ne
peuvent ici etre eftimées que féparement , toutes ces richelfes n’ayant rien de com-
mun avec 1 _°bjet elfentiel ; car on peut dire en général que cette élégance & cette
exactitude dans la main d’œuvre , ne font propres que dans de certains ouvrages qui
peuvent etre vûs de près , où le talent de l’Artifte peut être apperçû , & où tout
Ch WW r,rIer°nAde Cet Archi'efte « . écrivant le célébré Sculpteur dans le fécond Vol. pag. , l . notte (.,)
(b'i Noue ,,,nVT:',i - a^' P[e'?llcr i* S^ncore Volume. pag. 14p. 1 po , Note ( a ) &c. fans fçavoir rien de pal-
( ) Nous avons déjà parle de quelques ouvrages de ce ticulier jufqu’à prefent fur la vie de cet homme illuftre.
8 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Li y, V.
l'édifice doit être préfervé des injures de l’air. Au contraire ici i’Architeéle a exhauflé
=nr. ce travail recherché fur un foubaflement , pour le préferver fans doute de l’approche
du vulgaire ; mais il n’a pas prévû que non-feulement ce foubaifement , d’ailleurs trop
lille , par fa grande élévation , fert contre toute idée de vraifemblance à éloigner de
l’qeil du Spéculateur cette merveille de l’art , qui dans ce genre ne peut compter de
rivale que la fontaine de la rue de Grenelle , dont nous avons parlé dans le premier
Vol. pag. 216. Chap. VIII.
Les arcades qui fe remarquent ici, font non-feulement trop grandes pour le dia-
mètre de l’Ordre qui préfide à ce monument , mais femblent contraires à l’ufage d’un
bâtiment hydraulique , dont l’enceinte doit être lermée,pour exprimer plus defolidi-
té. Il n’en faut point douter , il eft un caraélere propre à chaque genre d’édifice , éta-
bli par les loix de la convenance & les principes de la bonne Architecture. C’eft cette
marque diftinélive qui feule ale droit de s’attirer l’ellime des connoilfeurs par l’idée
qu’on doit fe former naturellement d’un bâtiment facré , public , ou particulier , ces
differens édifices devant généralement annoncer par leur compofition extérieure l’u-
fage auquel ils font deftinés.
On ne peut difconvenir néanmoins qu’il n’y ait des beautés de détail dans le mo-
nument dont nous parlons , mais on doit obferver qu’il eft femblable à cet égard à
la plûpart des édifices antiques , dont la perfection de 1 exécution a attiré le fuffrage
du plus grand nombre. Prévenu par la richeftè & 1 abondance des ornemens qu’on
a remarqué dans ces édifices , on s’ eft déterminé à les admirer , fans entrer
dans l’examen des rapports du tout aux parties & des parties au tout. De-là il arrive
tous les jours que les admirateurs de l’Antiquité , prennent fouvent l’ouvrage entier
pour autorité , & qu’ils fe laiffent ordinairement furprer.dre par une forte d’enchan-
tement qui les conduit à allier dans leurs productions des parties qui n’étant pas
faites pour aller enfemble , préfentent une ordonnance peu fatisfaifante. Ces inad-
vertances n’arrivent que trop fouvent, quoique ces admirateurs cherchent, difcnt-ils, à
puifer leurs principes dans des exemples capables, à bien des égards, de former le goûtj
mais encore une fois ils fe laiflent féduire par la totalité, fans entrer dans l’efprit des
régies de la convenance. C’eft cependant cette derniere qui feule enfeigne le choix
du caractère exprelîit qu’il eft indifpenfable de donner à chaque bâtiment & fans le-
quel on s’éloigne toujours de la vrai-femblance &de la bienféance : confidérations
eflèntielles à obferver néanmoins pour parvenir à l’excellence de fon art.
La façade que nous donnons ici contient différentes infcriptions , celles qui font
placées dans les trois petites tables au deftus des impolies , auffi-bien que dans deux
pareilles tables du côté de la rue S. Denis , font toutes les mêmes & conçues en ces
termes.
FONTIUM NYMPHIS.
Dans une des tables du foubaflement marquée C , on lit cette infcription :
Quos duro cernis fimulatos marmorc fluélus
Hujus Nympha loci credidit ejfe fuos.
Dans une pareille table , du côté de la rue S. Denis , eft la même infcription , &
audeflous eft écrit :
1708.
DU REGNE DE LOUIS XIV.
Ce regard , un des plus beaux monumens de [antique , a été préparé pour contenir une plus
grande quantité d'eau , avec un récipient plus élevé pouren donner aux quartiers les plus éloi-
gnés de la Ville.
De la quatrième Prévôté de Mejfire Charles Boueher , Chevalier , Seigneur d’Orfay , Ù'c.
Cet
«MM
ARCHITECTE R E F H A N Ç OISE.Li v: V. " 5
Cet édifice , dont l’entretien avoit été fort négligé , fut réparé en 1708. Vers
1741 J on le propofa de le reftaurer une fécondé fois ; mais comme cette reftaura-
tion auroit altéré la beauté de la fculpture en la regratant , on fit jetter bas les écha-
fauds qui avoient été drelfés à ce lujet , & il fut décidé que l’on conferveroit à la pof-
terite ce magnifique ouvrage fans aucune altération. Il en fut ordonné de même quel-
ques années après à l’égard de la Porte S. Antoine, en faveur de la fculpture (a) que
1 on y voit , qui eft de la main de Jean Goujon , & qui paroilfoit avoir befoin de quel-
que réparation , mais a laquelle par relléxion on n’ofà toucher , fe rappellant que
François Blondel , en 1 660 , lorfqu’il fut chargé des additions qu’on fit à cette porte,
préféra de conferver a la polterité cet ouvrage admirable plutôt que de donner à ce
monument une ordonnance d’un delfein plus élégant en général.
On entre dans 1 intérieur de la fontaine dont nous parlons , par une petite por-
te placée vers A , qui conduit à un efcalier qui monte au refervoir élevé à
l’endroit marqué B , lequel diftribue l’eau dans les differens quartiers de la ville, &
que nous n’avons point exprimé dans cette Planche étant anciennement gravée , ainlî
que nous l’avons remarqué plus haut;
Profil en grand des principaux membres d’ Architecture du batiment de la Fontaine des Innocent,
Planche II.
Cette Planche préfente les principaux profils de l’élévation précédente • mais
comme en les examinant fur le lieu , nous avons trouvé quelque différence , nous les
allons remarquer ici, après avoir obfervé en général que tous ces profils font , dans
l’exécution, traités avec plus de légéreté, ce qui donne à cet édifice ce caraélere déli-
cat plus propre à l’Ordre qui en compofe l’ordonnance , qu’à l’efpece du bâtiment
dont il s’agit.
Ces différences confiftent dans le profil de la corniche du piedeftal A , dont la
cimaife inférieure eft comme le profil B. L’entablement Compofite ne différé que dans
le talon D, qui eft plus élévé aux dépens du lifteau de deflûs. La frife C, qui eft bom-
bée, eft ornée de Dauphins alternativement placés avec des coquilles, accompag-
nées de feuilles de refend ; cette frife auroit été plus analogue au fujet, fi l’on y eut
préféré des feuilles d’eau : le quart de rond E eft enfin taillé d’ornemens connus fous
le nom d’oves.
La corniche de i’Attique F eft beaucoup trop péfante dans ce deffein , voyez le
profil G , d'ailleurs le gorgerin eft à plomb & non circulaire. En général nous ob-
ferverons qu’à l’exception de ces inadvertances , qui fans doute viennent de la faute
du graveur , les cottes marquées fur cette Planche font affez exaétes , ce qui nous a
porté à l’inférer dans ce Recueil, ces mefures étant d’une néceffité indifpenfàble pour
les perfonnes qui défirent s’inftruire de la route que les Architeéles du XVIe fiecle
ont fuivie dans leurs produirions.
M Cette fculpture confilte en deuxfigures placées fur ques ; on confie à des hommes imprudens le foin d’illumi-
la porte du milieu , l’une repréfente la Seine Sc l’autre la ner cette porte triomphale qui , en faveur des chefs-d’œu-"
Marne : ouvrage inimitable , & pour lequel les amateurs vres dont nous parlons devroit être exempte de cette
craignent toujours, lorfque dans les réjouiflànces publie marque d’allegreflè.
G
Fontaina
des Inno-
cens.
Tome 1IL
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
CHAPITRE IV
Description de In Porte S. . Denis Cf de In Porte S . AéLcirtm*
PORTE S. DENIS.
DepfoS- L’une des infcriptîons de cette Porte nous apprend que cet édifice fût confacré
à la gloire de Louis XIV par la ville de Paris , l’an 167a. On fçait auffi que ce fut
F rançon Blondel (a) , célébré Architeae , qui en donna les defleins , & non Bulle t ,
comme quelques-uns l’ont prétendu , ce dernier n’en ayant ete que 1 appareiüeur ,
ainfi qu’on le lit dans le Cours d’Architeaure üe François Blondel, pag. 6 oy.
Elévation de la Porte S. Denis du côté de la Ville. Planche Première.
Cet édifice a été gravé dans plufieurs Livre' d’Architeélure , mas comme les def-
feinsque nous en avons eu ju V* prêtent font trop infidèles pour en donner une,ufte
idée non-feulement nous l’avons levé exadementfiir les lieux , mats nous avons vé-
rifié les dimenfions que François Blondelnous en donne à la quatrième Partie de fon
Cours d’Architeaure , Chapitre IV. page 622 , qui different affez confidérablemenc
de l’exécution ; différence dont nous ne fçaurions pénétrer le motif , François Blon-
del ayant fait imprimer fon livre quelques années après l’édification de ce monu-
ment , & cette erreur étant trop confidérable pour pouvoir provenir de 1 appareil ,
de la pofe ou du ragrément , ainfi que nous allons le remarquer.
Tout cet édifice a 73 pieds 9 pouces de largeur fur 72 pieds 9 pouces de hauteur;
non compris un focle continu qui couronne tout l’ouvrage : ce focle a 4 pieds 8
pouces de haut , & fert d’appui à la platte-forme pratiquée fur ce monument , ainfi
qu’on le peut voir Planche II. Figure Première. Lalargeur de la Porte eft de 24 pieds
2 pouces fur 46 pieds deux pouces de hauteur : la largeur delà niche quarree eft de
3 1 pieds I pouce fur 49 pieds 6 pouces : proportion , ainfi que celle de la Porte , plus
baffe que le double de fa largeur, quoiqu’il paroiffe que François Bicndel ait voulu
la lui donner deux fois , (voyez ce qu’il en dit dans fon livre , page 623.) Sans
doute , lors de l’exécution, il a mieux aimé donner moins d’élévation à la Porte pour
procurer une plus grande hauteur à la table qui contient le bas relief qui fe voit fur
cette Planche. A , „ . ,
La hauteur de l’entablement , qui félon cet Architecte doit etre du lixieme de
tout l’édifice , n’a cependant que 9 pieds 10 pouces au lieu de 12. Il en eft de meme
(,i) Nous avons déjà parlé de cet homme illuftre dans
les Volumes précédens, particulièrement dans le Tome II.
pag. t yo , où nous avons promis de nous étendre davan-
tage fur lis talens fuoericurs de cet Architecte, qui de fon
vivant fut membre ae l’Académie Royale des Sciences ,
Maréchal des camps Ôc armées du Roi , ProfeHeur en Ma-
thématiques 6c en \rchitcdure , 6c Direéleur de l’Acadé-
mie Royale , Maître de Mathématiques de Monfeigneur
le Dauphin. Sans compter plufieurs livres de Mathéma-
tiques qu’il nous a donné , fon Cours ri'Architeélure, dont
la plus grande partie a été didée de fon tems à 1 Acadé-
mie , elt un ouvrage auffi utile que profond , 6c renferme
une dodrine capable d’illuftrer dans les fiecles a venir
l’homme fçavant dont nous parlons , 6c de former les plus
célébrés Arufles. Ce livre , dont nos Arclnteétes ne fçau-
roient faire trop de cas , contient non-feulement la def-
cription de plufieurs édifices que cet Architede a fait bâtir
à Paris ôc ailleurs , mais encore de fçavantes difiertanons
fur toutes les parties les plus intéreffantes de 1 Architedure*
avec un parallèle excellent des plus célébrés Commenta-
teurs de Vitruve, tels que Palladio, Vignoleôc Scamozzi,
accompagné de remarques très-inftrudives fur les princi-
paux édifices de la Grece ôc de l’Italie.
François Blondel naquit à Paris en 1624, &c y eft mort
le 22 Janvier 1689 : indépendamment des ouvrages donc
nous venons de parler , 6c qui immortalifent 1 habile hom-
me dont nous failons l’éloge , on lui donne le titre de Con-
feiller d’Etat dans le fécond Volume de 1 Hifloire del A-
cadémie des Sciences, où il avoit été reçu en 16 6$ en
qualité de Géomètre.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Li
despiedeftaux , quifeion lui doivent avoir le quart, qui fait i8pieds, & qui n’ont ce-
pendant que 1(5 pieds 1 1 pouces : & ainfi de bien d’autres mefures qu’il a décrit dans
fon livre par les rapports Géométriques & Arithmétiques , & qui different fenfible-
ment de l’exécution; ce qui nous a déterminé à donner en particulier les cottes prin-
cipales de ce monument.
Cet édifice a deux façades , l’une du côté de la ville , dont nous donnons ici le
delfein , l’autre du côté du Fauxbourg, femblable pour l’ordonnance à celle dont
nous parlons , 8c ne différant que dans les ornemens , ainfi que nous le remarque-
ions dans fon lieu. Nous oblèrverons feulement ici que la fculpture dans ce monu-
ment eft repartie avec beaucoup de diferétion , & quelle peut être regardée com-
me un chef-d œuvre de cet art ; elle fut commencée par Girardon , 8c continuée par
Michel Aneuierre .
Le Bas relief de deflus la Porte repréfente le paifage du Rhin à Tolhuis , à propos
duquel François Blondel feplaint , p. 6iç) , de ce que le Sculpteur n’a pas fuivi fon fen-
timent pour la maniéré de drapper les figures, fuivant ce qu’il en a enfeigné dans la fé-
condé Partie de fon huitième Livre , chap. io , p. i<58. Du côté du Fauxbourg, dans
une table de même forme, eft unautre bas relief repréfentant la prife de Maflrick, en
1673.
Dans la frife de l’entablement qui ëtt au de ces deux bas reliefs , eft une
même infeription en gros caraétere doré conçue en ces termes ;
LUDOVICO MAGNO.
Voyez la proportion de cet entablement & l’alfemblage de fes profils , Planche IL
Figure A.
Au-delfous des tables en bas relief dont nous venons de parler , eft une niche
quarrée qui reçoit la porte , qui a pour Claveau la dépouille d'un lion , dont la tête
& les pattes pendent furie lommet de l’archivolte, & dans les angles des niches
quarrées font placées deux renommées en bas relief, qui femblent publier les victoi-
res du Prince à la gloire duquel cet arc triomphal ,a été élevé.
Au bas des deux piédroits de cet édifice font deux Piedeftaux dans chacun def-
quels on a percé une porte (é) de 5 pieds d’ouverture fur le double de hauteur. Au-
delfus eft placée une table de marbre blanc qui porte des inferiptiens en caraéleres
noirs , celle à droite eft conçûe en ces termes :
QU O D DIEBUS VIX
SEXAGINT A
RHENUM, VAHALIM, M OSAM,
ISALAM SUPERAVIT.
SUBEGIT PROVINCIAS TRES,
CEPIT URBES MU NI T A S
QU ADRAGINTA.
. Porte
Denis.
(£) Ces Portes avoient été faites dans l’origine de ce bâ-
timent pour le païïage des gens de pied. François Blondel
fe plaint de la nécefiité de mettre ces percés dans ces
piedeftaux & au-deüous des piramides , qui femblent
avoir befoind’un foubafiement d’une grande folidité : cet-
te remarque eft judicieufe de la part de l’Auteur.
Aujourd’hui que l’on a reconnu que la grande ouver-
ture de la porte du milieu eft luffifante , on ne fait plus
«MfêSSg S*é^
EMENDATA MALE MEMOR1
BATAVORUM GENTE.
PRÆF. ET ÆD IL. PONI
C. C.
ANN. R. S. M. DC. LXXII.
Les infcrlptions placées fur de pareils piedeltaux du côté du Fauxbourg font
differentes de celles ç[ue nous venons de rapporter , les voici. Dans le piedeftal à
la droite ,
P R Æ F. ET ÆDIL. PONI
C. C.
ANN. R. S. H. M. DC. LXXIII.
H i
Dans le piedeftal à gauche ,
OUOD thajECTUM AD MOSAM
XIII. DIEBUS CEPIT.
A côté de ces infcriptions & fur le retour fupérieur des piédroits des portes font
des trophées d’armes en bas relief dans le goût de ceux du piedeftal de la Colonne
Trajane.
Sur chacun de ces piedeftaux s’élève une piramide adaptée au mur : elles font
polees fur un focle & furmontées d’un globe porté fur un petit amortiffement : la
largeur inférieure de ces piramides eft à leur partie fupérieure comme 3 eft à i ;fur
l'un de leurs focles d’un côté eft une figure Coloffale répréfentant le Rhin feus la
figure d’un fleuve étonné , & de l’autre la Hollande fous la figure d’une femme affli-
gée , affife fur un lion demi mort , qui d’une de fes pattes tient une épée rompue &
de l’autre un trouffeau de fléchés brifées & en partie renverfées. François Blondel
rapporte dans fon livre pag. 6 151 qu’il a imaginé ces figures au bas de ces pyramides
à l’exemple , dit-il » des médaillés que nous avons d’Augufle & de 1 itus , où l’on voit des
» figures de femmes ajfifes au pied des trophées & des palmiers , qui marquaient ou la conquête
„ de l’Egypte par Augufle , ou celle de la Judée par Titus ».
Au-deffus de ces figures s’élève dans la hauteur des pyramides des trophées anti-
ques pendus à des cordons & entremêlés de boucliers chargés des armes des Pro-
vinces , ou des Villes principales que le Roi venoit de fe Ibumettre en Hollande ,
lorfque la ville de Paris fit ériger ce monument à la gloire de ce Prince.
Notre Auteur rapporte encore qu’avant les conquêtes dont nous venons de par-
ler , lorfqu’il fut chargé de faire conftruire cet édifice , il avoit projetté d’accompa-
gner ces pyramides de trois rangs de roftres , pareeque , dit-il , premièrement ces
ornemens ont beaucoup de rapport avec les armes de la ville de Paris , féconde-
ment pareeque perfonne avant lui ne s’étoit avifé de défigner les conquêtes que
Louis XIV avoit faites fur mer, & que ces ornemens aidés des infcriptions qu’il avoit
compofées (r) à cet effet , auraient annoncé d’une maniéré fenfible les viéloires ma-
(c) François Blondel nous apprendl , page 610^ que torique par année des principaux événemens du régné de
non -feulement les infcriptions de cette Porte font de Louis XI V.Circonftance qui ajoute un mérite eflentiel à la
lui j mais qu’il donna aufii toutes celles des autres édifices haute capacité de cet Artifte, & qui prouve qu’il étoic
élévés de fon tems & fous fa direélion , où il a obfervé , aulîl excellent homme de lettres que grand Architeéle.
principalement aux Portes de Paris, une efpece de fuite hif-
ritimes
ARCHITECTURE FRANÇOIS E, L i v. V. 13
ritimes de ce Monarque : il allure que ce projet avoit été fort goûté , mais qu’il
ne put avoir lieu , parceque la Ville , dans l’édifice dont nous parlons , préfera d’an-
noncer par des fymboles fignificadfs les viéloires qui venoient récemment d’être rem-
portées par Louis le Grand,
Du côté du Fauxbourg font aufïï deux pyramides chargées de trophées , qui diffe-
rent feulement de celles dont nous venons de parler , en ce qu’il n’y a point de fi-
gures fur les focles , mais feulement des lions qui femblent les foûtenir , ainfi qu’011
le peut voir (*) dans la coupe & dans le profil , Planche II.
Quelques Architeéles ont prétendu que ces pyramides étoient peu propres à la
décoration d’un arc de triomphe , & que ce genre d’ornement ne convenoit qu’à cel-
le d’un catafalque , l’origine de ces ornemens ayant eu pour objet d’honorer la
mémoire des morts , & qu’il auroit été plus convenable de pratiquer une table bail-
lante dans la hauteur de chaque piédroit de cet édifice , fur laquelle on auroit inféré
ces trophées : ces tables alors en forme de pilallres auraient pu être foûtenues fur les
mêmes piedellaux , & auraient formé l’affemblage de plufieurs lignes parallèles ,
que l’obliquité des pyramides ne préfente pas ici. Quoiqu’il en loit , il eft certain
que ce monument eft d’une grande beauté , & que la fermeté de fon Architecture
& la fierté de fes profils mérite les plus grands éloges : on peut même avancer qu’il
n’eft peut être point d’édifice en France qui porte un caractère plus viril & plus ca-
pable de mériter l’attention des hommes qui fe deftinent aux arts , & d’attirer l’ad-
miration des Connoilfeurs.
Coupe & face latérale de la Porte S. Denis. Planche II.
Cette Planche repréfente la coupe de cette même Porte , Figure Première , par la-
quelle on voit les compartimens diltribués dans l’intrados de l’arc de la Porte la
faillie des pyramides & la largeur de la platte-forme pratiquée fur le fommet de 'cet
édifice.
La Figure deuxieme offre la face latérale de cette Porte , & indique l'épaifleur de
ce monument , auflï-bien que les barbacannes qui éclairent l’efcalier qui monte de
fond, dont on voit le plan dans la pile exprimée au-deffous de cette figure,
La Figure A donne le profil de l’entablement qui a de hauteur 9 pieds 10 pouces
fur 4 pieds de faillie ; la hauteur de fa corniche, qui eft de 3 pieds 10 pouces, fe di-
vife en vingt parties , quatre font pour la hauteur de la cimaife fupérieure , quatre
pour celle du larmier , fept pour la hauteur du double modillon , & cinq pour celle
de la cimaife inférieure. La frife a de hauteur 2 pieds 10 pouces : l’architrave , qui eft
de 3 pieds 2 pouces , fe divife en 15 parties , cinq font pour la cimaife , cinq pour
la première platte-bande , & cinq pour la platte-bande inférieure, y compris fon
quart de rond & fon filet. r
La Figure B donne le profil de l’impofte , dont la hauteur eft de 3 pieds 4 pou-
ces fur 1 3 pouces de faillie ; cette hauteur fe divife en 1 3 parties : trois de ces par-
ties font pour la platte-bande inférieure , quatre pour la fécondé , une pour le ca-
vet , deux pour la doucine & fes deux filets , deux pour le larmier & la derniere pour
le filet & le lifteau fupérieur. r
La Figure C donne le profil de la corniche despiedeftaux,ellea de hauteur un pied
1 1 pouces fur un pied 9 pouces de faillie ; cette hauteur fe divife en dix parties: deux
font pour la cimaife fupérieure , trois pour le larmier , une pour une portion du quart
de rond de deftous avec fon filet , trois pour la doucine & fon grain d’orge , & la der-
niere pour l’aftragale.
(*) L’élévation perfpe&ive de cette porte , du coté du
Fauxbourg , fe trouve dans les Delices de Paris, par Pe-
relle , Planche 5 On peut voir auffi dans le même Re ^
Tome III.
cueil, Planche 96, une élévation perlpeélive de la Porte S.
Martin dont nous allons parler,
D
Porte S»
Denis»
14
Porte S,
Martin.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
PORTE S. MARTIN.
Cet édifice fut élevé & confacré par la ville de Paris à la gloire de Louis XIV ,
l’an 1674 , fur les delîeins de Pierre Bullet (a) , fucceflivement après la Porte S. De-
nis , ce qui a fait croire à plufieurs que ce monument avoit été bâti fur les deffeins
de François Blondel ; mais il y a une fi grande différence dans le goût d’Architec-
ture de ces deux Portes triomphales, qu’il efï aifé de diftinguer l’ouvrage du maître
d’avec celui de l’éleve : car quoique Bullet ait voulu, dans la Porte dont nous parlons,
fuivre en quelque forte les dimenfions obfervées dans la Porte S. Denis, on ne re-
marque néanmoins dans l’ordonnance de celle de S. Martin , qu’un caraétere de pe-
fanteur au lieu de l’expreffion virile qui compofe celle de la P orte précédente , de
forte qu’il n’y a point à fe tromper fur l’eftime qu’on doit faire de ces deux édifices
comparés enfemble.
Elévation de la Porte Saint Martin du coté de la Ville.
Planche III.
Cet édifice ( b ) a de largeur J 3 pieds 7 pouces fur 5 3 pieas r pouce d élévation , y
compris l’ Attaque continu qui régné fur la partie fupérieure de l’entablement & qui
a de hauteur 1 r pieds.Ce monument ell percé de trois Portes en plein ceintre , dont
celle du milieu ai 6 pieds 2 pouces fur 30 pieds 1 pouce. Les Portes collatérales
ont chacune 8 pieds 1 pouce & demi fur IJ pieds 8 pouces & demi : les arcs de
ces portes font foûtenus par des piédroits de y pieds 6 pouces & demi chacun , &
font chargés de bolfages continus vermiculés , lefquels tournent en maniéré d’ar-
chivolte àî’arc en plein ceintre- de la grande Porte : genre d’ornement ruftique plus
propre en général à la décoration d’une Porte de ville de guerre , qu’à l’ordonnance
d’une Porte triomphale élevée dans une capitale ; d’ailleurs ces ornemens donnent
un caraétere de péfanteur à cet édifice , & ne doivent être employés que dans ceux
qui par leur ufage demandent une folidité réelle & apparente.
Au-deffus de l'impolie & aux deux extrémités de ce monument s’élèvent deux
corps en bolfages , de la largeur des piédroits de deffous : ces bolfages qui faillent de
quelques pouces , lailfent un renfoncement qui occupe l’efpace compris entre le
delfus de cette impolie & le deffous de l’entablement, enfemble la largeur qui régné
depuis les corps de bolfages dont nous venons de parler jufqu’à l’extrados de l’arc
de la grande Porte. Ces efpaces , d’une forme forme alfez ingrate , font ornés de ce
côté , comme de celui du Fauxbourg , par des bas reliefs de l’exécution de Desjardins
( c j, Marjÿ (d) , le Hongre ( ej , & le Gros (/) , & repréfentent les principaux évé-
(а) Bullet fut deffmateur & appareilleur de François
Blondel , ainfx que nous l’avons remarqué au commence-
ment de ce Chapitre. Dans la fuite cet homme acquit une
très-grande expérience, &c fit d’heureux progrès dans l’Ar-
chiteélure. Voyez ce que nous en avons dit Tome II.
page 513. Note (a).
(б) Le 7 Septembre 1747 , au retour de Louis XV de
l’armée de Flandres , la ville de Paris fit eriger un arc de
triomphe , peint fur toile & monté fur un bâtis de Char-
pente des deux côtés de cette Porte : cette décoration
feinte avoit de largeur 72 pieds fur S7 de haut, y com-
pris un amortilfement pofé fur un Attique & foutenu du
côté du Fauxbourg fur un Ordre de colonnes Ioniques
de marbre coloré & les ornemens rehauffés d’or. Le cô-
té de la Ville étoit décoré d’une maniéré plus ruftique, &
furmonté de même par un grand amortifîêment , fuppor-
tant dçs allégories ôc des attributs rélatifs au fujet : ces
décorations , dont j’ai donné les deffeins , furent exécutées
avec fuccès par les fleurs Tremblin & Labbé , Peintres de
la Ville.
(c) Voyez ce que nous avons dit de ce Sculpteur, Tome
IL pag. y. Note (^),&pag. 1 72. Note (<7).
(d) Baltazar Marfy étoit né à Cambray , & eft mort en
1707. Il avoit un frere nommé Gafpard, qui avoit
moins de réputation , ce dernier eft mort en 1 6 7p.
(?) Etienne le Hongre a beaucoup travaillé à Verfail-
les , il eft mort à Paris en i6<?o.
(/) Pierre le Gros a beaucoup travaillé pour le Roi ,
il étoit né à Chartres , & eft mort à Verfailles le 1 o Mai
1714. Il eut pour fils le fameux le Gros qui mourut à
Rome fort jeune , & qui y laiffa plufieurs morceaux de
Sculpture qui vont de pair avec tout ce que les Italiens
ont produit de meilleur en ce genre.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V. u
neiïiens arrivés dans le tems de la conftniéüon de cette Porte, tels que la conquête
de la Franche Comté , la prife de Limbourg , &c. &c. 1 m
Au-defiùs de ces bas reliefs , dans tout le pourtour de cet édifice , régné un enta-
blement lequel a fix pieds de hauteur, & dont le profil e(l exprimé plus en grand fur
la Planche quatrième. Figure A. Cet entablement, qui ale lixieme de hauteur de-
puis le deflous de Ion architrave jufques fur le fol du pavé , ell compofé de trop de
petites parties & ell trop chargé d’ornemens relativement à lafimplicité mâle de
cette Porte.
Sur cet entablement s’élève un Attique orné à fes extrémités de deux pilaftres
angulaires faillans , entre lefquels ell une grande table , dont la bordure ell enrichie
de moulures & taillée d’ornemens , laquelle contient l’infcrïption fuivante , de la
compolition de François Blondel.
LUDOVICO MAGNO,
VESONTIONE SEQUANIS QUE
BIS CAPTIS
ET FRACTIS GERMANORUM,
HISP ANORUM, ET BATAVORUM
EXERCITIBUS,
F R Æ F. ET ÆDIL. PONI
C. C.
A N N O R. S. H. M. DC. L X X I V.
Du côté du Fauxbourg , dans une pareille table pratiquée dans le revers de cet
Attique, on lit cette infeription.
LUDOVICO MAGNO,
QUOD LIMBURGO CAPTO
IMPOTENTES HOSTIUM MINAS
UBIQUE REPRESSIT,
PRÆF. ET ÆDIL. PONI
C. c.
A N N O R. S. H. M. D C. L X X V.
Aux deux côtés de cet édifice font pratiqués de petits bâtimens, qui dans leur
origine fervoient pour des corps-de-gardes , & qui aujourd’hui font loués à des ar-
ufans; c’elt dans l’un de ces corps-de-gardes, à gauche, que l’on a Confirait un efcalier
qui vient gagner celui à vis & à noyau evuidé , pratiqué dans l’une des piles angulaires
de ce monument, ainfi qu on 1 a exprimé par des lignes ponéluées dans le plan qui
ell au bas du delfein dont nous parlons. Cet efcalier a 7 pieds 7 pouces de diamé-
tre, & avoir été, fait pour monter fur une platte-forme qui étoit anciennement
a i extrémité fupérieure de cet édifice, ainfi que fe voit celle de la Porte S. Denis ,
Planche II. Figure Première ; mais comme l’on a reconnu que la charge confidé-
rable de cette platte-forme nuifoit à la folidité , ( l’extrémité inférieure de ce mo-
nument étant prefque toute percée à jour , ) on prit le parti il y a environ douze ans
d enlever ia pieds de hauteur de ce malfif vers l’ancienne platte-forme, à la place
de laquelle on a placé un petit comble à deux égoûts , tel que l’exprime la Figure
première de la Planche quatrième, où l’on voit le dévelopement de la coupe
pris dans le milieu de ce bâtiment, aulfi-bien que les compartimens qui font dillri-
Porte S*
anin.
ARCHITECTURE F R A N Ç.OI SE , L i y. V.
Porte S:
Martin.
bues dans le pourtour de l’intrados de la grande Porte , laquelle a deparlleur 13
pieds 4 pouces.
La Figure deuxieme de cette quatrième Planche prélente la lace latérale de cet
édifice avec la coupe d’un des anciens corps-de-gardes dans lequel eft pratiqué l’eft
calier dont nous venons de parler.
La Figure A donne le profil en grand de l’entablement; fa hauteur eft première-
ment divifée en quinze parties , trois font pour la hauteur de 1 architrave , cinq pour
celle de la frife , & fept pour la corniche : cette derniere fe divife en fix , une pour
le filet & la doucine de la cimaife fupérieure , deux pour la hauteur du larmier &
pour la partie inférieure delà cimaife, deux pour la hauteur du modillon , y com-
pris le talon qui le couronne & le filet qui le foûtient , & une pour le cavet. Le fo-
phite du larmier eft orné de caffettes & de rofaffes entre chaque modillon ; la frife
eft ornée de confoles, ainfi que nous l'avons déjà remarqué , dont la volute fupérieure
prend nailTance dans le cavet qui fertde cimaife inférieure à la corniche. Ces con-
foles font ornées dans leurs faces de deux canaux qu’il femble que Bullet ait imite ,
aulfi-bien que tout l’entablement dont nous parlons , d’après un entablement Com-
pofé par Vignole , que l’on trouve dans fon livre , & que d’ Aviler , fon commen-
tateur , nous rapporte dans fon Coati d Architecture pag. 1 29.
CHAPITRE
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
*7
CHAPITRE V-
Defcription de la Maifon de Madame la ComteJJe d'E/lradei ,
rue de Clery.
CETTE Maifon fut bâtie vers la fin du fiecle dernier fur les delfeins de Jean
Riche,- (a) Architecte : elle eft occupée aujourd’hui par M. de Coullanges,
Quoique ce bâtiment ne foit pas diftribué dans le goût moderne & que l’or-
donnance des façades foit en quelque forte oppofée à notre maniéré de décorer ,
je ne me lafferai point de répéter qu’il me paroît important de mettre fous les
yeux des perfonnes qui fe deftinent à l'Architeéture differens moyens d’arriver à la
perfeétion. Si l’on regardoit la plupart des bâtimens élévés dans le fiecle paflé com-
me inutiles dans ce Recueil , le public fe fercit trouvé privé des monumens qui
pluS d,llonneur à nos Architectes François. Le Château de Maifcns le
Periftile du Louvre , le Val-de-Grace & beaucoup d’autres édifices de réputation
leroient dans ce cas ; cependant peut-on difconvenir que ce font autant de chefs-
d œuvres dignes de la curiofité des Etrangers & de l’étude de nos Architectes ?
Il eft vrai que la maifon dont nous parlons eft bien inférieure en beauté à ces
monumens ; mais on ne peut lui refufer un certain caraCtere de fimplicité Sc
de noblefle dans fa décoration , de choix dans fes profils , & une fermeté d’expref-
fion dans la diftribution des membres qui la compofent , qui fe rencontrent rare
ment dans les maifons que nous élevons de nos jours. Sa diftribution, à la vérité n’eft
pas fufcepuble des commodités qui font en ufage aujourd’hui; mais outre qu’il eft
difficile qu’un édifice contienne toutes les perfections qu'exige l’Architeéture , com-
bien d autres , tant anciens que modernes , à commencer par le Palais Royal au
roient dû ne pas trouver ici leur place. D’ailleurs il faut fe reffiouvenir que l’objet
principal de ce Livre eft de préfenter la plus grande partie des édifices de cette Ca-
pitale & de fes environs ; qu’en conféquence on doit s’attendre à ne pas trouver les
baumens qui k compofent toûjours également intéreifans , quoique cependant on
an obferve de n’y en pas inferer un qui ne mérite quelque attention , & que cette
idee feule nous au paru fuffire , parce que lorfqu’il s’agit de s’inftruire , rien n’eft vé-
ritablement indifférent. Or pour que cela arrive, il faut certainement comparer
puifque ce n eft que par l’efpm de comparaifon , qu’on peut eftimerle rapport des
maires avec les parties d un batiment , afin de prendre ce qu’il y a de meilleur dans
chacun ,& d en déduire comme autant de principes capables de nous conduire
de plus en plus a la perfeétion de notre Art. Perfeélion qui au contraire femble
décliner, parce que nos jeunes Architeétes négligent d’examiner avec foin nos diffe-
rens édifices , & ce qu ils ont de louable chacun en particulier, quoique dans le
tout il ne loientpas generalementeftimés. 1
Qu’on ne s’y trompe pas , une croifée d’une belle proportion , un avant-corps bien
en rapport avec la d.menf.on de la façade , un pavillon bien amorti , un beau profil
un efcalier heureufement difpofé , une cour d’une belle forme , enfin des ornemens
dun beau choix fuffifent pour déterminer un homme déjà avancé à la recherche &
al examen de ces différentes beautés de détail, perfuadé que c’eft le moyen le plus
sur de parvenir a 1 excellence de l’Architeéture. > F
Je fens bien que ceux qui fe difent curieux & qui n’ont d’autre objet que d’amafTer
des livres ou des eftampes , pour la plûpart aiTez mal gravées , feront peu touchés de
WTo°m?ÏÏr D0US aV°nS dit de CetArChite{le da“ Ie Chapitre premier de ce VolumePag. 3. Not.
E
Maifotl
rue de
Clery.
i8 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Li v. V.
Maifon ce que j’avance ; mais ce n’eft pas pour eux que j’écris. Ce fi pour les perfonnes de
ciery, l’Art & pour ceux qui fans s’embarralîèr de quelques changemens faits dans un plan ,
ou de pareilles minuties qui n’importent qu’au Proprietaire , veulent s’inftruire , &
cherchent à fe rendre compte des différens motifs , qui ont fait agir les Architeéfes
du dernier fiecle & ceux de nos jours , afin de prendre une route moyenne , qui leur
falfe éviter la péfanteur des uns , la trop grande légéreté des autres , & enfin cette
défunion & cette difcordance qu’on remarque dans la plupart des bâtimens élévés
par nos demi-Sçavans , qui n’ayant ni alfez de goût , ni allez de juftelfe pour puifer
le vrai beau où il fe rencontre , n’admirent que leurs compofitions , ou plûtôt
méfeftiment tout ce qu’ils n’ont pas fait. Or comme il y en a quelques-uns parmi
ces derniers qui ont ( par je ne fçai quelle fatalité , ) une certaine réputation , leurs
productions monftrueufes , enfans du caprice & de l’ignorance , fervent en quelque
forte d’autorité à nos élèves , ou , ce qui eft encore plus funefte , de modèle à la plu-
part des perfonnes qui font bâtir , d’où naît le mauvais goût qui entraîne infenfible-
ment la multitude.
Pour éviter ce déreglement je perfifte donc à foutenir que le meilleur moyen pour
devenir habile &pour éviter toutes les inepties dans lefquelleson tombe tous les jours,
eft de tout voir , de fe rendre compte de tout , de tout analifer , & enfin de ne négli-
ger aucune circonftance & de prendre une connoiffance exaéle des différens genres de
beautés répandues dans les édifices qui fe font élévés depuis la fin du quinzième fie-
cle jufqu’àprefent. Car fans cette connoiffance il eft à craindre que vers la fin de celui-
ci , nous ne fçachions plus faire que des garderobes , des belveders , de très-petites
maifons , & enfin des ornemens frivoles dont nos édifices facrés & nos maifons
Royales ne font pas quelquefois exemptes.
Plan du Rez-de-chauJJee. Planche Première.
Notre deffein n’eft pas défaire l’éloge de cette diftribution , il n’y a point de dou-
te que ce Recueil ne contienne des maifons particulières plus commodes, d’une
proportion plus agréable & difpofées avec plus d’intelligence. La maifon de M.
d’Argenfon , celles de M. Guillot & de M. de Janvri , bâties fur les deficins de MM.
Cartaud & Boffrand font fans doute préférables ; mais en confidérant qu’ancienne-
ment on étoit dans l’ufage de bâtir les principaux corps de logis fur la rue , que
d’ailleurs le terrain lur lequel eft; élévé cette maifon eft allez irrégulier , l’on trou-
vera que la fimétrie qui régné dans ce bâtiment n’eft pas fans mérite , de forte qu’à
l’exception de la forme de la cour, ce plan eft alfez bien conçu. Il eft vrai qu’il
eût été facile de rendre cette cour moins irrégulière en abaiifant un mur perpen-
diculaire du point A , ouC , de lamême inclinaifon que celui B. Ce mur aurait divifé
la largeur de la cour & en aurait procuré une particulière à la petite maifon C , qui
dans un terrain alfez borné , eftdiftribuée alfez ingénieufement.
Dans cet efpace où nous defirons une cour particulière , on a pratiqué aujourd’hui
une écurie pour quatre chevaux à la place de celle qui fe remarque dans la Planche
cinquième , & dont on a fait une boutique ; de forte que la defcente en ram-
pe , qui eft exprimée dans le plan dont nous parlons, eft fupprimée. Il eft vrai que
cette nouvelle écurie avilit par fa compofition triviale la forme de la cour , mais ce
genre d’inadvertance n’arrive que trop ordinairement aux anciens bâtimens auxquels
on eft obligé de faire des augmentations ou des changemens qui déshonorent notre
fiecle , foit par l’ignorance de la plûpart de ceux qui font chargés de ces fortes de
travaux , Toit par la négligence , ou l'économie mal entendue des Proprietaires qui
ordonnent les réparations. Nous remarquerons néanmoins que l’Architeéle a fçu ti-
rer parti de l’inégalité du terrain de la cour pour donner un air de grandeur à fon
ARCHITECTURE FRANÇOISE, L j v. V. t9
édifice , & pour fe procurer une façade d une certaine étendue. ( voyez la Planche
quatrième.^
Vlan du premier étage. Planche IL
. Plan > divifé en, deux Parties comme le précédent , compofe deux maifons par-
ticulieres , qui ont chacune leur efcalier. La plus petite contient un appartement
I autre en contient deux , qui ont un antichambre commune. Ces appartemens man-
quent des commodités qui font fi fort en ufage à prefent , & dans lefquelles nos Ar-
chitectes ont depuis environ trente ans montré beaucoup d’habileté.
On peut dire cependant en faveur des anciens appartemens que , quoique moins
lulceptibles de degagemens que ceux de nos jours, la maniéré dont ils font ornés
fort dans leurs plafonds , fort par la décoration de leurs lambris de revêtiflement ’
les fait rechercher encore aujourd’hui pour la demeure des perfonnes de août Les
Hotels Lambert de Tallard , de Carnavalet , &c. font autant de preuves de ce que
) avance. C eft fouvent pour cette raifon que nous annonçons quelquefois un bâti-
ment , quoique d’une diftnbution peu intéreiTante , pour avoir occafion d’indiquer
les beautés que ces appartemens renferment en fculpture & en peinture , fans com-
pter que les parties extérieures de ces édifices méritent quelquefois une attention
particulière de la part des Commîtes & une étude refléchie pour les perfonnes
qui veulent faire leur capital des beaux Arts. Quelques obfervations que nous allons
faire lur la façade du batiment dont nous parlons, juflifieront ce que nous difons ici.
Elévation du côté de la rue. Planche III.
. Co™me ce bâtiment eft divifé intérieurement en deux parties , cette façade con
tient deux ouvertures de porte au rez-de-chauffée : chacune de ces portes eft ornée
P ,x colo™es d’Ordre Ionique engagées & furmontées d’un entablement régu-
lier, lequel eft profile avec fermeté , & qui fe fent bien d’avoir été tracé par
une main habile Les portes font à platte-bande , ornées de chambranle & accom-
pagnées apres es colonnes de corps de refend ; de forte que ces corps laiiTantun
intervalle entre le fut des colonnes pour la faillie de leur bafe & de leur chapiteau
produifent un renfoncement qui fait un aiTez bon effet. Manfred & Le Mercier ont
rnine^ cette ordonnance dans leur frontifpice de l’Hôtel de Touloufe & du Palais
Les croifées du premier étage placées au-delfus de ces portes font d’une beauté
de propoiuon& dune elegance qui égalent celles du Château de Maifons & cel-
les du Palais du Luxembourg. Les accompagnemens & les croifées fupérieures au
fécond etage , ne font pas (ans doute de la même beauté , étant divifées par de trop
petites parues ; mais il doit paraître fingulier que ce que nous avons lieu de blâmer
ici foitprecifementce que la plupart de nos Architedes imitent dans leurs com-
m °n FUt ^ remarquer da“ «ne partie des bâtimens
quon eleve a la Ville & a la campagne , & dont un grand nombre n’a pû trou-
ver place dans ce Recueil a caufe des irrégularités qui fe trouvent dans leurs dé-
corations extérieures , quoique d’ailleurs les dedans ne foient pas fans commodité
oc lans agrément. r
Les arriérés corps de cette façade font ornés de croifées d’une proportion ate
lTfJftêmte T fanS bandeau- 1 Cette fimplicité donne du repos aux façades félon
le fyfteme des Anciens ; cependant cette affeélation définit les parties , & cette
defumon nuit aux malTes. Un motif afTez puiflânt a porté fans doute l’Architede a
en ulei ainfi , c eft que quoique les chambranles ou bandeaux d’une croifée faite
Maiforx
rue de
Clery.
20
rue de
Clery.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
partie de la largeur du trumeau , néanmoins cette richeffe le divife , & parolt en al-
térer la folidité , de forte qu’il n’en faut faire ufage dans l’Architeéture, que lorf-
que les pleins peuvent être égaux aux vuides : proportion qu’on n’obferve guéres
aujourd’hui par l’abus que l’on fait de trop éclairer l’intérieur des appartemens , de-
forte que la décoration extérieure en fouffre au point qu’on peut à peine remarquer
dans les façades de nos édifices quelques traces des proportions & des régies de la
bonne Architecture.
Elévation du côté de la cour. Planche IV.
Le rez-de-chauffée , le premier étage & les pavillons de cette façade font d’une
proportion très-agréable & exécutés d’une maniéré pure & correéte. Il feroit à dé-
firer que l’étage Attique fut fupprimé ; mais dans une maifon particulière dont le
terrain eft ordinairement reiferré , la néceifité de multiplier les etages fertd exeufè à
cet exhaufiement , quoiqu’il nuife à la dimenfion de la façade , qui doit , autant qu il
eft poïïible , conferver un rapport de hauteur rélatif à 1 etendue du bâtiment. On au-
roit dû au moins lupprimer les frontons des pavillons , car ils ne peuvent etre autorifes
qu’à l’extrémité fupérieure d’un édifice.
La lettre A exprime le mur de face qui donne fur la rue du Gros Chenet , vu en
racourci. Une partie de ce mur eft interrompue dans les deux étages fupérieurs
pour éclairer, par une terraffe, une anti-chambre dans l’intérieur du bâtiment. (Voyez
la Planche II).
Coupe fur la profondeur du batiment. Planche V.
Cette Planche fait voir l’intérieur des étages du principal corps de logis donnant
fur la rue de Clery , le mur delà cour donnant fur la rue du Gros Chenet ; elle pré-
fente auffila coupe des remifes pratiquées dans le fond de la cour.
Nous avons dit qu’on avoir confirait de nouvelles écuries dans cette cour , elles
font adoflees au mur A, n’étant plus en B : à la place de ces dernieres , on a par écono-
mie fait une boutique. Nous n’avons point exprimé ici l’élévation de ces écuries , ni
leur plan (dans la Planche première), étant, ainfi que nous l’avons déjà obferve , d une
ordonnance trop négligée.
CHAPITRE
■— I—
ARCHITECTURE FRANÇOISE, L i v. V.
CHAPITRE VI.
Description de l Eglife des Augujlins DefchauJJe's , connus fous le nom
des Petits Peres , près la Place des ViUoircs .
CETTE Eglifeen général n’eft pas d’une étendue confidérable , ni d’une dif-
tribution fort ingénieufe ; mais une des raifons qui nous ont porté à en don-
ner les defleins , c’eft afin qu’on puiflè trouver autant de variété dans le genre des
édifices facrés dont nous parlons dans ce Recueil, que nous en avons déjà répandu
dans les autres efpeces debâtimens. Elle fut commencée, l’an 1 629, fur les defleins
de Galopin , Ingénieur ; Louis XIII. en pofa la première pierre le 9 Décembre de
la meme annee , cette Eglife etoit fituée où l’on voit aujourd’hui la facriftie. Ce fut peu
de chofe dans fes commencemens : en 1 656 on bâtit celle dons nous donnons ici le
plan.. Les fondations en furent commencées fur les defleins de Pierre Le Muet (a) , &
elevées jnfqu’à H fauteur Je fopt P;Pcis hors de terre par Ubétal Bruant (b), enfin elles
forent continuées par Gabriel Le Duc (f). Cet ouvrage néanmoins refta long-tems im-
parfait, & ce ne fut que vers 1 an 1739 qu’il fût achevé dans l’état où on le voit au-
jourd hui , & qu on conitruifit a cette Eglife un portail fur les defleins de M Car-
taud , Architeéle du Roi , dontnous avons parlé , Tome I. pag. 222. Cette Eglife en-
tièrement finie fut confacrée par l’Evêque de Joppé,lei3 Novembre 1740
La diftribution de cette Eglife confifte dans une nef de trente-quatre pieds de
largeur dans œuvre , for vingt-deux toifes cinq pieds de longueur , y compris le
fanétuaire , & de quarante-neuf pieds de hauteur fous clef. Cette nef eft flanquée
dans toute fa longueur de deux rangs de chapelles de quinze pieds de profondeur
chacune , dont les murs de refend font percés & fermés de portes & de grilles de fer.
Ces portes enfilent celles collatérales du portail , & les Chapelles tiennent lieu de
bas côtés à cette Eglife, deforte que par les deux porches intérieurs E , F , qui font de
même grandeur que les chapelles , le peuple entre & fort indépendamment de la
principale porte du milieu , dont l’ufage eft d’être toujours fermée d’un tambour ou
porche de menuiferie , pour procurer plus de recueillement dans l’intérieur.
Nous avons recommandé dans le fécond Volume, pag. 38, de pratiquer autant
qu’il étoit poffible un périftile ou porche extérieur à l’entrée des Eglifes , tel qu’à
la Sorbonne du côté du College, à S. Sulpice , au Val de Grâce, &c. mais com-
me il n’eft pas toujours facile de les mettre en pratique , principalement dans celles
qui ne font que d’une médiocre étendue , à leur défaut on fe détermine à faire
ufage des tambours dont nous parlons ici. Ce tambour fert de foubalfement au buf-
fet d’orgues (/) , dont on voit la coupe. Planche troifieme : ( voyez auffi la décora-
tion de ce porche dans le feptieme Volume. )
A feize toifes du portail , dans l’intérieur de ce monument, eft une croifée dont la
Plan de 1‘ Eglife des Petits Peres. Planche Première.
feurs , eft de Sclop , homme fort habile dans ce genre d’inf-
trumens,
F
Tome III,
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Ej;!ir.JM longueur contient toute la largeur de l’Eglife. A chacune des extrémités de cette
je,. 1 ^ croifée font pratiquées deux chapelles , l’une de S. Auguftin , l’autre de Notre-
Dame de Savone. Cette derniere eft toute de marbre & d’une allez bonne compo-
lition : on prétend quelle eft exécutée fur les deiïèins de Claude Perrault dont nous
avons parlé, Tom. II. pag. 57. Note (a)
Au milieu & dans la partie fupérieure de cette croifée eft une voûte Iphérique ,
qui s’élève de J 9 pieds au-defiùs du fol du pavé de l’Eglife. A la place de cette
voûte devoit être un dôme fuivant le projet de Libéral Bruant ; mais par des confé-
dérations particulières il fut lupprimé lors de l’entiere perfeétion de cet édifice.
Le chœur où font les ftalles eft placé derrière le Maître-Autel , & n’eft féparé
de la nef que par une grille baffe. Le fond eft à pans coupés , forme contraire à l'u-
làge ordinaire , les plans circulaires femblant être plus convenables , ainfi qu’on le
remarque dans toutes nos Eglifes Paroifflales ; mais il faut obferver ici que ce chœur
n’avoit d’abord été confirait qu’en charpente en attendant que l’Eglife fut finie , &
que depuis , pour rendre ce vaiifeau plus Ipacieux , on l’a laiifé fubfifter tel qu’il étoit.
A la gauche du chœur on a joint dans ce plan une partie des bâtimens dépen-
dans du Couvent , tels qu’un veftibule , un grand efcalier ( ? ) , une facriftie (/).
Tous ces bâtimens font conftruits avec folidiœ , appareillés avec foin & d'une dé-
coration alfez bien entendue , quoique fimple.
Coupe fur la largeur de l’Eglife des Petits Pères ,prife dans le plan fur la ligne AB.
Planche IL
Cette coupe préfente toute la largeur de l’Eglife vue dans le milieu de la croi-
fée , deforte que dans les deux côtés , entre les quatre gros piliers qui portent la
voûte , on voit quatre tribunes qui égalent la profondeur des chapelles diftribuées
fur la longueur de la nef. Ces quatre tribunes , dans lefquelles on monte par de petits
efcaliers à vis exprimés dans la Planche Première , décorent avec fimétrie les ex-
trémités de la croifée, & font d’un deffein de très-bon goût. Ces tribunes étoient
compofees anciennement par Gabriel Le Duc , 3c ont ete reftaurées 3c miles en l’état
où on les voit préfentement par M. Cartaud. Voyez le développement d’une de
ces tribunes rapporté plus en grand fur la Planche V. Figure IL
Un Ordre de pilaftres Ioniques de vingt-fix pieds de hauteur décore tout l’inté-
rieur de cette Eglife. Cet Ordre eft élévé fur un focle d’un pied & couronné d’un
entablement dont la hauteur eft entre le quart & le cinquième de l’Ordre. La
corniche de cet entablement eft ornée de modillons , ornemens que Palladio a pré-
féré aux denticules , mais qui ne conviennent cependant à l’Ordre Ionique que lorf-
qu’il eft élévé feul dans un bâtiment, tel qu’il fe remarque ici : auflî M. Cartaud a-
t-il préféré l’entablement denticulaire de Vignole dans l’Ordre Ionique du portail
de cette Eglife , ( Planche V. ) pareequ’il eft furmonté d’un Ordre Corinthien , au-
quel les modillons femblent être confacrés.
Les chapiteaux des pilaftres Ioniques dont nous parlons , font modernes, & à bien
& qui font tous excellons. Attenant ces galleries eft un
cabinet de médaillés antiques de cinq fuites , placées fépa-
rement , chacune dans fon armoire. Ce cabinet eft auflî
orné de figures de bronze , de buftes , de vafes de mar-
bre & d’albâtre , le tout antique. On y voit enfin une aflez
belle colle&ion de coquilles , d’Eftampes rares aflez bien
confervécs , & que le Bibliothécaire fe fait un plailîr de
laiflervoir aux Curieux & auxConnoifleurs.
(/) La facriftie renferme une grande quantité d’orne-
mens & d’orfévrie fort eftimée. Les dortoirs de ce Cou-
vent font auflî ornés d’une grande quantité de tableaux
peints par d’Olivet , & qui méritent quelque attention.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv.
V.
*3
des égards il font préférables aux antiques. Les bafes au contraire font Attiques & Egi;rc j«
non Ioniques. Nous détaillerons les raifons qui ont engagé à cette double préfé- rP“,“ Pe'
rence , en décrivant la façade des Thuilleries du côté du jardin , Tome IV.
Ces bafes , comme nous venons de le remarquer , font élévées fur un focle d’un
pied ; cette hauteur eft trop peu confidérable , furtout dans un édifice où la multitude
abonde , parceque la grandeur humaine étant ordinairement de J à 6 pieds, mafque
une partie de la hauteur réelle de l’Ordre , & empêche de juger de fa proportion :
on aurait donc dû éléver ce focle de quatre pieds au moins , s’il n ’étoit pas polîîble
de lui en donner cinq ou cinq & demi.
Entre les gros piliers où font placées les tribunes, on voit le choeur de l’Eglife, qui
fera décoré de grands tableaux , dont quatre peints par M. Carie Vanloo (g) font déjà
pôles. Ces tableaux font encadrés dans de la menuiferie foûtenue par un revêtement
aulii de menuiferie , qui fert de couronnement aux dalles , le tout d’un delfein an-
cien execute par Bardou , fameux menuifier du dernier fiecle.
Le Maître-Autel fepare le chœur de la nef : il ed exécuté à la Romaine , condruic
de marbre , enrichi de bronzes , & c. & enfermé d’une grille de hauteur d’aopui.
Au-deifus du grand arc qui précède le Maître-Autel , s’élève la voûte fphérique
en cul de four dont nous venons de parier. Cette voûte ed portée par quatre pen-
dentifs , qui prennent na.lfance a plomb des piladres à pans , qui font placés au
rcz de^chaulfee dans les angles des quatre gros piliers. Cette voûte ed d’un galbe
très méplat , elle ed ornee d’un gros cordon & enrichie dans les angles d’une
agraire d un goût allez mefquin , aulîî-bien que les tables 8c les ornemens des pa-
naches 8c du qui de four, qui font de l’exécution de Rebillé } Sculpteur.
Au-deflus de cette voûte ed exprimée la hauteur des combles de cette Eglife
avec leur développement intérieur. La charpente de ces combles ed détachée delà
maçonnerie pour^ empecher que fen poids n’adàifiè la voûte en pierre ; deforte que
les principales pièces de bois portent lùr les murs de face & de refend, conf-
truits d une épaiilèur fuffîfànte & rélative à la poulfée de ces combles & à leur
équilibre.
Coupe fur la longueur de l'Eglife des Petits Peres , prife dans le plan [ùr la ligne CD.
Planche III.
Cette coupe montre le développement de toute la longueur d’un des côtés de
l’Eglife ; A ed la coupe du portail , B la longueur de la nef percée de chaque côté
de quatre arcades , dont trois contiennent des chapelles fermées de grilles , & l’au-
tre fert de pafiàge pour entrer dans cette Eglife par les portes collatérales du por-
tail. C indique la largeur de la croifée de l’Eglife , aux deux extrémités de laquelle
font les chapelles de S. Augudin & de Notre-Dame de Savone,dont nous avons
déjà parlé ; cette derniere, femblable à celle qui lui ed oppofée , ed exprimée ici. On
voit en D les piladres à pans pratiqués pour, au-dedùs de leur entablement, porter les
panaches de la voûte fphérique qui termine le milieu de la croifée. E ed le fanc-
tuaire , F le profil du Maître-Autel , G le chœur dans lequel ed exprimée l’élévation
des Halles , le lambris de revêtidement 8c la difpofition des tableaux qui doivent
décorer ce lieu.
Au-deflus de 1 Ordre Ionique s’élève la voûte fphérique en plein ceintre de la nef
& du lanéluaire. On y a pratiqué des croifées formant lunettes 8c féparées par des
arcs, doubleaux , qui tombent à plomb de chaque pilaffcre. Ces arcs doubleaux font
ornes de tables 8c de caflettes : on auroit dû les faire unis , ou les fubdivifer
(£•) Nous parlerons de ce peintre célébré dans le pre-
mier Chapitre du Volume fuivant >en faifantle dénombre-
ment des habiles Artiftes à qui le Roi donne le logement
au Louvre.
FçlireJei
Petit* Pe-
lit.
24 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
moins , le fuft des pilaftres n’ étant pas cannelé. Le chantournement de ces tables
imite la menuiferie , ce qu’il faut éviter; la voûte qui eft au-deflus du chœur eft de
charpente couverte de plâtre , pour les raifons que nous avons rapportées page 22.
Au-deflus des voûtes de maçonnerie fe voit le dévelopement intérieur de la char-
pente qui eft de même hauteur & de même alfemblage que celle delà Planche précé-
dente.
Elévation du Portail de tEglife des Petits Peres. Planche IV.
Ce portail a 63 pieds de hauteur , non compris le fronton , & 75 & demi de
largeur ; il eft compofé de deux Ordres de pilaftres , l'un Ionique , l’autre Corin-
thien. Le diamètre du premier eft de deux pieds dix pouces , celui du fécond de
deux pieds fix pouces , la hauteur de ce dernier étant égale à celle du premier ,
quoique plus communément on lui donne un module ou demi diamètre de moins.
Quoique la magnificence dans un monument facré femble être refervée pour les
Cathédrales & les grandes Eglifes Paroifliales, & que l’économie doive au contrai-
re préfider dans un édifice de l’efpece de celui dont nous parlons , cependant tous
les Connoifleurs fe réunifient à défirer que dans la rcz-dc-chauflee de ce portail
on eût préféré les colonnes aux pilaftres , le peu de faillie de ceux-ci paroiflant en
général trop bas relief. Ce défaut fe pouvoit d’autant mieux éviter qu’il y a au-de-
vant de ce frontifpice une place aflez confidérable en comparaifon de celles des
Eglifes de S. Gervais , de S. Sulpice , de l’Oratoire, &c. qui à la vérité ne peuvent fer-
vir d’autorité dans le cas dont il s’agit. D’ailleurs il faut obferver que l’entrée d’un.mo-
nument dont la grandeur & la hauteur des voûtes font toujours fort au-deflus d’un
bâtiment particulier, doit s’annoncer par les déhors, foit en n’employant qu’un
feul Ordre , foit en donnant du mouvement à fa décoration , foit enfin en évitant
trop d’uniformité dans fa compofition ; car malgré la retenue dont on doit ufer en
pareille occafion , il faut cependant fortir , dans l’ordonnance d’un portail , du genre
d’Architeélure qu’on employé ordinairement dans les bâtimens deftinés à l’habita-*
tion.
Un avant-corps qui monte de fond & qui eft de 38 pieds & demi de largeur,'
marque le milieu de ce frontifpice ; il eft percé au rez-de-chauflee d’un porte à plate-
bande enfermée dans une arcade feinte ; toutes deux font d’une proportion trop
courte & contraire à celle de l’Ordre Ionique , qui auroit dû leur donner le ton.
(Voyez la proportion des différentes portes,dans notre Introduélion, premier Volume
page 10p. ) D’ailleurs il falloit préférer une porte toute de menuiferie , qui eût rem-
pli l’arcade en plein ceintre , & fupprimer l’Attique & l’inferiptionque nous rappor-
tons ici, cette derniere auroit trouvé fa place au-deflus des petites portes collatérales:
D. O. M.
Virg. Dei-paræ.
Sacrum
Sub titulo de Vicloriis.
Pour donner à la porte réelle & à l’arcade feinte du milieu une plus heureufe
proportion , on auroit dû enfermer l’arcade dans une niche quarrée , qui ayant ré-
tréci leur largeur , leur auroit procuré une hauteur plus analogue à l’ordonnance
Ionique , ainfi qu’on l’a pratiqué à l’Ordre fupérieur. Au-deflus de l’Archivolte eft
fculpté un groupe de Chérubins portés fur des nuages ; ce groupe eft aflëz bien
exécuté , ainfi que tous les ornemens de ce portail , qui font de Charles Rebillé & de
Fournier , Sculpteurs de réputation dans ce genre.
Les deux portes collatérales placées dans les arrieres-corps font bien fupérieures à
celle
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V. if
celles du milieu , leur proportion , la répartition des membres d’Architeéture qui tgiift
les accompagnent , leurs ornemens , la correélion de leurs profils étant de toute rt™”
beauté , ce qui nous a déterminé à en donner les deffeins plus en grand dans la Plan-
che cinquième, Figure première.
Les pilallres des extrémités de l’avant-corps font écartés chacun de cinq modules;
ils auroient pû être accouplés, & difpofés d'une maniéré plus ingénieufe , l’ac-
couplement n 'étant difficile à mettre en pratique que dans l’Ordre Dorique ,
qui néanmoins a été préféré par le même Architeéle dans le portail des Barnabites,
(Voyez le deffein de ce portail ,Tom. II. pag. ioo.
L’entablement profile fur les retours de ces pilallres , ce qui ôte il ce portail un
caraétere ferme , toujours défirable dans un édifice du genre de celui dont nous par-
lons : cette confidération faitpréfererfouvent l’Ordre Dorique à l’ionique , ce der-
nier étant trop peu viril pour la décoration extérieure d’un Temple , à moins qu’il
ne foit queftion d’un monument confacré à la Virginité , où l’Ordre Ionique , côn-
fidéré par les Anciens comme un Ordre Féminin , peut être appliqué avec con-
venance. Il ell aifé de remarquer à S. Roch , à S. Gervais , aux Minimes, aux In-
valides , à 1 Oratoire , &c. que l’Ordre Dorique , que nous defirons ici par des raifcns
de bienféance , y a été préféré , quoique le plus fouvent il ait été éxécuté avec allé z
de négligence , mais du moins fon expreffion (impie & virile remplit-elle l’idée
qu’on doit fe. former de la décoration extérieure d’un édifice facré.
A chaque extrémité de ce portail , en voit un feul piiaftre qui ne nourrit pas
allez les parties anguleufes de cet édifice , & quoiqu’il foit réellement folide par les
corps d’Architeéture qui l’accompagnent , il a néanmoins befoin d’en avoir l’apna-
rence par la diftribution des Ordres ; d’ailleurs les retours de l’entablement fur
chacun de ces pilallres , & la pyramide qui s’élève au-deflùs , fervent encore à
rendre cette ordonnance plus légère , ce qui ne peut être approuvé ici : c’eft pour-
quoi il auroit été à délirer que ces pilallres fulfent accouplés. Sans doute que l'axe
des portes collatérales ayant été, donné , il a été difficile d’éviter ce reproche , mais
comme cette Eglife ell fans bas côtés , il faut convenir qu’il étoit polîible de tirer un
meilleur parti de cette décoration extérieure.
L’Ordre Corinthien & fes acconipagnemens font alfez heureufement diflribués ,
& font un alfez bel enfemble avec l’Ordre Ionique de delfous ; on peut cependant
obferver que la hauteur de l’Ordre fupérieur , qui ell égal à celui d’en bas , fait pa-
raître celui-ci trop court. Cet inconvénient ne feroit pas arrivé , fi on eut donné
un module de moins à l’Ordre Corinthien ; par-là le focle de dellùs l’entablement
Ionique auroit été plus élévé , & fa hauteur réelle n’eût pas été mafqaée en partie
par la faillie de la corniche Ionique.
L’entablement Corinthien retourne auffi fur les pilallres , ce qui produit un dé-
faut de fimétrie dans la diftribution des modifions de fa corniche ; ces retours mê-
me montent jufques dans le timpan du fronton , ce qui découpe l’ordonnance de
ce portail & lui donne en général un air mefquin , qui n’approche pas à beaucoup
près de l’entente & du caraétere exprelfif qu’on remarque dans les autres ouvrages
élevés par le célébré Architeéle qui a bâti ce frontifpice.
Ces obfervations , toutes équitables qu’elles paroilfent , me font àppercevoir
les écueils dont ell femée la carrière que je parcours ; je ne fens que trop que je
me mets dans le cas de déplaire à prefque tous nos Architeéles : en effet foit que
je les loue, foit que je les cenfure , puis-je me flatter de mériter leur approbation ?
Non fans doute : car telle ell la Angularité de l’amour propre , l’éloge le plus mar-
qué paraît toûjours fort inférieur au mérite des hommes , au conjure ils regardent
comme une fatyre la critique la plus légère ; mais comme je me voue au bien pu-
blic, je ferai toujours trop heureux fi mon zele peut y contribuer, & fi en parti-
Tome 111. Q
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
ECürt de, culier quelques perfonnes , que je révéré , veulent bien rendre juftice à la droiture
Pe““ fe' de mes intentions. J’ai d’autant plus lieu de l’efperer , qu’on a déjà dû s’appercevoir
que ce n’eft pas une vaine démangeaifon de critiquer qui me conduit aux remar-
ques que je me trouve obligé de faire , puifque je faifis avec plaifir toutes les occa-
Cons d’applaudir , étant perfuadé d’ailleurs que rien ne fait plus d’honneur à un Ob-
servateur que le refpeél qu’il témoigne pour les Artiftes d’un mérite véritablement
reconnu , puifqu’il Semble que nous ne fçaurions être bien convaincus de ce qu’ils
valent, que nous ne Soyons nous-mêmes de quelque valeur , & que l’eftime que
nous faifons de leurs ouvrages , quand elle eft bien fondée , nous met en quelque
forte à leur niveau.
Explication des Figures repréfentées Jùr la Planche V.
La Figure première donne en grand une des portes collatérales du portail : il
Sera aifé d’en connoître les dimenfions par l’échelle ; à l’égard des profils de ces por-
tes , on les trouvera plus détaillés dans le huitième Volume.
La Figure deuxieme donne auffi plus en grandie defTein d’une des quatre tribunes
placées dans la croifée de l’intérieur de SEgiife. L’échelle de la Figure première
eft commune à celle-ci , la gravure n’a pû rendre , à beaucoup près , la beauté de
l’exécution de ces deux deffeins , mais j’ofe avancer que ce Sont autant de chef-d’œu-
vres que l’on ne fçauroit trop examiner , pour Se former un goût jufte & pré-
cis des régies de la bonne Architeélure , principalement la partie inférieure de
la Figure première & la partie Supérieure de la Figure deuxieme.
Pii
:ljn.
Avec une
PLAN du liez, de ( haussée de l'Ecjlise des Petits Per es, près la Pince des TA claires,
e partie des Balimens qui l'environnent, commencée a lu tir pur Gabriel le Due ef finie parÆ. ( arlmnl, AreJiileele du Roi
Jardin.
Rue
Nob-e -Dame
TJe/vires.
Parlietdieres .
L,v.TrNnri.pLj.
, --- — ' ~
COUPE SU R LA LARGEUR DE L EGLISE DES PETITS PERLS/RR1SL DANS LE PLAN
STTR LA LIGNE AB .
tiriÉMÉPM
COUPE SUlt LA LONGUEUR DE l' EGLISE DES
fur.
Pla/t et Elévation du Portail do [Eglise des- R R. PP. Æutusdns déchaussés ,
nonuna) les Petits -Per'es, près la Place, des Victoires, 'a. P arts ,vâti stades desseuls deJ
M. CartaudfA rcJiitecte du Roy > en'lJ3 ÿ .
EcÀe//c de û i ô) 4 d 6- toises
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i y. V.
*7
CHAPITRE VIL
Defcriptioti de L’ Hôtel de Touloufe , fitud rue de la Vrilliere , près la Place
des Victoires.
CE T Hôtel n’étoit auparavant qu’une maifon particulière , qui fut bâtie en
1620 furies deffeins de François Manfard (a) pour Raimond Phelipeaux , Sièiir
d’Heriaut, de la Vrilliere & du, Verger , Secrétaire d’Etat. Elle fut vendue en 170;
à M. Rouiller , Maître des Requêtes de l’Hôtel , &c. En 1713 , S. A. S. Monfei-
gneur le Comte de Touloufe 1 acheta & y “fit faire des augmentations confidéra-
bles, qui ne furent achevées qu’en 1719. M. de Cotte -(b) , premier Architeéle du
Roi, en fut chargé. Cet Hôtel appartient aujourd’hui à M. le Duc de Penthievre 1
Grand Amiral de France , fils de M. le Comte de Touloufe.
Plan général au rez-de-chaujpe des bdtimens , cour & jardin de FHôtel de
Touloufe. Planche Première*
Le principal corps de logis de cet Hôtel , ainfi que ceux deftinés pdur les Domefti-
ques , etoient dans leur origine enfermés dans un terrain allez borné • mais les ac-
quérions que M. le Comte de Touloufe fit dans la fuite , fournirent les
moyens d’éléver de nouveaux bâtimens, & d'y procurer toutes les commodités né-
ce flaires : néanmoins l’obliquité des rues qui forment d’un côté l’enceinte des dé-
pendances de cet Hôtel , a rendu les diftributions des baffes cours allez irrégulières,
& a limité leur elpace ; ce qui a été caufe que l’on a été forcé de pratiquer fous
terre la plus grande partie des écuries , dans lefquelles on defeend par les rampes
A , A , & de partager les cuifines & les offices en différens endroits. Il eût été mieux
fans doute de raffembler féparèment les bâtimens de la bouche , des remifes & des
écuries , aufli-bien que le logement des différens Officiers attachés à la maifon ;
par-là on eut procuré plus d'ordre pour le fervice , donné plus d’agrément au bâti-
ment , & produit plus de fimétrie dans la diftributiôn du plan ; mais on n’eft pas
toujours le maître d’acquérir un terrain régulier & fpacieux. C’eft pourquoi nous
avons crû devoir donner le plan général de cet Hôtel , qui n’avoit pas encore été
grave , afin de préfenter une idée de l’immenfité des dépendances qui font du ref-
fort d’un édifice de cette importance, quoiqu’irrégulier , afin que dans d’autres oc-
cafions , on cherche à appliquer avec plus davantage ces différens départemens ,
principalement lorfqu on bâtit à neuf ; car autrement on ne doit pas s’attendre à
une régularité fcrupuleufe , ainfi que nous l’avons remarqué en parlant de l’Hôtel
de Soubife Tome II , Liv. IV. Chapitre XVIII. ) qui s’eft trouvé dans le même cas
lui dont nous parlons , pour ce qui regarde les baffes cours , &c.
Si la fujettion du terrain autorife en quelque forte l’irrégularité des baffes cours
de cet Hôtel , où les enfilades en général & l’uniformité de la décoration paroif-
lent peu néceffaires , du moins cette irrégularité n’eft-elle pas excufable dans la
diftnbution générale du principal corps-de-logis & dans l’ordonnance des façades.
Cet Hôtel, en faveur delaricheiïe des dedans , fembloit exiger qu’on reconnût
par ralpeét des dehors la magnificence intérieure, & que l’Architeéture extérieure
annonçantes loix fondamentales de l’Art, que François Manfard a affez générale-
ment obfervées dans toutes fes produétions , mais qui à bien des égards ont été né-
gligées ici , ainfi que nous le remarquerons en fon lieu.
IT(? I,°yv " ,qT n0US aV0”S dk de C“ Archkefte > T‘ (*) Voyez ce que nous ayons dit de cet Alchitefle , T
11. p. 02. Mot. (a). I. p, 2 jj o. Not. (a).
Hétd de
Touloufe.
I.
tes
K ; ;
■ Il
ARCHITECTURE FRANÇOIS E~ L i v. V.
HJitUs R‘en ne ^eroit fans doute plus agréable pour nous que de n être pas obligés de
Touiouio. relever fi fréquemment les erreurs qu’on remarque dans nos bâtimens , mais je croi-
rais manquer à mes engagemens , fi par quelque confidération particulière , je crai-
gnois de taire appercevoir celles qu’ii convient même d’éviter dans nos maifons à
loyer. Au refie nous croyons avoir déjà averti, que dans les obl’ervations que nous fai-
fons fur les différens édifices, l’Auteur n’avoit abfolument rien de commun avec l’ou-
vrage ; c’eft pourquoi fans vouloir diminuer la réputation des Architeéles , qui dans
bien des occafions ont montré une très-grande fupériorité , & en fuivantle but que je
me fuis propofé dans ce recueil , je me vois forcé de relever leurs inadvertances ;
d’ailleurs la plupart de ces Arcbiteéles, en mettant leurs produélions au grand jour,
ne Font ils pas permis tacitement, & ne fe font-ils pas en quelque forte lbumis vo-
lontairement à l'examen que je fais ici ! Je ne puis donc me perfuader, qu’en in-
diquant fans aigreur les licences dans lefquelles font tombés la plupart des nôtres ,
on m’impute quelques perfonaiités. Ainfi dans l’intention de faire éviter les défauts
eifentiels , & non de cenfurer , je remarque qu’il étoit indifpenfable de mettre une ou-
verture à la place de la niche B , afin que par l'enfilade CD , on eut découvert non-
feulement l’intérieur de la cour , mais que les perfonnes qui occuperaient les appar-
tenons du rez-de-chauffée , profitaffent d’un percé de plus de i yo toifes qui offre l’af-
peél de la place , & celui de la ftatue de Louis XIV : monument qui devoit engager
l’Architeéle à mettre tout enufage pour en procurer le cAip d’œil dans tout l’inté-
rieur de cet Hôtel. En effet il n’eft pas concevable qu’on ait pû manquer ce point
de vue ; il eft vrai que cette enfilade n’eut pas aligné le milieu du jardin , mais en
affujettilfant la forme des charmilles à cet alignement CD , & à l’axe du jardin EF ,
elle n’eut pas moins produit un bon effet. Au relie cet axe , comme on peut le
remarquer , donne auffi dans un trumeau vers F , plutôt que dans un percé ; irrégu-
larité vicieufe ,& qui ne doit jamais être imitée, quoique ce même défaut fe trouve
dans un de nos plus grands édifices , à Paris , ainfi que nous l’avons remarqué au
Tome premier de cet ouvrage , page 26"/.
La diftribution des appartenons ell d’ailleurs affez bien percée ; les principales piè-
ces font grandes & fpacieufes , l’efcalier magnifique , précédé d’un veftibule & d’un
périllile , le tout décoré & orné relativement à la richeffe répandue dans l’intérieur
de cet Hôtel.
L’aile de bâtiment en retour fur le jardin étoit ci-devant une orangerie au rez-
de-chauffée , on y a pratiqué depuis quelques années un appartement privé pour Ma-
dame la Ducheffe de Penthievre : cet appartement contient toutes les commodités
relatives à fon ufage , & eft décoré avec beaucoup de nobleffe & de goût. Cette aile
de bâtiment , dans laquelle, au premier étage , fe trouve une magnifique gallerie, dont
nous parlerons dans fon lieu , devoit fimétrifer à une autre aile , dont on voit ici le
commencement dans le piédroit G , qui fait parpin avec le mur de face , & qui eft
auffi exprimé dans l’élévation du côté du jardin, Planche V. Cette aile devoit for-
mer une gallerie qui aurait fervi de bibliothèque, & fa décoration extérieure aurait
procuré une uniformité très-agréable au jardin , qui aujourd'hui eft terminé d’unepart
par une façade de bâtiment , & de l’autre par une allée d’arbres.
Le nom des pièces défignées fur cette Planche annonce vifiblement leur ufage.
Nous remarquerons feulement qu’on a fait des changemens dans quelques-unes de
ces pièces , comme on le peut obferver en comparant ce plan avec celui de la
Planche deuxieme , qui ayant été gravée anciennement , nous donne la diftribution
du corps de logis dans l’état où il le trouvoit après que M. de Cotte l’eut réparé en
1719 , & dont nous allons parler.
ARCHITECTURE FRANÇOI S E , Li v. V.
Plan au rez-de-chaujfée du principal corps-de-logis de l’Hôtel de Touloufe.
Planche IL
Nous remarquerons que la cour principale de cet Hôtel ell trop petite pourl’éten- Hôtel Jfe
due des bâtimens, & que lorfque quelque confidération détermine à cette économie , To“louft:
au moins faut-il proportionner la hauteur des bâtimens au diamètre des cours ; au-
trement l’afpeét de l’édifice paraît trille , & l’intérieur des appartemens fombre :
ce qui loin d’annoncer aux étrangers la demeure d'un grand Seigneur , ne leur pré-
fente dans les dehors qu’une maifon habitée par un particulier. Nous obferverons en-
core que les périftiles , qui font toûjours un bon effet dans une maifon confidérable ,
ne doivent néanmoins entrer pour quelque chofe dans la diflribution d’un plan que
lorfqu’ils procurent des communications pour arriver à couvert dans l’intérieur des
principales pièces : que fans cela cette dépenfe faftueufe efl plutôt uh abus qu’une
beauté réelle , ainfi que nous l’avons obfervé en parlant de l’Hôtel de Soubife & du
Luxembourg. Au relie il eut été facile d’éviter ici cet inconvénient , en faifant dégager
ces périftiles dans les baffes cours; parce moyen les Maîtres feraient defeendus à cou-
vert , & les équipages auraient communiqué dans ces mêmes baffes cours , fans être
obliges de fortir dans la rue pour y arriver. Ces percés d’ailleurs auroient femblé
procurer plus d’elpace à la cour principale , & auroient donné à connoître l’étendue
des dépendances de cet Hôtel.
Le grand efcalier eft très-Ipacieux & décoré avec magnificence. (Voyez les c<3u-
pes de cet efcalier dans le feptieme Volume.) Nous remarquerons néanmoins què
fa fituation eft trop ignorée de l’entrée du bâtiment ; d’ailleurs , contre tout précepte
de convenance , il eft placé à gauche. (Voyez ce que nous 'avons dit concernant les
efcaliers dans l’Introduèlion , premier Volume , page 39. )
Les pièces fituées du côté du jardin , & qui pour la plûpart font comprifes entre
deux murs de face , différent du plan précédent en ce que dans la grande anti-cham-
bre, vers l’efcalier, on a pratiqué une Chapelle , & dans la pièce nommée Sallon ,
une chambre de parade, qui communique au nouvel appartement pratiqué fous la
grande gallerie.
De la fille d’audience on a fait la falle des Amiraux , ainfi nommée parce que
dans les lambris qui décorent le pourtour de cette piece , font encaftrés les portraits
de tous les Amiraux & des Sur-Intendans de la navigation , au nombre de <5l , depuis
Plurent de Varenne , jufquà S. A. S. M. le Duc de Penthievre.
Enfin de la chambre de parade , on a fait la falle des Rois de France , dans laquelle
d’après les médailles , les ftatues & les portraits originaux , on a peint nos Rois de-
puis la première Race jufqu’à préfent. Ces tableaux font auffi encaftrés dans les lam-
bris du pourtour de cette piece.
Plan du premier étage du principal corps - de - logis de l’Hôtel de Touloujè,
Planche III. .
Ce plan a fouffert auffi quelques changefnens dans fa diflribution , mais comme
ce n’eft que dans de petites pièces , nous ne jugeons pas qu’il foit néceffaire d’en faire
ici mention.
La beauté des appartemens de cet étage confïfte dans la grandeur & dans la
magnificence des pièces qui donnent du côté du jardin. On y trouve ce que les
beaux arts ont fait éclorre dans le fiecle dernier de plus excellent dans tous les gen-
res , foit en belles tapilferies & en meubles de très-grand prix , foit en bronzes ,
marbres , peinture , fculpture , &c. & quoiqu’ils foient d’un goût déjà un peu an-
Tome lll. H
— fi!
ARCHITECTURE F R A N Ç O I SE, L i v. V.
Hôtel Je cien , félon quelques-uns , ils font dignes néanmoins de l 'étude des jeunes Artiftes, de
Touioufe. 1,attention des Connoiffeurs & de l'admiration des Etrangers. La grande gallene, en-
tr’autres , dont nous donnerons une defcription détaillée & les décorations dans le
fepdeme Volume , & dont on voit un arrachement dans ce plan , demande une
attention toute particulière. . „
L’aîle qui eft à la droite de la cour a fouffert peu de changement ; celle qui elt
à gauche a été entièrement reftaurée & embellie d’une nouvelle décoration II y a
dans cette derniere aile un petit appartement privé pour M. le Duc de Pent.iievre ,
dans lequel font compris une Chapelle, une tribune, un oratoire , des cabinets,
des garderobes , &c. le tout très-ingenieufement diftribue , & décoré avec une re-
tenue qui ne le relient point du torrent du llecle.
Elévation de la façade de l'Hôtel de Touioufe du. côté de la cour.
Planche IV.
Cette Planche offre l'élévation du principal corps-de-logis du cote de hcour,
avec la coupe des deux ailes oh font placés les pénibles au rez-de-chauffee , &
une partie des baffes cours , qui fe trouvent comprifes fur la ligne AB , Bian-
L’élévation de la cour nous fait voir le trumeau qu’on a affeéle dans le milieu de
cette façade , tant au rez-de-chauffée , qu’au premier étage , au lieu des perces que
nous avons déf.ré ci-devant. Il eft vrai que dans cette Planche il paraît une crc.fee
réelle au premier étage , mais dans la deuxieme & fixieme Planche , on reconnoit
quelle n’eft que feinte , contre toute idée de vraifemblance. Au relie ce n elt pas
ici la feule inadvertance que nous ayons à reprocher dans l’ordonnance de cette dé-
coration. Nous remarquerons que le rez-de-chauffée de ce bâtiment tenant ici lieu
de foubaffement , il étoit inutile non-feulement d’employer un entablement Dorique
d’une diftribution irrégulière, mais qu’il convenoit aulli de fupprimerles deux pilaftres
de cet Ordre , non-feulement parce qu’ils paroiffent chétifs , leur diamètre étant trop
peu confidérable,mais encore parce qu’ils font feuls dans tout le pourtour de cette cour
qui eft revêtue d’une Architeélure contraire à la fimplicité de cet Ordre & a Ion cara-
tere viril. Doit-il paraître arbitraire d’affembler diflferens genres d Architeélure (eus
un même entablement, & de mettre des percés, tantôt d’une proportion elegante,
tantôt moyenne , ou tantôt maffive 1 Non fans doute. Que les formes de ces perces
foient diffemblables , quand il y aura des avant-corps qui autoriferont cette variété ,
& lorfque l’on croira par là défigner utilement les parties principales d un édifice ,
à la bonne heure ! Mais du moins eft-il certain , que fans cette cireonitance , U elt
effentiel que chacune de ces ouvertures ait une largeur & une proportion unifor-
mes , fans quoi le défordre tient la place de la fimétrie & de la convenance , & cer-
tainement ce déréglement eft diamétralement oppofé aux principes du bon goût, <3C
aux réglés fondamentales de la bonne Architeélure. .
Ces remarques paroîtront peut-être un peu févéres , l’édifice dont nous parlons
ayant été élévé par un homme du premier mérite , mais encore une lois , comment
inftruire & fe taire ? Au relie une critique fondée furies principes de 1 art ne oit
point paraître injufte , il n’y a que celle qui porte à faux qui puiffe bleller , <X je
me garderai toujours de mettre de la partialité dans mes obfervations , qui lent , au-
tant que je le puis précédées ou fume; d’éloges qui les rendent moins dures ,
d’autant mieux fondées que dans toutes les elpeces de bâtiment que je décris ,
il fe rencontre desbeautés conformes aux préceptes , & fouvent des licences qui ne
font mifes en œuvre que par néceflité.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V. 3r
Le premier étage de cette façade eft généralement plus régulier, principalement Hit-uv
dans les arriérés corps ; car nous remarquerons que les petites chaînes de refends, 1
les grandes tables , la moyenne croifée , enfin un certain caraétere dé péfanteur
qui régné dans tout l’avant-corps , font autant de licences qu’il faut éviter , la con-
tradiction dans une même ordonnance de bâtiment n’étant jamais tolérable.
Les lettres A indiquent les ailes en retour fur la cour, où font exprimés les pé-
riftiles dont nous avons parlé ; leur décoration intérieure eft traitée dans un goût
affez convenable à leur ufage. On auroit pû cependant y fupprimer les confoles ,
ou encorbellemens qui foûtiennent la portée des poutres , foit en faifant les murs
plus épais , foit en affeélant de former une calotte très-plate en plâtre , qui auroit
terminé ces plafonds en maniéré de voûte , & qui en même tems auroit exDrimé
une conftruélion & une décoration plus rélatives ces fortes de pièces ; fans com-
pter l’avantage d’éviter les petites parties , qui dans les ouvrages conftruits en pierre ,
font toujours un effet défagréable & contraire au caraélere de folidité qui con-
vient à cette matière.
La façade B montre la décoration d’une des baffes cours des cuifines , & la coupe
C indique l’intérieur d’une des ailes , dans laquelle font diftribués les logemens
d’une partie des Officiers de cet Hôtel.
La coupe D préfente une partie des garderobes , qui appartiennent à l’apparte-
ment de parade placé au rez-de-chauffée. (Voyez la Planche première.)
Elévation de l’Hôtel de Touloujè du côté du jardin. Planche V.
Quoique cette élévation foit aiïujettie à une même hauteur d’entablement que
!a précédente, elle en différé cependant en ce qu’on a fupprimé les trigliphes dans
celui qui couronne l’étage au rez-de-chaulfée , ce qui donne plus de /implicite à ce
foubalîement , & conferve d’autant mieux fon caraétere , que l’Ordre Dorique y eft
fiipprimé. Cependant on peut remarquer engénéral quele trumeau affeété dansle mi-
lieu de l’avant-corps , la diftribution de fes membres d’Architeélure & les écoinçons
de fes encoignures , forment un contrafte condamnable , furtout quand on compare
ces derniers avec la fragilité destrumeaux des arrieres-corps, & lorfqu'on leur oppofe
la largeur immenfe de ceux de l’aile en retour du côté du jardin , ( Voyez la Plan-
che VI. ) parce que cette diverfité d’ordonnances forme autant d’Architeétures diffé-
rentes, qui ne doivent jamais appartenir à une même façade.
La pénétration que le linteau fupérieur des chambranles forme avec l’Architrave ,
eft encore une licence condamnable , ainfi que l’affeétation des arrieres-corps qui
accompagnent le piédroit de ces chambranles. En effet ce double corps tend à
divifer la largeur des trumeaux , qui étant trop étroits acquièrent une légéreté con-
traire à l’apparence de la folidité ; car on doit faire attention qu’il ne fuffit pas que
la folidité foit réelle dans un bâtiment , mais qu’il faut encore qu’elle fe manifefte
dans la répartition des membres d’Architeélure qui ccmpofent fa décoration.
Il eft même à remarquer que ces arrieres-corps fervent à rendre trop fvelte l’ac-
compagnement de chaque croifée , par l’affeélation des congés qu’on a placés
fur chaque corniche au premier étage , fans oublier que ces corniches étant com-
prifes dans l’architrave , procurent une aproximation vicieufe qui ne laiffe aucun
repos à l’eiitablement , quoique dans tous les cas il doive être confervé libre fans
aucune interruption. Pour rémedier à la forme déliée des trumeaux de l'étage fu-
périeur , il auroit fallu fur l’entablement du foubaiîèment exprimer une retraite de
iS pouces de hauteur , qui auroit marqué le fruit extérieur des murs de face , &
qui en ayant racourci les croifées , auroit contribué à fortifier les intervalles qui
doivent fe remarquer entre les vuides fupérieurs des croifées du rez-de-chauffée &
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv.
les appTis du premier étage ; d’ailleurs ces ouvertures au premier etage ayant ete
Toul°ufe' racourcies pour leur conferver une proportion convenable , il en ferait refulte une
plus grande largeur au trumeau , ce qui aurait évité tous les defauts dont nous venons
dE En général les combles font trop élévés fur ce bâtiment, ils paroiffent écrafer
l'édifice , qui étant fimple, c’eft-à-dire compris entre deux murs de face, exige
d’autant moins de hauteur que dans une maifon d’importance les greniers font mu-
tiles , & même contraires à la convenance ; d ailleurs 1 exhauffement de ces com-
bles ne fert qu’àobfcurcir la cour, qui occupant peu d efpace, demandait qu on cou-
vrit le corps-de-logis à l’Italienne , ou du moins par des combles tres-peu eleves ,
ainfi qu’on l’a pratiqué fur les ailes de la cour. ( Voyez la Planche VI. )
A^ l’extrémité de cette élévation , on voit en A la coupe de 1 aile du cote
du jardin, dans le rez-de-chau(Tée de laquelle on a pratique les appartenons dont
nous avons déjà parlé. Au-delTus eft l’intérieur de la gallene , telle quelle etoit
autrefois avant la nouvelle décoration qu’on y a faite en 1715) , & que nous donne-
rons dans le feptieme Volume.
Coupe du principal corps-de-logis de l’HStel de Touffe, & élévation des ailes de Miment
r du côté de la cour & du jardin. Planche VI.
La coupe marquée A eft'prife dans le plan ( Planche deuxieme ,) fur la ligne
CD elle préfente la profondeur du principal corps-de-logis. L en voit au rez de
chauffée la piece fur les lambris de laquelle font diftribués les portraits des Rois de
France , & dont nous avons déjà parlé : on n’en a point indique ici la décoration ,
parce que toutes les Planches de cet Hôtel, ( à l’exception ce la première) ont ete
eravée's anciennement. Au relie comme cette coupe eft petite , & 1 ordonnance de
cette piece d’un deffein fort indifférent , ces changemens nous ont paru peu impor-
tans La décoration intérieure de la piece du premier étage eft telle qu elle fe voir
ici. Au-deffus eft exprimé le développement du comble dont nous venons de re-
TÎÜESïïSS du principal f
pofé àgauche de la cour ; c’eft ce dernier qui donne entree a tout 1 inteneur de ce
bâtiment, ce qui afait fans doute préférer les arcades au rez-de-chauffee & qu.auro r
dû porter à les feindre dans les arriérés corps de la principale façade du co ^
cour ( Voyez la Planche IV. ) Car , ainfi que nous 1 avons déjà observe , ce different
genre d’ordonnance , fous un même entablement & dans un édifice de peu d éten-
due produit de petites parties , dont la fimilitude répond imparfaitement a idee
™d,Soit fc former do 1. demeure d'un prend Seigneur. En efet, en ‘“I*
’> porte D . 1. myon eimel du Sprftaeur “bjf£X ,‘l ) 1 „ Md! i
pavillons F, & les arriérés corps G , (Voyez la Planche n ; la
ordonnance , divifant les parties qui compofent la décoration de ces laça , P
porte de la confufion , & ôte à ce bâtiment un certain air de grandeur qu un on
Architeéle doit toujours affeéler, même dans les plus petites occafions qu il a d exer-
C£ Les arcades du rez-de-chauffée de ces pavillons font trop peu élévées pour leur
largeur; f, d’un coté le caraétere de foubaffement quon a donne a cet e âge ies
aurarife, de l’autre, l’expreffion Dorique, qui en détermine i ordonnance e^
geoit une proportion moins ruftiqut e; car comment; al [lier cette p report
fie avec la richeffes des trigliphes , la légèreté des corps der
lité des membres d’Architefture qui compofent les impolies , les archivoltes ,
les chambranles, &c. < Comment pouvoir enfin conciÜer la nchelle des ornemens
TfaiJoihr T^oiàuieô'
Salit? d&S
R.OUC de Franc
V27/<v*
Grand
Escalier
Cour de
CituùneJ
Perl J tille
Cuiéuie
'UVfS
reaux
CuuUne
\renu4es
Leur <
ded Offices
Remiées
j Clntu/uvnl a
Cour
'■■.Herniée
\Renuées
Ce Cour de
Remises .
^R.enuéeé
Ecurie
j Remises
Serre humour
JlafSe i ourdi
JL eu ries .
mcuujer
Ctùuie
\Cuuiitiè\
u, car te
Lim. T'm° VllPta/whn ir *
df fan (j encra l du -reoc de c/iaajiee
Ses Rahmens, Cours, et Jardin, de IHotet de Toulouse-,
% Cl Parfs .
j24
jTirrn]
ii '
: J reMi
! Imle
É jint' ‘
r"
ms
LJ
m
l itijuie
Mr
Chambre "*
h_ i\. JÊÊL
i^sÉe
j ? • . . . --j. ^ . «, • £ J
vires commences en id$5 paï-
en Due de la Fiieilla.de, ,P ait~
’iere'e emô8Q sur les desseins de
' rintcnd ■ des Bâtiment du Iè a y.
C. (-r rouvre j de y Colonnes Dortyu. \
disposées en trianale y tu por/etcnl des
corniches architraves s avec des ,r --
ni orù ssemens en i/o roc , sur les tjuels
ebrient de.i Pan eau o: de Iranxe derré
do r niou/tt y ut servaient a eclairer/j I
yo lace rendant la nuit mais y tu ont |
été détruit en i/id .
8 j/ io toises
AR CHITECTURE FRANÇOISE, Liv
des claveaux & des trophées qui fe remarque ici avec la péfanteur des trumeaux vtêt A <rè
de ces pavillons , qui forme un contratle qu’il faut toujours éviter ? Le rez-de- ^ou,ouft'’
chaulfee des ailes marquées E eft traite avec plus de retenue, cependant nous obferve-
rons que les aichivoltes n auroient pas dû retourner lur les impolies , que les tables
des piédroits de ces arcades imitent trop la menuiferie , & que les niches & les
bulles qui font placés entre chaque archivolte , expriment des cavités , & une ri-
chelfe contraire à la limplicité d’un foubafîèment & à la virilité Dorique.
^.La lettre D indique la coupe de la porte de cet Hôtel , dont l’ordonnance du
cote de la rue , eft regardee des ConnoiiTeurs comme un chef-d’œuvre de François
Manfard. ( Voyez la décoration de cette porte dans le Chapitre fuivant, Planche
deuxieme, &dans les Delices de Paris , Planches n j 8c 114.)
L aile. B du cote du jardin annonce une partie de la façade , qui comprend dans
ion intérieur, au rez-de-chaulfée, le nouvel appartement de Madame la Duchelfe de
Penthievre , ( Voyez la Planche première ) & au premier étage , là grande gallerie
de cet Hôtel , dont nous avons déjà parlé. Cette façade eft traitée extérieurement
dune maniéré relative à fon ufage primitif. Le rez-de-chaulfée eft décoré d’arca-
des, de grands trumeaux, dénichés, &c. qui expriment la folidité apparente &
necelfaire a une piece qui , dans fon origine , étoit deftinée à former une orangerie ,
& qui d ailleurs a toujours dû fervir de foubalfement au premier étage , dont l’in-
terieur, renfermant une piece décorée de grands tableaux, avoit aüffi befoin de
trumeaux fpacieux pour les y diftribuer en dedans d’une maniéré convenable. Nous
remarquerons cependant , en général , que l’ordonnance de cette façade, dont les
mallds font conliderables , eft compofée de trop petites parties , qu’il falloit au moins
continuer les piédeftaux des niches du premier étage , pour fervir d’appui auxcroi-
fees, qui defcendant jufques fur la corniche , forment une difcontinuité des parties
horizontales , qui nuit à 1 uniiîon. D’un autre côté les impolies continues des arca-
des du rez-de-chaulfée divifent avec trop d’égalité la hauteur du foubalTement , en-
fin les tables affrétées dans les piédroits & autour des archivoltes , font un abus qu’on
devroit éviter dans une Architeélure grave 8c régulière.
Tome JH.
ARCHITECTURE F R A N ÇOI S E , L i v. V.
CHAPITRE VIII-
Dcfcription de la Place des Villoires , Quartier Montmartre.
ETTE Place fut confacrée à la mémoire de Louis XIV, par le Maréchal
_ Duc de la Feuilladc. Ce Seigneur ayant acheté , en 1685 , l’Hôtel de Semcterre ,
engagea le Corps de Ville de Paris à acquérir l'Hôtel d’Emery & plufieurs. autres
maifons , afin d’ériger de concert ce monument public à la gloire du plus grand
des Monarques que la France ait jamais eû. Jules Hardouin Manfard, dont nous
avons parlé Tome II. p. 141. Not. a, en donna les deffeins. Le fieur Prédot fut chargé
par le Corps de Ville de l’exécution des bâtimens qui entourent cette Place , Sc
le Maréchal Duc de la Feuillade confia à Desjardins , Sculpteur célébré , celle de
la Statue pédeftre qui eft au milieu & dont nous parlerons dans fon lieu.
Cette Place , une des mieux percées de Paris , eft néanmoins d’un diamètre très-
peu confidérable , en comparaifon de celle de Louis le Grand & de la Place Roya-
le • mais en faveur de fes iiïùes & du quartier vivant où elle eft lituée , elle l’em-
porte de beaucoup fur celles que nous venons de nommer.
Plan de la Place des Viftoires. Planche Première.
Cette Place , de forme circulaire pour la plus grande partie , a de diamètre qua-
rante toifes ; elle eft ouverte par fix rues qui viennent y aboutir , dont celle des FoJfés
Montmartre , celle de la Feuillade & celle des petits-Champs, ont une longueur très-
confidérable : ces rues qui répondent à différens Quartiers de la Ville , annoncent
de fort loin au peuple le magnifique monument qui décore cette Capitale.
L’Hôtel de Touloufe,fitué en face delà petite rue de la Vrilliere , qui aligne celle
desFoiïes Montmartre , contribue auffi beaucoup à rembellilTement de cette Place,
auffi-bien que plufieurs autres beaux Hôtels , dont les entrées font pratiquées fur le
mur droit qui conduit de la rue du petit repofoir à la rue vuide-gouiîèt , du nombre
defquels eft célui de M. de S. Albin , Archevêque de Cambrai (a) , & dont la porte
principale eft marquée D dans ce plan.
Au milieu de cette place fut élévé le 18 Mars 1686, la Statue pedeftre dont
nous venons de parler. Elle porte 1 3 pieds de haut , & eft foûtenue fur un piedef-
tal de 1 2 pieds d’élévation. Ce piédeftal eft de marbre blanc veiné , & de forme
quadrangulaire , enfermé dans une elpace de trente pieds de diamètre , pave de
marbre de couleur à compartiment , & bordé d’une grille de fer d environ cinq
pieds de hauteur.
Cette Statue eft couronnée par la Renommée , pofée fur un globe. Louis XI V eft
revêtu de l’habit que portent nos Rois à la cérémonie de leur Sacre , & femble
fouler aux pieds le chien Cerbere, dont les trois têtes defignent la triple alliance
formée par les ennemis de la France. .Tout ce groupe eft de métal dore à 1 huile :
il a été , ainfi que les ornemens du piédeftal, compofé & execute par Desjardins ,
Sculpteur de l’Académie Royale , dont nous avons déjà fait mention dans le IL Volu-
me ,page 1 y 2. Note a. La Figure pédeftre, la Renommée & fes attributs ont ete cou-
lés d’un feul jet, & Ton prétend qu’il y eft entré environ 30 milliers de matière.
Sur le plinthe qui foûtient ce groupe , eft cette infcription :
(a) Cet Hôtel a apartenu autrefois à François de l’ Ho- Il’paffa enfuite à Madame Chaumont , & enfin il a ete
puai du Halier , Maréchal de France : il fut enfuite ac- acheté par M. de S. Albin, qui a fort embelli cet Hôtel
quis par Simon Arnaud, Marquis de Pomponne , &c ; après fur les deffeins de Gilles Oppenort , un des plus grands
fa mort il paffa à fon fils, qui , en 1 7 1 4 , le vendit à Mi- Deffinateurs que nous ayons eu , & dont nous avons parlé
c/if/ UcHflier» Tréforier Général des Etats de Languedoc. Tome II. page _55). &fuiv.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, L i v. V.
3>
VIRO IMMORTALI.
Le piédeftal dans fes quatre faces eft orné de bas reliefs ; fa corniche efl ioûtenue
par huit confoles , entre lefquelles font les armes du Roi. Au-deffous de ce piédeftal
eft un foubaifement dans les deux principales faces duquel font aufft deux grands
bas reliefs , accompagnés d’infcriptions latines & Françoifes ; nous ne rapporterons
que celle qui fert de Dédicace , & qui explique leiujet de tout l’ouvrage.
LUDOVICO M A G N O ;
PATRI EXERCITUUMj
. ET DUCTORI
SEMPER FELICI.
Domitis hostibus. Protectis sociis. Adjectis
IMPERIO FOR-TISSIMIS POPULIS. ExTRUCTIS AD
TUTELAM FINIUM FIRMISSIMIS ARCIBUS.
OCEANO ET MEDITERRANEO INTER SE JUNCTIS,
PRÆDARI VETITIS TOTO MARI PlRATIS.
Emendatis legibus. Deleta^Calviniana
ImPIETATE. CoMPULSiS AD REVERENTIAM
NoMINIS GENTIBUS REMOTISSIMIS. CuNCTIS
QUE SUMMA PROVIDENTIA ET VIRTUTE
DOMI FORISQUE COMPOSITIS.
FraNciscus Vicècomes d’Aubusson, Dux de
LA FeuILLADE , EX FrANCIÆ PaRIBUS , ET TRIBUNIS
EQUITUM UNUS , IN AlLOBROGIBUS PrOREX, ET
Prætorianorum peditum præfectus.
Ad memoriam posteritatis semfiternam
P. D. C. i68d.
Aux angles du foubaflement , fur quatre corps avancés , font autant d’efciaves de
bronze antique , de r 2 pieds de proportion. Ces efclaves paroiftent enchainés au pié-
deftal, leurs vêtemens & leurs attributs font connoître les différentes Nations dont là
France triompha fous le régné de Louis le Grand.
Tout ce monument eft d’une belle exécution & d’une compolîtion très-ingénieufe.
Ne pourroit-on pas trouver cependant qu’en général les allégories , les attributs
& les infcriptions y font un peu forcées ? Il femble , & je crois l’avoir dit ail-
leurs , que les aérions d’un lieras défignées par des bas - réliefs lîgnificàtifs ,
devraient paroître fuffifans pour exprimer les fimboles d’un monument élevé dans
une Capitale , le centre de la politefle Françoife : & que des infcriptions , lorf-
qu’elles font peu mefurées , fervent plutôt à montrer l’o(lentation ridicule des
Citoyens , que les vertus fociales que nous enfeigne l’urbanité. Quoiqu’il en foit ,
ces infcriptions , qui ont été rendues publiques par pluiieurs Auteurs , furent com-
pofees par François Séraphin Régnier Defmarêts , Secrétaire perpétuel de l’Académie
Françoife , & préférées ( par un zélé indifcret de la part de M. le Maréchal Due de
la Féuillade ) à celles qu’avoit fait fur le même fujet , le célébré Santeuil.
Ce Maréchal s’étoit auffi chargé de faire éléver aux quatre coins de cette Place
Place deé
Viâoiresi
A R C H I T ECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Place du autant de (b'), groupes de colonnes, portant des fanaux de bronze doré, qui ont
v“So,,“. fubfifté jufqu’en 1718 , mais qui dès 1699, ne s’allumoient plus , la famille du Vue
de la Feuillade , qui par une fondation exprelTe avoit été chargée par le Maréchal de
l’entretien de ces fanaux & du groupe qui eft au milieu de la Place , ayant obtenue
un Arrêt du Confeil d’Etat du Roi qui la difpenfa à l’avenir de cet entretien. Dans
la fuite , elle obtint un autre Arrêt qui lui permit de faire démolir ces quatre fa-
naux , ce qui fut exécuté. Le Duc de la Feuillade , fils du Maréchal , donna les
' colonnes qui les foûtenoient , & qui étoient de marbre de rance , aux R R. P P. Théa-
tins de Paris , pour la décoration du chœur de leur Eglife ; mais comme elles fe
font trouvées trop grandes , iis en ont difpofé autrement. Sur les piédeftaux de ces
colonnes étoient aufll des inferiptions , & dans des médaillons fufpendus dans les
entrecolonemens , on voyoit des bas-rélrefs , qui répondoient aux inferiptions. Nous
ne les rapporterons pas ici, on les trouvera toutes dans Piganiol , Tome II. page
480 : d’ailleurs elles font étrangères à notre objet principal.
Elévation de la Place des Vifloires , vue du côté de l’Hôtel de Touloufe.
Planche II.
L’élévation que nous donnons ici eft prife dans le plan fur la ligne EF ; elle
eft élévée géométralement fur fon plan circulaire , deforte qu’on voit en racourci •
une partie de l’ordonnance de fon Architeéture ; mais comme à l’égard des murs
de face , cette ordonnance eft la même dans tout le pourtour de cette Place ,
quelques entre-pilaftres vus direftement , donnent à connoître les proportions des
différentes parties qui compofent fa totalité.
Par le moyen de ce racourci, l’on voit le retour des deux rues des Petits-Champs &de
de Feuillade, dont la décoration n’a rien de commun avec celle de la Place, mais dont
l’afpeét fait fentir l’impolîîbilité qu’il y a eu d’obferver une certaine régularité dans
fes côtés oppofés , puifqu’il ne fe trouve à gauche delà petite rue delà Vrilliere, que
quatre arcades & autant de croifées , pendant qu’à droite il y en a fix , & qu’après
ces deux rues , dans la grande portion de cercle , on compte quinze ouvertures d’un
é , & de l’autre treize , ( Voyez la Planche I. ) fans néamoins que dans l’exécu-
tion cette irrégularité paroiffe choquer , le lieu étant affez vafte & le nombre
des portes & des croifées , en général, affez confidérable. Dans le milieu de cette
façade, on voit la porte de l’Hôtel de Touloufe , que nous n’avons pas donnée dans
le Chap. précédent , ayant averti page 33 , qu’en la trouverait ici.
L’Architeéhire de cette Place eft d’une belle ordonnance , un grand Ordre de
pilaftres Ioniques, qui embralfe deux rangs de croifées, s’élève lùr un foubaffe-
ment, & eft terminé par un comble àlaManfarde, percé de lucarnes , qui vont
fe répofer fur l’entablement. Cet Ordre a de hauteur 30 pieds, y compris le fo-
cle qui le foûtient & fon entablement. Ce dernier a le quart de la hauteur du
pilaftre , le foubaffement a les deux tiers de toute la hauteur de l’Ordre dans les
endroits les plus élevés de cette Place , dont le fol n’a pû être de niveau , à caufe
de l’écoulement des eaux des rues adjacentes. De grandes arcades , tant feintes
que réelles , décorent le foubaffement. Les piédroits font ornés de refends , &
les claveaux de têtes d’une affez belle exécution. Entre chaque pilaftre , au premier
étage , eft diftribuée une grande croifée à plate-bande , furmontée de corniches ,
foûtenues par des confoles & couronnées d’un congé qui femble porter la croi-
fée de deffus. Le bandeau fupérieur de ces derniers vient fe terminer fous 1 archi-
trave , dont la faillie eft rachetée par de petites confoles. En général ces confoles
pitre. Voyez auflï l’élévation perfpeétive de cette Place
dans les Délias de Fais , Planche lia.
ainfi
(b) Voyez ces groupes de colonnes marqués C dans la
Planche I, & leur élévation. Planche II. de ce Cha-
ARCHITECTURE FR A N Ç O I SE/lÏ v.' V. ‘ ^
amfi que celles de deffous , font ici de trop petites parties , & ne répondent nas à
la grandeur de 1 Architeélure , dont la (Implicite louable ell très-bien du reffort
d une Place publique ; mais nous rappellerons que pour éviter que le deffus du cham-
branle ne touche au-delîous de l’architrave , il aurait fallu faire les croifées fupé-
rieures plus petites , elles en auroient mieux pyramidé , & elles auraient laiffé autour
d elles un champ , qu il convient toujours d’obferver entre deux corps d’Architeélure
difterens. On auroit du auffi élever le focle qui reçoit les bafes , afin de procurer
aux croiiees , qui pofent fur le foubalfement , des baluftrades au lieu de balcons-
genre d’appui qui ne convient point abfolument à la décoration d’un édifice d’im-
portance, malgré 'exemple du Palais du Luxembourg, où les croifées, que l’on a
delcendu jufques deffus 1 entablement Dorique pour y mettre des balcons, font un
bien moins bon effet , que celles auxquelles on a confervé les baluftrades ou les an-
puis continus. x
Je Æais bien qu on n eft pas toujours le maître d’employer des baluftrades au lieu
de balcons, & que le rapport des hauteurs des croifées avec leur largeur gêne très-fou-
vent , mais comme les parties doivent engendrer un beau tout, il eft°indifpenfable
a un Architeéte , avant que de terminer fon ordonnance générale , de prelfentir fi
les maires compteront des détails heureux & relatifs à la convenance de l’édifice.
Oi ici les croiiees d en haut font un peu trop grandes , de on a mis à celles de
de deffous des balcons au lieu de baluftrades, mais ces deux efpeces de licences
peuvent en quelque forte être autorifées à la faveur des diftributions intérieures des
batimens de cette Place. En effet comme ils font occupés par différens Proprié-
taires , il n’eft pas naturel d’exiger, comme dans toute autre occafion , une analogie
absolument relative entre l’intérieur & l’extérieur , parce que chaque Locataire a
befom ieparement dune lumière fuffifante , qui reponde à l’ufage de l’appartement
qu il occupe. rr
C’eft fans doute pour procurer plus de commodité dans les dedans de ces mai-
fons particulières , qu’on a introduit au-deffus du grand Ordre des manfardes au
lieu de baluftrades, qui auroient beaucoup mieux réufti. Il femble qu'en pareil cas
pour affujettir les diftributions intérieures à la décoration de la Place , il faudrait ta-
cher de loger les domeftiques dans des corps-de-logis , ou dans des allés particu-
lières , afin que la partie fupérieure d’une Place publique répondit à l’ordonnance gé-
nérale , & s’il eft permis de faire ufage des combles dans un monument de l’efpece
de celui dont nous parlons , ce ne doit être que dans une Place où, par quelque con-
fideration particulière , on devra faire choix de bâtimens à boutiques, pour un marché
des halles, ou autres maifons deftinées au commerce; encore convient-il de ne pas”
percer ces combles en manfardes par des lucarnes conftruites en pierre mais de
les faire en charpente , principalement lorfqu’on fait régner un cheneau de plomb
au lieu de locle de maçonnerie , parce qu’alors le cheneau ne pouvant porter les’
lucarnes en pierre il en réfulte toujours un défaut de vraifemblance , quoiqu’on
lente bienqu elles font pofées fur un plan plus réculé.
On a exprimé fur cette Planche les anciens groupes de colonnes dont nous avons
parle au commencement de ce Chapitre, & qu’il eut été à propos de ne jamais
lupprimer. 1 r J
Place des
Viâoires.
Tome J II.
K
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Contenant la defcription du Palais Royal , du Château deau, & de la
Maifon de M. d’ArgenJon.
description du palais royal.
1 E T édifice fut commencé en 1629 pour Armand Jean du PieJJis , Cardinal de
V J Richelieu , qui le fit éléver fur les deffeins de Jacques le Meraer (a) , habile
Architecte de fon tems. Les bâtimens de ce Palais furent d abord peu confiderables ;
mais dans la fuite ce Cardinal étant devenu premier Mimftre, on en augmenta
l'étendue , ce qui fe fit à différentes reprifes , fource fans doute de 1 irrégularité de
fes diftributions. Dans fcn origine , ce Palais fut nomme Hôte de Rtmlicu , quel-
que tems après Palais Cardinal, & enfin Palais Royal nom qu on lui donna lorf-
qu'Anne d’Autriche , Régente du Royaume , Louis XI V , & le Duc d Anjou fes
fils, en prirent poffefficn , en faveur de la donation que le Cardinal de Richelieu
en fit à S M en 1630, & qu’il ratifia à Narbonne en 1642. Dans la fuite
par confid'érat'ion pour la Ducheffe d’Aiguillon la Reine confentit que 1 mfcription
de Palau Cardinal , qu’on avoir ôtée de deffus la porte , y fut replacée , telle qu on
la voit encore aujourd’hui. On donne toujours cependant a ce Palais , le nom de
FatoJs XIV , ayant pris les rênes de l’Empire , céda ce Palais à Philippe de Fran-
ce fon frere unique , pour en jouir fa vie durant ; mais en 1692 , Sa Majefte le
donna en propriété à Philippe d’Orléans , Duc de Chartres fon neveu ; de forte qud
a toujours appartenu depuis à la Maifon d’Orléans , qui 1 habite aujourdhui, &
qui y fait faire aftuellement des changemens tres-importans , ainfi que nous lob-
ièrverons en fon lieu.
Plan general des Jardins du Palais Royal. Planche Première.
Ce jardin n’a que 1 66 toifes de longueur fur 75 de largeur , cependant , mal-
gré uni fi petite Rendue , il ne laiffe pas que de paraître fpacieux , & d etre tres-fre-
quenté étant libre prefque partout, & les perfonnes qui viennent s y promener ,
y trouvant un couvert fort agréable ; d’ailleurs la propreté avec laquelle * ^
tenu contribue à y attirer nombreufe compagnie, qui procure aux appaitemens un
C°En di730fa' ce^ardin fut diftribué , tel que nous le voyons aujourd’hui , fur les def-
feins de^ Mift) , Architeéle du Roi , & neveu du fameux le Nautre. Au-
îems QL ni. iaejg 1 d ’ a r. reffentoit de l’ignorance ou ion etoit
e,” •£ — ««« <1. « dT m™ ,
partie, auffi-bien qu’un mail, un manege, &c. A prefent il ne
ancien jardin , que la grande allée de maromers marquée A, q« prodmt
vert impénétrable aux rayons du Soleil, & qui ne contribue pas peulete
cette promenade une des plus riantes de Paris. _ , i-c r' d’avoir
Ce jardin eft entouré de maifons particulières , qui ont tou L ;r & jes
des jours deffus, & des communications pour la promenade. Ces mations &
vj a 1 • n~ Vnve7 ce Que nous avons dit de cet Architeéle , T.
(a) Voyez ce que nous avons dit de cet Architecte ( ) >
dans le T. 'II. en parlant de la Sorbonne, page 7 6.N. (é>). I. pag- & 23 •
architecture Françoise, liY.v.~
‘ué F A n'ST u’ &nt Prf,cedees drun treilV de douze pieds de hauteur
de ’l 1 f 6 d!tS baUmenS d T V,f0n fiX P'cds- CeS treilVs ’ élévés Par-
ue jufqu a la hauteur des premières branches, fervent à mafquer l’irrégularité des
batunensqu, entourent ce jardin, & qui étant afTez differementre eux, nuifent à
a îmetne neanmoins comme ces bâtimensfont fort élévés , ils jouilTent par def-
fu la tete des arbres de l’afpetft du jardin, & du bon air qu’on y refpiref ce qui
en ÏP J madbnS f°™ fort, ^cherchées. Quelques Statues & quelques Termes
gaine, de pierre , fculptes par Henri Lcrambcrt & par Coifcvox fon éléve
bi'T ?, t‘ j; ‘f d<f°" dc “ i“Æ"- vi L dibefïïld
« be„i T 1“ d'“ • “ «« ™u ,é d'un ireiUa-
fl , hauteur d aPPUJ ’ auffi-bien que les tapis (e) verds , autour defquels font plan-
tes de ormes en boule, qui dégagent toute l’entrée de cette promenade d/côté
1 de JL P,f ^ -rc'1Iage mardué ^ des tilleuls taillés en palhîade!
ce jardin àL P ^ ^ Cf ^ °nja P^atl<lud dans toutes les maîtrelfes allées de
naturel! XCeP“°n de la Srande a^e marquée A, qui forme un berceau
noràorf^orné i^lée du rlieu, Cft un ,P°rtIcll’e de treillage d’une heureufe pro-
portion, orne dune grande niche circulaire , & de deux autres quarrées plusne
mes , exécuté fur les delfeins de M. Defgots. Les deux côtéTT cène aule
font occupes par des quinconces. Au milieu font des falles découvertes, dans lef-
CT dlftnbiUeS deS baj CS, ; ,°n a eLU foin d'en Placcr auffi dans différens endroits
de ce jardin pour la commodité du public (d).
AUl — |ngles dc Ce, jardin en eft un Plus Petit » entouré de grilles de
fer & deftine a la promenade particulière du Duc de Chartres. Ce jardin con-
fite dans un parterre de broderie à la tête duquel eft un baffin ; dans un bofquet
fa h II '"f -ranS ,differrent5es Plate bandes de fleurs, & dans des allées; ornées dans
la belle faifon de vafes & de cailTes d’orangers placées alternativement (e)
On a exprime fur cette Planche le maffif des bâtimens , la forme des cours
ad)acentes & les martès des maifons particulières qui environnent ce Pa-
lais. Il nous relie a faire obferver , qu’indépendamment de la principale entrée
du cote de la rue S. Honoré , il y en a trois autres ; l’une marquée C fqui donne
ans la rue des Bons Enfans , l’autre D, par la rue de Richelieu, la derniere E
dans la rue neuve des Petits Champs , pour faciliter l’entrée & la fortie du jardin. ’
inchne l’arrofoir, & abreuve le gazon à diferétion , ,
félon le befoin Cette dépenfe, qui n’elt pasconfidérablc
np nniirrnir-ollo -i ...
(ç) Ces tapis verds font entretenus avec un foin tout
particulier. En 4{é on a ia précaution Jg jes arrofer
ce qui fe fait d’une maniéré fort ingénieufe. Je ne crois ne nnurrLLÏlLr" 4U‘ ■! C1E Fascommerablc
pas hors de propos d’en parler ici en faveur de ceux qui de fa ttrfè fin T ‘ emp °yer « lle",'cnt pour les bie,
l’ignorent. x 1“ Ungulierement pour les légumes , les pota
Dans le gros tuyau de plomb qui défend du refervoir du
UhSteau d eau dont nous parlerons dans «Chapitre, & qui
pafli fous 1 allée du milieu de ce jardin , en font bran-
chés deux autres , terminés par des rohinets. Près de ces
robinets eft foudee une vis de cuivre, dans laquelle en
j In.ff0“alte “"c autre attachée fortement à un boyau
de cuir de 3 o toifes de longueur , plus ou moins , & de
deux pouces de diamètre, qui s’affemble de 24 en 24
pieds avec de pareilles vis. Au bout de ce boyau s’attache
une pomme d arrofoir de cuivre & vidée f de forte qu’en
ouvrant le rohinpr (înnrnn™. „ i a u i 1
t - -- — suivie oc vmee, ae îorte qu en
ouvrant le robinet dont nous avons parlé, l’eau du tuyau
de plomb, qui vient du réfervoir placé à 30 pieds d’é-
levation eft chaflée dans ce boyau, qui par fa dexi-
. ■ ,e rePf/- ^ £a*°n , & obéit au mouvement
qu. lui donne le Jardinier. Celui-ci avec fes deux mains ,
S- aide d un homme éloigné de lui d’environ $ pieds ,
gers , les vergers , &c ?
(d) Depuis quelques années on a permis de louer d<
chairs dans la grande allée de ce jardin, ce qui attii
des différons quartiers de cette Capitale , une foule c
perlonnes des deux fexes, & procure aux Etrangers u
coup d œil qui ne fe rencontre point ailleurs, & qui e
aulh hnguher ^que riant. Dans les grandes chaleurs, o
acceffibLgranQe ^ ’ CC qUl rCnd CettC Promenade PIc
(0 Voyez le deffein de ce jardin plus en grand dan
le plan du rez-de-chauffée , PI. II. Nous obferverons qu
comme ce jardin ne laifle pas que de contenir un certai
nombre d orangers , & que la ferre du Palais Royal el
tres-peu confidérable , on tranfporte ces arbres vers 1
milieu de l’Automne dans un jardin particulier ,rué Ste
Anne , ou eft eléyée une ferre allez fpaeieufe pour le
contenir. r
P.ilais
Royal.
....... ...
'• 'i.î
îlhitr
Éf
Mil »
Palais
Royal.
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i v. V.
Plan général des bâtimens au re z -de- chauffée du Palais Royal.
Planche II.
Les bâtimens de ce Palais font très-confidérables , ils font compofés de plu-
fieurs corps-de-logis féparcs par des cours , dont les deux principales font II-
tuées à peu près dans le milieu du terrain qu’occupe ce Palais , mais la dimen-
fion irrégulière des unes & des autres , prouve allez que la diftribution dans
le liecle dernier n’étoit pas aulli-bien entendue qu’aujourd hui , & que quelque
attention qu’on apporte dans les augmentations d’un édifice commence pour un
Hôtel , il eft difficile dans la fuite d’en faire un Palais exempt de licence capi-
tales, Celui des Thuilleries , le Louvre , Verfailles , Fontainebleau , font autant de
preuves de ce que j’avance. En effet , pour réuffir il faut dans le commencement
d’un projet concevoir l’idée générale d’un édifice , tout ce qu on y ajoute apres
coup •rarement fe lie bien avec le relie ; d’ailleurs les Architeétes chargés de
continuer ces édifices , fe prêtent difficilement a la difpolition des ouvrages com-
mencés , & bâtiffent félon leur goût & leur génie : on peut faire ce reproche à
tous nos Architééles , même du fiecle dernier , à l’exception de François Blondel ,
& de François Manjard, dont l’un,- dans la rellauration de la Porte S. Antoine,
l’autre , dans les augmentations de l’Hôtel de Carnavalet , ont fçu , en hommes ha-
biles & qui connoiifoient le beau , conferver toutes les parties eftimables , au pré-
judice d’une compofition qu’iis auroient fans doute rendue plus convenable ,
s’ils avoient été les maîtres de traiter à neuf ces deux monumens.
Le Palais dont nous parlons fut commencé par Jacques le Mercier , ainfi que
nous l’avons déjà dit ; Hardouin Manjard a fait enfuite les grands appartemens de
parade & la grande gallerie : Gilles Oppenor les a décoré , Mrs. Legrand & Car-
raud y ont fucceffivement fait des changemens , M. Contant en fait aujourd’hui
de confidérables , & cependant , malgré la capacité de ces Architeéles , il eft à
craindre que cet édifice ne forme jamais un bel enfemble. Il y régné un air de pefan-
teur dans les façades , & un défaut de fimétrie dans les diftributions , qui révolte-
ra toujours les Connoifieurs. Les dedans , à la vérité , lont capables de dédom-
mager les amateurs de l’irrégularité & du mauvais goût de l’extérieur , & ce!
eft
en leur faveur , que nous avons cru ne pouvoir nous difpenfer de donner dans
ce recueil les deflèins de cet édifice , dont nous ne pouvons raifonnablement faire
l’éloge , pour ce qui regarde la difpolition en général , & la decoratiçn extérieu-
re en particulier, auffi n’en ferons-nous pas une defcription très-detaillee. Nous
nous contenterons feulement, & pour faire éviter à 1 avenir quelques défauts qui
fe trouvent dans ce plan , de remarquer que la première cour eft trop peu con-
lîdérable pour l’étendue des bâtimens qui compofent ce Palais ; que la fécondé
eft d’une proportion trop quarrée , quoique plus fpacieufe , & plus fupportable par
le moyen des percés pratiqués dans le mur quifepare cette cour d avec es jar-
dins. Je dis plus fupportable , parce que nous avons reconnu ailleurs quil eft
néceflaire pour donner une belle forme aux cours , qu elles aient de longueur a
diagonale du quarré fait fur leur largeur ; confidération qui aurait dû faire préférer
une grille de fer à cette muraille , qui mafque d’une part le jardin, & de 1 autre
les bâtimens. .
A l’égard des autres cours qu’on remarque dans ce plan , comme elles ne font
pas auffi intérelfantes , leur proportion & leur forme font plus indifferentes ;
quoiqu’on puilfe dire en général , qu’il eft bon d’obferver , autant qu il eft pofii-
ble , que rien ne foit négligé dans un édifice d’importance; mais, comme nous
venons de le remarquer , les cours , le corps-de-logis , les allés , les pavillons
& les
ARCHITECTURE FR AN ÇOI SE, Li v. V. ' 4r
les avant-corps de ce Palais ayant ete faits , pour la plupart en difïerens teins Palais
& fous divers Architectes , nous devons nous attendre à des irrégularités frappan- Ro,,u
tes que nous palferons fous filence , notre objet n’étant pas de faire ici la criti-
que de ce vafte édifice. D’ailleurs il faut convenir que Le Mercier , qui a com-
mencé ce bâtiment , entendoitpeu la diftribution des Palais & même la décoration
de leur façade. A en juger par la Sorbonne , il réuffiifoit mieux dans l’ordon-
nance des monumens facrés ; refléxion qui nous prouve en quelque forte , que
l’ Architecture peut s’envifager fous différens points de vue ; que tel Architeéte ,
qui montre de la fagacité , de l’intelligence & du génie pour la compofition d’une
Eglife , d’un arc de triomphe , d’une Place publique , &c. réulîit imparfaitement
dans la difpofition d’un édifice du genre de celui dont nous parlons. Cette con-
fidération devrait faire fentir aux grands Seigneurs, combien il leur eft important
de faire choix , entre plufieurs habiles Maîtres , de celui qui eft le plus capable de
remplir leur objet, fans avoir égard, ni à la recommendation, ni à la réputation
fouvent hafirdée , qu’un Artifte a fçû fe faire à propos d’un joli jardin , d’un belve-
der, d une maifon de plaifance , &c. Qu’on y falfe attention , tous les talens ont
leurs bornes & leur divifion. La peinture , la fculpture , la poëfie , la mufique
dans tous les terns ont formé de grands hommes dans des claffes différentes. A
plus forte raifon , P Architecture , qui eft la Reine des beaux Arts , eft-elle fuf-
Ceptible de divifions. Il n’eft donc point étonnant qu’un Architeûe ne foit pas
univerfel ; le grand point eft de connoître le dégré de fa capacité , & un Pro-
priétaire inftruit ne doit pas s’y tromper ; mais , dira-t-on , ceux qui font bâtir ,
peuvent-ils s’y connoître ! Oui fans doute : je, crois l’avoir dit ailleurs , la con-
noiffance des Arts doit entrer pour beaucoup dans l’éducation des hommes bien
nés. Ce font les grands Seigneurs , qui font fleurir un état , ce font eux ordi-
nairement;qui font une dépenfe digne de leur nailfance. Nous ne leur demandons
pas à la vérité d’être Artiftes , mais de les bien connoître , d’en fçavoir faire choix
de les occuper & de les récompenfer. Si ce que nous femblons exiger ici écoit
plus ordinaire , on verrait les Arts fe foûtenir , profperer , & moins de bâtimens
élévés à l’ignorance & à la cupidité , dans un fiecle où le germe des talens fem-
ble s’accroître journellement , malgré le peu de cas que la plupart des Grands
femblent faire des Arts & des Artiftes.
Pour revenir à notre objet, nous dirons que depuis Le Mercier , la diftribution
des appartemens du Palais dont nous parlons a prefque toute été changée , que
les Architectes dont nous avons fait mention plus haut , ont fouvent été occu-
pés à retourner ces appartemens félon leur différente deftination , & félon la
dignité des perfonnes qui ont habité ce Palais , depuis qu’il eft élévé ; qu’enfin
on en démolit encore aujourd’hui la plus grande parti? , ce qui joint à la diffi-
culté qu’on a d’entrer commêtdement dans toutes leS-pïeces de cet édifice , nous
empêche d’en donner peut-être le plan avec une forte d’exaétitude. C’eft pour
cette raifon que nous n’entreprendrons de décrire ici que ce qui nous eft connu
jufqu à un certain point. A propos de quoi nous remarquerons , que dans l’aîle
droite en entrant dans la cour, eft pratiquée une falle de fpeétacle , dans laquelle
on reprefente nos Dpera , & que le Cardinal de Richelieu , qui avoit un goût
décidé pour la Poefie dramatique , avoit fait éléver. La place qu’occupe cette
falle dans ce plan eft marquée A , & defigne une grande partie du delîbus du
théâtre , où font diflribuées les machines deftinées aux . décorations des Divinités
infernales. Le plan détaillé de cette falle de Speétacle eft exprimé dans celui du
premier étage, Planche II. ( Voyez ce que nous avons dit touchant l’origine de
ce Speélacle , Tome. II. pag. rq. Note (c).)
Le grand efcalier de ce Palais eft du deffein de Defargues. Il eft placé dans
Tome III, i
Palais
Royal*
42 ARCHITECTURE FR ANÇOISE,Liv. V.
un lieu affez ignoré dans ce plan , & prouve combien , depuis le tems auquel
il a été confirait , nos Architeéles François ont fçu rendre cette partie de la dis-
tribution élégante & commode. Au refte il eft affez vafte & folidement bâti ,
fa décoration eft même allez bien entendue. Il eft à préfumer que celui qu’on va
reconftruire à neuf, fera mieux diftribué, mais il eft craindre que fa décoration
ne vaille pas celle qui fubfifte aujourd’hui , quoique fimple &fans ornement.
Après cet efcnlier , ce qui eft le plus à remarquer dans le plan dont nous par-
lons , c’eft le grand appartement , qui donne fur le jardin de propreté , & qui a
été long-tems occupé par feue S. A. R. Madame la Ducheffe d’Orléans , grande
Mere du Prince qui vit aujourd’hui. Cet appartement eft vafte , & muni de tous
les dégagemens qui doivent accompagner des pièces deftinées à la réfidence des
perfonnes de la première confidération. Il eft occupé à prefent par M. le Duc de
Chartres , & par les perfonnes qui font chargées de l’éducation de ce Prince. On
voit auiïï une Chapelle au rez-de-chauffée , au-deflus de laquelle en eft une au-
tre , qui a été peinte par Vouet, Sc dont lions parlerons dans fon lieu. Les bâ-
timens B , C pratiqués dans l’une des baffes cours , viennent d’être érigés à neuf,
ils étoient auparavant non-feulement fort irréguliers , mais encore trop peu éten-
dus pour le nombre des Officiers attachés à la maifon d’Orléans. Ceux B ont été
conftruits en 1751 furies deffeins & fous la conduite de M. Cariaud, & ceux C s’é-
lèvent aéluellement (/) fur les deffeins & fous la conduite de M. Contant. On
ne voit point dans ce plan , ni d’écuries , ni de remifes , il les falloit confidéra-
bles , & le lieu ferré de ce quartier n’a pas permis de les éléver dans le terrain
du Palais Royal. Ces écuries font fituées dans l’ancien Hôtel de Colbert , rue
neuve des petits Champs , bâti par Le Veau , & dont la Porte d’entrée eft con-
fidérée comme un beau morceau d’Architeélure. (Voyez en le deffein dans les Délice s
de Paris , planche lié.) Les bâtimens de ces écuries contiennent une grande quan-
tité de remifes & environ 96 chevaux , des logemens pour les Pages , pour
leur Gouverneur , & pour le premier Ecuyer de M. le Duc d'Orléans.
Les écuries de Madame la Ducheffe font fituées rue de Richelieu , où étoient
autrefois celles de fon Alteffe Royale ; ces bâtimens contiennent environ 40 che-
vaux, des remifes , & le logement de l’Ecuyer.
Plan du premier étage. Planche III.
La diftribution de ce premier étage , auquel le rez-de-chauffée a été affujetti ,
compofe ce qu’on appelle communément le Palais Royal. C’eft dans ces appar-
temens que fe voit cette riche colleétion de tableaux des plus excellens maîtres ,
fi connue de toute la France, & qu’on peut dire être la plus compiette Sc la
plus curieufe , qu’il y ait en Europe. Nous la devons à M. le Duc d'Orléans ,
Régent qui avoit une très-grande connoiffance de la peinture , qui s’occupoit
quelque fois lui-même à peindre , & qui fit acheter chez l’étranger ce qu’il y
avoit de plus précieux en ce genre. Nous n’entrerons point dans le détail de tou-
tes ces merveilles , elles demandent une defeription particulière , dont nous laiffons
le foin aux Maîtres de l’Art. Nous remarquerons feulement en paffant , que M.
le Duc d’Orléans d’aujourd’hui connoilfant l’importance de cette fuperbe collée-
(/) Nous donnons dans ce plan les diftributions de
ces nouveaux bâtimens , telles qu’elles nous paroilfent
s’exécuter, fans répondre de leur exaélitude. Nous avoue-
rons même ingénuement que nous fouhaiterions nous
être trompés dans les formes , dans leurs divifions &
dans leurs difpofitions ; mais ce qu’on voit de fait pré-:
fentement , nous fait craindre que nous n’ayons été exaéls
au-delà de notre efperance. Dans ce cas nous ofons avan-
cer , que ces augmentations , tant. au rez-de-chauflée
qu’au premier étage , ne feront jamais un modèle d’imi-,
tation.
. . ; ... ..
ARCHITECTURE FRANÇOIS E,Liv. V. 43
tion, a fait choix de M. Pierre (g) , Peintre du Roi, pour fon premier Pein- pa!a;s
tre , perfuadé qu’il ne pouvoit confier un dépôt fi précieux à un plus habile Ro>’aL
homme.
La plupart des appartemens qui contiennent ces chefs-d’œuvre , furent élevés
par les ordres de Louis XIV , en 1692. Ce fut auffi ce Prince qui , quel-
que tems après, fur les deifeins de Jules Hardouin Manfard, fit conftruire fur un
emplacement qu’occupoit le Palais Br ion (li) une grande gallerie en retour fur
la rue de Richelieu. Dans la fuite , le Duc d’Orléans , Régent , fit bâtir par Gilles Op-
penor , fon Architeéle , le fallon qui la précédé , & il le chargea d’embellir
l’intérieur de ces appartemens. Les décorations en font traitées avec un goût ad-
mirable , d’ailleurs le choix des ornemens & l’élégance des formes , compofent
un tout capable d’infpirer une forte impreffion aux Artiftes qui veulent fe faire ef-
timer dans leur profeilîon. Un Ordre de pilaftres Corinthiens élévé fur un pié-
deftal , & couronné d’une Corniche compofée , forme la principale décoration de
la gallerie. Une grande cheminée placée au milieu de l’enfilade , d’un deifein
fier & hardi , fait un très-bel effet. Onze croifées en plein ceintre éclairent ce
lieu ; elles font un peu baffes pour la hauteur de la gallerie , mais les voufiures
qu on a affeéle dans leur fommet , procurent à la voûte un jour , quoique glif-
fant , qui dédommage de plus grandes ouvertures. Cette gallerie a été peinte
par Antoine Coypel , premier Peintre du Roi. L’Hifloire d’Enée y eft repréfentée en
quatorze tableaux ; c’eft un ouvrage] capable d’illuftrer l’Ecole Françoife , auf-
fi eft— il fort eftimé des Connoiifeurs. Le grand fallon qui précédé cette gallerie ,
eft éclairé par en haut ; cette lumière eft très-favorable pour les tableaux, &
c’eft ce qui nous a fait dire plus d’une fois , qu’il feroit à défirer que les cu-
rieux qui forment des cabinets de cette efpece , fe déterminaffent à en ufer de
même.
Les appartemens des deux ailes de la grande cour ont une communication â
découvert par la terraffe A , qui eft foûtenue par les arcades percées à jour , dont
nous avons parlé en expliquant la Planche précédente. Cette terraffe communi-
que auffi extérieurement dans les appartemens de cet étage du côté du jardin par
un balcon continu , marqué B ; communication néceffaire dans un édifice de cette
importance. Nous obferverons feulement , que pour répondre à la dignité du bati-
ment , ce balcon devroit être foûtenu par des colonnes, 8c non par des confo-
les de fer ou de pierre , qui , outre qu’elles ont toujours un air pcftiche & fait
après coup , préfentent une décoration qui fe fouffriroit à peine dans une maifon
particulière.
L’aile droite de ce bâtiment doit contenir les appartemens de Madame la Du-
cheffe d’Orléans , on y travaille aéluellement ; à la gauche feront ceux du Prin-
ce , fon époux. Nous les donnons tels qu’ils font aujourd’hui , mais on fe propofe
d’y faire des embelliflèmens , de forte qu’il n’y aura que le grand appartement de
parade qui fubfiftera tel que nous le donnons. Nous obferverons auffi que du
tems du Cardinal de Richelieu , on avoit pratiqué au premier étage de l’aile à
gauche , où fe voit la chambre de parade , une fort belle gallerie , dont la voûte
(g) M. Pierre , Ecuyer ; un des premiers Peintres
d’Hiftoire de notre école moderne , Profelfeur dans l’A-
cadémie Royale de Peinture & de Sculpture , travaille
aéluellement au plafond de la Chapelle de la Vierge dans
l'Eglife Paroifliale de S. Roch. Tous ceux qui ont vu
l’efquiffe de ce grand ouvrage , conviennent que c’eft
un des plus beaux morceaux qu’on puiffe imaginer en
genre , & qu’il répondra dignement à la haute réputa-
tion dont jouit déjà cet excellent Artifte. Voyez ce que
nous dirons de cet ouvrage dans le Chapitre XXV. de ce
Volume en parlant de l’Eglife de S. Roch. Note (/).
(/f) Ce Palais avoit fervi de retraite à Louis XIV,
dans le tems qu’il demeuroit au Palais Royal. Dans
la fuite on y établit les Académies de Peinture , de Scul-
pture & d*Archite(fture; mais lorfqu’on fe fervit de fon
emplacement pour éléver la gallerie dont nous parlons ,
on tranfporta ces Académies au Louvre.
I »
m
Ht
F 11®1
i| p* |
iaii wii
Palais
Royal.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Evoit été peinte par Philippe Champagne , mais on la détruifit lorfque la Reine
Rérente vint faire fon féjour dans ce Palais , & on en fit l’appartement dont nous
venons de parler.
La gallerie des hommes illuftres de la France , qui étoit auffi placée au pre-
mier étage , a eu le même fort. Comme elle avoit été fort négligée, on fut obli-
gé en 1727 de la détruire, & on fit à fa place des appartemens. Les portraits
de ces hommes illuftres au nombre de 25 , & dont on voit encore la plus gran-
de partie dans une petite gallerie du même étage , étoient peints par Philippe Cham-
pagne, Simon Voiiet , Jufie d’Egmont,&. Perfon. On voit même encore dans cette
petite gallerie quelques bulles de marbre blanc , qui ornoient l’ancienne & qui
méritent l’attention des ConnoilTeurs,
L’on voit dans ce plan la falle de l’Opera dont nous avons parlé , elle eft dé-
taillée autant que la grandeur de l’échelle l’a pû permettre , & a été levée très-
exaélemcnt , deforte qu’on y remarque la diftribution du théâtre , du parterre , de
l’amphithéatre , des loges & la communication que cette falle a avec l’intérieur
des appartemens du premier étage. Nous obferverons qu’on a pris foin de mettre
des lettres de renvoy dans cette Planche , capables de donner quelques éclair-
cilfemcns , & de mettre par écrit les noms & l’ufage des pièces les plus inté-
reffantes , ce qui nous difpenfe d’une defcription plus circonftanciée ; d’ailleurs
comme il arrive très-fouvent que la deftination de ces pièces varie , on a crû qu’il
étoit fuperflu d’entrer dans un plus grand détail , qui dans peu d’années n’auroic
plus rien de commun avec l’édifice.
Elévation du Palais Royal du côté de la rue Saint Honoré. Planche IV.
Figure Première.
L’ordonnance de cette façade eft d’Ordre Tofcan , genre d’Architeélure peu
propre à la décoration d’un Palais , malgré l’exemple de celui du Luxembourg :
la rufticité de cet Ordre devroit être réfervée pour les ouvrages militaires , les
fontaines , les grottes & les orangeries , où il convient généralement de donner
une expreifion de virilité. Au-delfus de cet Ordre eft un Attique , ordonnance
encore plus ruftique , qui jointe à la fimplicité des croifées & aux refends conti-
nus qui régnent dans toute cette façade , lui donnent un air de péfanteur , qui
ne convient point à un édifice deftiné à la réfidence d’un grand Seigneur. Je
fcais que quelques Architeéles prennent cette expreflion pour une fermeté défi-
rable , néanmoins nous dirons que partout où la convenance ne préfide pas , il eft
rare qu’un édifice s’attire le fuffrage des ConnoilTeurs , car certainement elle doit
être regardée comme le premier objet de l’Architeélure ; les Maîtres de l’Art de-
vraient prononcer abfolument & définitivement à cet égard , afin qu’à l’avenir la
décoration de nos bâtimens ne fut point confiderée comme purement arbitraire.
Peut-être l’ai-je dit ailleurs. Mais qu’on me pafte des répétitions dans un ouvra-
ge dans lequel on revient fouvent fur les mêmes défauts , & qui d’ailleurs ne pou-
vant être lû de fuite , femblent être autorifées ici.
Si l’ordonnance de cette façade eft contraire aux régies de la convenance , en
général fes dimenfions ont des beautés qui méritent quelque eftime ; par exemple
la proportion des pavillons eft aftez belle , ainfi que celle de la porte cochere ; &
quoique cette dernierefoit d’une décoration trop péfante pour l’entrée d’un Palais ,
elle ne laiile pas néanmoins que d’avoir un caraétere expreffif que l’on fent bien par-
tir d’une main habile , & qui feroit bon à imiter dans toute autre occafion.
A la droite de cette façade , on a marqué en A la fortie principale de l’Opera;
Àu-deflùs eft un balcon dont on a imité la décoration en B , depuis que la Ville
qui
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i v. V. 4;
qui en a la direétion , a acquis un terrain pour faciliter le dégagement de ce „ P;i-'
Ipeélacle. (Voyez ce dégagement dans le plan , Planche IL) Au refie, quoique
cette addition procure à cette falle une ilfue moins ferrée qu’auparavant , il pa-
roît toujours indifpenfable pour cette Capitale qu’on érigé un nouveau théâtre
dans un lieu plus vafte , qui annonce par fon alpeél la magnificence avec laquelle
le Corps de Ville a manifellé dans tous les tems fon goût pour les édifices
publics qu’il a fait élever.
Elévation, coupe & profils da Palais Royal , pris dans les plans fur les lignes DE.
Planche IV. Figure II.
Cette Planche donne à connoître la plus grande partie des bâtimens qui eom-
pofent ce Palais. La lettre A montre la coupe de la porte d’entrée du côté de la rue
S. Honoré, au-delfus de laquelle fe voit la petite gallerie qui conduit des appartemens
aux loges de l’Opera, de plein pied au premier étage. (Voy. la Pl. IL) La lettre B fait
voir l’intérieur de la première cour dont l’ordonnance coniifte dans un rez-de-chauf-
fée , au-defius duquel font des mezzanines , & au premier étage un Ordre compofé
d’après le Tofcan , le Dorique & l’Attique , enfant du caprice & de la fingularité.' On
remarque neanmoins dans cet étage des croifées dont la proportion & la forme ont
quelque chofe de viril & d’alfez bien entendu. La lettre C indique un pavillon très-peu
faillant à la vérité , mais qui accompagne allez heureufement la façade du principal
corps-de-logis , fitué en face de la principale entrée. Cependant nous remarquerons
qu’une Architeélure uniforme dans les façades d’une cour peu fpacieufe eft pré-
férable à une Architeélure trop variée , & dont la diverfité occafionne dans l’ef-
prit du fpeélateur une confufion d’autant plus condamnable , que cette inégalité
engendre de petites parties , qui nuifent à la malfe générale. La lettre D indi-
que la coupe du principal corps-de-logis , dont le rez-de-chauifée voûté en pierre ,
lèrt de porche ou palfage pour les équipages. Ce porche eft décoré de pilaf-
tre Tofcans , couronnés d’un entablement qui profile fur le retour des pilaftres
accouplés , & qui porte des lunettes pour décharger la voûte en plein ceintre de
ce porche. Cette décoration en général eft d’aflez bon goût.
Au-delfus de ce porche on voit la partie intérieure des appartemens doubles fi-
tués dans le milieu de la première cour , & non dans celui de la fécondé , ce qui
eft une faute elfentielle contre la fimétrie qu’on doit obferver dans la diftribution
générale d’un édifice d’importance. Cette faute eft d’autant moins excufable ici ,
que l’axe de la principale allée du jardin n’aligne pas non plus celui de la premiè-
re cour ; deforte qu’aucune des parties elfentielles de ce bâtiment ne paroît avoir
été faite l’une pour l’autre ; car de la porte d’entrée, par la rue S. Honoré, en paf-
fant par le porche , & continuant cet alignement au travers d’une des arcades qui
féparent la fécondé cour d’avec le jardin , on rencontre une file d’arbres au lieu
d’une maîtreife allée , ou au moins d’une contre allée , ce qui nuit au coup d’œil
général , & fait fentir combien il eft important de compofer les parties pour le tout
& le tout pour les parties. Il ne paroît pas cependant qu’on veuille remédier à cet-
te inadvertance en reftaurant ce bâtiment ; il eft vrai que cela feroit difficile ,
à moins que de jetter bas une partie des murs de face , que l’on s’eft propofé de
conferver par une économie allez mal entendue , car il eft certain que fi l’on con-
tinue les augmentations que l’on a commencées , elles coûteront autant que fi l’on
reconftruifoit à neuf certaines parties elfentielles, qui auroient procuré l’avanta-
ge de redrelfer ce bâtiment , & l'auroient rendu digne du Prince qui l’habite , &
qui paroît ne rien négliger pour donner des preuves de fon goût pour les beaux Arts ,
& laiiïer à la pofterité des marques de fa grandeur & de fa magnificence.
Tome III. M
ARCHITECTURE
FRANÇOISE, Li v. V.
font , dans la hauteur des
Au-delfus des appartemens dont nous venons de parler , , — -
combles, des chambres pour les principaux Officiers de la Maifon. La lettre E but voir
l’élévation d’une des ailes de la fécondé cour. Cette aile doit fimetnfer avec celle qui
lui eft oppofée. La décoration de cette façade eft compofée d’une efpece de lou-
balfement au rez-de-chauffée , percé d’arcades , de mezzanines & de petites crm-
fées , formant en général une ordonnance plus finguiiere que belle , quoiqu ap-
plaudie par quelques Artiftes. Néanmoins les coquilles fituées fous l’mtrados des
arcades doivent être regardées comme un ornement déplacé , aum-bien quelles
prouës de vailfeaux & les ancres qui font élévées dans les tables chantournées ;
car quoiqu’ allégoriques à la Charge de Chef & Surintendant général de la Naviga-
tion de France, que polfédoit le Cardinalde Richelieu , lorfqu il fit elever ce batiment ,
ils font trop réitérés, & d’ailleurs d’une exécution lourde & péfante.
L’Ordre Dorique du premier étage ell affez régulier , mais comme il elt éle-
vé fur un foubalfement d’une affez grande hauteur , il paraît mefqmn. Dans les
entre-pilaftres étoient des niches dont on a percé quelques-unes depuis pour pro-
curer plus de lumière dans les appartemens , deforte que l’megalite de ces ou-
vertures & la variété de leur forme n’eft point un exemple a imiter. Au-delfus de
cet Ordre étoit un comble à deux égouts , à la place duquel on vient de lubihtuer
un comble brifé, pour pratiquer dans cet étage fupérieur des logemens plus corn-
modes. Ce nouveau comble (/) ell élevé au-deflus d une baluftrade , & ell perce
alternativement de lucarnes & d’oeils de bœuf revêtus de plomb & d’ornemens
de même matiete. Sur les baluftrades font placés desvafesen pierre, qui tombent a
plomb de chaque pilaftre. Nous obferverons en général que ces ces combles bri-
fés font ici univerfellement critiqués : en effet leur forme paraît trop pelante, ils
font trop chargés d’ornemens & percés ridiculement par des ouvertures alternati-
vement en plein ceintre & elliptiques , qui annoncent vifiblement dès les dehors
un défaut inévitable de limétrie pour l’intérieur des pièces. D ailleurs il y a de lin-
décence à placer ces pièces au-deffus d'un appartement de parade , & il eft cer-
tain que lorfque la néceffité oblige de pratiquer des manfardes au-deflùs d’un lo-
gement deftiné à la réfidence d’une perfonne de confidération , il ne faut pas af-
ieaer tant d’ouvertures dans les combles , les toits ne devant paraître extérieu-
rement que pour fervir d’exhauffement aux grandes pièces de l’intérieur , & non
pour y ménager des chambres fubalternes. Enfin les combles à la manfarde ne
font pas faits pour fervir d’amortiffement à la décoration des Palais des Princes.
Ils ne préfentent que des greniers dont on ne doit faire parade que dans des mo-
numens publics d’un certain genre, ou dans des maifons à loyer. C’eft manquer
aux loix de la convenance que d’en ufer autrement , & quelque confidération parti-
culière qu’on puiffe avoir , un Architede habile doit s’éloigner de tout ce qui eft
contraire à la bienféance , fans quoi il s’expofe à la critique des Connoiffeurs & au
blâme de la multitude (k).
La lettre F indique l’épaiffeur du mur qui fepare la fécondé cour d avec le
jardin , & qui eft percé d’arcades , au-deffus defquelles régné une gallerie décou-
verte, bordée d’un balcon de fer continu. Cette terraffe fert , comme nous l avons
déjà remarqué , de communication à l’aîle du bâtiment E , & à celle qui lui eft
(i) Dans l’élcvation que nous donnons , ce nouveau
comble n’eft point encore exécuté . il ne l’eft que dans
l’élévation qui lui eft oppofée , mais comme cette man-
farde doit regner partout , & qjie nous avons préféré
cette façade à l’autre , à caufe qu’elle nous fait voir
une partie de la grande gallerie , nous avons introduit
ici les combles brifés à la place de ceux qui y font ,
pour donner à connoître l’effet qu’ils feront, tout le
refte de la façade n’étant fufceptible d’aucun change-
(k) Voyez ce que nous avons dit ailleurs fur la né-
ceffité de fupprimer les combles en général dans les
grands édifices , 8c fur celle d’annoncer par un air de
grandeur & de majefté le premier étage d’un batiment
confidérable , lorfque cet étage eft deftiné pour y fixer
leféjour d’un grand Seigneur.
,/i' / . V IX.J’/tirh/ 1’ J'reniicrc.
OENERAI, des jardins
ET DEPENDANCES DD PALAIS ROYAL
% T
?4
t 4
14
$4
T iû p
'T
4
4
4
iVawe akr /VA& ch.
’ia/nos.
Ritf Neuve t/e.r li, >//<!• En/timr.
F Painllon Je la. boucle .
'i.Cr Pavillon. Je la Salle Je Spectacle Je l Opéra .
H Anciens Appartenions Je sont Al lusse Royale, ociipés aujourJ htty pur
jjfl le Due Je ( larlres, et les personnes Je sa suite
I Atle Je P aliment oit est placée la Chapelle, et Jans laquelle sont
JislribuéàJn urs Appar/rmens pour les prinepaii.c Officiers Je la Jftaison .
K Serre pour les Arbustes, celle Jes Orangers étant rué O' Ie Anne .
L Aile Je fi aliment Jonl les Je Jans se Jistriluent a neuf
et ne sont pas encore achevés.
r le Jeparfvment Je l Opéra,
PLAN CÆNDRAU AU LEZ DU CHAT
Echelle Je
Cour Je
Lù’.v; NflX.P/ahc/t 2.
Æaison ■vonn/i?
Cotir
decjaqenitnt finir l' O per a
■
■
. .. ,
I C Nouveaus /qqetnerts pour le Officier*' Je M', le Duc <lc ilinrlre s.
1 F Petit Appartement priA orné Je T i l/co me de l'Ecole Flonnun/c .
G Escalier Jerolèe qui ileqqqe dame le Jardin Je propreté
H Pi y •mu v ■ - lnlit liant Ire et < 'ail- a manqer, cjlu anciennement ne /à isotent qu une , < aile
! I Salle Je i ompiq/iie, don t le Plafond anae/uientent avoitele Peint par Noël Coyptl ■
I K Appartement Je Madame la Duches-e tic La n/e
i L Nouveau Poliment élevé sur les desseins Je Mit ar/auJ pour les l officiers Je M. le
Duc J ( Wea/ts-
M. Nouveau Patuncntiju an crnje actuellement sur les desseins Je AI Contant poui les
Appartements Je Madame la Duchesse J Orléans .
ÎST Ancienne Aile de Batiment tjue Ion restaure et qu'oit enthel/il pour le meme usqqe.
O t toile Je Spectacle Je l Opéra, prise au niveau Jtt Théâtre.
P Nouveau Batiment que ta Ville a fui construire pour 1rs foyers et les lp/es des Acte tue
Je l Opéra-
tif Calnnets qui contiennent h eelelre Collection Je Talleainr dit Palais Rqy al-
R ( nu ■< 1er o les f uni / - Ai nirtement Je Parade, servant ait/ottrJ lu y Je petit Appartement
privé et au dessus des quelles sont des Entresols
PLAN GENERAL DIT P ATT MI
t sur
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
oppofée. On a propofé , dit-on , de fupprimer cette terralTe , & par conféquent
les murs qui la foûtiennent , pour y mettre une grille de fer ; fans doute la cour Ro>'“1
principale en acquereroit plus d’efpace , mais lorfque ces murs feroient fupprimés , il
feroit à craindre qu'on n’apperçût trop vifiblement l'irrégularité de l'enfilade gé-
nérale.
L’élévation G eft une partie de celle qui contient au premier étage la grande
gallerie. Son ordonnance différé abfolument des précédentes ; elle eft compofée
au rèz-de-chauffée & au premier étage d’arcades en plein ceintre , & elle eft enrichie
d’ornemens & de membres d’Architeélure qui ont affez bien réuffi à Hardouin
Manjàrd, aufli les a-t-il employé allez volontiers dans les bâtimens qui lui ont été con-
fiés. La faillie des ailes de la fécondé cour empêche qu’on ne voye ici la lon-
gueurde cette façade; mais comme dans toute fon étendue elle eft la même, nous
nous fommes crû difpenfés de la donner féparement. A l’égard de celle qui lui
fait retour , & qui eft en face du jardin , fa décoration eft fi médiocre , que nous
n’avons pas héfité de n’en point parler ici. Peut-être en aurions-nous ufé de mê-
me à l’égard de la plus grande partie des diftributions en général & des éléva-
tions de ce ^Palais , fi d’un côté fon immenfité , de l’autre le nombre prodigieux
de merveilles qu’il renferme dans fon intérieur , n’euffent pas été pour nous un mo-
tif alfez puiffant pour le faire connoître aux étrangers. Au refte ne peut-on pas
dire que les inadvertances que nous nous fommes trouvés obligés de relever dans
l’examen de ce vafte bâtiment , feront l’effet de l’ombre qui fert dans un tableau
à faire valoir la lumière , rien n’étant plus important pour la recherche du vrai
beau , que de s’afturer par une comparaifon refléchie de la fource & du motif des
licences dans lefquelles les autres font tombés ?
DESCRIPTION
DU CHATEAU D’EAU
Elevé en face du Palais Royal , rue Saint Honoré.
IL n’y eût point d’abord de place vis-à-vis le Palais Royal. La Reine Régente ,
Anne d’Autriche , étant venu faire fon féjour dans ce Palais , fit abattre l’Hôtel
de Sillcri , & en fit conftruire une ; mais comme elle étoit bornée & fort irrégu-
lière , Philippe, Duc d’Orléans , Régent du Royaume, la fit aggrandir en 1719 ,
lorfqu’il prit pofleflîon de ce Palais , ainfi que nous l’avons dit au commencement
de ce Chapitre. Il y fit conftruire , fur les deffeins de Robert de Cotte (f) , premier
Architeéte du Roi , un corps de bâtiment nommé le Château d’eau , qui contient deux
réfervoirs , l’un d’eau de la Seine , amenée par la machine de la Samaritaine ( m ) ,
l’autre d’eau d’Arcueil, amenée par l’aqueduc de ce nom (n). Ces réfervoirs fourniflent
de l’eau au Palais Royal, aux Thuileries , au Louvre, Sic.
(/) Voyez ce que nous avons dit de cet Architecte ,
Tome I. Page 230. Note (a).
(m) Voyez ce que nous avons dit de la Samaritaine ,
,T* II. p. i3.Not. ( e ).
(«) Cet aqueduc , tel qu’il eft aujourd’hui , (car il y en
avoit anciennement un, dont il refie encore quelques vef-
tiges > ) fût conftruit par ordre de la Reine Marie de Mé-
dias , fur les deffeins de Jacques De Brojfe ; il fut achevé
en 1624. Cet ouvrage égale en magnificence ceque les
Romains ont fait éléver dans ce genre. Il a 200 toi-
fes de longueur , douze de hauteur , & eft: orné de vingt
arcades de vingt-quatre pieds d’ouverture , dont neuf
font percées à jour .• fous l’une de ces arcades paffe la
petite riviere de Bievre. Cet aqueduc tire fes eaux de Run-
gis par des rigoles qui ont 6600 toifes de longueur. La
conduite de ces eaux pour Paris eft au-deflus de la cor-
niche de ce monument ; elles partent dans un canal aux
deux côtés duquel font des banquettes. Ce canal eft voû-
té & percé d’ouvertures pour donner de l’air & du jour
dans l’aqueduc.
A propos de cet aqueduc , nous citerons la maifon de
plaifance de feu M. le Prince de Guife qui eft attenant ,
&dont les jardins & les bâtimens, quoiqu’à demi ruinés ,
produifent encore un effet admirable , ils ont même fervi
plus d’une fois de modèle à nos plus habiles Peintres Fran-
çois & à nos meilleurs Défiinateurs.
4S
ARCHITECTURE F R A N Ç O I SE, L i v. V.
ChSteau
4’eau.
Plan au rez-de-chauffée du Château d’eau. Planche V.
Ce bâtiment dans fon plus grand efpace a 20 toifes 4 pouces de profondeur ,
hors d’œuvre , & J toifes dans le moins profond. Cette inégalité provient de la fi-
tuationdes maifons v oifrnes qui , appartenant à differens Propriétaires, n’ont point
d’alignement direéf.
Le rez-de-chauffée de ce batiment eft divifé dans fa plus grande profondeur par
deux murs de refend qui fervent à foûtenir le poids des réfervoirs. Ces murs font
percés d’arcades pour procurer plus d’efpace dans le fol , qui fert de magafin pour
les démolitions des bâtimens du Roi , & pour ferrer les pompes publiques & diffé-
rentes uflenciles à l’ufage de ces réfervoirs.
Dans la plus petite partie de ce plan eft pratiqué un efcalier qui monte au ré-
fervoir. La principale entrée de ce bâtiment eft du côté de la rue fromenteau ; il
y en a une autre dans la rue S. Thomas du Louvre , qui fert pour entrer & fortir
du magafin. La garde & l’entretien de ce bâtiment eft confiée au Sieur Lucas , Plom-
'bier & Fontainier du Roi ; lequel a fon logement tant dans le rez-de-chauffée , que
dans les entrefols & au premier étage du côté de la rue Fromenteau.
Cet édifice, en général, eft peu confidérable , mais il eft d’une grande utilité
pour ce quartier , un des plus peuplés de Paris , non-feulement parce qu’il four-
nit de l’eau aux Palais que nous venons de citerj , mais auffi parce que l’abon-
dance de fes réfervoirs pourrait remedier promptement aux incendies que l’on a
toujours lieu de craindre dans une ville aufli fréquentée. Cette confidération , qui eft
effentielle , devrait engager à ne pas s’en tenir à celui dont nous parlons , qui eft
prefque le feul qui exifte dans Paris , ne devant compter au nombre des dépenfes
véritablement louables , que celles qui en érigeant des monumens capables de dé-
corer une grande Ville , fourniffent auffi aux habitans des commodités qui leur
procurent la fureté de leur demeure , la falubrité de l’air qu’ils refpirent, & une
eau abondante , fi utile à leurs befoins en général. Il eft vrai que dans toutes les fon-
taines de Paris il y a des réfervoirs & des cuvettes de diftribution ; mais à l’excep-
tion de la pompe du Pont Notre-Dame & de celle de la Samaritaine , elles produi-
fent un fi petit volume d’eau , qu’elles feraient peu propres à préferver les habitans
de cette Ville , ( malgré la Seine qui paffe au milieu d’elle , ) d’un accident qui a
réduit plus d’une fois des Capitales en cendres.
On a marqué dans ce plan les tuyaux de diftribution dont on fera mention dans
les coupes. Les trois marqués G fervent à amener de la Croix du Trahoir l’eau
d’Arcueil , de décharge au réfervoir, & de conduite pour mener cette eau à
la Monnoye des Médailles. Le tuyau H eft celui qui fournit de l’eau de riviere au-
dehors pour le Public , il fert auffi de décharge au réfervoir. Le tuyau K mene
l’eau aux Tirailleries. Celui L amene l’eau de la riviere par la machine de la Sa-
maritaine, environ la quantité de 20, ou 2J pouces, quoique la jauge placée a
l’extrêmîté de ce réfervoir contienne 60 ajutages , qu’on dit avoir tous fournis ,
lorfque la Samaritaine fut nouvellement conftruite , & quelle étoit entretenue par
des perfonnes intelligentes.
Plan du premier étage. Planche VI.
C’eft dans cet étage fupérieur que font placés les réfervoirs , l’un qui contient
4500 muids d’eau de riviere, l’autre i8oomuids d’eau d’Arcueii. Ces réfervoirs
font conftruits de charpente doublée de plomb en table , & entretenue par des
liernes
_ ARCHITECTURE FRANÇOISE^Liv. V." 49
iiernes de fer clavetées & boulonnées d’une maniéré auffi ingénieufe que folide.
On arrive à ces réfervoirs par differens efcaliers de charpente , qui atteignent
jufqu’à leur fuperficie ; celui du rez-de-chauflee ne monte que fur le plancher qui
foûtient les réfervoirs.
Elévation de ce Chdteau du côté de la Place du Palais Royal.
Planche VII.
. décoration de cette façade eft compofée d’un avant-corps & de deux ar-
nere-corps Aux extrémités de l’avant-corps font deux pavillons. Cet avant-
corps eit décoré de quatre colonnes d’Ordre Dorique engagées & chargées de
bollages, couronnées d’un entablement & d’un fronton, dans le timpan duquel
iont les armes de France. Au-delfus font deux figurés fculptées par Coudent le
jeune (o) ; 1 une reprefente la Seine , l'autre une Nymphe qui défigne la fontaine
d Arcueil. Au rez de-chauffee eft une niche ornée de congellations , d’une coquil-
le, &, dans fa partie inférieure, d’un dragon de bronze qui jette de l’eau pour le
Public. Au-deiïus de cette niche eft une table de marbre noir, fur laquelle on lit
cette înlcription. 1
QUANTOS EFFÜ1SD1T IN USUS.
ij'taP7îT de cet avant-corps paroît trop fvelte pour être appliquée à un
édifice de 1 efpece de celui dont nous parlons , & pour être compofée d’Ordre
Dorique quoiqu on ait chargé ce dernier de bofiTages pour lui donner un air de
virilité. Ce qui contribue a faire paroître cet avant-corps fvelte , c’eft d’une part
la hauteur du focle fur lequel 1 Ordre Dorique eft élevé , de l’autre l’interruption
de ion entablement qui donne un air gigantefque au grand entrecolonnement. Quoi-
que cette licence foit contraire aux préceptes de la bonne Architeélure , on n’y
tombe cependant que trop fouvent aujourd’hui , quelque prévenu qu’on doive être
que lorlqu il s agit d’eiéver un monument public , il ne faut faire ufage que des
formes les plus approuvées , l’efprit de convenance devant regner elfentielle-
ment dans toutes les produirons d’un Architecfte. Autrement , iorfque le caprice
tient lieu de geme & de régies , eft - il étonnant de voir une multitude de
batimens d une ordonnance fans choix , fans goût & fans vraifemblance , qui déf-
honorent le fiecle ou nous vivons, les Artiftes qui les produifent , & peut être la
Ne peut-on pas avancer que les produirons dont nous parlons , mifes fous les
yeux de nos jeunes Architeéies, loin de leur infpirer une noble émulation , leur
donnent lidee de ce goût mefquin & frivole, qui ne forme que des fujets médio-
cres & dont on ne peut fe rélever qu’en vifitant avec exaélitude les monumens
eltves dans le fiecle dernier; la plupart de ces édifices font autant de chefs-d’œu-
vre qui pourroient tracer une route bien différente de celle qu’ont fuivie quelques-
uns de nos contemporains , qui bien loin de chercher à porter leur Art au plus haut
leTavmtPerfei5ll0n ’ fe COntentent d’en faire le Plus fouvent un état mercenaire qui
Les arrieres-corps & les pavillons de cette façade ne font pas traités avec plus
de fucces. Un grand foubaftement d’une proportion outrée , fu, -monté d’un Atti-
re fort peu ele vé , tous deux le fruit d’une .imagination déréglée , en forment
décoration ., & comme ces arrieres-corps pont aucune analogie avec l’avanc-
(«) Voyez ce que nous avons dit de cet illuftre Ar- Paris, Tome II oaneiro Noretfl
tifte à loccafion du Chœur de l’Eglife Cathédrale de P ® i io. Note (/).
Tome III. ^
Château
d’Eau.
Hta
* Si;
j®
!
:„? *
SIÇÏ-I
W
fc! t". i:
ri
i!"
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Châieau corps , ils compofent en général des parties qui n’étant pas faites pour être al-
liées enferable , préfentent une ordonnance auflï vicieufe que méfeftimable.
Ce n’eft pas que les foubaffemens ne puilfent trouver leur place dans l’Archi-
teélure , mais il faut fçavoir les introduire avec convenance, comme l’ont fait
Manfard & Perrault , dans le Château de Verfailles & dans le périflile du Louvre.
Les Attiques ont aulfi leur application ; mais comme ils ne font faits , ainfi que
les foubaifemens , que pour faire valoir avec plus de majellé les Ordres réguliers ,
c’eft une ineptie que de compofer une façade de bâtiment de ces deux parties ,
qui ne font autre chofe qu’une imitation imparfaite de ce que l’Architeélure a de
plus grave & de plus régulier ; deforte que cette ordonnance n’eft excufable
ici , qu’en fuppofant que l’Architeéte , ( qui félon les apparences n’a pas conduit
cet édifice , ) a voulu dans fon projet , par le foubalfement exprimer un étage plus
mâle , & par l’Attique , un plus racourci , afin que par l’afpeét de ces deux éta-
ges , on reconnut dès le déhors , l’ufage intérieur de ce monument.
Cependant l’élégance des avant-corps , les petites confoles des croifées Atti-
ques , la richelfe des claveaux qui font aux arcades du foubalfement , la largeur
outrée des travées des baluftrades , font une contradiétion qui s’accorde très-mal
avec l’expreffion de ces deux genres d’étages , d’où il eft aifé de conclurre que
ceux qui furent chargés de l’exécution de cet édifice , faifirent (p) mal l’inten-
tion de l’Architeéle , & qu’ils ont produit une décoration mal entendue d’après
une idée aifez bien conçûe dans fon origine. Car, par exemple , nous remarquerons
d’une part , que les arcades en plein ceintre du foubalfement , ornées de refends ,
& de l’autre les corps d’Architeéfure chargés de bofiàges qui montent de fond ,
annoncent d’une maniéré aifez intelligible l’exprellïon virile & réfiftante, qu’il étoit
nécélfaire de mettre en oeuvre dans la façade d’un bâtiment tel que celui-ci. En
effet, comme il étoit deftiné à recevoir dans fon intérieur un poids confidérabie ,
par le volume d’eau que les refervoirs contiennent , aufft-bien que par la conftruc-
tion folide de la charpente qui les foûtient , la convenance fembloit exiger que fon
extérieur fe manifeftât par un genre d’ordonnance tout particulier ; mais ayant été
altérée dans les principales parties , elle ne préfente plus qu’une décoration contrai-
re aux loix de la bonne Architeélure.
Un dragon de bronze , placé au-defius d’un parapet continu de trois pieds de
hauteur , & qui fert de foubalfement à toute cette façade , diftribue au Public une pe-
tite partie de l’eau de ce réfervoir. Nous dirons à propos de ce filet d’eau , qu’un
édifice de cette importance devroit s’annoncer au-dehors d’une manière plus frap-
pante , foit par une nappe , une décharge , ou un torrent. Par-là on auroit donné à
connoître la magnificence du Prince qui a fait éléver ce monument , on auroit dé-
coré la Ville , & donné une idée de l’abondance du Fleuve & de la fource qui y
fournilfent des eaux. Qu’on jette un coup d’œil fur la Samaritaine, du côté du Pont-
Neuf : quoique l’eau quelle répand foit peu confidérabie , elle produit néanmoins
un bon effet , elle fait fpeétable , amufe le peuple , & fatisfait les étrangers ; motifs
qui doivent toujours entrer pour quelque chofe dans la conftruétion d’un édifice de
la conféquence de celui dont il s’agit.
(p) Le portail de S. Roch& celui de la Charité , élè-
ves fur, les deifeins de Robert deCot (e, font fans doute dans
le même cas. Erigés depuis la mort de cet Architeéle ,
on en a altéré les proportions , négligé l’ordonnance , &
l’on ja placé des ornèmens qui n’ayant pas été ^onçûs
par l’Auteur, produifent un effet contraire à fa première
intention. Ce défordre vient ordinairement de ce que ceux
qui font chargés de la conflruélion d’un ouvrage de quel-
que importance , au lieu de fuivre le defiein de leur pre-
decefTeur , préfèrent d’y mettre du leur. 11 vaudrait mieux
cependant qu’alors ils ne fuiviffent point du tout la pre-
mière penfée plutôt que de la défigurer ; parce qu’il en
réfulte prefque toujours une défunion entre les parties Sc
le tout , qui engendre un enfemble mal concerté.
PLAN AU REZ DE CHAUSSEE
Du C/uièeau d eau eleve en /ace du Palau Pun/a/f rue S.L 'Honore
• VV.’JIIPUI O.ljJ- ,7 /J -\^£
p.u\iLorj' rtv
m!X JF f."V
ELEVATION :nr CHATEAU DE ALT construit en face du palais royal
COUPE PRISE DANS LES PL, AN S SUR LA LIGNE . A. II .
<ro »% 7-"«; j a s„/,?7,y.
sxv’id s>c'i s XV([ 'jfsiîid ajjio.i s xv"i<i sa'i sjscvœ asraj ajiioo
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i y. V.
*1
Coupe prife dans le plan fur la ligne A B. Planche VIII.
Cette Planche fait voir 1 intérieur de ce bâtiment , la coupe des réfervoïrs ,
leur développement & la coupe des combles , qui mettent à l’abri les palîa—
ges qui conduifent aux refervoirs. Ces combles qui ne forment que des appen-
tis , ne font point apperçûs des dehors , ce qu’il étoit néceifaire d’éviter , la baluf-
trade qui régné fur la partie fupérieure des façades , faifant un bien meilleur ef-
fet que ^des combles , qui n auroient pas donné l’idée d’un lieu defliné naturelle-
ment à être découvert, pour conferver à l’eau fa bonne qualité & fa falubrité.
On voit en A trois tuyaux de fix pouces , dont nous avons déjà parlé , l’un qui
monte au refervoir , & qui y apporte l'eau de la fontaine de la Croix du Trahoir ,
1 autre pour la déchargé de fond du refervoir , & enfin le troifieme pour conduire
cette eau a la monnoye des Médailles.
L eau du tuyau de déchargé dégorge dans l’intérieur du bâtiment dans une
cuvette de plomb placée au-deflous , pour de-là être conduite dans la place ; mais
comme cette cuvette eft trop peu confidérable pour le volume d’eau, qui s’échap-
pe quelquefois abondamment , cette même eau dégrade les voûtes qui font
fous ce bâtiment , & produit une humidité nuifibie à la folidité de cet édifice.
Cette confidération, comme nous venons de le remarquer plus haut, auroit dû
porter à procurer à cette eau un écoulement plus confidérable par les dehors ;
ce qui en contribuant à la magnificence publique, auroit confervé l’intérieur deçà
bâtiment , pendant qu’au contraire il n’y a que le tuyau B d’un pouce & demi de
diamètre qui fournit de l’eau à l’extérieur de ce monument.
Le tuyau de fix pouces C fert de déchargé de fond pour le refervoir d’eau de la Sei-
ne 5 dans celui-ci cil branche un autre tuyau pour la fuperficie du même réfervoir.
L elcalier D , dont on voit ici la coupe , defeend au feuterrain pratiqué en trois
berceaux, & dont les murs foûtiennent ceux qui font exprimés dans le plan du
rez-de-chaufiee , dans lequel fe voit aulli le plan de l’efcalier dont nous parlons.
(Voyez la Planche cinquième).
De la coupe prife dans les plans fur la ligne CD , & de celle prife fur la liane EF.
Planche IX.
La Figure première exprime la coupe prife dans le milieu de l’avant-corps.
Au rez-de-chauffee on voit les murs de refend , qui foûtiennent le grand réfer-
voir dans lequel eft contenue 1 eau de la Seine , la coupe fur la largeur de ce même
refervoir, & la forme des combles. Dans cette coupe on voit aufli les tuyaux mar-
ques H , I , K , L , dans la Planche V.
La Figure deuxieme indique la coupe prife fur la longueur du refervoir conte-
nant 1 eau d’Arcueil. Ce réfervoir eft foûtenu par un mur de refend , qui monte
de fond. Nous observerons que ce réfervoir, lorfqu’il eft trop plein , fe déchar-
ge dans le grand réfervoir qui contient l’eau de la rivière , ainfi qu’on peut l’obfer-
ver en E , Planche huitième.
Château
d’E.iu.
" .. • ______ .
ARCHITECTURE FRANÇOISE,Liv. V.
description
DE LA MAISON DEM. LE COMTE D’ARGENSON,
Miniftrt de la Guerre.
La maifon dont nous parlons , trouve d’autant plus naturellement fa place dans
ce Chapitre , qu’elle donne fur le jardin du Palais Royal , & qu elle efl occupée
ar M. d’Argenfon , Miniftre de la guerre , & précédemment Chancelier de feu M. le
Duc d’Orléans , à qui ce Prince l’a donnée à vie. Elle fut bâtie par ordre de M.
le Régent pour Made. d’ Argent on , au nom de M. 1 Abbe Dubois , depuis Cardinal,
fur les deffeins de M. Boffrand : aufli la trouve-t’on dans les œuvres de ce célé-
bré Architeéte , dont nous avons déjà parlé. Tome I. page 242. Note a.
"Plan du rez-àe-chaujpc. Planche X.
Le principal corps-de-logis de cette maifon eft bâti entre cour 8c jardin , fur
une terralfe donnant fur la promenade publique du Palais Royal. Elle n’a de largeur
que 9 toifes 8c demi dans œuvre , 8c eft double dans fa profondeur , non compris
deux petits pavillons du côté de la cour , qui communiquent à deux ailes conti-
nues fur la longueur de cette cour , 8c qui viennent fe réunir à un corps-de-lo-
gis fur la rue des bons enfans , dans lequel fe trouve la principale porte d’entrée.
Lorfque M. d’Argenfon fut nommé Miniftre de la guerre, en 1743 } ce bâtiment
ayant trop peu de dépendances , il fe détermina à louer l’Hôtel de la Rocheguion ,
depuis nommé les écuries de Monfeigneur , qui eft mitoyen à la maifon dont nous
parlons , deforte qu’à préfent cet Hôtel contient de très-grands appartemens 8c
toutes les commodités qui conviennent à la réftdence d’un homme du premier ordre.
On a pratiqué dans ce plan deux ouvertures , l’une F qui conduit aux appartemens
qu’occupe M. d’Argenfon ; l’autre G , qui dégage dans les balles cours de la mai-
ion voifine. Comme cette derniere n’a rien de bien intéreffant , nous nous difpen-
ferons d’en donner ici les diftributions. Le plan du rez-de-chauffee de cet Hôtel
confifte principalement dans un corps-de-logis qui contient un appartement allez
complet 8c décoré avec beaucoup de goût. Le plafond du fallon, eft un des bons
ouvrages d’Antoine Coypel , qui y a repréfenté les Dieux défarmés par 1 Amour.
(Voyez la décoration des lambris de ce fallon dans les œuvres de M. Boffrand, Plan-
che XXXIV. ) il.’'
Cet appartement eft occupé aujourd’hui par Madame d’Argenfon. Sa chambre a
coucher eft à la place du grand cabinet , fon cabinet de toilette à la place du ca-
binet en bibliothèque 8c de l’arriere cabinet. Au-deffus , en entrefol , font des loge-
mens pour les femmes de chambre. De la falle d audience on a fait une deuxieme
antichambre , qui par la porte F communique à la bibliothèque & à 1 appartement
de M. d’Argenfon, fitué dans la maifon voifine.
La cour eft petite , mais d’une bonne proportion , 8c la diftribution des bati-
mens qui l’environnent , quoique renfermés dans un terrain affez borne , contient
néanmoins affez de commodité. Comme l’étage fupérieur du bâtiment principal ne!
qu’un Attique , de que fur les autres il n’y a qu’une manfarde , 1 efcalier eft fort
petic ; il eft placé à gauche de l’entrée de la cour, dans 1 une des ailes , de il n oc-
cupe aucun efpace dans le principal corps de logis ; ce qui adonne la liberté de
pratiquer au rez-de-chauffée des pièces affez fpacieufes , qui donnant fur le Palais
Royal , compofent un appartement très-agréable.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
53
Flan du premier étage. Planche XI.
Ta grandeur du lallon donc nous venons de parler ayant exigé une hauteur Vairon
de plancher plus confidérable que les autres , Ton n’a pratiqué au-deflhs qu’une ge'nfoa?'"
pièce balle , prilè en partie dans la hauteur des combles , Sc qui lcrt de logement
fubalterne. Les autres pièces de ce premier étage compofent l’appartement de
Mad“A & de M. le Marquis de Foyer, fils de M. d’Argenfon, & Maréchal des camps
& armées du Roi , Direéteur général de tous les haras du Royaume , &c. &c. C’eft
dans ces appartenons que l’on voit un cabinet de tableaux appartenant à M. de
Voyer, qui font d’un choix exquis , & diftribués avec un goût & une magnificen-
ce qui accompagnent toujours les actions de ce protecteur des beaux Arts. Ce
cabinet ouvert a la curiofite des Connoiiîèurs , n’efl pas un des moindres de ceux
qui le voyent dans cette Capitale , dont nous avons déjà parlé , & qui par la nom-
bre^ colle&ion qu’ils renferment, juftifient le goût des François , & nous atti-
rent 1 eftime des etrangers , qui viennent puifer chez nous ce que l’afpeél de tant
de merveilles dans tous les genres peut leur indiquer de connoiflânces dans les
Arts.
Dans les ailes de la cour font diftribués plufieurs bureaux, des chambres de
Pomeftiques , un garde-meuble , &c.
Elévation du côté de la cour. Planche XII.
Cinq grandes portes croifées de forme bombée occupent la plus grande par-
tie du rez-de-chauffée de cette façade. Ces ouvertures , peut-être un peu trop gran-
des, laiflent néanmoins la liberté d’entrer à fon choix dans toutes les pièces du
côté de la cour par un perron continu. Sans doute qu’on auroit pû entrer dans ce
bâtiment par les pavillons , mais comme ils font fort petits , l’iflùe des grands ap-
partenons fembloit exiger un abord proportionné à leur deftination. Cette con-
fideration porte fouvent à négliger en apparence quelque partie de la décoration
en faveur de la diftribution des dedans , principalement lorfqu’on fe trouve dans le
cas d’ériger la demeure d’un grand Seigneur, dans un lieu trop reflerré relative-
ment à fon emploi ou à fon miniftere. Je conviens qu’il n’appartient qu’à un grand
maître de rifquer de pareilles licences , parce qu’il fçait toûjours donner à ce qu’il
fait l’empreinte d’un génie fupérieur ; mais je ne me crois pas difpenfé de les faire
remarquer , dans la crainte qu’une perfonne moins habile ne prenne pour autorité
générale ce qui ne peut s’appliquer que dans des occafions particulières.
_ Au-deflùs de ces portes croifées régné une corniche accompagnée d’un gorge-
rin & d’un aftragale. Cette corniche fépare cet étage d’avec i'Attique , dont les lin-
teaux fupérieurs des croifées font encore bombés & ornés de claveaux. Ces croi-
fées font auffi d’une ouverture un peu confidérable ; mais comme elles éclairent
des pièces d’une certaine profondeur & d’un allez grand diamètre , il femble
qu il etoit neceflàire de la leur donner. Ce furcroit de confidération fait voir qu’on
ne doit pas s’engager légèrement à faire la critique d’un bâtiment par fon feul af-
peét, quoiqu’on puiife avancer que le premier foin d’un Architeéle doit être de
concilier l’élégance & la proportion des façades , félon les loix de la décoration ,
mais toujours rélativement à la diftribution des dedans.
Cet Afrique eft couronné d’une corniche fimple , au-deftus de laquelle eft un
/ervanc c^eneau ? & qui reçoit les eaux des combles , dont la hauteur eft
aftez bien proportionnée à celle du bâtiment. Aux deux extrémités de cette faça-
de fe voyent les coupes des deux ailes du côté de la cour , prifes dans le plan ( Plan-
che X. ) fur la ligne AB. r K
Tome III.
O
n
1 1 I .i ' :
ï,'l!
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Elévation du côté du jardin du Palais Royal. Planche XIII.
Cette élévation eft compofée d’un avant-corps & de deux arrieres-corps : le
rez-de-chauflee eft percé d’arcades en plein ceintre , ornées d’archivoltes & d’im-
poftes. Les claveaux font décorés de têtes en bas relief. Cet étage eft couronné de
corniches avecgorgerin & aftragale, comme du côté de la cour. Au-defius s’élève un
Attique décoré de pilaftres dans l’avant-corps qui eft furmonté d’une corniche &
d’un focle. Ce focle eft orné de polies & de mufles de lion : il eft aufli couronné de
vafes à plomb de chaque pilaftre.
Toutes les ouvertures de cet Attique font de la même grandeur que celles de
la façade précédente. Les arcades de deflouï font même un peu plus larges ; mais
comme elles font en plein ceintre , & que la hauteur eft divifée par des impof-
tes , les piédroits en parodient moins fveltes , & compofent un genre d’Architeélure
plus analogue à la deftination du bâtiment.
Au pied de cette élévation eft une terraffè bordée d’un balcon avec des rampes &
grilles de fer qui défendent l’entrée de ce bâtiment du côté du jardin du Palais Royal.
Elévation d'une des ailes , C ’t coupe du principal corps de logis. Planche XIV.
Cette coupe eft prife dans le plan du rez-de-chauflee fur la ligne CD. La
lettre A indique le porche du côté de la rue , par lequel on communique au lo-
gement du Suille par l’efcalier marqué E , ( plan du rez-de-chauflee) ; ce logement
eft placé en entrefol au-deflüs de la cuifine.
L’aîle B eft décorée d’arcades en plein ceintre répétées dans tout le pourtour
de la cour , c’eft- à-dire , depuis un des pavillons du principal corps-de-logis juf-
qu'à l’autre , la façade du côté de la cour étant décorée de portes bombées. Ces
portes auroient dû auflî être en plein ceintre , alors les arcades auraient procuré
.une uniformité plus agréable dans tout le pourtour de ce bâtiment , dont l’en-
ceinte étant peu fpacieufe , avoit plus befoin qu’aucune autre d’une ordonnance
d’Architeéture qui ne fut pas diflemblable.
La lettre C exprime le retour d’un des pavillons qui unis avec la façade du
côté de la cour , caraélérifent le principal corps de logis de cet Hôtel. La coupe
D , prife dans le milieu du rez-de-chauflee & du premier étage , montre l’intérieur
de l’appartement. Dans le fol on voit la décoration d’un des côtés de la falle à
manger & celle du fallon , & dans le premier étage la décoration de l’étage Atti-
que , où eft exprimée l’inégalité de la hauteur des planchers de cet étage. Le fol
de la terrafle marquée E diffère de flx pieds & demi de celui du jardin du Palais
Royal marqué F , où l'on defcend par un efcalier à deux rampes dont on voit le
plan dans la Planche X.
Nous finirons cette defcription en faifant remarquer la fimplicité qui régné dans
la décoration des façades de cet Hôtel , toujours préférable dans un édifice par-
ticulier à la richeflë des Ordres & à l’étalage des ornemens , qui femblent devoir
être réfervés pour les édifices publics , les monumens facrés & les maifons Roya-
les , maigre l’opinion de ceux qui prétendent que la fimplicité ne fert en géné-
ral qu’à montrer la fterilité du genie de l’Architeéte. Bien loin d’approuver ce
fyftême , j’ofe au contraire avancer que l’Art confifte à faire eftimer un bâtiment
parles proportions de fon Architeélure , & non par la profufion de la Sculpture
dont la prodigalité eft inutile , Sc qui pour la plûpart n’eft employée que par de
médiocres Artiftes. Comme ils nefefentent, matiez de génie , ni allez de connoiflàn-
ce des véritables régies de l’Art pour s’attirer le fuffrage des habiles gens , ils cher-
chent à éblouir le vulgaire par des compofitions captieufes & bizarres , au mépris de
la nobieflb des formes & des loix de la convenance.
' - '
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E .
Liv, V.
SS
CHAPITRE X-
Defcription de l'Eglife des Prêtres de V Oratoire, rue S. Honoré
/^ETTE Eglife fut commencée (a) en 1616, fur les deifeins de Clément Me- Egüftd-,
te
tfemeura'long-tems^impTr&t^c^ce^e^t^q?^ i7^Cqn^U^',0a2rra®e> V
la tribune qui lui ell adoifée , & le Maître-Ainel * 7<? ’ ^ °c eleva Ie PorÇalE
Plan de lEglife .. Planche Première.
&'deS(idelvTen| faitS à CettS EgIife dePuis plufieurs années, le peu d’étendue
& de fidélité du plan que nous en avons dans le recueil de Marot , nous ont entra
ge a en graver un nouveau que nous donnons ici. Nous aurions bien voulu de mÊ
me graver une nouvelle coupe fur la longueur , l’ancienne étant fo« ufée & ca_
pa le par fon peu de correéhon de donner une toute autre idée de ce monument
qui a bien des égards mente des éloges, mais la grande quantité dp
que contient ce Volume , & les engagemens du Libraire avec ie Public n’ont pu
nous le permettre. - ’ P11
L Egide dont nous parlons , ell compofée d’une grande nef de 12 pieds & demi
nnint ^ fUr21 Pf ds, de longueur.Le fond de cette nef eiherminé en rond-
pomt & contient le retable d’Autel en baldaquin érigé nouvellement Ce fine
™:el fn T Une/rille bÆ 1* le ^ d’avec relie de la nef • de"
1 s deîprêïs Î UIae couP°fo elliptique , où font placées les Hal-
les, des Pre très Aux deux cotés de la nef & dans toute fa longueur font diftri
buees des chapelles d environ 12 pieds de profondeur , & qui font toutes déuacées
la compofition de nos temples , la bienléance dans un édifice facré étant un des
points elfentiels qu on doit y obferver. “
A l’entrée de la nefeft pratiqué un porche intérieur qui foutientune tribune
ou dans certaines folemmtes on place la mufique. On monte à cette tribune par
(a) Nous ne parlons ici qne de l’Erffc , & nous ne
donnons point les déteins de la maifon? Les bâtimensen
lont peu fpaoeux & d un goût qui tient d’un genre d’Ar-
clntefture peu réfléchi. Une cour de moyennlgrandeur ,
quelques ^grandes falles . des logement pour environ qua-
rante. Prêtres . des parloirs & les dépendances nécelfaires
a une maifon de cette efpece , en font toute la diflribu-
tion. Cette maifon , nommée l’Hôtel du Bouchaae , fut
achetée, en i5i6, par le Cardinal de Berrulle de Ca-
therine-Henriette de Lorraine. Elle avoir été acquife au-
paravant par le Cardinal François dejoyeufe, & elle fe
nommoit alors l’Hôtel de Mompenfin ; en i C94 , on la
nommoit 1 Hôtel d’Eflms , enfin on allure que ce fut
dans une des falles de cette maifon qu’Henri IV fiit blefê
par Jean Chatel : c’ell du moins ce qu’on lit dans un r «f.
tre des Archives de l’Hôtel de Ville, quoique plufieurs Hif-
tonens prétendent que ce fut au Louvre. Voyez les éléva-
tions perfpeéhyes de cette maifon dans ter Délices de Pa-
ns , 1 lan. 102 & 103*
(b) Cet Architecte a bâti plufieurs édifices d’un zenre
lemi-Gothique.mais allez corred.Nous aurons occafion de
parler de lui dans ce recueil en faifant la defeription de
quelques ban mens qui ont été confiés à fes foins.
V , nous avons dit de cet Architeéte , en
parlant de 1 Egiife delà Sorbonne, du Palais R.oyal, &c.
ARCHITECTURE F R A NÇO I SE , L i v. V.
Egiife Je* par les elcaliers A , cjui communiquent , aufli— bien que ceux B , a d autres tribu—
l’Oratoire, nés qui régnent au pourtour de la nef , & qui font de plain pied à celle des
Muficiens. Ces tribunes placées au-deffus des chapelles , font comprifes dans la
hauteur d’un Ordre de pilaftres Corinthiens de trois pieds de diamètre, & foûte-
nues par un plus petit Ordre couronné d’une baluftrade. Nous obferverons que
ces tribunes régnent dans la croilee de la nef , de maniéré que cette croilee ne
s’apperçoit du bas de l’Eglife qu’au-deffus de ces tribunes. ( Voyez la coupe de ce
monument dans le petit Œuvre de Marot, in-quarto , Planche 84. )
La corniche de l’entablement du grand Ordre eft fans cimaife fupérieure , &
eft enrichie de modillons dont les galbes & les ornemens font d’un bon goût de
de (Te in , quoique d’une forme un peu fimple pour la richeflê des chapiteaux Co-
rinthiens , qui font compofés de feuilles de" perfil d’une allez médiocre exécu-
tion. Entre chaque modillon font des cadettes ornées de rofes dans le goût des
modillons. Les baluftrades du petit Ordre font bien profilées & analogues à la ri-
chefle de l’Ordre qui les foûtient ; les moulures de la corniche & de l’architrave du
petit Ordre ont peu de faillie , étant afïùjetties au relief des pilaftres du grand Or-
dre : deforte que pour leur donner un caraétere plus expreflif, on en a incliné en
devant les piattebandes , les larmiers , Sic. à l’imitation de la plûpart des profils
des Anciens. On ne devroit néanmoins ufer de cet expédient que dans le cas d’une
néceffité indifpenfable & abfolue , telle que dans des rotondes , dont les corni-
ches font continues & fans reffaut , autrement les angles aigus que produifent ces
inclinaifons , forment toujours un effet défagréable. Au relie on peut regarder les
profils de l’intérieur de cette Eglife comme defïinés de main de maître. Au-def-
fus de ce grand entablement s’élève une voûte en plein ceintre , exhauffée fur une
efpece de piédeftal , peut-être un peu trop élevé ; mais comme l’Eglife eft étroi-
te , la faillie de l’entablement mafque une affez grande partie de ce piédeftal.
Cette voûte eft chargée d’arcs doubleaux , entre lefquels les croifées forment des
lunettes qui font un affez bon effet ; d’ailleurs l’appareil de ce monument eft bien
entendu , la conftruétion folide , Si les ornemens diftribués avec choix & avec
difcretion. Enfin cet édifice peut être cité parmi ceux qu’on doit fe propofer pour
modèles , & fera dans tous les tems honneur à l’Architefture Françoife. On a
marqué dans ce plan par des lignes ponéluees la direélion des arcs doubleaux , la
forme des lunettes Si la voûte d’arrefte du milieu de la croifee , autour de laquel-
le continue l’entablement au-deffus des tribunes , & que 1 on s eft contente d expri-
mer ici par indication. ,
Les corridors ou couloirs dont nous avons parlé dégagent des Sacnlties dans
les dehors par les portes C , deforte que fans entrer dans l'Eglife , on peut com-
muniquer dans l’intérieur de la maifon. Il ferait à fouhaiter neanmoins que ces
couloirs fuffent un peu plus larges &.mieux éclairés. _
La rotonde, appellée le chœur des Prêtres , eft d’une dimenfion heureufe , d une
ordonnance régulière Si décorée de pilaftres accouplés , du même Ordre & du
même diamètre que ceux qui portent les tribunes. Depuis qu on a élevé un Maître-
Autel dans le rond-point , on y a placé les Halles & revêtu les arcades de me-
nuiferie. Il s’en faut bien que la fculpture , la forme des Halles , & les nouveaux
lambris répondent à la perfeétion de l’Architeéhire de cette coupole ; tant il eft
vrai que qui fçait bien l’art de conftruire , ne doit pas rifquer de donner des del-
feins de décoration. Cette partie de l’Art demande un génie Si un goût au-deflus
de l’ordinaire. Le nouveau Maître-Autel en baldaquin eft à la vérité dune com-
pofition moins médiocre , quoique d’une forme fort ordinaire ; il eft orne de
quatre colonnes de marbre de rance , les bafes & les chapiteaux en font dores , am-
fi que tout l’amortiffement. Deux Anges en adoration & un Chrift , affez mal lies
J- ^ üvpp
AKCHITECTUR E F R A N Ç O ï S E , L ; v. V.
avec l’Architeéture qui les reçoit, décorent ce monument. Ces figures icnt de eu-- E»i,re
ton peint en marbre blanc , & font de l’exécution d’un nommé Follet , Sculpteur "
peu connu. Il femble qu’il feroit de la prudence des perfonnes qui ont occafion ‘ ’™“S'
de contribuer à la décoration des édifices publics de choifir parmi les Artiftes ceux
qui le diftinguent le plus dans leur profeffion. Des jeunes gens peu -expérimen-
tés , ou des hommes qui n’ont qu’unecapacité bornée , ne doivent être employés
»>rvrir I ai 1 r rnnn ri a Mn ! nno non r 1 n J/,-,,- „ J • r \ i ‘ '
j. t — r ^ ^ uuivciic cure employés
pour leur coup d’eliai que pour la décoration des maifons à loyer , & non pour
celle des monumens qui laiffent à la pofterité des traces de l’ignorance du fiecle :
r-r- nui a fl- A’ cm t'ont* ni ne r*/~i n ri n no nihu 1 ’ - - •
, — r au necie:
ce qui eft d autant plus condamnable , que l’on peut convenir que nous fommes dans
un tetns où le nombre des hommes de mérite en tout genre , & principalement
j j r ï r ii a ï ï , wuigauc, ex principe
dans la iculpturej lemble être plus abondant ejue fous aucun autre régné.
Elévation du Portail. Planche II.
Le portail (d) que nous donnons ici , a été conllruit en 1745 par le fieur Camé
qui en donna les deueins. Il efl compofé de deux Ordres d’Architeélure , l’un Do-
rique , & l’autre Corinthien. Son ordonnance en général eft alTez élégante &
d’une belle exécution , l’Ordre Dorique eft même affez régulier , à l’exception
des angles rentrans que font les arrieres-corps avec l’avant-corps , où la diftribu-
tion des mutules du plafond de la corniche fait un effet defagréable à l’œil , ce
qui n a pû s éviter a caufe des pilaftres plies qu’on a placés dans ces angles ; aulîî
ne devroit-on jamais les introduire dans une décoration extérieure , lorfqu’eliè n’eft
pas Dorique denticulaire. Cependant comme une des beautés effentielles de l’enta-
blement Dorique confifte dans ces mutules , c’eft une raifonpour ne jamais employer
les pilaftres pliés , parce que toutes les fois qu’on ne pourra foûmettre les parties
de détail à l’enfemble des malles, on annoncera plutôt un défordre dans l’Archi-
teélure qu une application judicieufe & refléchie des régies que nous ont laide les
Anciens.. Nous avouerons pourtant qu’à l’exception de ces pilaftres pliés , l’Or-
dre Dorique qui fe voit ici eft peut-être le plus régulier qu’on ait à Paris En
effet les pilaftres accouplés des extrémités de ce portail font efpacés de maniéré
que les altérations de fa corniche font imperceptibles , ce qui certainement mar-
que une étude & une combinaifon qui fait honneur à l'Architeéle. Nous obferve-
rons encore que pour éviter, autant qu’il lui a été poifible, ces légères altérations dans
toute fon ordonnance , au lieu d’accoupler les colonnes de fon avant-corps il a
placé un triglife entre deux , dans le goût des Anciens, deforte que cette coînpo-
fiuon montre de l’expérience, & mérite de l’applaudiffement. Au contraire la hau-
teur de la porte en plein ceintre , tfii a près de deux fois & demi fa largeur &
dont la proportion n’a aucune analogie avec l’Ordre Dorique, n’eft pas à imiter
Les pilaftres à côté des piédroits de cette porte font auflî un mauvais effet , il en
lalloit luppnmer les bafes & les chapiteaux pour les convertir en niches quarrées
On aurait eu par-là occafion de rabaiffer l’intrados de la porte, (ce qui lui aurait
donne une hauteur convenable,) & d’éviter ces demi pilaftres qui fe pénétrant
dans ceux qui reçoivent les colonnes , forment un affemblage de parties qui s’éloi-
gnent des principes de l’Art. Nous obferverons encore que les portes collatérales
de ce portail font trop petites , non-feulement eu égard à l’ouverture de celle du
milieu , mais auflî par rapport à la hauteur des entre-pilaftres , où elles font placées
Si 1 on eut fupprime les demi pilaftres des angles rentrans, cela aurait donné le moyen
d agrandir ces deux portes, & on aurait en même tems fauve l’irrégularité du pla-
fond du iofite de la corniche dont nous avons parié. Enfin on aurait pu évi-
00 Voyez dans le petit œuvre de Marot in-quarto , enter* & qui y eft gravé en petit ; ce portail n’eft pas
Tome llî qUe E deïOIt &ire ÜSS m(me l & eft dl"= <•<= <À«* «tendon. P
• • . _ . ■ ■
WfH;!
;,r
mm
&
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Egiïfê dei ter tous ces défauts en employant des' colonnes ifolées , qui font toujours pré-
toTatoire férables à celles engagées ; alors le nud des pjlaftres de derrière auroit égalé celui
des arrieres-corps , & la partie du milieu n’en auroit pas moins dominé , étant reliée
dans l'a faillie & dans fa hauteur ce quelle eft dans fon état préfent. On pou-
voit d’autant plus aifément ufer de ce moyen , qu’il étoit indifférent que les por-
tes collatérales fuffent plus ou moins reculées , leur axe n’étant point , comme
dans les Eglifes Paroilfiales , affujetti à l’enfilade des bas côtés.
A propos de la faillie de cet avant-corps , qu’on a craintfans doute de faire antici-
per fur la voye publique , qu’on nous permette ici de chercher à nous rendre comp-
te des raifons qui ont porté l’Architeéle à retourner ce portail d’equerre fur l’E-
glife , plutôt que de fe conformer à l’alignement de la rue S. Honoré ; car enfin
cette obliquité , qui révolte tous les Speélateurs , & fi contraire à l’embellilfement
des rues d’une grande Capitale , pouvoit fe corriger d’une maniéré qui conciliât
l’intérieur avec l’extérieur. Un mur de face un peu plus épais "vers un endroit que
vers l’autre, un porche, quelque portion de cercle amenée avec art, auroit ren-
du ce monument tout auffi régulier en dedans , & auroit préfenté au-déhors un
afpeél beaucoup plus fatisfaifant.
On me répondra peut-être qu’on a été gêné par desconfidérations particulières d’é-
conomie, & qu’on doit fe conformer aux intentions des perfonnes qui mettent un Ar-
chiteéle en œuvre. Foible raifon quand il s’agit du bien public. Si nous penfions
moins à nos intérêts , ou fi ceux qui fe mêlent d’Architeéture étoient plus citoyens
& plus habiles , les perfonnes qui nous donnent leur confiance , feroient obligées
de fe rendre à des repréfentations convaincantes. Un Architeéle eil fait pour éclairer
ceux qui le confultent ; après avoir expofé ce qu’il doit en homme d’honneur & en
homme inftruit , fi l’on ne fe rend pas à fes avis , il faut qu’il renonce à l’entreprife.
Il ne doit avoir d’autre objet que l’amour du bien en général , l’Art libéral qu’il
profelfe fuppofe en lui des fentimens nobles & définterrelfés. L’Artifan feul peut
penfer autrement. Tant que nos Architeéles ne fentiront que foiblement ce qu’ils
doivent au public , & ce qu’ils fe doivent à eux-mêmes , ne nous étonnons pas de
Voir l’efprit de convenance oublié prefque partout dans les édifices élévés de nos
jours , & convenons que tant que dans le choix d’un Architeéle on aura moins
égard à fon équité , à fa capacité , & à fes talens , qu’à quelques recommendations
particulières, on ne doit point être étonné des inadvertances & du déréglement dont,
pour ainfi dire , on ne craint point de faire parade aujourd’hui. Je le répété : la
partialité n’a point de part à mes obfervations ; plus à portée qu’un autre de me
rendre un compte que je dois au public par^tat , je ne puis fouvent paifer fous
filence les inepties dont je fuis témoin. Je paroîtrai fevere fans doute , mais cer-
tainement je ne fuis point critique. J’attaque les monumens , non les Propriétai-
res : l’oubli des talens , non les Architeéles : je cherche à inflruire nos jeunes Ar-
tifles , voilà mon but ; à leur faire éviter l’erreur , à leur apprendre la véritable rou-
te , & à fe former fur les grands modèles : par-là je me crois fondé à parler le
langage de la vérité , en parlant celui des Arts ; mais finiifons notre digreJfion ,
& revenons au portail qui y a donné lieu.
L’Ordre Corinthien élevé fur l’Ordre Dorique eft de la même hauteur que celui de
deftous ; ordinairement on lui donne un module de moins , c’ auroit été certainement
ici le cas d’obferver cette diminution ; d'une part , parce que l’arcade en plein ceintre
auroit eu moins de hauteur , de l’autre , parce que l’Ordre Corinthien ayant dix dia-
mètres , lorfqu’il eft employé immédiatement au-deftus d’un Ordre folide qui n en
a que huit , fait paroître le fuft de la colonne fupérieure trop fvelte , ce qui au-
roit dû faire préférer l’Ordre Ionique , malgré l’exemple du portail de S. P^och ,
où l’on a placé le Corinthien fur le Dorique. Ces deux proportions extrêmes doi-
vent être regardées comme un défordre dans l’Architeélure. Il eft vrai que Fran-
ln> ■ r~. y . X PL:
ELEVATION DU PORTAIL DE L EGLISE DES PRETRES DE L7 ORATOIRE
Ru© S1' Honore .
Echelle de \
Plan de l'Ordre
de l'Ordre Dorique
ARCHITECTURE FRANÇOI S E , L i v. V.
çois Manfard , aux Minimes , & Hardouin fon neveu, au Château de Clagny , ont Egl;fe Je§
employés 1 Ordre Compofite fur le Dorique, qui a la même dimenfion de dix fur
huit ; mais il faut obferver que l’Ordre Compofite , dans fon ordonnance , a quel-
que chofe de moins fragile que le Corinthien. Son chapiteau eft plus mâle , & fi
cet Ordre peut être rangé au nombre des bons ouvrages des Romains , on doit pré-
férer de le placer fur le Dorique , lorfque quelque confidération particulière ne per-
met pas de faire ufage de l’Ordre Ionique.
Nous avons remarqué ailleurs qu’il n’étoit que trop ordinaire de voir prendre pour
modèles des ouvrages élévés de nos jours , quoique fouvent ils foient peu réfléchis ,
Sc qu’au mépris des monumens érigés dans un fiecle plus heureux pour l’accroiflè-
ment des Arts , la plupart de nos Architeéles formoient leur étude fur nos édifices
modernes. Sans doute le portail dont nous parlons a été imité d’après celui de S. Roch,
dans 1 Ordre Corinthien Sc Dorique , Sc ce n’eft pas cependant ce qu’il y a le plus à
approuver dans ce frontifpice , ainfi que nous le remarquerons en fon lieu.
Les deux demi-pilaftres Corinthiens du grand entrecolonnement font dans le
cas de ceux de defious , Sc par la meme raiion ils auroient dû être convertis en
niches quarrées ; par-là les piédroits de l'arcade auroient pû être moins péfans ,
au lieu que comparés avec ceux de la porte Dorique , ils préléntent un effet con-
traire à la delicatelfe de l’Ordre qui les reçoit ; attention qu’un Architeéle habile ne
doit jamais négliger dans fes produirions.
Le fronton triangulaire eft placé ici félon les régies de la convenance, Sc n’eft point
fujet à des reflàuts trop ordinaires ailleurs. Les deux demi-pilaftres qui font arriere-
corps dans le retour, auroient pû former lanaiifance des arc-boutans,& ces demi-pi-
laftres être fupprimés ; par-là toute la partie fupérieure de ce frontifpice aurait été plus
pyramidale , & aurait procuré plus de galbe à ces mêmes arc-boutans, qui d’ailleurs
font préférables dans leur fimplicité aux confoles renverfées qu’on remarque dans
prefque tous nos portails , Sc qui font auffî mal imaginées , que peu naturelles.
Toute la fculpture de ce portail eft d’une belle exécution ; elle eft de M,!. Adam le
Cadet ù* Franchi , Sculpteurs du Roi. Cependant il faut obferver en général que cet-
te fculpture eft d’un travail trop recherché , & qu’elle eft compofée avec trop de
mouvement , rélativement à la fimplicité Sc au caractère grave de l’Architeélure ,
aufli-bien qu’à la convenance des fujets. Les plus habiles Sculpteurs demandent à
être conduits par celui qui doit avoir l’efprit du tout , je veux dire , par l’Architeéle.
Sans cela leur ouvrage féparement eft fort eftimablc , mais faute de talens & de
connoilfances de la part du chef du bâtiment , ces beautés de détail n’ont aucune
analogie avec l’ouvrage entier ; on n’y remarque plus d’unilfon, & alors il vaudroic
mieux que les boflages , ou pierres d’attente , tinlfent lieu de fculpture , ou que les
Sculpteurs donnaient les delfeins de la totalité, ce qui n’eft pas fans exemple.
Maifon
de M.
Rouillé.
60 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
CHAPITRE XI.
Defcription de la Maifon de Ai. Rouille , Minijlre & Secrétaire et Etat
de la Marine , rue des Poulies , quartier T. Honoré.
NOUS ignorons en quel tems cette maifon fut bâtie dans fon origine ; ce qui
eft certain, c’eft qu’elle frit reftaurée &'augmentée confidérablement , vers
1731, fur les deffeins de M. Blondel (a), Architecte du Roi. Comme le niveau
du terrain fur lequel elle eft bâtie , eft inégal, le premier étage fe trouve , à cinq
pieds près , de plriin pied avec le rez-de-chaulTée du jardin , ainfi que nous le re-
marquerons dans fon lieu.
Vlan au rez-de-chaujfee. Planche Première.
Les augmentations faites en 173 2 font ce qu’il y a de plus intéreffant dans ce
plan ; elles confident en un grand efcalier , fon veftibule , une falle à manger , des
écuries , des remifes , une balfe cour , & dans quelques reftaurations tendant à procu-
rer des commodités pour le fervice des domeftiques. L’efcalier eft doux , commode,
fpacieux , bien éclairé, décoré avec goût, & la rampe de fer d’un deflein très-élé-
gant ; enfin cet efcalier répond à la magnificence des appartemens du premier étage.
Vlan du premier étage. Planche II.
Les appartemens du côté du jardin font diftribués avec beaucoup de fimétrie &
de commodité ; toutes les principales enfilades y font obfervées avec loin, ce qui
contribue à leur donner un air de grandeur & de régularité qui eft toujours défira-
ble dans la diftribution d’un plan. Nous obferverons auiïi que la hauteur des plan-
chers eft bien en rapport avec le diamètre des pièces , & que toute la décoration
intérieure de cet appartement eft traitée avec beaucoup d’intelligence. On trou-
vera dans le feptieme Volume la plus grande partie de ces décorations intériemres.
Les appartemens diftribués fur les ailes du côté de la cour & fur le principal
corps de logis du côté de la rue , font aulli décorés avec goût. La bibliothèque
entr’autres , eft une piece intérelfante par fon plafond , la menuiferie , & la fculp-
ture dont elle eft décorée. Les ornemens qui la compofent ne fe relfentent point
de la frivolité d’à prefent , qui n’a guere pris faveur que depuis que ce bâtiment eft
élévé , & qui devrait être bannie pour toujours , principalement lorfqu’il s’agit de
la décoration des appartemens deftinés aux perfonnes qui , par leur emploi & leuf
dignité, femblent exiger une ordonnance grave & régulière.
Le jardin , peu confidérable par fon étendue , peut palfer néanmoins pour un des
plus agréables qu’on voye à Paris dans nos maifons particulières. Un treillage cir-
culaire orné de pilaftres , accompagné de vafes & de tilleuls de Hollande , forme
une décoration très-ingénieufe dans la plus grande partie de ce jardin. Au fond
eft une piece d’eau (b) , fur la tablette de laquelle eft une ftatue d’Apollon exé-
cutée par M. Le Moine , Sculpteur très-célébre. Plufieurs bofquets artiftement dif-
tribués ,un grand parterre (r) de broderie mêlée de gazon, un autre parterre de fleurs
(a) Voyez ce que nous avons dit de cet Architeéle , T.
II. pag. 1 14. Not. a.
(b) Le réfervoir de cette piece d’eau eft marquée A
près de la baflecour des écuries. Planche II.
(<•) Ce parterre n’eft plus tel qu’il fe voit dans cette
Planche ; mais comme cette piece eft acceftoire , on n’*
pas jugé à propos de le donner comme il eft aujourd’hui,
étant compofé de gazons , de tatifiée , de mignardife &
autres fleurs qui font fort en ufage à préfent & préférables
à la broderie dont on deflinoit anciennement les parterres.
procurent
AR CHITECTUKE FRANÇOISE , ~L~ î' v! VT
6t
procurent dans peu d efpace une très-agréable diverfité. Enfin l’irrégularité du ter- Maifon*
rain y eft corrigée d’une maniéré fort ingénieufe par quelques maflîfs de bois qui i”‘ &OT‘t''
donnent de 1 ombre & du couvert à la promenade. Dans l’un des côtés de ce
jardin , on a conferve un ancien petit bâtiment détaché du principal corps-de-lo-
gis , & qui contient un appartement particulier (d).
Elévation du côté du jardin. Planche III.
Cette élévation n a qu’un feul étage ; elle a été conflruite à neuf dans le tems
qu on lit a ce bâtiment les augmentations dont nous avons parlé. Elle eft com-
pofée d un avant-corps percé de cinq portes croifées bombées , qui donnent fur
une terrafle elevee de y pieds au-deffus du fol du jardin , dans lequel on defcend par
des perrons placés aux deux extrémités de cette terralTe, qui eft bordée de rampes de
fer & foûtenue par des confoles de pierre accouplées formant encorbellement.
Trois croifees , ou abajours , placés entre ces confoles , éclairent une partie des fou-
terrains qui font pratiqués de niveau au rez-de-chauflee de la cour.
Nous remarquerons, que les portes croifées de l’avant-corps font trop élevées
pour leur largeur 5 mais comme elles prelident feules dans cette élévation , cette
licence peut être plus permife que lorfque.dans un bâtiment à plusieurs étages ,
on n obferve pas un rapport direél entre la proportion des croifées fupérieures & cel-
le des inférieures ; car il eft bon de faire attention que plus il y a d’ouvertures dans un
bâtiment, plus on doit avoir de retenue fur leur proportion & de fevërité fur le choix
de leur forme. Au relie on peut dire à l’avantage des croifées de cet avant-corps ,
que ce batiment étant couronne d un entablement Corinthien, leur proportion fVelte
femble être autorifée ici d’autant plus volontiers que la faillie delà terralTe mafque une
partie de leur hauteur réelle. Cette confidé'ration aurait peut-être dû faire préférer
de border cette terrafle d’une baluftrade , au lieu d’un balcon de fer ; il eft vrai
qu alors, il aurait fallu fupprimer les confoles en encorbellement , & pratiquer un
mur d echiffre vertical , ce qui aurait rendu cette ordonnance plus grave. Sans
doute qu on n a pas cherché à donner ce caraélere à l’élévation dont nous parlons ,
parce qu appartenant à une maifon particulière , & donnant du côté du jardin , el-
le a paru exiger quelque élégance , plutôt qu’une Architeélure plus impofante.
Cependant nous ne pouvons nous difpenfer de dire en général qu’il faut éviter ,
autant qu il eft poflible , de faire ulage des membres d’Architeélure qui annon-
cent quelque fragilité ; que les formes Amples & naturelles font du reffort de tous
les genres d’édifices, qu’à tous égards elles doivent être préférées, & qu’il fuffit en pa-
reille occafion de ne pas faire choix d’un caraftere péfant pour donner l’idée du fim-
ple , ni d une expreflion maflive dans 1 intention de compofer une ordonnance mâle.
Je ne crains pas de 1 avouer : les Anciens ont rencontré plus heureufèment que
nous cette noble fimplicité dans leur Architeélure. Leur compofition & leurs or-
nemens n avoient pour la plupart rien de frivole & de halardé ; imitons-les dans
nos produélions , préférons les formes naïves , fouvenons-nous que la pierre veut
etre traitée avec fierte , que les dehors fùrtout doivent repréfenter un caraélere
de virilité , qui eft la première condition dans l’art de bâtir! Par-là nous ramène-
rons infenfiblement le vulgaire , & nous établirons des loix confiantes St invaria-
bles , qui prouveront aux fiecles a venir que nous avons fçû nous préferver des
écarts dans lequels donne trop inconfidérement la multitude , qui ignorant or-
dinairement les préceptes , de manquant le plus fouvent de jugement St. de goût ,
(^) Ce petit bâtiment eft adoiïé à une autre mai-
ïon dont la principale entrée donne dans le cul de fac de
l’Oratoire ; cette maifon à été cédée par M, Rouillé, à
Tome 111.
a qui elle appartenoit , à M. le Marquis de Bnt vron, fon
gendre , qui depuis quelques années la loue au Receveur
Général des finances de Bordeaux.
Q
6i
ARCHITECTURE F R A N ç O I S E, L I V. V.
Ua.rmJefe laiflc entraîner au torrent, fans pouvoir rendre compte de fon opinion particu-
M.Rouil, liere , ni des motifs epui la portent à blâmer dans un teins ce qu elle avoit applaudi
Les croifées des arrieres-corps font fans chambranles , ni bandeau ; il femble
qu’étant couronnées par le même entablement , elles auroient dû fe relfentir de la
richeife de celles de l'avant-corps. Ce prétendu repos nuit ici à l’unité , & au-
rait peut - être dû déterminer à convertir en plinthe la partie fupérieure de
la corniche qui continue fur ces arrieres-corps. Par la meme raifon la baluftrade
aurait pu auffi ne regner que fur l’avant-corps , ce qui auroit donné à cette façade
un air pyramidal, un focle ayant fuffi furie plinthe propofé. Cependant cette ré-
flexion , qui n’eft pas fans fondement , nous conduit à une autre obfervation ; c’eft
qu’ alors l’étendue de ce bâtiment, qui eft peu confidérable , [aurait été trop fubdi-
vifée , & comme nous avons recommandé ailleurs d’éviter les petites parties dans
tous les genres d’édifices , on en peut conduire que pour avoir confervé une uni-
formité d’ordonnance nécelTaire à cette façade , il auroit fallu que les croifées des
arriere-corps euflent la même richeife , ce qui fe pouvoir faire fans obftacle en
fupprimant les corps des extrémités de ce bâtiment : on auroit procuré par-là un
effacement convenable pour la place des chambranles , & cette fupprelîîon n’auroit
altéré ni la conftruétion des parties anguleufes de l’édifice , ni la fimétrie intérieure
des appartemens. Voyez la Planche II.
Au refte les profils des corniches , ceux des chambranles , les baluitrades , les
ornemens , tout annonce dans ce bâtiment , d’une maniéré fatisfaifante, la capacité de
l’Architede & la route qu’on doit tenir dans ce genre de produélions ; car nous
obferverons que l’art de profiler en général , quoique très-elfentiel dans l’Architedu-
re , eft fort négligé par la plupart des nôtres. Cependant il doit être regardé comme
une partie d’autant plus intérelfante dans le bâtiment , quelle eft prefque la feule
dans laquelle les Architeéles puilfent fe fignaler aujourd’hui où l’on eft rarement
dans le cas d’éléver de grands édifices , qui par leur fomptuofité , ayent de quoi
dédommager en quelque forte de la fimilitude des membres qui les compofent.
D’ailleurs dans tous les cas la maniéré de bien profiler eft trop importante pour la
négliger, les beautés de détail devant concourir à l’embelliifement des parties princi-
pales & celles-ci à celui des maifes ; car enfin c’eft pair ce parfait accord que les mo-
yens du dernier fiecle élévés par les Manfards , les Le Veau , les Perrault , &c. fe
font fi univerfellement attirés le fuffrage des Connoiflèurs & l’admiration de l’Etran-
Serî
iwaaigBWK— aanaBB— aMP—mM
Plan au premier ehiae du. côte' de /a cour, et- eut rex- de- chaussée dit Mordue de Icl mate on.
de Monsieur Rouille' Maître des Rec/uestes et Intendant- du Commerce, s côte rues des
Poulies a Paris etr bâtie sur les desseins de M. Blondel Architecte du Roy .
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E, L i v. Y.
CHAPITRE XII.
Defcription de F Eglife de S. Louis du Louvre , fitiafe rue S. Thomas dit
Louvre , quartier dit Palais Royal.
CETTE Eglife fut anciennement érigée fous l’invocation de S. Thomas , Egiift de
Archevêque de Cantorbery ; c’eft de-Ià que la rue dans laquelle elle fut élé-
vée, a pris fon nom. Elle fut , ainfi que fon Chapitre, fondée par Robert, Comte
de Dreux , l’an 1188. Comme elle menaçoit ruine depuis long-tems, le Roi accor-
da cinquante mille écus pour la rebâtir ; mais en 1 73 9 , ( avant qu’on eut co mmen-
cé à faire ulàge de la gratification de S. M. ) dans le tems que les Chanoines étoienc
à l’office , l’Eglife écroula , St en enfevelit fept fous fes ruines. Ce fmefte acci-
dent engagea M. de Vintimille , alors Archevêque de Paris , à y réunir le Chapitre
de S. Nicolas (a") du Louvre. M. le Cardinal de Fleury chargea M. Germain ,
(f) Orfevre du Roi, de faire les deifeins d’une nouvelle Eglife , qui vers 1740,
fut commencée par les fleurs Bonneau St Convers , Entrepreneurs des bâtimens de
S. M. Malgré les bienfaits du Roi , le Chapitre s’étant beaucoup endetté , M. de
Vintimille fe détermina à lui réunir encore celui de S. Maur des Pojfts. Cette Eo-life,
aujourd’hui entièrement finie , & bâtie fous l’invocation de S. Louis , fe nomme S.
Louis du Louvre , & compofe un édifice qui , dans ce genre , n’elt pas un des moins
ïntérellàns qui fe voyent à Paris.
Flan du rez-de-chaujfe'e. Planche Première.
La compofition de cette Eglife en général eil fort ingénieufe ; on remarquera peut-
être un peu trop de mouvement dans certaines parties , mais M. Germain , doué d'un
génie fécond , St voulant fortir des formes ordinaires , a préféré une forte d’élé-
gance à cette retenue du reifort des édifices facrés , dont il a cru pouvoir s’écar-
ter d’autant plus volontiers que le monument dont nous parlons ne peut guéres
être confidéré que comme une Chapelle particulière. En effet toute cette Eglile
eft compofée d’une feule nef de 37 pieds & demi de largeur dans œuvre, fur 39
pieds de longueur , & d’un fanétuaire dans lequel eft placé le chœur des Chanoi-
(j) Cette Eglife eut auffi pour fondateur Robert , Com-
te de Dreux. Ce ne fut d’abord qu’un College , mais ,
en 1^4 1 , l’Evêque de Paris l’érigea en Chapitre. Au-
jourd’hui cette Eglife n’exifte plus , & fon terrain eft oc-
cupé par divers Particuliers.
(b) Thomas Germain, naquit à Paris le i J Août 1673.
Il étoit fils de Pierre Germain , Orfevre ordinaire du
Roi , un des plus habiles hommes de fon fiecle. Il n’a-
voit que onze ans , lorfqu’il perdit fon pere. A l’âge
de treize ans il gagna une médaille à l’Académie. Ses
heureufes difpofitions lui méritèrent la proteélion de M.
de Louvois qui l’envoya à Rome , où il refta plufieurs
années. Après la mort de ce Miniftre , il fe mit chez un
Orfèvre de réputation , & il y devint fi habile par l’étude
des ouvrages des grands Maîtres qu'il copioit avec avidité ,
qu’il fe vit en état de mettre au concours qui fe fit pour la
décoration delaChapelle des Jéfuitesde Rome, &fes def-
feins furent agréés. En effet il exécuta les bas réliefs qui
fe voyent fur les piédeftaux , & fur le rétable d’ Autel
de la meme Eglife , & qui paflent pour autant de chef-
d’œuvres. Au bout de treize ans il quitta Rome , & voya-
fea pendant environ trois ans dans le refte de l’Italie.
■nfin il revint à Paris, où il fut reçu avec diftinôion de
Louis XIV qui l’employa , & lui accorda un logement
au Louvre , avec une penfion confidérable.
Vers le commencement de ce fiecle, il avoit bâti à
Livourne une Eglife qu’on croit être celle des Arméniens.
Il n’y a point de Cour dans l’Europe qui ne poffede des
ouvrages d’Orfévrerie de ce grand homme, il porroit fi
loin la perfeétion de fon Art , qu’il lui eft arrivé puis d’une
fois de recommencer un ouvrage , parce que les Ouvriers
qu’il employoit , quoiqu’il choifit ce qu’il y avoit de plus
habile , en avoient négligé quelque partie.
Aux talens qu’il avoit reçu de la nature pour fa pro-
fefiîon, M. Germain joignoitune profonde connoiffan-
ce du DelTein, de la Sculpture , & de l’Architeéhire. C’efl
c’eft ce qui engagea M. le Cardinal de Fleury & le
Chapitre de S. Thomas du Louvre à lui demander des
deifeins pour l’Eglife qu’on vouloit ériger fur les ruines
de l’ancienne. Non-feulement il fe prêta à leurs défirs
avec fon défintereflement ordinaire , & même il en fit
les modèles, mais il veilla encore avec un foin infatiga-
ble à fa conftruétion , & fit exécuter fous fes yeux , par
les plus habiles Sculpteurs , les principales parties de fa
décoration. Enfin il eut la confolation de voir cette Eglife
finie avant fa mort , ce qu’il avoit défiré avec le plus
d’ardeur. Il mourut le 14 Août 1748 , & il fut enterré
dans la même Eglife, dans laquelle, par recornoiffance ,
les Chanoines lui avoient accordé une Chapelle pour lui
& pour fa famille*
I : JPItill
s a? M
II ri',,, .AV
I Èï l‘
11 I!,;. 1
r-i
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
30 pieds & demi fur 43 pieds & demi de profondeur. Au
nous faifons la defcription. Ce chœur eft fermé d’une grille balle qui en lailfe décou-
vrir la décoration ; aux deux côtés de la nef font diftribuées quatre Chapelles , dont
deux font aéluellement finies , fçavoir celle E , dédiée à S. Thomas , & enrichie d’un
tableau de M. Pierre , & celle F dédiée à S. Nicolas , & ornée d’un tableau de M.
G nlloche. La troifieme fera dédiée à S. Maur , & dans la quatrième feront les fonds
baptifmaux. Entre ces Chapelles font pratiqués deux renfoncemens ; dans celui G
M. Le Moine fait une Chapelle de la Vierge, que la famille de M. le Cardinal de
Fleury fait décorer à grands frais , & pour laquelle le célébré Artille dont nous
parlons , fait une annonciation en bas-relief de marbre , accompagnée & enrichie
d’ornemens de bronze. Dans celui H fera le tombeau du Cardinal de Fleury
du cifeau du fçavant Bouchardon (t) , dont les occupations on fufpendu jufqu’ici
l’exécution de ce monument.
Plan pris au-deflus de l'entablement. Planche II.
Ce plan donne à ccnnoître la forme variée du portail , comparé dans fa partie
fupérieure avec fa partie inférieure. Il indique les reilàuts de l’entablement & le
plan des compartimens que forment les arcs doubleaux & les lunettes diftribuées
dans la voûte intérieure de cette Eglife , dont on verra la décoration dans les
Planches fuivantes.
Elévation du portail ,& coupe fur la largeur de cette Eglife. Planche III.
La Figure Première préfente le frontilpice de cette Eglife ; il eft compofé d’ur>
avant-corps en tour ronde, enrichi d’un Ordre de pilaftres Ioniques dont l’entablement
eft modillonaire & couronné d’un fronton circulaire. Le milieu de cet avant-corps
eft percé d’une porte bombée , furmontée d’une corniche , au-deflus de laquelle
eft un bas-relief enfermé dans une niche quarrée qui régné dans toute la hauteur
de l’Ordre. De chaque côté de cet avant-corps eft une tour creufe , qui vient
racheter aux deux extrémités de ce portail un pilaftre auffi Ionique , mais dont l’en-
tablement eft denticulaire ; fingularité fans doute imitée du portail de l’Eglife de
Sainte Elfabeth ( [d ) , rue & proche le Temple , mais qui ne doit pas fervir d’autorité ,
parce que ces corniches diffemblables fur un Ordre commun , forment dans une
même ordonnance une défunion de parties qui nuit aux maifes , principalement dans
un édifice de fi peu d’étendue.
Dans les entre-pilaftres de ces tours creufes font des médaillons évuidés , fervant
de croifées pour éclairer les efcaliers qui montent aux tribunes pratiquées dans
les murs collatéraux de la nef. Ces médaillons , au nombre de trois de chaque côté ,
font liés enfemble par des branches de palmier en forme de trophées , qui font un
fort bon effet , & qui ont été éxécutés par une main habile , auffi-bien que toute
la fculpture de ce portail ; le bas-relief du deffus de la porte eft du célébré M.
Pigalle , & les ornemens font du fieur Robillon , qui a exécuté auffi ceux du dedans
de l’Eglife , fous la conduite de M. Germain ; ces ornemens peuvent être regardés
comme autant de chefs d’œuvres dans leur genre.
Au-deflus de l’Ordre Ionique de ce portail s’élève une elpece d’Attique, percé
dans le milieu par un œil de bœuf, qui fait un effet affez médiocre dans ce deffein
(d) Voyez l’élévation perfpeftive de ce Portail , dans
les Delices de Paris , Planche 8p.
géométral
(«■) Voyez ce que nous avons dit de cet habile Sculp-
teur, Tome_I. Chap. VHL
ARCHITECTURE FRANÇOISE, L i v.
geometral , mais comme le plan de cecte partie lupérieure efl en retraite de deux r güa te
pieds ( Voyez la Planche IV. ) & que la rue S. Thomas ell fort étroite , le point de
dillance n’efl pas alfez éloigné pour que cet œil de bœuf puiife s’appercevoird’en bas.
Dans ce frontifpice font pratiqués deux frontons circulaires; l’un contient un
cartel, 1 autre efl feulement amorti d’une croix. Ces deux frontons dans le mê-
me portail ne font peut - être pas ce qu'il y a de mieux à imiter , nous en avons
dilcuté les raifons en parlant de S. Gervais , des Minimes , du Val-de-Grace , &c.
D ailleurs, ces deux frontons circulaires fur un plan en tour ronde , forment un
contrafte condamnable. M. Germain avoit voyagé long-tems en Italie , il y avcit
puifé le goût de Michel- Auge , du Cavalier Bernin , du Boromini , tous hommes à la
vérité d’un génie rare & excellent, mais qui par la fécondité de leur imagina-
tion > font fouvent fortis des régies de l’Art pour produire des monumens d’une
compofition aufïï finguliere que bifarre , entr’autres le Cavalier Boromini. Notre Ar-
tifte , plein de ces merveilles &d après ces grands maîtres, s’étoit crû autorifé à
les imiter dans fes produélions , ce qui lui a quelquefois réuffi dans fa profefficn
fans réfléchir neanmoins que ce qu il avoit retenu de ces hommes illuftres ne pou-
voit pas toujours s’employer dans l’Architeélure & principalement dans nos bâti-
mens françois , ou du moins que les formes pittorefques ne peuvent être hafar-
dées que dans de certaines occafions & dans de très-grands édifices , où la gran-
deur des mafTes fait fouvent décider de la quantité des parties , aulîï-bien que du
choix ^de leur forme & de leur fituation. Cette confidération nous autorifé à croi-
re qu’en général on ne doit pas imiter les Anciens indillinélement , car on ne
peut difconvenir qu’ils n’ayent fait ufage de plufieurs licences qu’il n’appartenoit
qu a eux de mettre en œuvre , Sc qu un homme de goût doit abfolument éviter.
En effet, quoiqu’il puiife arriver qu’un Architeéle ait alfez d’art pour rendre ces
licences des fautes heureufes dans fes compofitions , elles n’en font pas moins
un objet dangereux d’imitation pour ceux qui n’ont qu’une médiocre intelligence-
imitation qui tend à les faire écarter infenfiblement des régies de l’art & à'appor-
ter involontairement un déreglement dans l’Architeélure.
La Figure deuxieme offre la coupe intérieure de cette Egiife , prifè dans la
Planche première fur la ligne AB. Cette coupe fait voir le côté du fanéluaire
formant une tour creufe , le Maître-Autel , les arcs doubleaux & les deux renfon-
cemens G, H , dont nous avons parlé.
La voûte de cette Egiife ell pour la plus grande partie en charpente couverte
de maçonnerie, & le relie en pierre ,( Voyez la Planche quatrième.) mais ces
deux parties font fi bien accordées l’une avec l’autre, que cet artifice , mis en ceu-
vi e par économie, ne sapperçoit pas d’en bas. Les compartimens qui décorent
cette voûte > quoiqu un peu chargés d’ouvrage , peuvent être regardés comme
un chel-d œuvre. C’eft ici que M. Germain a épuifé toutes les relfources de fon
Art , tant pour la beauté des formes, que pour l’élégance des contours. Enfin la
Sculpture fe trouve fi bien mariée avec l’Architedure , & le choix des ornemens
ell il judicieux , que ce morceau feul ferait l’éloge de cet Artiile , fi chaque pro-
duéhon qui eft fortie de fes fçavantes mains , n’étoit déjà reconnue pour autant de
merveilles.
A 1 occafion de cette voûte dont l’alpeét frappe les moins éclairés , & où l’on
peut dire que la fculpture ell employée avec fermeté , fans rudelTe , & exécutée
d une maniéré moelleufe & recherchée , fans fécherelTc , nous examinerons ici la-
quelle des deux, de la Peinture, ou de la Sculpture , doit être employée préfé-
rablement avec l’Architeélure dans les voûtes & les plafonds des édifices, facrés ,
publics , ou particuliers.
. Me permis d’avancer que la conflruétion d’un édifice, formé d’une ma-
tiere loi, de & dont des voûtes en pierre, ou fuppofées telles , terminent la partie
lome III. ^ r
S I
Eglife de
S. Louis du
Louvie.
66 A R C H I T E C T U R E FRANÇOISE, Liv. V.
fupérieure , femble exiger qu’on employé de la fculpture dans la décoration cie
leur plafond préférablement à la magie de la Peinture , quelque bien entendue
quelle foit. Je fens bien que les amateurs de cet Art citeront pour exemples la
plupart des édifices de réputation exécutés en France & en Italie , qui lont tous
décorés de peintures , & quelques autres dans lefquels on a employé alternative-
ment la Peinture &la Sculpture ; mais indépendamment de beaucoup d’autres édi-
fices que nous pouvons leur oppofer , où la Sculpture feule prefide , ne doit-on pas
établir pour régie fondamentale que dans la conftruélion des monumens confacrés
à la pofterité , la convenance doit avoir le pas fur tout ce que 1 art a de plus fe-
duifantîOr la Sculpture , ayant pour bafe l Arcbiteélure , n annonce-t-elle pas plus
de réalité que la Peinture? Donc il eft plus convenable d’employer l’art du Sculp-
teur que celui du Peintre , principalement pour 1 embelli llement des voûtes, qui pie-
fentant toujours une conftruélion folide , femblent devoir, pour fe tenir en equilibie,
n’être pas percées indiftinélement à jour par des fujets aériens qu un Peintre habi-
le affeéle de repréfenter par des attributs céleftes , lefquels, quoique eftimables
féparément , femblent donner une faüiïe idée du tout enfemble. Au relie cette
refléxion propofée ici ne fait pas loi , & quoique dans des conférences publiques ,
dans lefquelles nous avons plus d’une fois agité cette queftion , elle ait été goûtée
de quelques-uns, nous laiffons aux hommes éclairés & impartiaux à la décider,
obfervant néanmoins que la néceffité de n’admettre dans nos produdions rien
que de vraifemblable , femble exiger qu’on y fade quelque attention.
Coupe Cm la longueur de ï Eglife, prife dans la Planche Première fur la ligne CD.
1 J Planche IV.
Cette coupe donne à connoîtrc la décoration intérieure d un des cotes de 1 E-
glife vue fur fa longueur. Un grand Ordre de pilaftres Corinthiens , couronne
d’un entablement régulier , orne tout le pourtour de ce monument au rez-de-
chauiïee. Cet Ordre Corinthien eft d’une proportion très-reguliere , & fes chapi-
teaux faits à l’imitation de ceux de l’intérieur du Val-de-Graces, que M. Germain
a pris pour modèles , comme un des plus parfait dans ce genre. La net eft dé-
corée dans fon milieu d’une grande arcade , dans laquelle on érige la chapelle de
la Vierge. Cette arcade fimétrife avec celle qui lui eft oppofée , qui contiendra
le tombeau du Cardinal de Fleury. A coté de cette grande arcade , dans de plus
petits entre-pilaftres , font d’autres arcades renfermant des chapelles particulières
dont nous avons parlé ci-devant , au-deflùs defquelles font des tribunes qui ne lail-
fent pas que de contribuer à contenir un plus grand nombre de perfonnes , cette
Eglife étant peu fpacieufe. Le chœur eft auffi décoré de pilaftres Corinthiens , au
bas defquels régné feulement un lambris , où font adaptées les ftalles. \ ers le mi-
lieu fe voit la coupe du Maître-Autel qui eft ifolé & décoré à la Romaine.
Cette Eglife eft fort éclairée , ainfi qu’on peut le remarquer par les vitraux
pris dans la voûte , & quoique d’une grandeur inégale , ils ne pêchent en rien con-
tre la fimétrie , leurs oppofés étant femblables & paroiffant aflùjettis a 1 ordonnance
de deiïous. , r
Nous finirons cette defeription en remarquant qu’à l’exception des formes tour-
mentées du portail , le plan de ce monument , les décorations intérieures , la dis-
tribution des ornemens , l’élégance des contours, les attributs, les a egories
enfin le goût exquis qui régné dans plufieurs de fes parties , font autant d exem-
ples à imiter , malgré ce que la jaloufie de quelques-uns en a publie juiqu ici , dans
l’opinion où ils font, qu’il fuffit de s’être décore du titre dArcliite e fP°ul Lta-
infaillible , & que tous ceux qui n’en exercent pas ouvertement la proiel ion , ne
peuvent mériter quelque eftime.
A R C H I T E C T U R E FRAN’Ç OISE, Liv. V.
67
CHAPITRE XIII.
Defcription des bâtimens de la Bibliothèque du Roi , me de Richelieu ;
de la Bourfe , rue Vivienne ; iX de la Compagnie des Indes , rue
neuve des Petits-Champs.
OBSERVATIONS GENERALES
SUR CES DIFFERENS HATIMENS.
N trouvera fans doute plulîeurs parties négligées dans la diflribution du plan BMoihw
de la Bibliothèque que nous donnons ici, & on fendra fans peine que la
communication des différentes pièces qui font du reffort d’un pareil édifice, au-
rait pû etre mieux entendue , & difpofée d’une maniéré plus rélative à leurs
befcins ; mais indépendamment qu’il ne fut pas primitivement érigé pour y placer
la Bibliothèque du Roi , il eft bon d’obferver que les corps-de-logis qui le com-
pofent , ont été élevés à différentes reprifes & pour divers ufages. De-là le peu
de relation qu’on y remarque, quoiqu’on en doive naturellement exiger beaucoup
dans un bâtiment de l’elpece de celui dont nous parlons, principalement lorfque le
projet eft compofé exprès , & qu’il eft confié à la capacité d’un homme intelligent.
Cependant, malgré les irrégularités que nous fommes obligés d’avouer dans la dif-
pofition générale de cet édifice , nous avons crû devoir l’inférer dans ce recueil donc
l’objet eft de préfenter aux amateurs les différens genres de bâtimens civils élevés
dans cette Capitale , avec d’autant plus de raifon d’ailleurs , que ce monument con-
tient la plus belle colleétion de livres , de médailles , & d’eftampes qui foin en Eu-
rope.
Ces bâtimens compofoient anciennement une partie de l’Hôtel Mazarin , échu
en partage au Duc de Nevers : ils en portèrent le nom pendant long-fems. Dans
la fuite le Roi en fit l’acquifition , & on y plaça la banque. En 1721 , Sa Majefté
ordonna , par un Arrêt de fon Confeil , qu’on tranfportât fa Bibliothèque (a) dans
(a) Notre objet n’efi pas de donner ici l’hiftoire dé-
taillée de cette Bibliothèque , mais de parler d’une ma-
niéré fuccinte des divers accroiflemens qu’elle a reçu fous
les différens régnés de nos Rois. Les perfonnes qui feront
curieufes de Mémoires hiftoriques concernant cette im-
menfe colleétion , trouveront de quoi fe fatisfaire ample-
ment dans la première Partie du Catalogue des Livres de
la Bibliothèque du Roi , publiée en 1739 , & imprimée à
Paris a l’Imprimerie Royale. C’eft de ce Catalogue , qui
aura environ 20 volumes in-folio, que j’ai tiré l’extrait que
je vais donner, M. Melot , l’un des Gardes de cette Bi-
aliotheque, ayant bien voulu m’en communiquer le pre-
mier Volume.
fi
Plufieurs Auteurs attribuent l’origine de cette Biblio-
thèque ( harlemagne , mais on croit plus communé-
ment qu elle eft due au Roi Jean , qui laifla à Charles V.
fon fils , un petit nombre de livres , que celui ci augmenta
jufqu’à 910 volumes. Ce qu’il y a de certain, c’eft que, vers
1 SI 3 > cette Bibliothèque fut placée dans une des tours
du Louvre, lous la garde de Gilles Mallet, V alet de Cham-
bre de ce Prince.
Après la mort de ce Roi elle fut difperfée , & la plus
grande partie des livres qui la compofoient fut empor-
tée en Angleterre par le Duc de Belfort , alors Régent du
Royaume pour les Anglois.
Louis XI , vers l’an 1479, forma une nouvelle Bi-
bliothèque , qui à la faveur de l’Imprimerie inventée dans
ce tems s’accrût beaucoup , fous la garde de Laurent
Palmier.
Charles VIII , fon fils , y joignit les livres de la Bi-
bliothèque de Naples qu’il avoit fait apporter en France
après la conquête de ce Royaume.
Deux Princes de la Maifon d’Orléans , Charles d’Or-
léans, &c Jean , Comte d’Angoulême , formèrent deux Bi-
bliothèques , l’une à Blois , l’autre à Angoulêm \
Louis XII réunit ces deux Bibliothèques à Blois, &
les augmenta confidérablement , deforte que cette collec-
tion devint l’admiration de la France & de l’Italie , fous
la garde de Jean de La Barre.
Iran fois I , vers 1 944 , incorpora cette Bibliothèque
a celle qu’il avoit commencé déformera Fontainebleau
fous la garde de Matthieu Labifj'e , & qui étoit compo-
fée de manuferits Grecs & Latins &: de ceux des Princes
de la Maifon de Bourbon.il paroît qu’il négligea d’y infé-
rer les livres imprimés de fon tems , car dans les Catalo-
gues que nous avons de cette Bibliothèque , on ne trou-
ve que 200 vol. imprimés , en y comprenant ceux de la
Bibliothèque de Blois. François 1. créa en faveur de Guil-
laume Bude , une charge de Bibliothécaire en chef, fous
le titre de Maître de la Librairie , nom qui fe donne en-
core dans les proviûons à ceux qui font pourvus de cet-
te place. Cette garde dans la fuite fut confiée à Pierre
Du Chatel.
Henri II , fuccefleur de François I , ordonna , vers
f; 11 m " ;
■>
r'%i?
. ii|i
. '■ ’f
li'll I
T'v
„r
tiVKlfl
il!!1;"1
Mit ! •<
" ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv.VÎ
Bi:j':oihe- cet Hôtel , de forte qu’âujourd’hui on le nomme Bibliothèque du Roi, amfi _qu’on
le remarque par une infcription fur la porte d entree , rue de Richelieu, conçue en
ces termes :
BIBLIOTHEQUE DU ROI.
On a joint dans le plan du rez-de-chaulfée de cette Bibliothèque celui des bâ-
ij y 6, aux Libraires de fournir à la Bibliothèque du Roi
un exemplaire de tous les livres qu’ils imprimeroient avec
privilège , ce qu’on avoit néglige jufques-là. lierre Du
Châtel fut conlervé par Henri il. lierre de Montdoré
lui fucceda.
Cette Bibliothèque relia languiffante fous Henri III ,
& ne fut augmentée que des livres imprimés avec privi-
lège. Après de Montdoré , ce fut Jacques Amiot , qui fut
Maître de la Librairie. Il fe fit un plaifir de procurer aux
Sçavans l’entrée de la Bibliothèque. Après fa mort , ar-
rivée en 1JP3 , ce fut Jacques- Augujle de Thon fi célé-
bré par l’Hiftoire de fon tems.
Henri IV, vers ijpj , fit tranfporterà Paris la Biblio-
thèque de Fontainebleau , tant à caufe des troubles qui
divifoient alors le Royaume , que parce que la plupart
des Sçavans n’étoient pas à portée d’en jouir commodé-
ment, & il la fit placer au College de Clermont. Vers
le meme tems on y joignit la Bibliothèque de Catherine
de Médich compofée de 800 manuferits fort rares & la
plupart Grecs , fous la garde du Préfident de Thou , qui
avoit fuccedé à Augujle de Thou , fon pere. En 1 604
cette Bibliothèque tut tranfportée dans une grande faite
du cloître des Cordeliers, fous la garde à’Ifaac Cafaubon ,
qui en fut chargé jufqu’à la mort de Henri IV.
Sous Louis XIII, elle fut enrichie de manuferits Sy-
riaques , Turcs , Arabes , Perfans , &c. fans compter les
livres imprimés avec privilège. Elle fut alors , du cloître
des Cordeliers , tranfportée rue de la Harpe, au-detfus de
Saint Cofme , dans une grande maifon , près de ces
Religieux. On y {Jiftribua les livres dans le rez-de-chauf-
fée & dans le premier étage , ce qui la fit' appeller la hau-
te & la baffe Librairie.
C’étoit alors Nicolas Rigault , qui , fous la minorité
de François de Thou ; fils aîné du Préfident , exerçoit la
charge de garde de la Librairie ; mais l’ayant quittée en
163} , il fut remplace par Mrs. Pierre & Jacques Du-
puis , parens de M. de Thou , qui fut Maître de la Librairie
jufqu’en 1 642 , où il fut décapité. .
Sous Louis XIV, en 1 643 , M. Jerome Bignon fuc-
ceda à M. de Thou ; il conferva Mrs. Dupuis dans la
place de gardes de la Bibliothèque , & il fit recevoir Jero-
me Bignon, fon fils, en furvivance de Maître de la Librairie.
Aux Sieurs Dupuis, qui moururent l’un en i5ji , &
l’autre en 1 65-6, fucceda Nicolas Colbert , .nommé en
1661 à l’Evêché de Luçon ; il céda fa place a M. Col-
bert fon ffere , Sur-Intendant desbâtimens du Roi.
La Bibliothèque étoit toujours dans la rue de la Har-
pe , & ne contenoit qu’à peu près 1 6746 volumes , tant
manuferits qu’imprimés. On y âjouta dans la fuite & apres
la mort du Cardinal Mazann , les manuferits de Brien-
”f’En 1 666 , M. Colbert fit tranfporter cette Bibliothè-
que de la rue de la Harpe dans la rue Vivienne , & la fit
placer dans deux maifons qui lui appartenoient , & qui
étoient près de fon Hôtel. En 1 567 , on y j01gnlt ca‘
binet des médailles & les livres qui étoient au Louvre ,
le recueil d’eftampes de l’Abbé de Marolles en 224
volumes , que le Roi venoit d’acheter , & qu’il gardoit
dans foncabinet , le tombeau de Childeric , les manuf-
crits du Cardinal Mazarin , & une infinité d’autres
livres , tant de France que des Pays étrangers ; deforte
que pendant l’efpace de huit années cette Bibliothèque
augmenta du double ; car lèlon une lettre de M. de Thou ,
Ambaffadeur , Petits-fils du Préfident , écrite a M. Pierre
de Carcavi , garde de la Bibliothèque du Roi , on voit
qu’elle contenoit 30000 volumes. ( Voyez Cette lettre
page 3 5 du Mémoire hiftorique fur la Bibliothèque du
Roi , dans la première Partie du Catalogue imprime en
1 730 , dont nous avons déjà parlé. ) Nous ne rapporte-
rons point ici une infinité d’acquifitions qui depuis ce
tems ont contribué à l’augmentation de cette Bibliothè-
que. Nous remarquerons lèulement que Louis XIV, en
1 68 ï, vint la voir accompagné des Seigneurs de fit Cour ,
& qu’il honora de fa prélence une des affemblées de 1 A-
cadémie des Sciences , qui fe tenoient alors dans cette
Bibliothèque. . __ M ,
Après la mort de M. Colbert , arrivée en 1 683 , M. de
Louvois , Sur-Intendant des bâtimens , exerça la meme
autorité que fon prédèceffeur , & l’Abbe Gallois luc-
céda à M. Carcavi. Après M. Gallois , ce fut Nicolas
Clément , enfuife Melchifedec Thevenot , qui fut commis
à la garde de la Bibliothèque, & M. Clement travailla au
Catalogue de cette immenfe colleéfion. M. de Louvois
fongeoit alors à loger cette Bibliothèque à la Place de
Vendôme , que l’on bâtiffoit en 1687 (\oyez la Note
(a) du Chap. XXI. de ce volume) mais la mort de ce
Miniftre arrivée en 1 65) 1 , fit évanouir ce projet. Ce lut
M. l’Abbé de Louvois , qui fut nommé à fa place maî-
tre de la Librairie, & M. Clement , dont nous venons de
parler , reprit fa fonélion de garde , que Melrhijedec
Thevenot venoit de quitter. Après la mort àe M- Uement,
arrivée en 1712, cette place fut donnée à M. lAbbe
de Tarpni. _ . ,., r
La magnificence de Louis X1P , la protection qu i e
fit gloire d’accorder aux beaux Ans & aux Sciences ,
contribuèrent le plus à rendre cette Bibliothèque une des
plus nombreufes de l’Europe. A la monde ce 1 rince, ar- ,
rivée en 1 7 i y , elle renfermoit 70000 volumes.
Sous la minorité de Louis XV , M. le Duc d Orléans,
Régent du Royaume , n’épargna rien pour la rendre en-
core plus complette. ...
Tant de nouvelles acquifitions firent bientôt connottre
que les deux maifons de la rue Vivienne ne fufHoient
plus pour contenir cette Bibliothèque. Du tems du lu.
l’Abbé de Louvois , on s’ étoit propofé de la tranfporter
dans la grande gallerie du Louvre ; mais l’arrivée de 1 In-
fante d’Efpagne , qui devoir demeurer dans ce Balais ,
dérangea ce projet. Ce ne fut qu’en 1721 que M. 1 Ab-
bé Bignon, qui avoit fuccédé à M. 1 Abbé de Lounotf ,
engagea M. le Duc i’Orltam à la placer a l Hôtel de
Nevers , rue de Richelieu , oit avoit été la banque ,
où elle paraît être fixée d’une maniéré fiable. CerteBi-
bliotheque contient actuellement plus de 1 yoooo vo-
lumes , y compris 40000 manuferits , & comme nous 1 a-
vons dm a obfervé , elle efi compofée d une infinité de
livres très-rares & d’un très-grand prix , dont neanmoins
nous ne parlons point dans cet extrait , le Catalogue de
cette fameufe Bibliothèque , qu’on imprime aéhtellement ,
en faifant mention, & ce détail ne nous ayant déjà
mené que trop loin. . . ,
C’eft de cette Bibliothèque que nous donnons ici ks
plans , dans la defeription defquels nous aurons occahon
timens
pf |ï ;
ijill 1 1
L ijîii- f Al. ;
mu
ARCHITECTURE
FRANÇOISE, Lu. V.
timens connus fous le nom de la Compagnie des Indes Si delà Bourfe (b) , dont
lun a fa principale entrée dans la rue Neuve des Petits-Champs , l'autre dans la
rue Vivienne , parce que ces [trois édifices appartiennent au Roi , & font liés
de maniéré que nous avons crû faire plaifir de les rendre publics ; d'ailleurs la
zlr‘mSme ^ ^ & la B0U’^ °nt f°nillé l0nS-t£ms 1,autre Partie da Palais Ma-
Ces deux derniers bâtimens, quant à leur diftribution/ent dans le cas du précédent,
ceft a du e, que n ayant pas ete originairement érigés pour les ufures auxauels iis
font défîmes aujourd'hui, il leur manque beaucoup de commodités^ & ils n» pré-
sentent que tres-imparfaitement l’idée qu’on doit fe former de pareils édifices
dont 1 objet principal eft dette fpacieux, d’avoir de grandes cours aérées, & dont
des b T™ P,eu élévës’ des iifues aifées , des dégagemens , des magafin"
des bureaux des gallenes pour les différentes communications & pour le fi
public enfin une décoration extérieure qui annonce des monumens dignes de
la Cap, taie qui les renferme. Nous remarquerons, à propos de ceux d Jil
femble quen France on n’apporte pas affez d’attention à l'édification des bârimen
publics. Prefque tous ceux qui fe voyent à Paris méritent le même reproche
la Monnoie le Grand Confeil l’Arfenal , l’Hôtel de Ville , nos Jurifdiélions font
autant d édifices a enger a neuf Nous n’avons point de bains publics, fi utiles dans
une grande ville , & fi faciles à pratiquer à la faveur de la rivière qt ipaifo au mi
lieu Nos théâtres font petits, leurs iffues trop ferrées ; point d'Hôpnal pour Tes
malades , qui foit fitue dune manière convenable ; point de greniers' publ es cour
la provifion dune vilfe fi peuplée : point de carrefours ; la plupart des rues trop
étroites, aucune fevente pour leur alignement, très-peu de belles fontaines d-s
marches mal perces, des halles des ports la plûpart fort négligés, un grenier à
fel trop peu fpacieux nos écoles , nos Académies mal diftribuées. Enfin fi
Ion excepte quelques Eghfes deux ou trois Places publiques, quelques Znd
Palais la promenade des Thuilleries , celle du Luxembourg , & un affezgrarinom-
e dHoteis , cette Capitale, la rivale des plus grandes & des plus belles villes
de 1 Europe, ne fe mamfefte gueres parla magnificence de fes monumens. D’ail-
leurs ceux qu elle renferme n étant pas annoncés par des avenues direéïes qui en
prefentent le coup d œil aux Etrangers , ils leur échappent en quelque forte, & font
prefqu autant d édifices en pure perte pour qui n’eft pas citoyen ; de maniéré que
toutes les Nations qui voyagent parmi nous , n’emportent le plus fouvent qu’une
idee tres-imparfaite de notre Architeélure & de l’opulence de nos bâtimens
Il eû vrai quon fe difpofe a decorer cette grande Ville de plufieurs beaux
de parler du cabinet des eftampes , de celui des médailles ,
des globes , &c. ainfi nous finirons cette légère deferip-
tion , en difant que c’eft aujourd’hui M. Bignon , Maître
des Requêtes , de l’Académie Françoife , & Honoraire de
celle des Infcriptions & Belles Lettres , Neveu de M.1’ Ab-
bé Bignon , qui en eft Bibliothécaire.
Il a fous lui plufieurs Sçavans chargés des différens dé-
partemensde cette Bibliothèque. Feu M. de Boze , l’un
des Quarante de l’Académie Françoife , & de celle des
Inlcriptions & Belles Lettres , avoir la Garde du cabinet
des médailles & des antiques ; elle eft aujourd’hui con-
fiée à M. 1 Abbe Barthelemi , qui lui a fuccedé dans cette
P. I , r n Vf PAUL/ 0-11' T \ r P, ,
, , .......v y t m. uc 1 n-
cademie des Infcriptions & Belles Lettres , ont la garde
des manuferits & des livres imprimés. M. l’Abbé Joly ,
celle du cabinet des eftampes , planches gravées , poin-
çons , matrices , caraéteres , papiers , &c. Il y a de plus
des perfonnes de Lettres attachées à cette Bibliothèque ,
Tome III.
rriïèe?jVAhhé Ah,1’ Mrs- & Vudas,
1 Abbé de h nie, , rie , &c. Les Inrerpretes des Lan-
gués Orientales font Mrs Ai main } Foumiont , le r v
des Hareterayes , de Guignes , & Bernard. Pour 1 s Lan-
gues Allemande, SuedoiTe&Danoife,M.»s?„«0,„A , „ r
te Langues Italienne & Efpagnole.M. l’Abbé Elan-
(i) On a pris foin dans cette planche de graver par
trots differentes tailles, les diverfes diftributions de ces
banmens; tout ce qui eft rempli à deux tailles , compo-
se les bâtimens au rez-de-chauffée de la Bibliothèque,
l out ce qui eft gravé à une feule taille , comprend les
bâtimens de la Compagnie des Indes , & tout ce qui n’eft
rempli que par une taille très-Iégére, indique la diftri-
bution du plan de la Bourfe , non compris ce que tous
ces difterens genres de bâtimens contiennent au premier
étage dont on n’a pas donné les diftributions fur la
riancheJl a 1 exception du plan de la Bibliothèque, qui
fait 1 objet le plus intéreffant de ce Chapitre.
i
j
'
;
»pl,
ni
"S
■fi
m;
! !l 1
*v
II! h > Si
rcsr
ir v
15! ï
il!
RANÇOISE.Liv.
— *^^rsî£W« *-* s- 4*»v «-* ««
de vaftesbâumens ^ doute te la fuite autant de rai-
belliront Paris qui nous manquent. Mais je crois
“ E *2" “ Ï dl L ««4*. . » faut abfolument fl™
devoir taire omervci ; i , , i ï mnement avec plus de circonl-
1*a“„g™J™Çr.e^et’lonl0mu un. clofe * “» ‘‘
s’en conter tous leH ‘ bâ f des maif0ns , dont la plupart de nos Pro-
'■« f”“ d= k-"
Flan du nz-dcchaujféa. Planche Première,
i confient trois eenres d’édifices réunis enfemble , amll
ou?"veCnonsPde l’ibferver, nous allons en parler féparement pour ne pas con-
fondre leur différente deftination.
Difiribution au rt«W# ** hdtimem de la ComPaSnie des hdes-
Ton, c. gui mga.de 1. Compagnie des Me, J Æ3ïï£ SI-
SE zxsszsx** zttîsstt cSfm'Sut
Srr, s ssrsi; <*« • <■«
EmTÉ” £
ÏîErelÏ'd'eSm! ;'odrd“SStoae.Vi.b-'™..U-E.te,,,,«.
nous .donnons .Chapitre jXXm . eft entouré de bâtimens à plufieurs étages ,
L intérieur de cette cour p F. , , rPI1l t a décoration extérieure
**rSfi£ï
tréfor , par la caiffe , quelques magazm , liment de la Bourfe. Le premier
corridor qui dégage de paît c autic ; communique dans les apparte-
étage, que nous ne donnons point , sW &comtnu q^ de
Sut gZ"lL dateblée’, de cabinets , de dépôts & de logemens pour
les chefs des differens départemens de °™pufaRe d’un bâtiment de l’efpece
Comme ces diftributions n ont pa Commodités cette élégance
de celui dont nous parlons, on n’y trouvera pas ’pavons rfmar.
& cet efpace qu’il femble cet édifice tel
que plus haut , il nous a paru q ?,/ ■ fur cette planche le nom
qu’il eft à prefent, furtout
des principales pièces, pour en indiquer 1 ufage é les de l’Art & à la
le local qu’on trouve ici , on peut, en fe loumettant aux g
ARCHITECTURE FRANÇOISE, L i y. V. yt
partie de la diftribution qui fait aujourd hui un des mérites eifentiels de notre ma-
mere de bâtir compofer un édifice dans le même genre, mais plus convenable
a les beloins & plus coniorme aux principes de la bonne Architeaure.
Dijlribution au rez-de-chaujjce des bâtimens de la Bourfe.
Ces bâumens confident principalement en un grand préau ou jardin , pratiqué
dans une cour allez fpacieufe. Ce préau eft planté d’arbres , fable & garni de bancs
de pierre. Dans une partie des bâtimens qui environnent ce préau , ell diftribué
un periftile a un feul étage , couvert en terralfe & percé d’arcades toutes ouver-
tes au rez-de-chaufiee , afin de s’y mettre à couvert en cas de pluye. Ces galle-
nes font interrompues dans un des angles de cette cour , la Compagnie des Indes ,
qui eft logee fort a letroit, ayant eu befoin de cette partie de gallerie à laquelle
elle communique , auffi-bien que dans le préau , par la porte marquée Q , pour y
faire un magafin ou dépôt pour le caftor. 1 r '
Ces gallenes qui femblent avoir été érigées depuis peu d'années , font d’une dé-
coration allez bien entendue ; mais je remarquerai que pour avoir voulu éviter la
depenle des colonnes , & procurer cependant beaucoup d’air à ces périftiles , on
a pratique des arcades en plein ceintre de huit pieds de largeur , feparées & foûte-
nues par des piédroits de aj pouces de largeur fur iS d’épailTeur qui paroilTent
trop - fragiles , malgré leur folidité réelle ; tant il eft vrai que la yraifemblance
eft dune neceffite mdiipenfable dans la conftruétion des édifices. Cependant ,
maigre cette confideration , j’ai crû devoir faire obferver cet exemple , non com-
me une autorité à fuivre indiftinétement, mais comme une conftruétion la plus lé-
gere qu’il fait poffible de mettre en œuvre dans ce genre , eu égard au poids des
baluitrades , des planchers & des combles en terralfe que ces portiques foutien-
nent, & qui tendant à pouffer au vuide, ne fe démentent point depuis qu’ils
font eleves ; deforte que fi d un côté l’ordonnance paraît contraire aux principes
de la décoration , de l’autre cette hardielfe rélative à la nécelîîté & à i’oeconomie ,
fait honneur a 1 induftrie de l’Entrepreneur.
A l une des extrémités de ce périftile eft un perron marqué R , par lequel on
entre a découvert dans une première piece fervant de bureau , & dans la gallerie
de la Bourfe , qui anciennement étoit une des galleries du Cardinal Mazarin. Cette
gallerie a été interrompue fur fa longueur pour procurer quelques bureaux à la
Compagnie des Indes , qui par ce moyen a une ilfiie libre dans cette Bourfe par
une antichambre commune à ces bureaux & à la gallerie. La décoration de cette
derniere confifte en une ordonnance d’Architeéfure & de Sculpture de relief
accompagnée de peintures à frefque faites par Giimaldi Bolognefe. On remarqué
de la purete dans les profils de l’Architedlure de cette gallerie , du choix dans
les compartimens , & une allez grande quantité de figures de marbre, dont quel-
ques-unes font antiques , mais la plûpart fi mutilées quelles n’intérelfent que fai-
blement. On voit dans le bureau qui occupe une des extrémités de cette grande
piece , auffi-bien que dans l’antichambre , la même décoration dont nous venons
de parler , d’ou il eft aifé de concevoir la dégradation de ce monument , qui à bien
des égards , mentoit d’être confervé.
L entree principale de la Bourfe donne du côté de la rue Vivienne ; elle s’ouvre
le matin certains jours de la femaine , aux Marchands & aux Banquiers , pour le com-
merce de 1 argent & des billets. Cette efpece de bâtiment s’appelle affez communé-
ment Place , à Lion Loge ou Change , à Londres , à Anvers , à Amfterdam , Bourfe ,
mais par ces différens noms on entend toujours des édifices deftinés aux mêmes ufa-
ges. Ces bâtimens , comme nous l’avons déjà remarqué , doivent être fitués avan-
Bibliothè-
que duRoi,
, ■ Il
!l:'f |
V';!1 :'r
a»! i!
'
Ml S I
ih
«Il ''
'*1 ..Il j V
"il: |
Itli
I
fil! 'ü'!
il !
A RlHITECT U R E F R A N Ç O I S E , L i v. V.
Bibüothe- tageufcmcnt, avoir des iffues libres & commodes pour le décernent des équipa-
ge uuftoi. ges^ jes cours d’une certaine grandeur , des veftibules ou des pénibles couverts , des
galleries, des bureaux, enfin une promenade particulière , s’il eft poffible, en ob-
fervant que fi l’on bâtit dans un lieu vafte , ces bâtimcns fcient, autant que faire
fe peut , tous pratiqués au rez-de-chauflee , pour procurer un accès plus facile aux
différentes perfonnes que le commerce met en liaifon les unes avec les autres.
’ Eijlributioti au yez-de-chaujjee des bcitimcns de la Bibliothèque du Roi,
La cour de cet édifice eft affez ccnfidérable , mais fa proportion vicieufe & le
peu de fimétrie de les bâtimens ne peuvent etre autorifes. Les piédroits marques
A annoncent cependant qu’on avoit voulu continuer un mur de feparation pour
divifer fa grande longueur, 8c faire un jardin de la plus grande partie , 8c une
cour principale de la plus petite 5 mais la décoration difïemblable de fes murs de
face eft un défaut qui ne peut fe tolérer dans un édifice d importance , a moins
que , comme nous l’avons déjà obferve , la neceflite de faire de cette maifon un
bâtiment public , en attendant une cccafion plus favorable , ne puilïeici fervir d ex—
eu fie. Aufîi fans avoir égard aux défauts que nous ferions obligé de remarquer dans
ce bâtiment , par rapport à l’ordonnance , la fimétrie , la proportiqn 8c la diftri—
buticn , nous nous attacherons feulement à donner une idée des differens départe-
mens qui font néceilaires à une Bibliothèque, 8c dont la plus grande partie fe trouve
dans ce bâtiment avec beaucoup de grandeur 8c de magnificence.
Tout ce rez-de-chauffée eft deftiné à différentes pièces fervant à des bureaux ,
magafins , atteliers , 8c à d’autres ufages du reffort d’un bâtiment de cette efpece.
Deux grands efcaliers marqués B, C, précédés de veftibules , montent au premier
étage 8c font fitués de maniéré que chacun communique à l’ extrémité des galle-
ries , dans lefquelles font placés les livres , au premier étage. Les pièces D renfer-
moient ci-devant les cabinets des eftampes , mais ils viennent d’être diftribues en
e itrefols (y) au-deflus des pièces marquées E , 8c l’on y monte par l’efcalier F.
Ces pièces D contiennent aujourd’hui les preffes, les papiers d’imprelïïon , les
doubles des épreuves, 8cc.
(c) Voyez la diftribution de ces cabinets donnée répa-
re ment Figure II. fur la planche dont nous parlons, &
leur développement intérieur dans la planche IV, coupe F,
où ces pièces font marquées A. Ces cabinets , comme nous
l’avons déjà obfervé , font fous la garde de M. l’Abbé
Joly , homme de beaucoup de mérite & d’une affabilité
dont il feroit à fouhaiter que toutes les perfonnes chargées
de dépôts femblables fuffent pourvues. Ils contiennent
4000 volumes divifés en 12 claffes , dans lefquelles font
compris les eftampes du cabinet de M. de Marolles ,
acquifes parle Roi en 1667, celles du cabinet de M-
le Marquis de lieringhen , acquifes par le Roi en 1730,
celles du cabinet de M. de Guigneres , léguées au Roi
en 17.. Ces claffes font défignées par autant de lettres
de l’Alphabet.
La première claffe , ou lettre A , comprend les œuvres
des Peintres , Sculpteurs , Architeétes , Ingénieurs , Gra-
veurs , & des recueils d’eftampes en livres , ou en porte-
feuilles rélati.'s aux œuvres.
La fécondé claffe , ou lettre B , contient des livres
d’eftampes de piété, de morale, emblèmes 5c devifes facrées.
La troifieme claffe , ou lettre C, contient des livres qui
traitent de la fable Ôc des antiquités Grecques & Romai-
nes , &c.
La quatrième claffe , ou lettre D , renferme des livres
qui traitent de la généalogie , chronologie , blafon ôc
armoiries , médailles & monnoyeS.
La cinquième claffe , ou lettre E , comprend des fê-
tes publiques , entrées de villes , cavalcades , tournois
& caroufels qui fe font donnés en divers pays.
La fixieme claffe , ou lettre F , contient des pièces qui
traitent de la Géométrie , des machines , des Mathémati-
ques, des exercices militaires de terre ôc de mer, & d’autres
pièces touchant les arts & métiers.
La feptieme claffe , ou lette G , contient quelques ro-
mans Ôc porte-feuilles de facéties , plaifanteries & bouf-
foneries.
La huitième claffe , ou lettre H , contient des livres d’A-
natomie & autres parties de l’Hiftoire naturelle. On a fait
un Catalogue a part , fuivant le fyfléme de Tourne fort , des
‘ volumes de plantes peintes en mgnuture , attendu qu'ils
augmentent d’année en année.
La neuvième claffe , ou lettre I , eft formée par une
fuite de porte-feuilles de Géographie.
La dixième claffe , ou lettre K , contient une fuite de
porte-feuilles remplis de pièces Topographiques gravées
ou defîinées à la main.
La onzième claffe , ou lettre L , comprend une collec-
tion de portraits , divifée par pays.
La douzième ôc derniere clafle , ou lettre M , contient
un recueil de modes , ou d’habillemens de la Monarchie
Françoife depuis Clovis.
Les
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. Y.
Les pièces marquées G , H , font les atteliers occupés ci-devant par Mrs. Nat- Bibüothçi
tons & Boucher, & aujourd’hui par Mrs. Pierre & liejlout , Peintres de S. M. ^ sueinRou
de l’Académie Royale de Peinture & de Sculpture. Les pièces I fervent de bu-
reaux , c’ell où l’on compofe les Catalogues , où fe tiennent les Commis , Scri-
bes , &c.
Dans l’une de ces pièces on a vu pendant long-tems les modèles des differens bâti-
naens faifant l’objet del’Archite£lureNavale(d),exécutés fous la conduite de M. Duha-
mel, & qui aéluellement font tranfportés au Louvre, attenant l’Académie des Sciences.
La piece K eft une Chapelle où l’on dit la Meife feulement les Dimanches & les
Fêtes. Sa décoration eft fort fimple , elle eft , ainft que toute cette aile de bâtiment,
voûtée en ceintre furbailfé avec des arcs doubleaux , foûtenus à leur naiifance par
de fort greffes corniches d'un profil très pelant , mais correél. ( Voyez la coupe
d’une de ces pièces marquée B dans la Planche III. ) La piece qui précédé cette
Chapelle eft une antichambre qui a fa principale ilfue parle Dallage L, qui don-
ne entrée à tout cet édifice , & dont la porte , qui eft d’une alfez belle ordonnan-
ce , eft placée rue de Richelieu.
La piece marquée M fut conftruite en 1731 , pour y placer deux globes com-
pofés & exécutés par le Pere Coronelli , qu’on a vus long-tems à Marly , & qui fu-
rent confacrés a. Louis le Grand par le Cardinal d’Eftrée 1. Ces globes, qui ont ir
pieds 1 1 pouces & demi de diamètre , feront placés de maniéré que les pieds &
un des hemifpheres doivent être vûs dans la hauteur de la piece dont nous par-
lons , & l’autre hemifphere dans la piece de delfus , les planchers étant percés cir-
culairement & horizontalement (e) , afin que ceux qui voudront examiner ces glo-
bes , puilfent les voir commodément ; mais depuis qu’on les a apportés de Marly ,
ils font reliés encaiftes , & ne font point encore expofés à la vue des Connoiifeurs ,
quoique Butterfield ait conftruit de grands cercles de bronze de r 3 nieds de diamètre,
qui en font les horizons & les méridiens , lefquels font dépofés féparement dans la
piece marquée S, attenant la Chapelle. Sans doute on ne privera pas encore longtems
le public d’une curiofité fi peu commune , & qui ayant coûté tant de dépeniè , mé-
rite bien qu’on en rende l’accès facile. Cette piece eft éclairée aux deux extrémi-
tés par des croifées qui donnent fur des cours particulières, dont les murs peu éle-
vés procureront une lumière favorable à l’étude qu’exige cet examen important.
Les bâtimens dont nous venons de parler , font terminés à gauche par la rue
Colbert , qui traverfe de la rue de Richelieu dans la rue Vivienne. De l’autre
côté de cette rue , eft un bâtiment particulier appartenant à S. M. dans le pre-
mier étage duquel cil placé le cabinet des médailles , auquel on monte par l’efi-
calier N. Nous parlerons de ce cabinet en expliquant la planche fuivante ; nous
dirons feulement ici que pour rendre ce cabinet de plain-pied avec la Bibliothèque,
au premier étage , on a voûté un grand arc en plein ceintre dans la rue Col-
bert. Cet arc procure une communication de niveau à ces deux bâtimens. Dans la
même rue , & à côté de ce petit bâtiment en eft un autre fervant de logement pour
M. l’Abbé Joly , garde du cabinet des eftampes , pour M. l’Abbé Barthelcmi , garde
du cabinet des médailles , & pour M. de la Cour , Tréforier de la Bibliothèque
du Roi.
Le logement de M. Bignon, Maître des Requêtes & Bibliotequaire de S. M.
eft compris dans les bâtimens qui environnent la cour T. Cette cour a fa prin-
cipale entrée par la rue Neuve des Petits-Champs, & une communication avec la
cour V , qui dégage par l’efcalier F , fervant à monter au cabinet des eftampes , & qui
donne dans le velïibule du grand efcalier B , qui conduit à la Bibliothèque.
(J) Nous parlerons de ces modèles dans le Chapitre I. (e) Voyez l’intérieur de ces pièces marqué A dans la
duQuatrieme Volume, en décrivant le Louvre. coupe , Planche 111,
Tome III, T
Bibliothè-
que duRoi.
74 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Ces bâtimens contiennent auffi des appartemens pour M. l’Abbé Sallier &fM. Me-
lot , gardes de la Bibliothèque du Roi , pour M. Le Febvre , qui en eft le Se-
crétaire , &c.
Flan du premier étage de la Bibliothèque du Roi. Planche II.
On arrive au premier étage par le grand efcalier A ( marqué B dans le plan
du rez-de-chauflee). Cet efcalier eft fpacieux , commode & bien éclairé. Le pla-
fond a été peint , a ce qu’on m’a alluré , par M. Dullin , Peintre , frere de l’Archi-
tefte , dont nous avons parlé , Tome I. pag. 215, note b. Ce qu’il y a de certain ,
c’eft que cet ouvrage de peinture eft d’une grande maniéré ; mais on en a fi peu
de foin , qu’à peine y voit-on les beautés de détail qu’il contient. Au relie la dé-
coration des murs de cet efcalier eft allez bien entendue , quoique fimple , elle' eft
entièrement de maçonnerie. Cette conlideration , comme nous 1 avons déjà remai -
qué plus d’une fois , auroit dû faire fupprimer les fujets coloriés dans fon plafond
pour "y fubftituer des grifailles , ou de la Sculpture, parce qu’ordinairement les
fujets peints & coloriés font tache & fe découpent trop fur des murs d’une ma-
tière blanche ; il faudroit alors les peindre en marbre de couleur , ou les conf-
truire réellement de cette matière , ce qui coûteroit confidérablement & rendroic
ces fortes de pièces d’une magnificence qui exigeroit dans les appartemens une
richefle prodigieufe , qui ne convient que dans les Palais des Rois & rarement dans
les édifices publics.
De cet efcalier on entre dans une première grande gallerie de neuf croifées de
face, de-là dans un fallon de quatre croifées, & enfin dans une autre gallerie
formant deux retours d’équerre, & qui eft éclairée par trente-trois croifées. Tou-
tes ces ouvertures donnent fur la cour , & fur les murs oppoles font diftnbues des
corps d’armoires dans toute la hauteur du plancher. Cette hauteur eft divifée par
un balcon en faillie , qui continue horizontalement dans toute la longueur de cet-
te Bibliothèque ; deforte que par de petits efcaliers marqués * , on eft à portée de
tous les livres qui y font arrangés avec beaucoup d’ordre , & qui font communi-
qués au Public avec une politelfe & une complaifance qui fait honneur à la Nation
Françoife (/■).
A l’égard de l’ordre des matières , les livres de Théologie occupent la première
pièce marquée B ; ceux de Jurifprudence , les deux pièces C , D ; ceux d’Hiftoire ,
le retour E : ceux des fciences & arts , la moitié de la gallerie F : dans l’autre par-
tie font diftribués les livres concernant les belles lettres.
La porte G donne entrée au cabinet des médailles ; mais , comme le foin
de ce riche dépôt regarde M. l’Abbé Barthekmi , on y entre communément
par l’efcalier N , qui donne dans le bâtiment particulier dont nous avons parlé en
expliquant la Planche précédente. Ce cabinet, qui en 1684 avoit été tranfporté à
Verfailles, & qui en 1748 fut rapporté ici, fait aujourd’hui une des principales
curiofités de la Bibliothèque du Roi (g). Cette piece eft très-bien décorée par
(/) Nous avons déjà dit que c’étoit M. l’Abbé Sallier
qui avoit la garde des livres imprimés & des manuferits.
Nous remarquerons ici que c’eft lui qui a l’attention de
fe trouver les Mardis & les Vendredis à la Bibliothèque ,
& qui fécondé par Mrs. Capronier , Boudot , Mallin,
&c. y fait diflribuer au public , par des perlbnnes qui lui
font fubordonnées , tous les livres qu’on demande , foit
pour les lire , foit pour en prendre des notes par écrit ;
deforte que par le bon ordre & la décence qui régnent
dans cette Bibliothèque , ( qui à plus d’un titre peut être
appellée le Temple des Sciences , des Arts &#du goût,) on
a la liberté d’y étudier avec recueillement ces deux jours
de la femaine , depuis neuf heures du matin jufqu’à midi.
(.g) P°ur donner une légère idée de ce cabinet , nous
rapporterons ici ce queM. l’Abbé Barthelemi , garde du
cabinet des médailles, a bien voulu nous communiquer fur
fon origine , fon accroitTement , &c.
Gaflon , Duc d’Otleans , avoit donné au feu Roi une
fuite de médailles Impériales en or , & comme M. Col-
bert s'apperfàt que S. M. fe plaifoit àconfulter ces refies
de l’antiquité fçavante , il n’oublia rien pour fausfaire
un goût fi honorable aux lettres. Bar fies ordres &fousfes
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V. 75
un lambris enrichi de Sculpture , dont les principaux ornemens font dorés. Cette
menuiferie renferme des tableaux peints par Mr!. Vanloo , Natoire & Bouclier. Dans
les trumeaux de cette piece font diftribuées des tables de marbre d’un plan chan-
tourné qui foûtiennent des médailliers de menuiferie dorée , dans lefquels font
arrangées & diftribuées dans des tiroirs les differentes fuites des médailles d’or ,
d’argent , & de bronze , qui compofent cette riche colleélion.
Les portes H doivent donner entrée au cabinet des globes, lorfqu’ils feront en état
d’être rendus publics. Celle I donne fur un fécond grand efcalier marqué O, dont
nous avons parlé , pour le dégagement de la Bibliothèque , mais dont la commu-
nication n’eft libre , fans doute , que lorfque quelque perfonne de la première con-
lîdération vient vifiter ce vafte édifice , & qu’on ne veut pas lui donner la peine de
retourner par l’efcalier A. Cet efcalier O eftaftez bien éclairé, doux, commode
& terminé avantageufement dans fa partie fupérieure par une belle corniche or-
née de Sculpture , & par une calotte en voûte furbaiffêe.
La gallerie marquée K , de 23 toifes deux pieds fur trois toifes quatre pieds, eft
deftinée aux manufcrits ; on l’appelle communément Gallerie Mazarine , parce qu’el-
le faifoit anciennement partie de l’Hôtel Mazarin , étant placée au-dellus de cel-
le dont nous avons parlé , en décrivant le plan du rez-de-chauflee de la Bourfe.
Cette gallerie eft éclairée par huit croifées en vouffure , lefquelles font ornées de
coquilles dorées. En face de chaque croifée eft une niche aull’t ornée de coquil-
les , & dont la furface eft peinte de païfages par Grimaldi Bolognefe , mais qui font
mafqués aujourd’hui par les corps de tablettes qui reçoivent les manufcrits. Le pla-
fond de cette gallerie eft de la plus grande beauté ; il fut peint à frefque , vers 1 6 y 1 ,
par Romanelli , qui y a repréfénté divers fujets de la fable , avec un goût de deffein
exquis & une vigueur peu commune. Ces fujets coloriés font diftribués dans
differens compartimens très-bien entendus , mêlés de médaillons ornés de camayeux
& foûtenus par des figures & des ornemens feints de ftuc , d’une beauté , d’une
entente & d’une vérité qui n’ont de rivales que le plafond du Château de Vincen-
nes, que l’on prétend même avoir été peint par Romanelli. En un mot on ne peut trop
aufpices , M. Vaillant parcourut plufieurs fois Vltalie &
la G rece , & en rapporta une infinité de médailles fingu -
lieres. On reunit plufieurs cabinets à celui du Roi : &
des Particuliers , par un facrifice dont des curieux feuls
peuvent connoitre l’étendue , confacrerent volontairement
dans ce depot ce qu’ils avoient de plus prétieux en ce
genre. Ces recherches ont été continuées dans la fuite
avec le même zele Ù“ le même fuccès. Le cabinet du
Roi a repu des accroiJfem°ns fuccejfifs , & l’on pour-
rait dire a prefent qu'il efi au-dejfus de tous ceux qu’on
connaît en Europe , s'il ne jouijfoit depuis long-tems d'une
réputation Ji bien méritée.
Cette immenfe colleélion efi divifée en deux clajfes prin-
cipales : l’Antique, & la Moderne. La première comprend
plufieurs fuites particulières , celle des Rois , celle des
Villes Grecques , celle des familles Romaines , celle des
Empereurs , & quelques-unes de ces fuites Je fubdivifent
en d’autres relativement à la grandeur des médailles &
au métal. C’efi ainfi que des médailles des Empereurs ,
on a formé deux fuites de médaillons & de médailles
en or deux autres de médaillons & de médailles en ar-
gent ; une cinquième de médaillons en bronze ; unefixie-
vte de médailles de grand bronze -, une feptieme de cel-
les de moyen bronze’, une huitième enfin de médailles
de petit bronze. La moderne efi diftribuee en trois clajfes ,
l’une contient les médailles frappées dans les differens
Etats de l’Europe , l’autre les monnayes qui ont cours
dans prefque tous les pays du monde , & la troifieme
les jettons. Chacune de ces fuites , Joit dans le moder-_
ne , foit dans l’antique , efi par le nombre , la conferva •
tion Ù1 la rarete des pièces qu’elle contient , digne de
la magnificence du Roi & de la curiofete des Amateurs.
Au-deffus du cabinet des médailles , on trouve celui
des Antiques. C’ efi- la qu’on voit le tombeau de i hilderic
Premier, Roi de France , découvert a Tournai, l’an 1 6jÿ ,
& deux grands boucl.ers d’argent deftines a être Juf-
pendus dans des temples. Le premier , du poids de 42
marcs ,fut trouvé en 1656 dans le Rhône , & repre/en-
te l’a flion mémorable de la continence du jeune Sci-
pion. Le fécond , qui pefe un marc de plus , fut décou-
vert en 1714 fous terre dans le Dauphiné , & l’on
croit avec beaucoup de probabilité qu'il appartenait à
Annibal : le cabinet des Antiques renferme encore un
très-grand nombre défigurés , de bufies , de vafes, d'inf.
trumens des facrtfices , de marbres charges d infcnpnons ,
& enfin tous les monumens de cette efpece qu’on a pu raj-
fembler avec choix & avec goût.
M. le Comte de Caylus vient tout récemment d’enri^-
chir ce cabinet de nombre d’antiquités Egyptiennes ,
Etrufques , Grecques & Romaines en bronze , qu’il avoit
raflemblées avec beaucoup de foin , 6c dont il a donné
au public un recueil contenant 2 6 planches , fans les vi-
gnettes & les culs de lampes. Ce recueil eft accompagné
de differtations & de notes d’un ftile clair , développe 6c
plein d’une très-profonde érudition. Nous n’entrepren-
drons point l’éloge de cet illuftre amateur , fes lumières,
fon amour pour les Arts & pour le bien public , étant au-
delïus de tout ce que nous pourrions dire ici.
Bibliothè-
que duRoi
m
làl*
Di
Mit;
I f'
ü fie •
1 1! if
' ARCHITECTURE FRANÇOISE,Liv7
Bibiiofe- inviter lés ConhoilTeurs à'vifîter ce chef-d’œuvre de peinture, & quoiqu’il y ait
s«JuR°i. environ un fiecle qu'il eft exécuté , & que fon entretien foit allez négligé , il
c^nferve encore toute fa fraiebeur , & nous donne la plus liante idée du peintre cé-
lébré à qui nous le devons. Cette gallerie , comme nous l’avons dit, ne contient
que des manuferits , & n’eft pas publique ; mais l’affabilité de M. Melol , qui en
a particuliérement la garde , & qui en fait aduellement le Catalogue, laiffe voir
aux amateurs ce chef-d’œuvre avec une complaifance digne de l’amour qu’il porte
aux beaux Arts. .
La pièce L appartient à la Bourfe : on y arrive par 1 efcalier M qui n a aucune
communication avec le bâtiment que nous décrivons. Les pièces N fervent aufli
de dépôt pour les manuferits , lefquels , comme nous l’avons obfervé , fe montant
à quarante mille volumes, ne peuvent tous être contenus dans la grande gallerie.
Les plus grandes de ces pièces font voûtées en maçonnerie , & ces voûtes font or-
nées de ceintures dans le genre de celles qu’on remarque au grand efcalier A. Enfin
celles du côté de la grande cour fervent de pallage pour parvenir à la gallerie , qui
aurait dû naturellement avoir fon iffue par i’efcalier O, & dans la grande Biblio-
thèque par deux portes qui auraient pu être percées vers a b, fi la piece L ne falloir
pas partie des départemens de la Bourfe. ,
La diftribution des bâtimens que nous venons de décrire dans leur état actuel ,
prouve alfez ce que nous avom dit au commencement de ce Chapitre , en remar-
quant que cet édifice n’étoit récommendable que par le local & par la nombreuse
colleétion qu’il renferme ; car à le confidérer du côté des dégagemens , des if-
fues & des communications, il s’en faut bien que cette diftribution puifte fervir
d’autorité pour un bâtiment de l’efpece de celui dont nous parlons ; mais certai-
nement on ne peut difeonvenir qu’au moins , avec les préceptes de la bonne Ar-
chitecture de les indications que nous avons données ici , cet édifice ne puifte amener
à une composition plus heureufement entendue.
La décoration extérieure des bâtimens dont nous venons de donner les plans ,
n’eft pas traitée avec plus de fuccès que la diftribution. L’ordonnance de la plus
grande partie des façades eft irrégulière , elles n’ont pour la plupart aucune
analogie entre elles ; c’eft pourquoi nous n’en donnerons que. deux élévations
dans ce Chapitre , encore avertirons-nous que c’eft moins dans 1 idee de prefenter
aux yeux des Artiftes une Architeaure bonne à imiter , que pour donner à con-
noître l’étendue de ce monument, qui par fon immenfité a dequoi étonner ceux
qui ignorant les régies de l’ Architeaure , font naturellement portés à l’admiration
en voyant un édifice d une grandeur extraordinaire.
Elévation du fond de la cour , avec Us coures des deux grandes ailes de bâtiment , prifes
dans le plan du rez-de-chaujfée fur la ligne XY. Planche III , Figure Première.
L’ordonnance de cette façade eft compofée de deux arriere-corps & d’un avant-
coras • celui-ci eft décoré de deux Ordres de pilaftres, l’un Ionique , l’autre Com-
pofé Cet avant-corps a trop peu de rélief , fes extrémités fur fa largeur font trop
maigres , n’ayant qu’un pilaflre , au lieu qu’on pouvoit l’accoupler fans relargir la
dimenfion de cet avant-corps ; car n’ayant aucune fujettion par rapport aux dedans ,
il pouvoit être difpofé plus heureufement. D’ailleurs on peut obferver que l’Or-
dre Ionique eft trop court par rapport à celui de deffus. Nous avons remarque
dans bien des occafions qne les Ordres fupérieurs dévoient avoir un demi-diamétre
de moins que lés inférieurs , ici au contraire , l’Ordre Compofé a un module de plus.
Cette irrégularité vient fans doute de ce que la hauteur de ces étages a été aflujettie à
d’anciens bâtimens qui n’étoient pas deftinés extérieurement à recevoir des Ordres;
car
ARCHITECTURE FRANC ÔTsËTl
Car ? eft ai,fé d<T re™arcluer par les murs de'face de la coupe B du côté de la cour , Bibli-
que le rez-de-chauffee ayant la proportion d’un foubaffement , il ne devoir pas com-
prendre dans la hauteur un Ordre Ionique , qui comparé avec l’Ordre de deflîis
ne pouvoit avoir avec lui aucune analogie. *
La forme des croifées du premier étage , ornées de bandeaux & accompagnées
de larges piédroits preiente une Architecture vicieufe. Ces piédroits difputent de
largeur avec les pilailres , & les formes en plein ceintre doivent être deflinées aux
portes & non aux croifées. D’ailleurs il faut préférer en général aux ouvertures
en plein ceintre les impolies , les chambranles, ou les bandeaux. On peut encore
remarquer que la proportion de ces croifées eft trop fvelte , le focle , ou la retrai-
te , qui foutient l’Ordre Compofé étant trop peu élévé. Cette retraite, qui doit
avoir une hauteur d appui dans tous les cas , auroit nourri l’ordonnance de cet éta-
ge , racourci 1 Ordre que nous avons trouvé trop élévé , & procuré une meilleure
Dmnorrinn nnv nnuprmrpe An t .. i i m, ,
proportion aux ouvertures de cet étage. Le rez-de-chauffée de "cet avant-coïpr
pris léparement, eft mieux entendu, â 1’ ' ’ • - - - ‘
1 ‘ , ' 7 “• l’exception des piédroits, qui font beau-
coup trop larges compares au diamètre des pilailres Ioniques
Les. arcades des arrieres-corps de ce rez-de-chauftée , accompagnées de petits
piédroits poftiches, ne font pas non plus un bon effet. Le peu dWerture de ces
arcades , lepareespar des trumeaux immenfes , compofe une Architeélure péfan-
te, qui ne va point avec la petiteffe desOrdres de l’avant-corps. Les croifées du
premier etage des arrieres-corps font d’une affez belle proportion ; mais leurs tru-
meaux femblables a ceux de deffous rendent l’élégance de ces croifées chetive
D ailleurs il ferait a fouhaiter que dans toute ordonnance on s’éloignât de la pré-
vention des montons , partout où ils ne paroiffent pas néceffaires. La frife de l'en-
tablement qu, couronne cette façade eft ornée de confoles qui foutiennent la cor-
niche. Cet ornement & les profils de ce couronnement font d'une allez belle exé-
cution & analogues à la compofition du chapiteau , qui n’étant affujetti à aucun
Ordre régulier, demandoit un entablement peu févére. D’ailleurs cet entablement
etoit anciennement exécuté , & il étoit d’une forte de néceflité de s’y aiîùiettir dans
tout le pourtour de ce bâtiment.
rj-?n V?f dans *es couPes B> C , l'intérieur des deux ailes en retour de ce vafte
édifice. Dans ces ailes font comprifes , au premier étage, les galleries, dans lef- ’
quelles eft placée la Bibliothèque. La gallerie de la coupe B eft plafonnée en cein-
tre furbaiffe. En 1720 , lorfqu’on plaça la Banque dans cet Hôtel , Pellegrin, , Pein-
tre Vénitien, qui avoir beaucoup travaillé en Italie , en Allemagne, & en Angle-
terre fut charge de reprefenter dans ce plafond, par divers tableaux allégoriques,
les differens fucces de cette Banque & de la Compagnie des Indes; mais cet ou-
vrage ne fut que commencé. Comme dans la fuite cette gallerie fut deftinée à un
autre ufage , & quelle n avoir que huit croifées, on fût obligé de l’aggrandir
aiors on blanchit le tout , & les Peintures allégoriques furent Iffacées.
La gallerie de la coupe C eft terminée par un plafond horizontal , ainfi que
toutes les autres pièces de ce premier étage. On a exprimé ici dans ces deux
coupes la décoration que forment les tablettes qui reçoivent les livres , le bal-
con dont nous avons parlé , & les confoles qui le foutiennent ; quoique cet-
te décoration foit affez bien entendue, elle ne nous a pas paru néanmoins exi-
ger un deffem plus en grand. A propos de ces galleries deflinées à contenir
des livres, ,e rappellerai ce que j’ai dit ailleurs touchant la maniéré d’éclairer
(A) ces fortes de pièces, car, i me femble qu’une pareille gallerie ne devrait re-
cevoir le jour que par en haut , dans le goût des deux cabinets qui fe voyent au Pa
^Tome Ul* n0U5 aVOI>S dk * CC rU,et dMS 1,Introdunion 1 Tom f Pa£- 37.37, &c.
Bibliothè-
que du Roi.
78 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V. _
lais Royal. L’avantage qui en réfulte , eft de procurer plus de fùrface aux murs
qui reçoivent les livres , d’apporter plus de fimétrie dans la décoration , & de pro-
duire plus de recueillement aux perfcnnes qui y viennent étudier. Je conviens que
ce genre d’ordonnance exige une décoration extérieure qui réponde à l’intérieu-
re ; mais , comme nous l’avons déjà remarqué , un édifice public doit annoncer
par l'on afpeét fa deilination : conféquemment la principale attention d’un Archi-
teéle eft d’imaginer des moyens de conciliation, qui en offrant une diftribution
convenable, préfentent en même tems une ordonnance, qui, fans s’écarter des préce-
ptes de l’Art , peut néanmoins fortir des formes ordinaires , & toûjours faire un bon
effet. Les différentes études , les projets , & les recherches que j’ai faites à cet égard ,
me font avancer qu’il eft poffiblc de réunir ces différentes parties , & fi on paraît
content de la plupart des obfervations que je fais dans cet ouvrage , je n’héfiterai
pas de rendre publics un jour (i) les différens moyens dont j’ai ufé pour parvenir
à donner à chaque bâtiment l’expreffion & le caractère qui leur conviennent félon
mcn opinion.
La coupe A fait voir le cabinet des globes ; fa décoration eft fimple , mais cette
fimplicité , en général , eft nécelfaire dans une piece confacrée à l’étude , la richef-
fe & la profufion des ornemens devant être réfervées pour les appartemens de pa-
rade deftinés à la réfidence des grands Seigneurs. J’eftime que rien d’étranger ne
doit diftraire dans les lieux publics : c’eft une des parties effentielles de la con-
venance , de décorer les bâtimens rélativement à leurs ufages. Un édifice facré , ainfi
que ceux où l’on rend la juftice , à la vérité , peuvent être fufceptibles de dé-
coration ; mais il faut quelle foit grande , noble & grave. Les galleries de pein-
ture , à mon avis , ne doivent avoir que des tableaux , les Bibliothèques que des
livres , les cabinets d’Hiftoire naturelle que des produétions de la nature. En un
mot il n’y a que les fallons, ou quelques pièces femblables chez un particulier,
qui puilfent raifembler différens genres de beautés , parce que n’étant pas allez opu-
lens, & leur demeure n’étant pas publique, un Propriétaire connoiflèur & intelli-
gent peut recueillir diverfes curiofités , telles que des bronzes , des porcelaines , des
tableaux , des livres , des bijoux , &c. ainfi qu’on en voit dans les cabinets de nos
amateurs , dont nous avons parlé ailleurs , & qui en petit mettent fous les yeux
des Curieux ce que nos édifices publics étalent féparement avec magnificence.
De ce nombre font , à Paris , la gallerie des Antiques , au vieux Louvre : le cabinet
d’Hiftoire naturelle , au Jardin du Roi : la Bibliothèque dont nous parlons , le ca-
binet des médailles & des eftampes , au même lieu : le cabinet des deffeins des
grands Maîtres , aux galleries du Louvre : les tableaux du Roi , au Luxembourg , &c.
Car il eft certain que l’étude demande de l’ordre , qu’il faut éloigner de l’efprit
tout ce qui peut le diftraire , & qu’il n’appartient qu’à un homme verfé dans
les fciences & les arts, de confidérer tout à la fois ces différens genres de produc-
tions. Une trop grande multiplicité nuit, & fe grave moins facilement dans la
mémoire. J’ai éprouvé plus d’une fois l’effet de cette diftraétion dans l’efprit des
perfonnes que j’ai accompagné dans ces différens monumens. C’eft: d’après l’expérien-
ce que je parle ici , & je ne doute point que la plupart des vrais amateurs ne foienc
de mon avis.
(i) Ces nouvelles produirions trouveront leur place
dans la fuite du Traité de la Décoration des Edifices ,
que je mis au jour en 1737 , en deux volumes , qui dé-
voient être fuivis de deux autres volumes promis depuis
long-tems , & que mes occupations gnt fufpendus juf-
qu’à prefent. D’ailleurs l’accueil favorable que le Public
a bien voulu faire à ce premier fruit de mes veilles, m’a
fembléune raifon puiflfante pour tâcher à l’avenir de méri-
ter le fuffrage des Connoiifeurs par une étude refléchie &
foûtenue d’une expérience de 30 années.
79
ARCHITECTURE
FRANÇOISE,!, iv. V.
* * * S
S~IH|«É#SP£"E
sfiaa
le remarquer dans les plans. Au refte nous ne rélevons pasœtte irXuLté n ^
en fa.re la crmque : nous avons dit ailleurs les raifons de ce^ŒT*f|0“
Les arcades du rez-de-chauflïe font abfolument femblables à cdleslnr “
avons parle a loccafion de la Fig I de laPl HT re n„; „ • r ■ nous
que ces deux façades font du mêmf Architecte. Du moins
Mt h' Banque.111 ^ “ Mtiment* Iorf<lUe dans ie «®* ^u fy^me on\ éta!
Nous avons fait plufieurs recherches pour connoître les noms des differens Ar
chi eaes qu, ont travaillé à ces édifices, mais elles ont étTfoutMes I pltl
fans doute étonnant que dans le même fiecle , au milieu des Sciences A A
*“zïr d" « A^X-p?*
#ilgilpS5Sï=
Cette a^^EeftS^nà>3lleS a™“S bâ™e"s de l’Hôtel de Nevers.
bien intérelîànt à remarquer for fa décoLtfon^ laT^"' NoUS, "avons rien de
trop courte, l’efpece de baluftrade qui eft au-d’eiLP pTffichT k o
traite avec troD de o, p .œ lus > poltiche , le premier etage
exécution fort médiocre. P * & 1 amoruirement du cadran , fans goût & d’une
Bibliothè-
que duRoi.
Maifon d«
M.de Se*
nozan.
go ARCHITECTURE F R A N ÇO I SE , L i v. V.
La coupe F fait voir le développement intérieur du corps-de-logis fitué en
face de la Bibliothèque , dans lequel font placés en entrefols les cabinets des ef-
tampes marqués A , dont nous avons parlé , & au-deifus les pièces contenant une
parcie des manufcrits , dont nous avons aufïï fait mention plus haut.
CHAPITRE XIV.
Defcription de la Maifon de M. le Prefident de Seno&an , fitaû rue de
Richelieu.
CETTE maifon fut bâtie, vers i6jo , fur les delfeins de François Manfard ,
pour François de Rochechouart de Jars , Chevalier de 1 Ordre de S. Jean de Jerufa-
lem & Commandeur de Lagny. Elle a appartenu depuis au Cardinal de Coijlm , Pre-
mier Aumônier du Roi , enfuite au Duc de Coijlin , Evêque de Metz , qui la vendit ,
en 1714 , à M. Olivier de Senozan , Receveur Général du Clergé de France. El-
le appartient aujourd’hui à M. fon fils , Préfident au Parlement de Paris.
Les Planches de cette maifon 'font tirées des Œuvres de Marot , & fe trou-
vent par conféquent dans le cas de celles dont on nous a plus d une fois fait
reproche de les avoir inférées dans ce Recueil , par la raifon qu elles font mal
gravées pour la plûpart , & quelles n’offrent que des maifons particulières. Cette
remarque , qui ne peut venir que de perfonnes qui ne s’intérelfent que légèrement
aux progrès de l’Architeaure & qui fe contentent d’une leéture fuperficiel-
le de celivre , ou tout au plus d’en examiner les Planches pour en faire la critique,
ne nous a pas paru d’un alfez grand poids pour nous empêcher de mettre fous
les yeux des amateurs une des plus belles maifons de Paris pour certaines parties
de la décoration des façades , la richelfe des dedans & la magnificence des ameu-
blemens. Peut-être nous dira-t’on que dans ce cas , il falloit faire graver de nou-
velles Planches ; mais indépendamment de ce que la gravure n’auroit rendu qu im-
parfaitement les beautés de détail de cette maifon , c eft que tels ont ete les en-
gagemens du Libraire avec le Public , & que les frais immenfes dans lefquels jette
une pareille entreprife , n’ont pas permis de faire de nouvelles dépenfes. Pour ce
qui me regarde , j’ai crû qu’il vailoit mieux faire connoître une belle maifon ,
quoique gravée avec une forte de négligence & fort en petit , que de laijfer
ignorer un de nos édifices qui portant le nom de François Manfard , pouvoit feul
exciter l’attention des Connoilfeurs , de indiquer une nouvelle occafion d etude pour
nos jeunes Architeéïes.
Flan au rez-de-chaujfée , & élévation du corps-de-logis donnant Jùr la rue de Richelieu .
Planche Première.
La Figure première donne en petit le plan de tous les bâtimens de cette mai-
fon , au rez- de-chauffée , tel que François Manfard l’avoit fait executer.. En 1738 y
M. Olivier de Sénozan y fit faire quelques changemens dans la diftribution. La
falle à manger A a été aggrandie , elle eft éclairée par deux croifées. La falle de
compagnie B eft réduite au même nombre de croifées,de maniéré qu’on a pratiqué une
chambre C , avec des garderobes derrière , qui dégagent par le grand efcalier. Ce
dernier peut être confidéré comme une des plus belles parties de cette maifon ;
il eft fpacieux ; commode Sc décoré d’une maniéré très-convenable , quoiqu avec
PJ.nI N Zllr RK Z DK C KLAJJSSKK des Balimens de /s Bi/dwt/iecjue
du Roy, de /u Bourse , e/ de /a .Compagnie des Indes, si/ues rue i le
rue Jivienne,e/ r ue Neuve des petits c/amps, pris /a iP/aee des Ptcfoires.
No (a . Tiu/.e /-.e /i„/i,,if/is t/n/iw </ t/f/t.r àt ///■.'• ,yy>,i///r/tivi/ ,/ /t Jii/>/n d/u y //s ,/// Tiy /, ,
Pli /// h/ ( i ////h •/
y/hv <•// t’/ihivo/ ■
x,„-
ms
mmm
rs- 4J a 01 a □ a
. , ; ■ _
J ^ ♦ 4: , % % %
B
*t % € % %
î ft'tllt i /' /, l Jiltlt/Vi’
^ ^ ^
*fe «fe. st
LJ 'J) 'ÿ~? __
■/v ( T, t //,■//,■ ,/• /., /}
ARCHITECTURE FRANÇOISE. L iv. V. Sr
d’wferTVmreUa elt g-a"de> elle “«ntede foid, & eft dïftribuêe avec
nobleffe. Cet efcalier eft termine par une calotte formant lunette. Les pannaclies
de cette calotte font Contenues fur des pans coupés qui defcendent jufqu’au rez-
de-chaulTee, & qui donnent une grande idée de l'efprit de convenance que
Manlard fçavoïc répandre dans toutes Tes produirions. *
La pièce D eft une chambre à coucher : celle E ,'un très-beau cabinet décoré
avec goût & magnifiquement meublé. Toutes ces pièces ont des garderobes & d !
degagemens mgemeufement diftnbués, qui concourent à former de cette maifon
une des plus commodes & des plus mtérelfantes du quartier de Richelieu.
n a lupprime les colonnes pratiquées devant les pavillons marqués F , G • elles
formoient de trop petites parties dans les déhors , & obfcurciffoient l’intérieur des an
partemens , & au lieu du perron H, on a fait en face de tout le bâtiment régné r un
grand pallier qui conduit a cinq marches, par lesquelles ondefcend dans le jardin
Ce jardin a de longueur 31 toifes. Il eft terminé par une grande allée de nwo-
niers qui procure du couvert Entre cette allée & la façade eft un grand parte re
de broderie entoure de platebandes de fleurs, &c. ë parterre
Le premier étage de ce bâtiment que nous ne donnons point ici , eft diftribué
.dans le meme goût que le rez-de-chauflée : l’un & l’autre font fort ornés & en!
nchis de fculptures, de dorures & de peintures d’une aiTez grande beauté. Enfin
cette maifon, quoiqu on n y trouve pas une multiplicité de commodités & cette
prodigalité d ornemens fi fort en régné aujourd’hui , eft peut-être une de celles
qui mente le plus d ette examinée avec foin par nos Architeéfes , pour appren-
dre a decorer avec bienféance la maifon des perfonnes confacrées au biiîT pu-
blic _, qui veulent quon obferve dans la décoration du lieu de leur réfidence cet
leu”emplorVenanC9 & r6tenUe ^«igent leur dignité & l’importance de
La Figure II. offre l’élévation du côté de la rue. Voyez les deffeins de la porte
' * k ***— ‘ * p.incip.ux U
La Figure III. préfente l’élévation du côté de la cour du corps-de-logis don-
nant fur la rue, avec la coupe du bâtiment en aile. Cette élévation confifte^n deux
ferr d’aT'~C°T & ^ U" grand, arriere-corPs percé de trois arcades, dont l’une
feit d entree a la grande cour & les deux autres de remifes , au-deffus defquelles
font des entrefols ; fur ces derniers font pratiqués des greniers. d
Elévation du côté de la cour, du côté du jardin, & coupe fur la longueur de tout le bâtiment.
Planche II.
La Figure première fait voir l’élévation du principal corps-de-logis du côté de
fiin a^âi? des Ie cU ’ 7 “ P°r‘7 df,cllangemens ’ à Exception d ï combles , où
qt!ée! A, B P “ COnliderables ’ & ™ a fupprimé les lanternes mar-
La Figure IL préfente la façade du côté du jardin , dans laquelle on a fuppri-
me, comme nous lavons déjà remarqué, les colonnades placées au rez-de-chauf-
r T,’ î d£Vant l£S d£UX P™11™5 » & -^vant defquels on a fait
régner dans toute la longueur un grand perron continu. On a fait auffi de nouvel-
a nr7i!m “ T ’ & détruIt les internes marquées A , B : à leur place on
- -P q,f ’ dans “ute la longueur , un faux comble. Il aurait été facile d’exorimer
ManfardC^ngeln'eu’'TS °r 3 crû étoit mieux de laiffer ce bâtiment tel que
Manlard 1 avoit eleve dans Ion origine, ayant d’ailleurs alfez d’occafions dansée
Recueil de préfenter les bâtimens de nos Architeétes modernes, quTfowent fa!!
aYOTomeUIU lmS d“ Pr0pnétaireSj femblent les «iger tous pour la même fin.
X
Maifon
de M, d*
Senozan,
Maifon de
M. de Se-
nozan.
82 ' ARCHTTECTURE FRANÇOISE, Liv.V.
La Figure III. indique la coupe du corps-de-logis fur la rue , marquée A , l’élé-
vation de l’aile en retour fur la cour , marquée B , & enfin la coupe du principal
corps-de-logis entre cour & jardin , marquée C. La décoration intérieure de ce
corps-de-logis a été toute changée, c’eft de la nouvelle dont nous avons fait l’élo-
ge , avec d’autant plus de raifon , quelle tient un jufte milieu entre la péfanteur des
membres qu’on affecftoit aux lambris du fiecle patte, & la trop grande légèreté de
ceux qui font en ufage aujourd hui.
Elévation & Profils en grand de la Porte d’entrée. Planches III & IV.
L’extérieur du bâtiment dont nous venons de parler , eft décoré avec beaucoup
de fagettë , les proportions des croifées font belles , & les profils excellens , enfin on
y reconnoît partout la main d’un grand maître ; auffi François Manfard peut-il être
regardé comme le plus habile Architeéle que la France ait poifedé. Il eft aifé de
remarquer cette pureté & cette févérité qui accompagnoient toutes les produirions
de cet homme illuftre , dans les Planches III & IV , dans lefquelles on voit en
grand l’élévation de la porte du côté de la rue avec les développemens particu-
liers. Peu d’Artiftes à la vérité font frappés de ce genre de perfection ; n’étant
point dans l'habitude d’approuver les formes naïves , ils regardent même pour la
plupart avec une forte d’indifférence ce beau fimple & ce repos fi ingénieufement
mis en œuvre par nos grands Architectes , & parodient peu touchés en général de
cette correction qui fixe notre raifon , fatisfait notre intelligence , & nous infpire
une vénération raifonnable & refléchie pour tout ce qui porte le caractère du beau.
Qu’on y prenne garde : on cherche peut-être un peu trop aujourd'hui l’effet gé-
néral d’un bâtiment dans des diffonances & dans des ornemens mal entendus , de-
forte que ce qui s’éloigne le plus de la vraifemblance , nous paraît le plus agréa-
ble. On envifage comme un effort de génie , une variété infinie dans les for-
mes & une frivolité paffagere qu’on appelle un beau défordre. Sans doute no-
tre vanité ne trouve pas fon compte à avouer le beau , parce qu’il eft fimple &
naturel. On préféré le difficile , le fingulier , l’extraordinaire : on prétend par là
fe donner un air de Scavant. Quel abus ! L’Architecture n’eft-elle pas de tous les
Arts le moins fufceptible de variété ! La folidité des bâtimens, dont le propre
eft d’être durables , ne doit-elle pas préfenter dans fon ordonnance des beautés
confiantes 8c immuables ! C’eft donc la fource du vrai beau qu’on doit chercher,
& il faut fe reffouvenir que les bâtimens anciens ne fe font acquis l’immortalité
que parce qu’on y a reconnu des beautés univerfelles , qui feront eftimées dans
tous les âges par les perfonnes d’un vrai mérite & qui fçauront fe préferver de
toute prévention.
fe,
rv':'>
V
Vi
*1 ;
“h.'
• i
l; r:l' i
1
M'# :• :!l '
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E, L i v. V.
«3
CHAPITRE XV-
Dejcription de l'Hôtel de Louvois , faite’ rue de Richelieu.
LH O T E L dont nous allons parler ell contigu avec celui du Chapitre pré-
cédent. Il fut bâti vers 1680, fur les deffeins & fous la conduite du fleur
Chamois , Architefte , pour François - Michel Le Tellier , Marquis de Louvois , Mi-
nillre , Sur-Intendant Sc Ordonnateur Général des bâtimens , jardins , Art 8c
manufaétures de France , & c. Il eft occupé aujourd’hui par M. le Marquis de Cour-
tenvaux , Colonel des cent Suiifes , l’un des Defcendans de ce Miniftre : par Mada-
me & M. le Comte d ’EJlre'es , Lieutenant général des Armées du Roi : par Mada-
me de Mancini , & par M. le Marquis de Montmirel.
Cet Hôtel ell peut-être un des plus confidérables de Paris par l’étendue & la
hauteur de fes bâtimens & par l’emplacement dans lequel il eft contenu. Un jar-
din d’environ 40 toifes de profondeur , orné de bofquets , de parterres & de pa-
lilfades , procure beaucoup d’agrément aux appartemens qui jouilfent de fa vûe.
Au relie cet Hôtel n’a rien de fort intérelfant que fon immenfité. Je m’étois formé
une toute autre idee d un édifice éleve pour un Miniftre , qui pouvoit employer
ce qu il y avoit de plus habile dans les Arts. La décoration des façades eft fans
beaute 8c les diftributions font fort ordinaires , l’intérieur des appartemens eft
décoré d’une maniéré très-fimple , la fculpture en général eft médiocre , il n’y a
pas un excellent tableau , enfin , excepté quelques emmeublemens d’un certain
prix, rien ne peut y attirer l’attention des Connoilfeurs que l'affabilité des Proprie-
taires. r
Peut-être dira-t’on que puifque nous n’avons rien trouvé de fatisfaifant dans
cet Hôtel, il etoit inutile de l’inférer dans ce Recueil; mais comme lès Plan-
ches en ont été gravées long-tems avant qu’on eut formé le deffein de faire un
livre des principaux édifices de cette Capitale 8c de fes environs , & que ces
planches font dans les mains de tout le monde , ayant été débitées féparement ,
nous avons crû que c’étoit une raifon fuffifante pour prendre occafion de réle-
ver les licences répandues dans ce batiment , perfuadés que quelques obferva-
tions fevéres font fouvent intéreffantes pour le progrès des Arts. En effet combien
d édifices jouifient aujourd hui chez le plus grand nombre d’une réputation qu’ils
n ont jamais meritee , que parce que quelques parties hazardées y font un genre de
beaute, auquel le vulgaire applaudit, & que les gens de goût ne fe donnent
pas la peine de relever! Or il s’agit ici de fe rendre compte du vrai beau, par oppo-
lition au médiocre. Pour y parvenir il n’eft guéres que trois moyens , la com-
paraifon des parties avec le tout , le parallèle d’un édifice avec un autre du même
genre , & la^difcuflion des préceptes. La comparaifon , il eft vrai , demande beau-
coup d expérience: le parallèle, une grande impartialité : la difeuffion des pré-
ceptes, une profonde théorie; mais quiconque veut s’inftruire, ne doit pas fe re-
buter , les principes des excellens Maîtres peuvent mener loin un homme intelli-
gent & le conduire au moins à des préceptes généraux & à une théorie particulière
qui lm donne 1 efprit de combinaifon. Je conviens que ces connoiftànces coûtent
aacqueiir, & qu il eft plus commode pour la plûpart d’apprecier leurs obferva-
uons par l’effet quelles produifent fur eux, fans fe rendre raifon de la caufe.
Oui lans doute : par-là on eft plutôt quitte de fes études , & la pareffe y trouve
Hôtel de
Louvois.
84 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Li v. V.
fon compte. Mais de cette négligence naic la honte qui réjaillit fur l’Architeéle
& fur le Propriétaire ; fur le premier pour avoir abufé de la confiance publi-
que , fur celui-ci pour avoir dépenfé des fommes immenfes fans précaution &
fans difcernement. Afin donc de remedier à ces abus , il eft à propos qu’un Recueil
tel que celui-ci , contienne un petit nombre de bâtimens qui s’éloignent des pré-
ceptes de l’Art , puifque les obfervations que nous y joignons tendent à rélever les
écarts où font tombés les Architeéles qui les ont fait ériger , & qu’ils feront autant
de leçons qui apprendront à nos jeunes Artiftes à les éviter ; je fuis même per-
fuadé que les perfonnes de goût me fçauront quelque gré de mon entreprife, &
applaudiront à la droiture de mes intentions.
Plan du rez-dc-chaujfée. Planche Première.
Ce plan ne préfente que la plus grande partie des bâtimens de cet Hôtel. Une
aile affez confidérable , donnant fur le jardin , & faifant retour d’équerre
avec le mur de face vers A , contient de fort grands appartemens. Au bout de
cette aile en retour en eft une autre de la même longueur , en face de l’arriere-
corps AB. Nous ne donnons point ces ailes de bâtiment , elles font décorées avec
tant de négligence & diftribuées de maniéré que nous avons crû qu’il n’étoit pas
intéreftânt d’ajoûter ce fupplement aux anciennes Planches , qui font déjà afiez in-
différentes d’elles-mêmes.
Le principal corps-de-logis eft fitué entre le jardin & une cour de moyenne
grandeur. L’entrée des appartemens du rez-de-chauffée eft à la droite & à la gau-
che de cette cour. Le grand efcalier eft ce qu’il y a de plus intéreffant dans
ce bâtiment. Les appartemens en général font fans commodité , d’ailleurs les pro-
portions des pièces n’ont aucun rapport entre elles , ni avec la hauteur du plan-
cher qui leur eft commun. Les baffe-cours font trop fubdivifées & trop petites ,
l’air y eft étouffé , toutes ces différentes parties femblent avoir été faites à plu-
fieurs reprifes ; cependant depuis que cet Hôtel a été bâti , on n’y a rien ajoûté
que quelques garderobes , & l’on n’a reftauré que quelques pièces dans l’intérieur.
Il eft donc évident qu’on pouvoir faire un meilleur ufage de ce terrain , & fi
l’on compare les Hôtels du préfident Lambert , de Matignon, de Noirmontier,
&c. avec celui-ci , on s’appercevra aifément que , quoique conftruits dans un terrain
moins vafte , ces Hôtels font diftribués avec plus de grandeur & de commodité ;
tant il eft vrai qu’il importe beaucoup de faire choix d’un Architeéle intelligent ,
la dépenfe étant toûjours la même , & le fuccès bien différent.
Plan du premier étage. Planche II.
Ce plan a le même défaut du précédent , il manque par les garderobes. Chez
les grands Seigneurs, qui ont beaucoup d’Officiers & de domeftiques , un Archi-
teéle doit infifter fur la néceflité de pratiquer un certain nombre de pièces defti-
nées aux perfonnes qui font au fervice du Maître. Dût- on en facrificr une ou
deux principales du côté des cours , il faut des chambres fubalternes , fans quoi
le Propriétaire eft bien logé , à la vérité , mais faute des dégagemens néceffaires
pour fes gens, il eft fervi avec trop de lenteur : enfin il faut Içavoir que la com-
modité dans un bâtiment eft la première loi de la diftribution.
Elévation
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Elévation du côté de la rue. Planche III.
Cette Planche nous donne la façade de cet Hôtel , du côté de la rue de Ri- nstei Je
chelieu. C’eft-là que fe trouve placée la porte d’entrée ; l’ordonnance de cette
porte eft tout à fait à rejetter. Un «fronton circulaire foutenu par un corps d’Ar-
chiteéhire trop délié , de petites confoles , auffi inutiles que de mauvaife forme ,
enfin une ouverture à platte-bande , enfermée dans une porte en plein ceintre ,
accompagnée d’un bandeau fans proportion , compofent la décoration de ce frontif-
pice ; deforte qu’il annonce plutôt l’entrée d’un Monaftere , élévé dans un Bourg
à trente lieues de Paris , que l’Hôtel d’un grand Seigneur. ■
Elévation du principal corps - de - logis
Planche IV.
du côté de la cour '.
le
Nous n’entrerons pas dans un long détail fur la décoration de cette façade ; le peu
de proportion qu’on remarque entre fes maffes & fes parties , fon exécution négligée,
le mauvais choix de fes profils , enfin une Àrchiteélure fans relief, fans goût , fans
génie & fans invention , eft la feule chofe que nous puiffions faire obferver ici. En
effet un petit Ordre Ionique placé fur un grand foübafîètnent , & couronné d'un en-
tablement mefquin , forment les parties effentielles de cette ordonnance. Que fi-
rnifie d’ailleurs la proportion élancée de l’avant-corps qui difpute de largeur avec
es arriere-corps , & qui étant terminé par un fronton triangulaire élévé fur un
Attique , compofe un tout mal entendu ? Nous conviendrons cependant que
les croifées de l’Ordre Ionique font d’une affez belle proportion , excepté celles
de l’avant-corps , qui font mal imaginées , tant dans cet étage , qu’au rez-de-chauf-
fée, auffi-bien que dans l’ Attique f & dont les grandeurs & les formes diffem-
blables préfentent toujours un effet contraire aux régies de l’Art.
Les pavillons des extrémités de cette façade font encore moins tolérables ;
ils ont un caraélere de péfanteur dans les maffes , qui s’accorde mal avec la mai-
greur de leurs encoignures , principalement lorfqu’on compare ces dernieres avec les
trumeaux qui font d’une trop grande largeur , fans aucune néceffité pour la dis-
tribution intérieure. Ajoûtons à cela les frontons circulaires qui couronnent ces
avant-corps d’une maniéré vicieufe , & les combles extravagans qui terminent toute
la partie fupérieure de ce corps-de-logis , & l’on fentira fans peine , combien il eft
efîèntiel d’éviter un pareil défordre dans l’Architeélure , furtout lorfqu’il s’agit de
l’édification d’un bâtiment de quelque importance.
Elévation du côté du jardin. Planche V.
Cette façade différé de la précédente en ce que l’Ordre Ionique embrafîè les
deux étages fupérieurs , ce qui contribue peut-être à rendre les trumeaux de cet-
te élévation trop fveltes , & fernble mettre tout à jour ce mur de face , vu la
grande ouverture des croifées , défaut encore moins tolérable , que d’admettre
trop de plein dans une décoration extérieure ; car , félon la convenance du bâti-
ment, les grands trumeaux expriment fouvent une virilité eftimable. Nous re-
marquerons auffi que la proportion des pavillons eft trop élancée , que les tru-
meaux du milieu font abfolument condamnables , & que la faillie de ces avant-
corps eft trop peu reffentie , qu’enfin les chaînes de refends des encoignures font
auffi de beaucoup trop maigres , deforte que toutes ces inadvertances nous por-
Tome III. Y
f1 ;
;
™ ISr |: "• i 1
J* '
II®; :
«A î'
86 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
iiSidde tent à croire que l’Architeéle étoit peu inftruit des régies de fon Art, d’où nous
Louvois. conc|uons que quiconque s’annonce pour tel , doit fçavoir que pour s’attirer le
fùffrage des ConnoilTeurs , il faut être pourvu d’une profonde théorie & d’une
expérience qui ne s’acquiert que par une longue fuite d’années.
Elévation dune des ailes , & coupe*du principal corps de logis.
Planche VI.
Après avoir trouvé fi juftement à rédire à la compofîtion en général de cet Hôtel ,
nous obferverons néanmoins que la décoration de la porte d’entrée du côté de la
cour , eft beaucoup moins vicieufe que celle du côté de la rue. Son ordonnan-
ce , fes profils & les fculptures qu’on y remarque , parodient même être d’une
main habile. On n’en voit ici que la coupe marquée A ; mais il eft certain que
fi tout ce bâtiment avoit été traité de la même maniéré, nous n’aurions eu qu’à
ap plaudir. Nous n’en pouvons dire autant de la décoration du mur B , ni du pa-
villon en retour du côté de la cour , marqué C. A l’égard de la coupe D , non-
feulement les décorations intérieures en font fort négligées , mais il eft aifé de
s’appercevoir du mauvais effet que produit la grandeur des combles élevés fur l'Atti-
que , & combien ils parodient anéantir la hauteur de cet étage , aulîi-bien que toute
celle du bâtiment.
lip
Vï;
Mijjij 1
m ■ 1
■ iifci.È'iif
app 1 : ; 1 ; !'
«K 1 \
ii jj
? ■
15/1 1
! * i 5,
i J
The
h J ^
P1 4 J
i ^ JS
£lev.Uion de U/apaJe de dit cité énranEn ■
élévation ail principal carpe c/elcpùj el du pavillon en aile i/e //20 tel e/e L-t
ARCHITECTURE FRANÇOISE. L i vTvT
§7
CHAPITRE XVI.
Defcription de la Maifon de Al. Sonning, rue de Richelieu ',
"'ETTE maifon fût bâtie vers 1704, furies deffieins de M. Dullin (a)
ÇT ^■rSonnwë > Receveur des Finances de la Généralité de Paris. M
KoUand de Fonferriere , Fermier Général , l’acheta en 1740 , & y fit faire quelques
augmentations fur les delfems & fous la conduite de M. lamevot , dont nous
parlerons dans le Chapitre XXIV de ce Volume.
Flan au rez-de-chauffée. Planche Première,.
,.(?'a/.^lftjlt3ut!on de ce Plan eft b!cn entendue. Lepériftile& le veflibule font
dilpoles dune maniéré ingénieufe , ainfi que le grand efcalier placé au fond de
la cour, & qui fait partie du principal corps-de-logis : mais nous remarquerons
que pour ^ une maifon particulière, cet efcalier occupe trop de terrain. D’ailleurs
il elt fitue a gauche , ce qui n’eft fans doute tolérable que parce qu’on a voulu
procurer une expofition convenable à l’aîle droite qui donne fur le jardin, & dont
M. Rolland de Fonfernere a fçu tirer parti. Précédemment l’endroit marqué A
etoit un portique ouvert de toute part & fervant d’abri; on en a fait une galle-
rie en bibliothèque , précédée de l’arriere cabinet qu’on a aggrandi & décoré d’un
lit en niche accompagné de garderobes commodes & bien dégagées , placées
vers B. Cette augmentation compofe un appartement très-logeable^, bien diftribué
arciitemenc décoré <§c meublé avec allez de goût.
A la place de la chambre C , on a fait un office qui manquoic dans cette maifon;
a cuiline n apu etre aggrandie , non plus que fes dépendances ; nous avons cepen-
dant remarque ailleurs combien il étoit important dans un bâtiment de pourvoir
aux pièces deftinées au fervice des domeftiques. Faute de cette prévoyance , com-
îen de maifons , en changeant de Maîtres, exigent des réparations confidérables !
Combien en voit-on , qui par leur peu de commodité, relient fans locataires, la'
depenfequ on ferait obligé de faire pour s’y loger rébutant les plus opulens! On veut
aujourd nui des diftnbutions commodes , & certainement toutesles maifons en font
plus ou moins fufceptioles , il en faut feulement ufer avec prudence ; par exemole ,
dans une maifon particulière il n’eft pas à propos de mettre tout fon terrain en
al e cours, ou en pièces perdues, la convenance doit guider dans ces occafions ,
e ?re a de lart de bâtir ; fans elle les bienféances font née;l i crées les
maifons bourgeoifes , les Hôtels, les Palais , les édifices publics font diftribués
lans Choix. On donne aux uns ce qui convient aux autres, de-la, fans contre-
dit, 1 origine du defordre & l’oubli des principes de la bonne Architecture.
A ces observations nous ajoûterons qu’il ne faut pas donner un trop grand dia-
mètre aux pièces d un petit bâtiment. Cette grandeur exige une élévation de plan-
cher qu, nuit a 1 économie. Un feul fallon fuffit ordinairement, on tâche alors de le
placer de manière que fon diamètre n’exige pas que le niveau de tous les planchers
des autres pièces fort commun avec lui. Des pavillons en retour qui ne montent
pas de fond, le fallon fitue au premier étage, enfin d’autres moyens que fournie
le tenam procurent les expédiens néceffaires pour ne mettre qu’une lèule piece
lpacieule dans une maifon particulière , fans être obligé de donner au hafard une
grandeur mconfideree a toutes les pièces d’un appartement. Si donc on a foin
(a) Voyez ce que nous avons die de cet ArchiteSe , Tome I. Page 2 1 y. Note ( b ).
Maifon de
M. Son*
ning.
gg 'ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
d’emploveTTeTfoi^rconvenables à l’ufage de chaque piece : fi on les diftribue
de maniéré que celles qui font deftinées à la réfidence du Maître l’emportent
en grandeur fur celles qui leur fervent d’entrée; fi l’on évite de placer alterna-
tivement de petites pièces avec des grandes, dans une même enfilade, on eft sur
de réuffir dans la diftribution d’un plan. Au contraire , pour avoir néglige la plus
grande partie de ces régies, lors de la conftruélion delà ma.fon dont nous par-
lons elle occupe beaucoup de terrain , & ne contient que fort peu de logement.
En 1740 lorfqu’on reflaura cet Hôtel , on augmenta la petite cour à fumier ,
marquée D ’& le logement E du Portier , ainfi que l’expriment les lignes ponctuées.
Enfin on fit aufli quelques autres légers changemens dans ce qui regarde le loge-
ment des Domefliques , mais comme ils font peu confidérables , & qu ils n ont rien
qui puiffe fervir d’autorité , nous ne les rapportons point ici.
Plan du premier étage. Planche IL
Les pièces qui compofent ce premier étage font un peu trop vaftes pour une
maifon particulière, étant encore plus grandes que dans le plan précédent. Nous
obferverons à cette occafion que les bâtimens Amples ont cela d incommode
qu’il n’eft guéres poflible d’y ménager des garderobes & des dégagemens, qui
ordinairement gâtent les murs de face , & nuifent à la forme des pièces , a cau-
fe des efcaliers dérobés qu’on eft obligé de pratiquer pour la communication du pre-
mier étage avec le rez-de-chauffée. D’ailleurs ce moyen réufîit beaucoup plus diffici-
lement que les corridors, les couloirs, ou les petites pièces que procurent les ba-
timens rémi-doubles, lorfqu’on ne veut pas faire la dépenfe d’un logis double,
ce qui demande néanmoins à être difeuté avant l’édification d un batiment. En
effet les murs de face font ordinairement ce qui coûte le plus dans la maçonnerie.
Les cloifons de refend d’un rémi-double coûtent peu , & procurent une corn-
modité qui doit les faire eftimer. Ce n’ell donc que dans le cas d un terrain b or-
né qu’on doit fe déterminer à employer les bâtimens fimples , de meme qu il n y
a que quelques confidérations particulières qui doivent empêcher qu’on n’eleye plu-
fieurs étages les uns au-deffus des autres, la dépenfe des couvertures étant la me-
me pour tous les genres d’édifices en particulier. A l’égard de la maifon dont nous
parlons , le terrain étant peu fpacieux , on a préféré avec raifon les bâtimens fim-
ples, autrement le jardin, qui n’a que 12 toifes de profondeur , aurait ete trop
diminué , ou la courferoit devenue trop petite ; cependant, cette maifon pouvant
être confidérée comme particulière, cette cour aurait pû etre réduite a lept toifes
fur dix , & alors les baffes cours auroient été plus fpacieufes 3 le corps de-logis
plus commode , & le logement des Domefliques plus abondant.
'Elévation du> coté de la cour. Planche III.
La décoration extérieure des façades de cette maifon eft en général d une ri-
cheffe affez analogue à l’efpece du bâtiment. La proportion des croifees , celle
des arcades, les profils des entablemens & les rapports des pleins avec les vuides ,
prouvent l’expérience de l’Architeéle qui en a donné les deffeins. Cinq arcades
en plein ceintre , dont trois font réelles , & des trumeaux chargés de refends , dé-
corent le rez-de-chauffée du principal corps-de-logis. Ces arcades , qui régnent fur
l’aile de la cour & fur le mur qui eft oppofé , ralfemblent les parties du pourtour
de cette cour , & concourent à former une maffe totale qui fait toujours bien ,
& qui , comme nous nous l’avons dit ailleurs , eft le feul moyen de réuffir dans
un édifice de peu d’étendue.
Le pavillon qui donne fur la baffe cour , eft tenu plus fimple. Cette economn
r 1 etoit
Jparùrehati •JûMBBILT, rue Dauphine .
JPla slclu re^ede ch. au.sse'e cùin. eAla /.ton scisc nie 'c/eJZt c/ie/icu, |f
apparten an r à. l 4 C Sennin y receveur dejiF/riancej, c/e /a Gen er alité
de /Paru; appartenant apres ent aJI‘. Rolland deFtmJiriere Fermier 'général ,
bâtie sur les desseins deÆtJDulin rdrc/utecte .
Gr~a m/e G ou r
cQtuj-e . O ou r
f ,f*Â
1.1V. y. N°. :x.Vl ,Pt .2
Elévation. d£ la^ façade du caste du fardin delhctel S onrdrnf!' r ^ ^d /
ARCHITECTURE FRANÇOISE, L i v. V. Sp
étoit nécelfaire , non-feulement pour éviter la dépenfe , mais pour donner à con-
noître que cette partie du bâtiment n’avoit rien de commun avec la principale fa-
çade du côté de la cour.
Elévation du cité du jardin. Planche IV.
Cette élévation eft percée de huit ouvertures à chaque étage. Le rez-de-chauf-
fée eft orné, d'arcades en plein ceintre feintes , dans lefquelles font des portes ,
ou des croifées , fuivant le befoin des diftributions. Les quatres arcades donnant
fur le perron, auraient dû être toutes ouvertes, ce qui aurait donné une autori-
té à toutes celles de ce foubaffement. Les croifées du premier étage font les mê-
mes que celles du côté de la cour , & d’une bonne proportion. L’Attique qui
les couronne eft d une belle fimplicité. La décoration du pavillon au-deflus de la
terrafle eft beaucoup moins eftimable ; il femble avoir été fait après coup & oar
un autre Architefte. Un trumeau dans le milieu , de trop petits corps de refends ,
une platebande lourde & maffive , font toujours des chofes à éviter , quand on
veut mettre en œuvre les loix du bon goût , & faire ufage des principes de la
bonne Architeélure.
Coupc &• pr-ojil du principal corps-de-logis. Planche V.
Cette Planche nous fait voir le développement du principal corps-de-lcgis A ,
Sc les deux ailes de bâtiment placées à la droite de la cour & du jardin , mar-
quées B , C. Ces deux ailes font ornées d’arcades en plein ceintre , & leurs pié-
droits font chargés de refends. Ces piédroits en général font un peu trop fvel-
tes , mais depuis que du côté du jardin on a pratiqué , en B , une gallerie à la pla-
ce des portiques qui fe voyent ici , & depuis qu’on a rempli ces arcades par des
croifees , ils paroilfent moins légers , & femblent porter avec plus de folidité la
terraftê qui eft au-delîùs. Les piédroits des arcades du côté de la cour paroiftènt
au® moins grêles qu’ils ne le font dans cette Planche , depuis qu’on a bouché ces
arcades pour ne les faire que feintes , à l’exception de celle marquée C , qui eft
réelle , & qui fert d’entrée à la balle cour.
La coupe du principal corps-de-logis A exprime avec alfez de juftelfe la dé-
coration intérieure de ce bâtiment, qui , pris en général , indique l’efprit de con-
tenance qui doit prefider dans 1 édification d une maifon particulière , principa-
lement par la retenue qu’on a obfervée dans fes élévations. Nous remarquerons mê-
me , qu’à l’exception de la grandeur de la plupart des pièces qui compofent ce bâ-
timent , fa diftribution eft fort ingénieufe , & qu’elle peut fervir de modelé dans
un édifice de quelque importance , où le terrain & la dépenfe font ordinairement
moins limités*
Maifon
M. Son-
ning.
T-me III.
Z
.. •
J Ig;,
m
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
I T R
XVII.
Defcription de la Mai fort de M. du Chat cl , rite de Richelieu.
\ E T T E maifon fut bâtie en 1704 , fur les deffeins de M. Cartaud (a) ,
Architeéle du Roi , pour M. Crozat le Jeune : elle a enfuite appartenu à feu M.
Te Marquis du Chdtel, Lieutenant Général des Armées du Roi , qui y fit faire des aug-
mentations & des embelliffemens allez confidérables , par M. Le Carpentier (b) , Ar-
chitecte. Elle eft occupée aujourd’hui par Madame du Chdtel & par M. de Gon-
taud, fon gendre , Lieutenant Général des Armées du Roi.
Plan général des jardins , bâtiment & dépendances. Planche Première.
Cette Planche préfente le plan des jardins de cette maifon ; la diverfité de
fes formes nous a porté à en donner les deffeins. Le jardin de propreté eft fépa-
ré du potager par le boulevard , par deflous lequel on palfe pour communiquer
de l’un à l’autre , & qui étant plus élévé que le rez-de-chaulfée de ce bâtiment ,
procure à fon premier étage un afpeét d’autant plus riant , que cette promenade eft
aujourd’hui très-frequentée.
Ces deux jardins contiennent environ huit arpens , terrain allez confidérable
pour une maifon particulière , furtout dans un quartier auffi habité. Le potager eft
comoarti par neuf triangles, compofes de planches pour les légumes & entoures
de plate-bandes qui contiennent des arbres fruitiers. Au milieu d’une étoile que
forment ces triangles , il y a un balfin qui fournit de l’eau à ce jardin. Les lignes
ponéluées , marquées A , indiquent le chemin couvert qui palfe fous le rempart.
Ce chemin donne dans une ferre B conftruite & voûtée en pierre , qui tient lieu
d’orangerie. Le jardin de propreté eft divifé en un très-beau boulingrin C de for-
me variée & placé en face du bâtiment , en un malfif de bois de haute futaye , au
milieu duquel eft un bofquet de verdure D , & en deux parterres à l’Angloife de
p azon découpé E, entoures de plate-bandes de fleurs. Les taluds F fervent a racheter
les différentes inégalités du terrain de ce jardin. Ces inégalités font un très-bon effet
par la diverfité des pentes & des points de vues doit cette verdure eft apperçûs^
Vers G , en face de la Maifon , eft un frontifpice d’ Architecture réelle qui fem-
ble annoncer l’entrée d’un fallon, mais qui eft feulement adoffé à un mur qui
fépare ce jardin d’avec celui de l’Hôtel de Grammont. Le pavillon marqué H eft
le1 logement du Jardinier , avoifiné de deux cours qui dégagent par le eul-de-fae
de la Grange-Bateliere. Les bâtimens du principal corps-de-logis & fes dépen-
dances font marqués ici par malles , on en va voir les diftributions dans les Plan-
ches fuivantes.
(a) Voyez ce que nous avons dit de ce célébré Ar-
chitecte , T. I. page 222. no:e (a).
(b) M. le Carpentier elt un des Architectes modernes qui
eft le plus occupé aujourd’hui à Paris. Sa capacité lui a ac-
quis la confiance d’une grande quantité de perfonnes de la
première confidération. On peut dire de cet Artifte , que
non-feulement il eft habile Architefte & de beaucoup
d’expérience, mais qu’il entend très-bien la diftribution &
la décoration des appartemens; ce qu’il a fait executer dans
ce genre à l’Hôtel de Luxembourg , eft une preuve de
ce que j’avance. Il vient de faire auffi éléver un Hôtel ,
rue du Regard , pour Madame la Comtejfe de Lajfai. Cet
Hôtel eft très-bien entendu , & lui fait beaucoup d’hon-
neur auprès des Connoilfeurs & des perfonnes impartia-
les. Il bâtit aétuellement pour M. Bouret une maifon ,
dont la terrafle donne fur les jardins potagers de celle
que nous décrivons ; enfin il a fait une jolie maifon de
plaifance près Montmartre , pour M. de la Boiffiere , la-
quelle eft peut-être une des plus ingénieufes qui fe voyent
à Paris & aux environs. Nous paffons fous filence une
infinité d’autres ouvrages d’importance , tels que l’Hôtel
de Ville de Rouen , dont il vient de faire le projet ,
l’Abbaye de Clairvaux qu’il a fait bâtir , le College de
Bourgogne & Ion Eglife , a Paris, &c.
Flan du rez-de-chaujjce. Planche II.
La Figure Première donne le plan du rez-de-chauflee. Le corps-de-logîs de ce MalrollJe
batiment efl triple fur fa largeur , & quadruple fur fa profondeur • comme il efl M'duC^-
ifolé de toutes parts , cela a donné occafion à cette diftribution , auiïi ingénieufe '
que nouvelle. Une cour quarréede 17 pieds, au milieu du maffif de ce bâtiment,
éclaire avec fuccès le grand efcalier & les garderobes qui font comprifes dans lé
corps-de-logis. Cette cour , qui ailleurs feroit blâmable , efl ici un coup de gé-
nie , non-feulement parce que les bâtimens étant fort peu élévés , elle' efl aïfez
eclairee , mais parce qu elle dégage avec beaucoup d’induftrie les petits corridors
& les efcaliers des entrefols. Aux deux côtés du vellibule font deux antichambres
qui conduifent chacune à une chambre à coucher & à deux cabinets. Ces deux
pièces donnent entree a une gallerie qui a de longueur toute la façade du bâti—
timent & de largeur environ le tiers de fa longueur. De grandes glaces placées
en face des croifées y répètent le fpedacle du^jardin ; fur fa longueur , vis-à-vis
de la porte , elt une cheminée de marbre ornée d’enfans de bronze doré d’or mou-
lu , portant des girandoles. La voûte de cette gallerie efl peinte par La EoJJè :
il y a reprefcnte la naiflànce de Minerve fortant du cerveau de Jupiter , &c. Cet
ouvrage efl très-eflimé des Connoiffeurs.
' a manger efl fituée du côté du jardin , dans l’aîle de bâtiment pla-
cée a la droite de la cour. Cette fàlle , depuis quelques années , a été augmentée
de douze pieds , comme on le voit par les lignes ponéluées A. On entre dans
cette falle par. l’antichambre , au lieu qu’auparavant on y entrait par le tambour
circulaire B qui fe voit ici. Cette augmentation régné dans toute la hauteur du
bâtiment , de maniéré qu’au premier étage au-defTus de cette l'aile , on a pratiqué
un fort beau fallon (r) vers l’endroit marqué A , Figure II. Ce fallon commu-
nique au principal corps - de - logis par la porte B, même Figure. Le rez-de-
chauffée de cette aile efl occupé par différentes pièces pour le fervice de la
maifon. Au-deflus de ces pièces font des entrefols auxquels on monte par l’ef-
calier C ; on en a confirait un nouveau (dj vers D , pour monter au premier éta-
ge de cette aile, dans laquelle font diftribués des appartemcns qui répondent à
a magnificence du fallon dont nous venons de parler. Dans l’enclave E on a mé-
nagé de nouvelles commodités à l’ufage des baffes cours , mais comme ces augmen-
- „ , augmen-
tations font peu înterelîantes & que ce plan a été anciennement gravé , on ne les
a pas ajoutées ici.
Elévation des façades du côté de la cour & du côté du jardin. Planche III.
La Figure Première donne la façade de ce batiment du côté de la cour. L’avant-
corps efl décoré au rez-de-chauffée de pilaflres Ioniques & d’un Ordre Attique
au-defTus , couronne d un fronton. Nous avons remarqué ailleurs combien il étoit
important de ne pas faire ufage d’Ordres d’Architeélure dans un petit bâtiment ,
dans la crainte que la divifion de leurs parties ne produifit un mauvais effet : on les a
cependant rifqué ici , quoiqu’il foit aifé de fe convaincre que l’élévation répréfentée
par la Fig. III, fait un meilleur effet fans cette richefTe indifbrete qu’on remarque dans
celle dont nous parlons , la fimplicité étant préférable à tous les membres d’Archi-
teaure qu’occafionnent les Ordres , qui n’ont été imaginés dans leur origine que
pour les grands édifices , Sc non pour les maifons des particuliers.
VÆ>Y Tl P d&0r,a:bn de ce fallon dans le ftprieme ( i ) Toutes ces nouvelles augmentations ont été faites
Volume de ce Recueil. fir les déteins & fous la conduite de M. k cJpemkT
«Kl,
f J' \
àyV
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E, L i v. V.
Mairon ds L’élévation principale du côté du jardin ( Figure II. ) n’a point d’Ordres d’Ar-
MjduChâ- cllite(fture ^ mais eHe n>en eft pas plus eftimable. Un petit fronton triangulaire en-
fermant une niche circulaire , fans autre néceiïité que de recevoir une coquille, la-
quelle produit un ornement déplacé , termine un avant-corps fort étroit pour fa hau-
teur. Cet avant-corps eft flanqué de chaines de refends qui paroiffent poftiches ,
quoiqu’elles fimétrifent avec celles des extrémités de la façade tenues trop élan-
cées, & qui n’ont aucune analogie avec lapéfanteur des trumeaux, tandis que ceux-ci
par un contrafte outré font furchargés de tables à oreilles , qui ne devraient jamais
trouver place dans une décoration en pierre, ni dans les façades extérieures d’un
bâtiment.
La Figure III eft , comme nous l’avons déjà remarqué , d’une ordonnance plus
régulière & mieux entendue. Si les chaînes de refends des extrémités des avant-
corps étoient plus nourries , les portes qui defcendent fur les perrons moins fvel-
tes , & les trumeaux de fes pavillons moins larges , il n y a point de doute que
cette élévation ne fut un modèle à fuivre dans toutes les ordonnances des bâti-
mens de peu d’importance.]
Coupe du principal corps-de-logis & élévation de Halle fur la cour. Planche IV.
Cette coupe montre le développement intérieur du principal corps-de-logis ,
au milieu duquel fe voit la cour marquée A , dont nous avons parlé , Planche I.
Lors de la reftauration de cette maifon , pour rendre cette cour plus fpacieufe &
la préferver de toute humidité , on a fupprimé les petits corridors du rez-de-
chauffée qui la rétreciiïoient ; par ce moyen elle eft très-falubre & d’une grande
commodité. Sous l’efcalier à droite , marqué B, on a pratiqué une pompe & un
réfervoir qui contribuent à la propreté de cette cour, & fourniflent de l’eau aux
garderobes qui lui font adjacentes. Le veftibule C eft revêtu de maçonnerie &
décoré d’ allez bon goût. Les pièces D font des entrefols pour les garderobes ,
qui ont leur dégagement par la cour & par le grand efcalier. Enfin la piece E
eft la gallerie dont nous avons parlé avec éloge , tant en faveur de fa décoration ,
que de fa fituation avantageufe.
L’aîle de bâtiment F a été élévée d’un étage , auquel on monte par un nou-
vel efcalier fitué à la place marquée D , dans le plan du rez-de-chaulfée , Planche
Première. C’eft dans ce premier étage qu’on a diftribué l’appartement & le Tal-
ion dont nous avons fait mention ; mais comme la décoration extérieure de ce
premier étage eft d’une ordonnance affez fimple & d’une exécution médiocre ,
nous ne l’avons point donnée. L’extrémité de cette façade , marquée G , indique le
mur de la cour principale qui la fépare d’avec l’avant-cour, & dont on n’a pas
continué la décoration dans cette Planche , parce qu elle eft peu intereftànte.
Jlf'ijtv
if
,'lPl
IflHli.K'n V
CHAPITRE
PLAN GENERAL
Des JaJ’dins Baûmens ef dépendances
de la Maison de M\ le M a repu s
Du Cliafel
Lieutenant general LenaL innés Lu .l'in y .
DParL Lier JoMBERT, rue Dauphine
EcLelle de So Toises.
T ^ ^ I
■I
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S Ê , lT^TC
CHAPITRE XVIII.
Description dune Maifon fife rue de Richelieu, près le
Boulevard.
' E„TTE,ma,f°n 3 été connue Eng-tems fous le nom d’Hôtel Des Chiens ■ Ma:r°."
— i elle fut bâtie vers 1710 , fur les delfeins du fieur Levé (a) , Architeéle. El- chdi™.R‘'
le appartient aujourd’hui à M. le Marquis de Creil , Gouverneur de Thionville en
Flandres , qui 1 a louee depuis environ neuf ans pour en faire les écuries de
Madame la Dauphine Le principal corps-de-logis au rez-de-chauflee eft occupé
par M. le Comte de Mailly , Premier Ecuyer de cette Princelfe , & Lieutenant
C^tif&nEpoufe = “ P"™1" ’ ** iaPPart“ ^e Madame la
Plan du rez-de-chaujfée . Planche Première.
Cette Planche ne donne que le plan du principal corps-de-logis , celui de la
grande cour & quelques dépendances : les balfe-cours qui font à gauche ne font
point exprimées ici , étant bâties alfez irrégulièrement ; nous dirons feulement
quelles contiennent environ douze remifes & des écuries pour 40 chevaux, y
compris celles qui fe remarquent dans cette Planche 1
Les appartemens du principal corps-de-logis font diftribués doubles, entre cour
, ,ard'n ’ * de“res avec ftu,e%e magnificence. Le grand efcalier, placé à gau-
cie,eft vafte & bien termine dans fa partie fupérieure. Ce corps-de-logis a deux
etages & une manfarde , les ailes de la cour n’en ont qu’un formant terralfe &
lont decorees a arcades couronnées d’une balultrade d’une comnofition qui n’eft
pas fans mente. x ^
On n’avoit point gravé le plan du premier étage, & comme il eft diftribué fur
les memes murs de refends que le principal corps-de-logis au rez-de-chauffée , nous
n avons pas cru devoir le donner ici, non plus que les jardins, qui d'ailleurs
lont fort pe.a de chofe & mal entretenus. i
Elévations du côté de la cour & du côté du jardin.
Planche II.
Les décorations des façades font fort fimples : deux étages & une manfarde
en déterminent la hauteur. Les croifées pêchent contre les régies de la propor-
tion, dont il n eft pas permis de s’écarter dans quelque efpece de bâtiment que
ce ioit , ainfi que nous nous l'avons déjà obfervé ; d’ailleurs les tables affeftées
dans les trumeaux, les corps de refend trop fveltes , & les parties anguleufes des
avant-corps qui terminent l’élévation du côté de l’entrée , préfentenfune Archi-
(a) Cet Architeéle eft peu connu, nous le croyons
éleve de M. Dullin. Il a bâti à Paris plufieurs mai-
ions allez confidérables , entr’autres , vers 1707, l’Hô-
tel du Duc d’si min , pour François Ma mien de la
tour , connu fous le nom de De la Cour des Chiens , fa-
meux Traitant. Cet Hôtel eft vafte, mais fitué de ma-
niéré qu il a porté long-tems le nom d’Hctel de Tra-
rers^En 1710, le Roi, créancier de Mamie et , prit
Tome 111,
entrée 3 préfentent une Archi-
cet Hôtel en payement , & en 1712, il le céda ô M.
le Comte de Touloufe. Ce Prince le vendit en 1713 ,
* Louis Antoine Pardaillan de Gondrin , Duc d’ An-
tm , qui y fit faire des augmentations confidérables.
aui°urd hui M. Paris de Montmartel qui occupe
cet Hôtel. Nous n’en donnons point les delfeins dans
ce Recueil , a caufe de fon irrégularité ; les jardins ce-
pendant ont des beautés qui, méritent quelque attention.
A a
HW
94
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
M;
rue de
rriieuî teélure peu refléchie. Nous remarquerons cependant que les profils de ces faça-
cî'iita." des paroiflent d’aflez bon goût fur le lieu, ce qui fuppofe quelque théorie dans
l’Architeéle ; mais l’exécution de ce bâtiment en général eft fi médiocre , qu’el-
le annonce peu d’expérience , & fa conftruétion , quoique folide , laiffe entrevoir
la négligence de l’appareil.
L’élévation repréfentée par la Figure II, quoique de la même ordonnance que
celle du côté de la cour , a quelque chofe de moins mefquin , par rapport à la
largeur de fes trumeaux , mais fa fimplicité eft trop outrée pour une façade du
côté des jardins , furtout appartenant à un bâtiment , qui dans fon origine fut éri-
III;
t!;- t
tt, i ■
[’efprit de convenance que de préférer
ration fufceptible de quelque agrément , lorfqu’il s’agit d’ériger un édifice pour
la demeure d’une perfonne au-delfus du vulgaire. Cependant comme ces Planches
étoient gravées anciennement , que d’ailleurs la diftribution de cet Hôtel a quel-
ques parties intéreflantes , & qu’enfin ce Recueil doit naturellement contenir des
bâtimens de tous les genres , celui-ci , quoique trop fimple dans fes façades , fer-
vira à prouver combien il eft effentiel d’éviter les reproches que nous nous fommes
trouvé forcés de faire à l’Architeéle qui en a donné les defleins.
Chambre
Garder etc
Alanacr \
Gardercpe\
Grand
Cornu n
cour
Cuisine
Remises
de/ -ri’ .
Ha.rn.pts
Perde/
j Plan au rez, de chaussée duize nz oison S cixdz rue et porte, >
ct<_^> Richelieu cl Paru du dessein, dué ‘Lève Architecte ,
darchn.
Cour
Petit jardin
A R C i 1 1 T E C TU R É~F R A N Ç O I S Ë , L^VT
95
•CHAPITRE XIX-
Dcfcription de l' Hôtel Dejmarets , rus S. Marc.
1 f I H°teI ^5. bâM ^ 1704, furies delTeins de M. De Lajfarmce , Archi-
-J tede , Controlleur des Batimens de Sa Majefté (Y) , pour M. R,vié , Secrétaire D f’e
du Roi , qui en 1711, le céda à M. N, colas Déferas Contrôleur Général des
Finances. Apres fa mort il fut vendu à M. Ic Duc de Lueccndourg : il appartient
aujourdhmàM.le .Duc de Luxembourg , fon fils, Chevalier des Ordres du Roi
te°dted(i)bleS ^ kS dCfldnS & f°US k C°nduite de M- Lc Carfenuer]' Archi-
Les jardins de cet Hôtel font aflèz fpacieux ; ils fe terminent au boulevard
dont les allées femblent fe reunir à celles de ce jardin , ce qui lui procure un
coup dœil fort agréable Nous n’en donnons point ici les plans ; ceP genre de
beauté eft peu touchant dans la plupart des delTeins , & l’alpeâ des lieux peut
prcfque feul mfpirer & fertilifer le génie dans cette partie de l’Architeâure PUn
grand parterre, de belles paliiflades, des terralfis de forme variée, des boulin-
grins, des bofquets , &c. veulent erre examinés de près ; comme la nature fait la
p us grande partie des frais du jardinage , c’eft elle qu’il faut confulter l'Art
vient enfuite & alors l'homme de génie fçait tirer aLtage du tS le pts
ingrat Cependant pour fitisfaire les amateurs , nous avons inféré dans ce Recueil
les jardins qui nous ont paru plus compliqués que celui dont nous parlons &
qui appartiennent d avantage à l’Art. P ’ **
Flan du rez-de-chaujjie. Planche Première.
Sans avoir égard aux augmentations qui ont été faites à cet Hôtel , comme fupole-
ment , ni a quelques changeons arrivés dans ce plan , dont nous pa lerons ci-après
nous obferverons que fa diftribution, telle que M. De LaJfurL l'a fait etécû’
ter, eft affez mgemeufe. Ilferoit cependant à délirer que’ la forme du fallon fot
au moins quarree encore eft-il mieux en général qu’il fe préfente fofi pro-
ce"' c’eft ordinai2memCr[e T fcrllPule,u* 1 a proportion d'une pareiliepie-
diuernom I r I1 ,eUrIep US °?e du bâtiment> & l’°n "e doit rien né-
fetfeoiece do r l°nner Z35 tOUtes,1“ a«res Par«« de la diftribution ; auffi
cettepiece dont la cage eft ancienne , a-t’elle été magnifiquement décorée en 1740
Zlïtîdt no? de,M-/f Cart'ati?r- Cî0mme «s delTeins fe trouveront dans l’£:
cyciopeciie , nous ne les donnons point dans ce Recueil.
Le grand efcalier eft placé à droite de l’entrée "du bâtiment, & ne'femhle
ane quun tout avec le veftibule, ce qui le rend fpacieux , & procure une entrée
magnifique a tous les appartemens.
memeureUfnrld’rnf a‘rezbelle Pr0P°«;°" J elle auroit néanmoins acquis une
meUeuie lorme , fi les pavillons du principal corps-de-loifts , marqués A B n’euf
fent pas été auffi faillans. Ils relTerrent trop l’élévation^u c&f de k Cour nui
fent a la lumière du grand efcalier & de la fille à manger, & rendent la’cour
Tro°femePar “ “ °°P marqU& V°yeZ la %^e Première de la Planche
0) Voyez ce que nous avons dit de cet Archir',fl-f> ( ?,\ Tf_. ... .
Tome I. page 232. note m ' ' "ous avons dlt d? cet Architecte ;
' ^nap. a Vil. de ce Volume,
H
96 ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E, L i v. V.
HM Les changemens faits dans la diftribution du principal corps-de-logis confident
Defmaas. principalement dans une porte qu’on a percée à la place de la cheminée ; dans
la falle à manger , dont on a fait une antichambre : de la chambre à coucher ,
on a fait une falle d’aifemblée , & d’un cabinet à gauche , une chambre à cou-
cher cour M. le Duc de Luxembourg , avec les dégagemens & les garderobes
qui conviennent à un appartement de Maître. Le grand cabinet à droite eft au-
jourd’hui la chambre de Madame la Ducheffe , & l’arriere-cabinet eft une toilette ,
derrière laquelle font des garderobes qui dégagent dans de très-grandes baffe -
cours placées en C , que M. le Duc de Luxembourg , pere de celui d’aujourd’hui ,
fit conftruire , quand il eût acquis des héritiers de M. Defmarets cet Hôtel tel
que nous le donnons.
A ces augmentations confidérables , qui font tout le mérite des dépendances de
cet Hôtel J on a ajouté en 1749 , fur les deffeins de M. Le Carpentier , un nou-
veau pavillon du côté du jardin, de 12 toifes de face fur cinq de profondeur , y
compris un avant-corps à pans. Ce pavillon renferme une falle à manger de forme
elliptique , décorée avec beaucoup de goût & accompagnée d’un buffet , précé-
dée d’un petit antichambre qui communique à la toilette par une porte à côté
de la cheminée , vers D. Le mur latéral de ce pavillon commence en E , & faille
dans cet endroit de 19 pieds fur le jardin. De l’autre côté de la falle à manger,
on a pratiqué une falle des bains à deux baignoires , avec un lit en niche au
milieu & des garderobes décorées 8c meublées avec beaucoup de goût & d in-
telligence.
Le relie de ce bâtiment n’a pas fouffert de grands changemens , à l'exception
des cuifines , que l’on a aggrandies 8c qui étoient renfermées dans un trop pe-
tit elpace.
Elévation du côté de la rue , & plan du premier étage de cet Hôtel.
"DlonoUo TT
Le premier étage (Figure I.) eft occupé par M. le Duc de Montmorenci. Le diamè-
tre des pièces , étant aflujetti aux murs de refend du plan précédent, n’a pas fouffert de
grands changemens , & à l’exception de quelques portes qu’on a percées & de quel-
ques commodités formées par des cloifons , ce plan eft relié tel que nous le don-
nons. Nous obferverons feulement en général que la forme des chambres à coucher
n’eft pas à imiter , leur proportion n’étant pas indifférente à caufe de la place du lit ,
qui exige que ces fortes de pièces ayent une profondeur convenable. Voyez ce
que nous avons dit à ce fujet dans notre Introduction , Tome I. page 34.
La Figure deuxieme donne la façade de cet Hôtel du côté de la rue. Au mi-
lieu eft la principale porte d’entréê ; cette porte eft en voulfure , & eft ornée de
colonnes accouplées d’Ordre Compofite : ces colonnes font engagées dans le mur ,
élévées fur un focle , & couronnées d’un entablement terminé en plein ceintre.
Nous avons déjà blâmé ce genre de corniche circulaire ; fa péfanteur & fon diamètre
anéantirent toujours l’Ordre qui la foutient. D’ailleurs la fuppreffion de la frife & de
l'architrave, dans cette corniche en plein ceintre, compofè une Architecture vi-
cieufe , qu’on ne doit point imiter ; l’efpece de comble à la manfarde qui couronne
cette porte , produit dans cet amortilfement une obliquité qui ne fait pas un bon
effet, non plus que les couvertures interrompues de cette façade; elles compofent au-
tant de parties féparées , qui nuifent à l’unité , fi neceftàire à obferver dans la dé-
coration d’un édifice. Ce même défaut fe remarque dans les combles de cet
Hôtel , 8c loin de faire un genre de décoration convenable , dans un bâtiment de
quelque importance ils devroient toujours être mafqués , ou lorfque la neceffite
- . AIiCHITECTURE FRANCOISK. r.,,, y rj„
les amene naturellement, du moins faürlil lec ^ — Z : *■*,., '
foit de quelque utilité défaire pyram.der , “dôme ^rVé “u &
lenes , &c. Enfin les ; arnere-corps & les pavillons de cette faea de font déco
” m£fqU,ne’ lES croifé« font fans proportion J lesptfiw"
Elévations du cité de h cour & du cité du jardin. Planche III.
fcïasaKtts SfSürfV' la —, -r"f > *» k h»
terminer les ailes de la cour dont on voit icil A r ’ “’T *
sk. o j oc ne le relient point de cette fermeté Ci défirahlr»
?4 "erP"r zrf4us *?/.»-*«- * A‘4Sï
,» WL,™. ssw p.» ,ti d« 'à r ,r d n" r d,ifci î" i"1-
néLâSî âfllcSZ' ïî * “f *
nmiere dp ita ZS-Zn hiZ™' r* le rfî de tdlévatiod. Ce,«
du déréglementé ^du'définrdre^q1 ' ma’S ^ qui la c°mP°ftnt, tiennent
SKu' f ” ‘«r «».Sp«p , ZÏZZf ïïî”
Mres r ^ nUk à k ^«e intérieure: des pi-
donnarice de cette Architeélure^o^5 ^ “ & corre<aion » forment l’or-
fi Ton avoir fupprimé ces Ordr^dWantT' “S"6 eJxPreffion Plu* convenable ,
quelque chofedans h P ’ ■’ dauta™ Plus qu ds ne devraient jamais entrer pour
LirZ c“„ dLL*fi,e “ Sùtrmens particuliers, icf,,,» „« pJ„,
JïfSS îsSrA'r t*r r k- »>»•**.
Un bâtiment de ifà “ toifes de ft, dT °n ^ db> milieu,
étendue par trois avant-corns & deu ' -E ^ 01t lamaIS etre fubdivifé dans fon
petites parties , & détruit l’effet générXTJTeft k' nm d-Vifi°n 77°^ "°P ^
" " d“ “ bi”“ b-iie- ce, p.w,iiZ”zr"”?r;
sras^sMsi--’
Bb
r-Sr-t . .--â .:
a
„ • 'f|l!
IM;
ARC H ITECTURE F R A N Ç O I S E , L i v. V.
Hôtel d’une Architecture fi médiocre , qu’il n’eft guéres polfible d’imaginer rien de fi
Def.narets. mef„u;n. L’entablement Ionique efl auffi fans correction & enrichi de moulures
fans choix , fans pureté Sc fans goût.
Ma fincerité me fufcitera peut-être des contradicteurs & des ennemis ; on me
fera fans doute un crime de m’éiéver contre le préjugé dominant. Cependant
ralfuré fur l’équité de mes obfervations , & fans avoir égard à la jaloufie des gens
du métier , je crois ne devoir pas paifer fous filence des inadvertances qui pour-
raient fervir d’autorité , fi elles n’étoient pas relevées , & qui ne manqueraient
point d’être très-préjudiciables dans la fuite aux progrès de l’ArchiteCture.
Je le répété , je voudrais avoir autant de lumières que de zele pour donner à
nos jeunes Artiftes un jufte mépris pour le médiocre , & pouvoir leur indiquer
où ils doivent puifer le beau. Il eft vrai que la comparaifon fait beaucoup ;
mais j’ajouterai qu’outre cet efprit de comparaifon, il eft néceffaire de concilier les ré-
gies avec le génie, les préceptes fervant certainement de frein au feu déréglé
d’une imagination bouillante. Mais , me dira-t-on , les régies produifent-elles des
beautés réelles I Oui fans doute , quand elles font fondées fur la nature & diri-
gées par un Artifte dont le travail & l’étude fçavent embellir toutes les produc-
tions ; en un mot il faut tout voir , tout examiner , approfondir tout , fe rendre
compte de tout, après cela ne pas imiter les ouvrages défectueux, fe modeler
fur ceux qui font les plus univerfellement approuvés , ne pas prendre les écarts de
l’imagination pour l’Art même , l’Artifan pour l’Artifte , & le métier pour la feien-
ce. Avec cette retenue, fi l’on n’arrive pas à l’excellent, on parviendra du moins
à compofer du bon , du palfable , qui ne révoltera pas les Connoiifeurs , & l’on
rencontrera moins de pièges , où fe perdent tous les jours ceux qui dans leur dé-
but prennent l’ombre pour la réalité , & produifent des compofitions monftrueufes ,
qui annoncent en même tems , & leur ignorance & l’aveuglement des perfonnes
qui les mettent en œuvre.
Chamh
Salle n
Vestibule
\Garcterobe
Chambre a. Conclu
Comun
R omises
rHarnois
Passacre
Va/; a;. Je g a. liaussee Se cRâiel Dcsuxircsts à Paris du dessein de Aff L assurance ê< ZJorbay
Chambre itu
C/iamhrc a
Coucher
Cabinet*
: ci A ntic h ambre
Coucher
Comun
Gardercbe
IpB^S
rcrnier-
Gran d
Escalier
Chambrc
Coucher'
Antichambre
C/iamht
/•v
Elévation de iHotel Desmarejtr du cote de la Rue.
Fui. U.
Plan du ye r envier Etaye
SSo
7 iamb
AR£HITE^nJFKFRANCOT?irTTr7r- .
CHAPITRE
X x.
Defcription du Portail de l'Edi Te de r 1
la Place de Louis le Grand; & de celui de 1 Edile f Ii°n0r*> Prh
D E s C R
1 P T I O N
Du P o
R T A I L DE l’E G
lise des F
Planche Première.
E U I L L A N S.
L coniîdérable pour la conftruaion *-*
M Ma’^d (*) . & ce fufdÏon' le coui d^" ^ ^ deffeins de
fmre devint ü célébré qu’il peut être regardé^ ^ "* f-rch}ce6ie ’ <lui dans la
nos Arcldteaes François. Ce Portail eft comnoâ ri P “ babile de tous
Ionique , l’autre Corinthien. Celles de l’avanr m £ a™* ?rdrei de color>nes , l’un
les des extrémités de ce frontifnire Font ?S du milieu font ifolées , & cel
retourne (iir Am,,» i. P , . engagees ; 1 entablement de rr. nj„.
les des extrémités ^
chaque accouplement de colonnes fan! ,maMemenc ,de ces Ordres
“ r”“ - — i- * * 1
retourne fur cuaque accouplement de colonnes" f
donnance de ce Portail un caraélere de léué ■ ~i~ r”“‘ 11 lor-
sûts ■ p“duift“ * s ?«:: je
fûtLd?cdese SK,eL^LbdïCt^S,, b“ chrr,eau.x & les ornemens du
paroiiîênt trop recherchés, lorfqu’on les^om^ beaUteS de detad ’ mais ces détails
Manfird a voulu imiter en cela ce qut PhiliberFnl aVecfC.eux l’Ordre fupérieur.
mais un pareil exemple ne peut fervir T Palais desThuilleries;
réferver a prodigalité des ornement pont Tollé C parCe(3u'on dofl
d°" ™"
lues de la colonne^ & eft' Couronné 7nnîmabl ^ * de.hauteur le.s deux feptie-
Cet entablement eft denticulaire ,& fa frife pflh 3 envlron un quart.
proportion trop courte rélativemêmà cehd d^deffiiii^^^i^^^ Pup>^”eUr ed: d’une
ne qu un module de moins de hauteuV" o™™*' °rdinaif ment on ne lui don-
perieur de l’Ordre d’en bas pour confluer le di ' °" P/“d le diamëtre du fût fu-
fus. Ici la colonne Corinthienne a de}’°^ de def-
cet Ordre chétif & contraire à la proerelîîon rT’ ”” J6” de m°lns) ce qui rend
dres qu on veut éléver les uns au-deffif des qU °\folt obferyer entre les Or-
des moyens les plus certains d’arriver à c^tre N/?US T rffervons de parler
lume, enfaifant la comparaifon des Ordres d Progreffinn dans le huitième Vo-
& en donnant en particulier le développemenVdëVacunÎ^ Te ^ *
,n ™rCfte &t cc™mencée en i ffo r. Henri TV 1
MaïS de MPirierepierLe 'eFerfL,t achdv& iïo»;
6 e Wnhl a C»°,n“bua à fon ^bellifliment , & fi Æ"' deNano, qu, mérite quelque eftime au|l
Ie ré,rable d“ Maître-Autel , qui eft orné d’un , a ' que leS pelntures fur d" ■>- — - ~ -
& de“ SSte™ ^ti0n’P““
«feïrtE5®æ
ri-bien nn/r • anrC1’ ** mérite S^lque eftime.aüf-
fp -i • r «peintures fur verre du cloîrre de cette E^li-
partir feZ/rande beauté; elles lc“ ftftes
^ ... P ’ flamand, furies delfeins d ’Elie.
T. II. p n°US aVOns ^ic cec Ârchiteàe
mi
1
k'../: i
A R C H I T E C TURE FRANÇOISE, Liv, V.
Portail de* Le piédeftal de l’Ordre fupérieur a le tiers de l’Ordre, & l’entablement en a
Fouillant. je quart- Cet Ordre fupérieur eft couronné d’un fronton circulaire dont la forme
péfante eft élégie en apparence par une vouflure auffi circulaire. Sur ce fronton
font deux figures alTifes d’une proportion trop forte ; défaut qui fe remarque au Pa-
lais du Luxembourg , & au Portail de S. Gervais , dont nous avons parlé dans le Vo-
lume précédent.
En général on peut obferver que les pyramides , l’amortiftement au-deflus du
fronton , les confoies renverfées , ou arcboutans , les cartels du défiais des portes ,
&c. fe reifentent un peu dans leur compofidon du goût Gothique & de l’ignorance
où l'on étoit au commencement du fiecle dernier à l’égard de la Sculpture. Les figures
de ce Portail font même d’une médiocre éxécution, quoique de la main de Guillin ,
qui depuis a fait dans nos édifices François quelques ouvrages palfables.
Vevelopement du Portail des Feuillant. Planche II.
Cette Planche donne plus en grand les principaux membres d’Architecture du
Portail de l’Eglife des Feuillans ; nous en rapporterons certains détails dans le hui-
tième Volume , particulièrement le chapiteau Ionique , dont la compofidon n’eft
pas fans mérite , & que nous comparerons avec celui du Château des Thuilleries ,
lequel eft regardé par les Connoiiïeurs comme un chef-d’œuvre dans fon genre.
Au bas de cette Planche fe trouve le plan du Portail que nous venons de dé-
crire , & les échelles propres à vérifier les mefures qui fe voyent ici & que nous
avons trouvées alfez exactes , quoique lévées & gravées anciennement.
Defcription de la Porte d’entrée du Monaflere des Feuillans , en face de la Place de Louis
le Grand. Planche III.
Ce Frontifpice , qui fut élévé en 1 6j6, nous a paru d’une fi belle proportion , que
nous avons crû devoir lui donner place dans ce Recueil , d’autant plus qu’il n’a
jamais été gravé. On prétend que François Manfard,qui avoit reconnu lui-même
quelques défauts dans l’exécution de celui dont nous venons de parler , voulut les
éviter dans celui-ci par une ordonnance plus fimple , plus grave , & plus régulière.
En effet, malgré fon peu d’étendue & le nombre confidérable d’édifices élévés
dans le même genre en France , cette Porte m’a toujours fait un plaifir que je
ne me fuis point Me de faire reffentir à ceux que mon état m’a obligé de con-
duire à nos plus beaux monumens , pour y puifer les principes de la bonne Ar-
chitecture. .
Les hommes peu verfés dans l’Art auront fans doute de la peine a concevoir
qu’une porte quarrée , quatre colonnes Sc un fronton , ( compofition en apparence
allez ordinaire ) puilîènt mériter 1 éloge qu on fait ici de ce frontifpice. Quelle
différence cependant entre un ouvrage d’Architecture élévé par un homme d un
vrai mérite , & un autre du même genre érigé par certains Architectes ! Com-
bien n’en remarque-t’on pas même entre une colonne Sc une autre colonne ,
dont la beauté ne confifte pas toûjours , comme quelques-uns fe l’imaginent , à
obferver les dimenfions générales preferites par les Anciens, mais a lui donner un
: galbe & cette grâce 1
attachent les regards , & procurent une vraie fatisfaction aux Artiftes du premier
Ordre. Qu’on y prenne garde 8i l’on verra que certainement il n eft pas d autre
moyen
ARCHITECTURE FRANÇOISE, L i y. V. Ior
moyen de plaire dans la décoration d un édifice qui n’a pas une grande étendue •
j’avance même que dans cette occafion il y a peut-être plus d'art à s’écarter des
régies ordinaires , fans néanmoins blefler la vraifemblance , que de les fuivre exac-
tement dans toutes fes compolîtions , par le feul motif d’une imitation fervile. Il
faut cependant convenir qu’on doit être muni d’une très-grande expérience pour
ofer prendre fur foi ces altérations qui ne peuvent devenir des fautes beureufes qu’en-
tre les mains d’un homme du premier mérite.
Au relie cette digreffion n’a rien de commun avec l’ordonnance de la Pqrte
dont nous parlons , qui eft exaélement régulière ; elle n’a trouvé fa place ici que
pour faire remarquer que tres-fouvenc il n y a point de comparaifon à faire entre
deux édifices du meme genre, élevés pour la même fin & de la même dimenfion ,
lorfque lun aura été ordonné par un grand Maître , & l’autre par un homme d’un
mérité fut) alterne î celui-ci lans doute doit fuivre aveuglement la route qui lui
ell prefcrite , 1 autre peut a fon gre ajoûter Sc fouflraire , parce que certai-
nement il aura pour objet dans ces innovations l’afpe& de l’édifice , fon im-
menfité , fon point de diftance , Sc que guidé par les régies de fon Art, toutes
fes differentes produirions annonceront fon génie Sc fa capacité.
Au-defius de cette porte a platte-bande eit un bas-rélief enfermé dans une ta-
ble quarree qui fait un bon effet. Ce bas-rélief, d’une affez belle exécution , reoré-
fente Henri III qui reçoit 1 Abbe Dom Jean de La Barrière Sc fes compagnons y
dont la vie eft peinte fur verre dans le cloître, par Sempi, Peintre Flamand , donc
nous avons parlé au commencement de ce Chapitre , Note a.
m £*ans Ie timpan du fronton font les Armes de France Sc de Navarre , qui in-
diquent que cette Maifon eft de fondation Royale. A chaque côté de ce frontif*
pice eft une porte ; l’une Sc l’autre donnent entrée à des maifons particulières ap-
partenant aux Feuillans.
Au bas de cette Planche on a marqué le plan de cette Porte : on peut y ob-
ferver que les colonnes ifolées du nud du mur n’ont point de pilaftres , parce que
fans doute on n’a pas voulu trop embarraiîer la voye publique ; moyen moins
vicieux que d avoir engagé les colonnes dans les murs de face , ou bien d’avoir
employé des colonnes ovales , comme on le remarque à la Merci , à la culture
Sainte Catherine , &c ; ce qui doit toujours s’éviter dans une ordonnance régulière ,
principalement lorfqu’on fait ufage de l’Ordre Corinthien.
Dans i intérieur de la Cour Sc en face du frontifpice dont nous venons de par-
ler , eft une porte en voufïùre Sc ornée de refends d’un deffein affez élégant.
DESCRIPTION
DU PORTAIL DE L’EGLISE DES CAPUCINES,
Situe en face de la Place de Louis le Grand. Planche IV.
Comme nous ne donnons que le Portail de cette Eglife (a) , Sc qu’il eft en face des
deux que nous venons de décrire, nous avons crû devoir comprendre cette Planche
dans le meme Chapitre. Ce Portail , d’un genre bien inférieur en beauté aux précé-
dens , fut érigé en 1722, on ignore fur les defteins de quel Architeéle ; car ceux à qui
nos defcriptions de Paris 1 ont donné jufqu’ici , le défavouent. Ce qu’il y a de cer-
(fl) Cette Eglife fut bâtie en 1686 , fur les deffeins de
Trar.çoxs Dorbay , Architeéle du Roi ; elle eft peu fpa-
cieule , mais les chapelles qu’elle contient , font d’une
grande magnificence & ornées de tombeaux d’une belle
Tome III,
exécution : elles font auflï enrichies de tableaux de prix. Il
y en a un, fur le Maître-Autel , qui eft de Jouvenet,&C
qui eft fort eftiraé , quoique bien endommagé.
Ce
Portail ac*
Feuillans*
■ ^ »
m,
ARCHITECTURE FRANÇOISE,
Portail __ —
^t<CaP“- tain c>eft que la fculpture a été faite par Antoine Vajfê , & que cet ouvrage, qui a
quelque mérite , a fait jufqu’à prefent toute la réputation de ce Portail, fon Archi-
teélure & fa compofition en général étant mal entendues & peu correétes.^
Un Ordre de pilaftres Doriques, quoique de proportion Tofcane,furmonté d'un en-
tablement gigantefque , dont la frife la corniche s’élèvent circulairement dans le
milieu , forment en général une malle péfante & dont le plein ceintre de la corniche
s’accorde mal avec l’archivolte de la porte ; deforte que malgré l’élégance & le con-
trafte heureux delà fculpture(é) placée entre ces deux courbes, on ne peut applaudir
à la compofition de ce frontifpice. Non-feulement il a trop peu de relief pour le lieu
où il eft fitué ; mais fon ordonnance totale eft contraire aux principes de l’Art & aux
loix de la convenance, qui exige que le frontifpice d’un Temple annonce par le carac-
tère & l’expreffion de fes Ordres l’ufage intérieur du monument. Or il eft certain ici
que l’efpece d’Ordre Tofcan qu’on y remarque , la péfanteur du claveau , la
forme maflive de la corniche circulaire , auiïi-bien que celle du comble , paraît
peu propre à exprimer la délicatelfe du fexe renfermé dans ce Monaftere ,
qui fembloit exiger dans l’ordonnance de fon Portail une Architecture plus con-
forme à la virginité (c) ; attention obfervée trop fcrupuleufement par les Anciens
& trop négligée par nos Modernes. (Voyez ce que nous avons dit à ce fujet en dé-
crivant le Portail de la culture Sainte Catherine, Tome II. page 151 ).
(I) Cette fculpture confifte dans un grand cartel foute-
tenu par des Anges portés fur des nuages. Au milieu eft
l’infcription fuivante.
r P AV ETE AD
SANCTUARIUM MEUM,
EGO DOMINUS.
Scamozzi appelle l’Ordre Dorique , l’Ordre Maf-
culin ou viril , ou l’Ordre d’Hercule ; l’ionique , l’Ordre
Féminin ; 6c le Corinthien, l’Ordre des Vierges, ou l’Or:
dre Virginal.
58 5.
Lin . f'. N X X ,Pl. 2
1 n/dr e/iprand de.r p/innn/mcc
Fci/Mu/w .
membres, dXrc/iûreâtre du Portaddetjiç/ùrc Je-
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S~ËTl r y. V.
CHAPITRE XXI.
Defcription de la Place de Louis le Grand, près la Porte Saint
Honore'.
CV-nTf pPlaC£ ^ V dfÙdiam£tr<; 75 toifts fur 7o; elle fut bâtie par la lou'm/*
V 11 a£ ’ Versi an,1 6ct9 ’ fur leS de/reins de Jules Hardouin Manfard (b) e'“d-
yuoique vafte & d une alTez belle ordonnance , elle a le défaut d’être mal percée
IVC cTap13 XIlT Royale5dontnous avons parlé dans le deuxieme Volume , Liv.
Nous obferverons cependant que le principal objet qu’on doit fe propofer dans
une Place publique, eft quelle foit munie d’ilTues qui la falTent découvrir de
tres-lom , & qu elle fort fituée de mamere qu’on puilTe la traverfer fréquemment
pour aller d un quartier de la Ville à l’autre. Telle eft la Place des Viéloires qui
a tous ces avantages , au lieu qu’il faut venir exprès , dans celle dont nous parlons >
ChampsPPerCeVOIr 5 °U b,En Pairer danS ^ mC S’ Hon°ré ’ ou dans celle des Petits-
Le motif de reconnoilfance qui détermine ordinairement le Corps de Ville à
elever au Prmce un monument de cette efpece > devroit naturellement indiquer
la fituation dune Place qui outre l’agrément qu’elle procure, quand elle4 eft
s un lieu frequente , forme toujours un objet de décoration fi intéreffant
quon ne don rien épargner pour la mettre à la portée des Citoyens & des
Etrangers Nous avons vu nos Architeéles , depuis qu’on fe propofe7 d’ériger à
Louis XV une Place qui reponde à l’amour du Peuple pour ce Monarque fmet-
nir T Prouver dans cette Capitale une fituation avantageuse. Le
nombre des projets qui ont été faits à ce fujet , eft prodigieux, & l’on peut dire
que. la plûpart font fentir ce que peuvent les Artiftes de riotre fiecle / lorfqu’il
rfif'i A* “amfefter|eu; zele P™r les beaux Arts & pour la gloire d’un Prince lî
cheii des François 8c fi eltime des Nations Etrangères.
La Planche que nous donnons ici en trois parties qui fe collent enfemble pour
ne faire qu une feule eftampe , montre toute l’étendue d’un des côtés de 1a Place
de Louis le Grand (r) & la décoration des deux rues qui y aboutirent Un grand
Ordre Corinthien eleve fur un foubaffement , qui a de hauteur les cinq huitie-
mes decet Ordre, forme la décoration des façades; au-deftiis de l’entablement
Corinthien font des lucarnes en pierre de forme alternativement variée.
r “ ’ de 3 dl™enflon de laquelle nous avons parlé , eft à pans dans les
g es.. Ces pans coupés font compofes d’un avant-corps de trois arcades & de deux
Du rems de M. de Louvois, Sur-Intendant des
batimens & Miniftre de la guerre , vers l’an i 687 , on
commença au haut de la rue S. Honoré , une Place
fur le terrain de l’Hôtel de Vendôme & des Capucines,
dont le Couvent fut rebâti dans la rue Neuve des Petits-
Champs , où il eft aujourd’hui. Cette Place devoir avoir
86 toifes fur 78 , & être toute ouverte du côté de la rue
S. Honoré. On avoir projetté d’y conftruire une Biblio-
theque Royale, un Hôtel pour y raflembler toutes les
Academies , un pour la Monnoye , & un pour les Am-
balTadeurs Extraordinaires. La mort de M. de Louvois, ar-
rivée en 1 (5p 1 , fit difcontinuer ce projet. On démolit
les bâti mens commencés. Le Roi céda les matériaux &
1 emplacement a la Ville de Paris, à condition de faire
conflruire au FauWg S. Antoine un Hôtel pour la fe-
coude Compagnie des Moufquetaires , & au Quartier S.
Honore une Place publique , qui eft telle dont nous par-
lons. r
(b) Voyez Ce que nous avons dit de cet Architefle , T
II. page 141. not. a.
(r) Cette Place, nommée de Louis le Grand , à caufe
des principales conquêtes de Louis XIV , reptéfentées en
bas-rélief fur le piéaefbl qui foûtient la figure de ce
Monarque , eft appellee vulgairement Place de Vendôme ,
par 1 habitude qu a eu le peuple de nommer ainfi la pre-
mière place dont nous avons parlé , & qui fut érigée en
1687 > a caufe que ces bâtimens furent élévés pour la
plus grande partie furie terrain de l’Hôtel de ce Nom.
J
1
H
■1
M
arriere-corps qui eiT^Tchacun une. CeT^Tcorps , adh-bien que les pans,
comparés avec le diamètre de la Place , lent trop peurs ; d ailleurs les pans cou-
pés Font un effet défogréable , & devroient toujours erre exclus des grands edr-
fices ou du moins îaudroit-il les faire précéder de corps qui formaffent des
angles droits ; autrement les angles obtus rentrans rendent camus les profils
des entablemens & des corniches , ce qui ôte a l’ Architecte ce caradtere fier,
toujours défirable , & que les plus grands Maures ont affedte dans leurs edt-
fiCAu milieu de cette façade s’élève un grand corps d’Architeélure qui fait un
affez bel effet. U comprend cinq ouvertures , une de chaque cote en arriere-corps
& trois en avant-corps. Celui-ci eft couronné d’un fronton de meme grandeur
que ceux des pans coupés. Il eft orné de colonnes engagées , & elles auraient
dû Être ifolées : 1°. parce qu’on n’étoit pas gêné par 1 elpace du heu ^2 . parce
quelles font un meilleur effet, & que c’eft le propre dune colonne dette telle ;
parce que fi quelque confidération particulière ne permet pas d lfoler les
colonnes, les pilaftîes, affez univerfellement reçus dans Architeétee , doivent en
tenir lieu. Un défaut d’ailleurs qui n’eft pas pardonnable dans_ la décoration dont
nous parlons , eft d’avoir introduit des colonnes jumelles , qui par leur pénétra-
tion & celle de leur chapiteau, préfentent une idee monftrueufe ce quil faut
toujours éviter , malgré l’exemple que nous en avons dans la cour du Vieux Lou-
vre , & dont nous parlerons dans fon lieu. .
Les combles qui couronnent ces bâtimens , & les lucarnes qui en eclairent 1 in-
térieur, font dans le meme genre, & produifent le même défont que nous avons
remarqué en parlant de la Place des Viétoires , Chapitre VIII de ce Volume ,
page 27, avec cette différence cependant , qu’ici il nyapoint de cheneaux , &
que les lucarnes Portent de l’égoût fait d’ardoifes, qui pafie deffous , ce qui eft
d’autant plus condamnable, que l’entablement Corinthien divife de moulures &
orné de modillons , fembloit exiger pour amortiffement un focle de pierre , ou
du moins un cheneau de plomb. , , , „
Deux étages font auffi compris dans la hauteur de 1 Ordre , comme a la place
des Viétoires. Les croifées , les corniches & les ornemens (d) font a peu près les
mêmes. C’eft pourquoi nous renvoyons aux obfervations que nous avons faites ci-
devant à l’occafion de cette Place. . nia ’ r
Au milieu de la Place dont nous donnons la defcription , elt la ltatue equel-
trede Louis le Grand. Cette ftatue a 21 pieds de haut, elle a été faite par Fran-
çois Gmndon , (e) célébré Sculpteur, & fondue d’un feul jet le premier Décem-
bre 1692, fous la conduite de Jean Balthazar Keller , Suiffe de Nation , & fort ex-
périmenté dans les ouvrages de fonte (/).
"ÀTCÏÏÎTËC T U R E FRANÇOISE, Liv.
V.
Place de
Louis le
Giand.
(d) Ces ornemens ont été éxécutés & conduits par
Jean-lSaptifle Poultier , Sculpteur, de l’Académie Royale,
mort en 171p.
(r) Français Girardon, Sculpteur , naquit a iroyes
en Champagne , en 1627. Après avoir appris les pre-
miers élémens de fon Art de Laurent Magnier & de Fran-
çois Anguier , il fut envoyé en Italie , par ordre de S. M.
avec une penlîon de mille écus pour s y perfectionner dans
la Sculpture. A fon retour ilf.it extrêmement occupé par
les ouvrages que le Roi faifoit faire alors pour l’embellifTe-
ment de (es Palais. Après la mort de M. Le Brun , arrivée
en 1 65,0 , Louis XIV , qui faifoit un cas particulier des
talens de ce grand homme , le nomma Infpeéleur general
de tousfes ouvrages de Sculpture, & il n’y eut que le cé-
lébré Puget , qui ne voulant point dépendre delui,fe retira
à Marfeille. En 1 69 y, il fut choifi pour remplir la place de
Chancelier de l’Académie Royale de PeintureÔc de Scul-
pture, vacante parla décès de M. Mignard. Ses ouvrages
qui font en très-grand nombre,font admirables furtout pour
la beauté de l’ordonnance & la correftion du delTein. Pour
s’en convaincre , il fuffit d’en citer deux , fçavoir le ma-
gnifique maufolée du Cardinal de Richelieu , érigé dans
l’Eglife du College de Sorbonne , dont il eft parlé dans le
II. Volume de cet Ouvrage , page 77 , & la Statue équef-
tre élévée dans la Place de Louis le Grand , dont il eft ac-
tuellement queftion dans ce Chapitre. Girardon mourut a
Paris, en 1715-, âgé de 88 ans. .
(f) Voyez dans les Œuvres de M. Boffrand , impri-
més en 174.2 , la defcription des opérations de ce célébré
Ouvrage.
Cette
UtPdriJ
architecture FRANÇOIsËnTTTv:
Cette ftatue pefe environ 60 milliers; pour la faire on a fondu 8370 livres pi,«*
de matière: j/jj
Sçavoir , en lingots provenant de l'épreuve du fourneau, compofée
moitié de cuivre rouge & moitié de cuivre jaune . . _ IÇ
En culalfes de vieilles pièces de canon . . , /V IV"‘
En lingots compofés de deux tiers de cuivre rouge & d’un tiers 1
de cuivre jaune ...... ° Q
En lingots, moitié cuivre rouge & moitié cuivre jaune. ’ . ’
En métal rouge . . .... y*
En métal jaune. . . ’ , 3539-
En lingots provenans de la fonte de Sex tus Marius, faite à l'Âr- 35 °° ’
ienal de Paris ç
Et en étain fin d’Angleterre. . . . a - 2 20 '
2002.
Total
Ce monument &t pofe le 1 3 Août 1 69p. fur un piédeftal de marbre blanc
de 30 pieds de haut (*) ftr M de long & 13 de large. Ce piédeftal efl o né
de carteis , de bas-rélrefs & de trophées de bronze doré. Sur lés faces font de!
mfcnptions^iatines^e la compofition de l’Académie Royale des Infcriotion
& Belles-Lettres. Elles donnent a connoître ce que fit Louis Je Grand pour 1?Ë!
glife , pour la France ,,en general , & pour la Ville de Paris en particulier. F
(gO piédeftal de la Statue pédëftre qui eft au mi-
lieu de la Place des Vi&oires a 21 pieds de hauteur,
y compris le focle d’en bas & l’amortiflèment fupérieur ,
quoiqu’il foit dit ci-devant, page 34. , qu’i ln’en a que 12 j
c’en une faute d’impreffion qu’il faut corriger.
(*) Voyez ces lufcr.ptions dans Pigaoioi , Tome IL
pag. qoy.
Tome III.
sr-w
«U
i PPL'l
w.
ai :
ü
I fn > }
ï " » i
rfo.»
w
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i v.
XXII
Defcription de la Maifon de feu M. le Prefident de Tunis , & de celle
J de M. le Baron de Thiers , Maréchal General des Logis b Bri-
gadier des Armees du Roi Jituees Place de Louis le Grand.
D E
S C R I P T I O N
DE LA
de. M.
Tunis*
MAISON DE FEU M. LE PRESIDENT DE TUNIS.
E T T E Maifon , bâtie fur les deffeins de Bullct (a) , Architeéfe , eft une des
premières qui ait été élévée dans la Place de Louis le Grand : elle fut achevée
en 1702, & habitée par Antoine Croznt. En 1724 , elle fut pre que c îangee o
talement , & a été encore augmentée & embellie confiderablement en 1747 , par .
le Préf.dent de Tunis qui Poccupoit alors, & qut choifit M. (é) , Archt-
teéle du Roi, pour donner les deffeins de ces embelhffemens. Aujourd hui cette
maifon eft occupée par M. le Duc de BrogUe , gendre de M. le Baron de rhiers ,
à qui elle appartient par la fucceffion de M. le Préfrdent de Tunis , fon frere.
Flan du rez-de-chaujfée. Planches Première & deuxieme.
Cette maifon, fituée dans l’un des angles de la Place de Louis le Grand , con-
tenoit, comme on le voit dans la Planche Première, un principal corps-de-lo-
gis & deux ailes, dans lefquelles étoient diftribuées des ecunes & des remifes.
En 1724, à leur place , on pratiqua des appartemens tels qu ou les volt dans la
Planche IL Les baffes cours furent tranfportées alors au fond du jardin , que i on
traverfe fur une chauffée de pavé pour y arriver. Les batimens de ces nouvelles
baffes cours donnant fur la rue Neuve de Luxembourg, font du deffein de M.
Tanevot , Architeéfe du Roi , qui les fit pour M. de Tunis , aux frais de M. de Ca
tanier , celui-ci ayant échangé avec le Proprietaire de la maifon dont nous ^par-
lons , un terrain qui étoit contigu à fa maifon , & ou etoient placées les baffes
cours de l’Hôtel de Tunis. M. de Caftanier par le moyen de cet échangé , a
fait bâtir un nouveau corps-de-logis à la place de ces anciennes baffes cours , ain 1
aue nous le remarquerons dans le Chapitre fuivant. _
1 Nous ne donnons pas le plan des changemens faits en 1747 , ni celui des nou-
velles baffes-cours , ils nous auroient conduit à une multiplicité de Planches déjà
affez réitérées pour cet Hôtel , nous remarquerons feulement que dans le nombre
d»s maifons particulières inférées dans ce Recueil , celle-ci eft peut-etre une des
plus intéreffantes qui fe voyent à Paris, non-feulement en faveur de fafituation,
mais encore parla richeffe de fa décoration intérieure, 1 elegance des ornemens ,
la magnificence des meubles , & la colleéUon des tableaux de prix que fes apparte-
mens renferment. , , , . „ „
Les efcaliers de cette maifon, ainfi qu’on peut le remarquer dans les plans que
10 JS donnons , ont toûjours été affez confidérables. Celui d aujourd hui , tout-a-fai
différent & d’une compofition fmguliere , mérite neanmoins quelque attention. A
eft du deffein de M. Contant , ainfi que les autres changemens des appartemens faits
en 1747-
(.7) Voyez ce que^ nous avons dit de cet Architeéfe
(T) VÔyezg dfns'ce Recu'eil les différer* bâtiment élé- vaux confidérables qu’il fait faire aftuellement au Palars
vés fur les deffeins de cet Architefte , dont nous avons Royal.
, Il V. PTJS . XL x II.
ne Seize place de Va ndmne aParià
\Plan du premier eiaye de La Mali on de JVt'Crdinatldu.
Jardin
(eAer-vcnr
Teraàse
G-Luxterolt
Cabinet
Chamber a Coucher
Andclianib re
Conclu
CabuieC
CeAtibule
Grand Cab inet
xGarderobe
Ariere Cabinet
/d
SS
<?chclU
■ w
ARCinTECTURElRANÇ'CHil7L~
V.
107
Vlan du premier étage. Planches III & IV.
Ces deux plans font dans le cas des précédens , c’eft-à-dire que quoique diffe-
rens entre eux , ils ne reffembient prefqu’en rien à la diftribution d'aujourd’hui ,
a 1 exception du mur de face.
Lagallene qui le voit dans ces Planches,* qui a été peinte en 1725 par Paul
Mattéi , a ete racourcie de deux croifées & convertie en bibliothèque. Toutes les
autres pièces , a l’exception de celle A , font abfoluraent changées & décorées
avec une magnificence extraordinaire , particuliérement un fallon éclairé par les
croilees marquées B & dont les angles font à pans & ornés de glaces, auffi-bien
que les chemmees, les trumeaux, les portes & les croifées ; ces glaces , en répé-
tant les objets , procurent plus de grandeur à ce fallon , & forment un effet fur-
prenant qui mente la plus grande admiration.
La Chapelle eft placée en C , la falle à manger en D , &c. Quoique la plus
grande partie des meubles & des tableaux dont on a parlé , ne fe voyent plus dans
cette maifon , la décoration des lambris de ces appartemens doit exciter la cu-
nofite des ConnoifTeurs , par le choix & la richeffe des ornemens que l’on y remar-
que ; partie de 1 Architecture que M. Contant entend fupérieurement.
Elévation du côté de la cour. Planche V.
Nous n entrerons pas dans le détail de la décoration extérieure du principal
corps-de-logis de cette maifon; elle ne trouve place dans cet Ouvrage /ainfi que
les anciennes diftributions , que parce que ces Planches faifoient partie de l’Ar-
chitecture Françoife , avant qu’on fe fut propofé d’en faire un livre ; autrement
comme nous l’avons dit plus haut, nous en aurions donné les plans’, tels qu'ils
font exécutés aujourd’hui , avec celui des baltes cours & l'élévation de leurs bâti-
mens , qui faifant partie du coup d’œil des appartemens des Maîtres , font traités
avec une forte de magnificence & dilpofés d’une maniéré très-ingénieufe. Nous
remarquerons feulement ici que l’élévation dont nous parlons , n'ofifre rien de fa-
tisfaifant , les deux colonnes du rez-de-chaufTée , ainfi que le fronton du "pre-
mier étage , préfentant de petites parties , quife trouvent anéanties dans la tota-
lité de cette façade ; d’ailleurs ces deux colonnes , d’un beaucoup trop petit dia-
mètre , font imperceptibles du point de diftance d’où l’on doit appercevoir cette
Coupe & élévation d’une des ailes. Planche VI.
Tous les dedans de cette maifon ayant été changés, cette coupe nous donne
une idee affez imparfaite du développement de l’intérieur du principal corps-de-
logis . pris dans les Planches I & III fur la ligne E , F ; mais comme nous nous
propofons dmferer dans le feptieme Volume quelques-unes des décorations du
dedans de ce bâtiment , nous n’avons pas crû devoir les exprimer ici en petit ,
d autant plus que cette coupe alors n aurait eu aucune analogie avec les plans que
nous donnons. r -1
On voit fur la même planche l’élévation d’une des ailes du côté de la cour : la
décoration de cette aile eft allez bien entendue , cependant nous remarquerons q ae
les arcades feintes du rez-de chauffée font d’une proportion trop fvelte,& que le focle
deéefius la corniche eft trop bas. On aurait dû éléver ce focle au premier étage fans
rien changer à la proportion des croifées , les bandeaux feroient venus alors fe
repofer deffus , & cette élévation aurait acquis par là plus d’élégance.
Maifon
de M. de
Tuni*.
Maifon de
M. de
Thiers.
108
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Li v. vT
description
de la maison de m. le baron de thiers.
Cette maifon fot commencée en 1707 , & bâtie auffi fur les .déteins & fous la
conduite de Bullet. M. Antoine Cvozat la fit achever pour M. le Comte d tweux ,
fon o-endre : enfuite cette maifon, ou plutôt cet Hôtel, fut occupée par differen-
tes perfonnes de confidération , enfin elle eft habitée aujourdhui par M. d elkers,
à qui elle appartient, & qui y a fait faire des augmentations & des embelliflemens
confidérables , en 1747 , fur les delfeins & fous la conduite de M. Contant , Archi-
tecte du Roi.
Plan du rez-de-c'naujfée. Planche VII.
Cette Planche offre la diflribution d’après les delfeins de Bullet , & telle qu elle
a fubfifté pendant quarante ans. Nous ne donnons point ici les changemens qui y
ont été faits , quoiqu’affèz confidérables , nous nous contenterons d engager les
perfonnes qui s’intéreffent aux beaux Arts à aller vifiter cette maifon , une des
plus belles qui foit à Paris , & peut-être une de celles qui renferment, apres le
Palais Royal , la plus riche colleéüon de tableaux des différentes ecoles, fans compter
un grand nombre de curiofités d’un très-grand prix , diftribuées & arrangées avec un
goût digne du Propriétaire à qui appartiennent ces differentes merveilles.
b Dans l’enclave marquée A , qui précédemment dépendoit de la maifon dont
nous venons de parler , on a confirait une nouvelle gallerie ornee de tableaux
& de glaces qui répétant les chef-d’œuvres quelle renferme , .fervent a faire pa-
raître ce lieu beaucoup plus fpacieux. La petite piece marquée B eft devenue un ca-
binet rempli de mignatures, de bronzes, de delfeins , &c. Au bout de la gallerie,
vers la lettre C, eft une chambre en niche, contenant des tableaux de t Tenter s,
de Wauvermcm , &c. Vers D eft un cabinet à pans coupés, orné de tableaux &
contenant une très-belle fphere félon le fyftême de Copernic. Enfuite eft un pe-
tit veftibule qui conduit dans le périftile donnant fur la cour & au nouvel efcalier
qui a été reconftruit tout à neuf à la place de celui E. La forme de cet efcalier au-
jourd'hui eft une demie ellipfe : il eft à deux rampes , décore de membres d Vrchi-
ture partie réels , partie feints , exécutés par M. Piette , Peintre de réputation pour
ces fortes d’ouvrages. Cet efcalier eft peu éclairé , ne recevant que de faux jours ,
il eft d’ailleurs d’une compofition très-ingénieufe.
Les quatre pièces qui donnent fur le jardin, contiennent la plus grande partie
de la colle&ion de tableaux dont on vient de parler , 8c qui proviennent pour la
plupart du cabinet de M. Crozat.
Plan des entrefols. Planche VIII.
Il n’y a d’autre changement confidérable dans ces entrefols qu un petit appar-
tement vers l’endroit marqué A , & qui donne fur la Place de Louis le Grand;
il a été diftribué 8c décoré à neuf, fur les delfeins de M. Varrhi , Architecte. Cet
appartement eft auiTi rempli d’excellens tableaux 8c meuble avec beaucoup c e goût.
Au-deifous , au rez-de-chauftee , eft une petite falle des, bains 8c une gai iciooe
qui procure à ce petit appartement toutes les commodités défirables , ce qui , jojpt
à fon expofition , en fait un lieu de préférence pour la retraite du Maître de ^a
maifon. ^ ,
Plan
ARCHITECTURE FRANÇOISE, l777v~
Flan du premier étage. Planche IX.
. .îf Prl’ncjpal corps-de-logis de ce bâtiment, fitué entre cour & jardin , n’a pas Miir™
laide que de recevoir auffi quelques changemens au premier étage. Dans le vef- ds
ubule en galkrie , on a pratiqué une falle à manger & un cabinet : à la place de
1 ancienne la, a “anger > eft une chambre à coucher , auffi-bien qu’à la place de
1 antichambre du coté du jardin , avec une garderobe entre deux. On entre de cette
derniere chambre , par une porte percée dans le mur mitoyen , dans la gallerie en Bi-
, n ,3, 6 a malPon voifine , occupée par T»L le Duc de Broglie, que M.deThiers
s elt reiervee. Les trois pièces donnant fur le jardin font reliées à peu près les mê-
mes , a 1 exception de la tranfpofition des portes & des cheminées , & de la dé-
coration qui a été faite à neuf fur les delTeins de M. Contant , & qui eft traitée avec
beaucoup de noblefle & de magnificence.
Elévation du coté de la cour. Planche X.
Cette élévation, prife dans le plan du rez-de-chaulfée fur la lime FG , nous
lait voir la décoration extérieure du périllile en colonnade. Cette décoration , d’un
a ez, on goût de de/fein , eft d Ordre Dorique , couronnée d’une corniche archi-
travee. Au-defius s’élève un Ordre de pilaftres Ioniques. Entre ces pilaftres font
des croiiees a platte-bande , qui ont pour claveaux des médaillons & des trophées.
Cet Ordre eft terminé par un entablement, au-delfus duquel eft un focle orné de
a? CS up6 mu^es Yon > & couronné de vafes qui lui fervent d’amortilîément.
Nous obierverons que les piédroits des croifées qui répondent fur le vuide des er -
trecoionnemens font des porte-à-faux qu’il faudroit toujours éviter dans l’Architec-
ture ce qui aurait été facile ici en fubftituant aux colonnes du rez-de-chaulfée
des piédroits qui , obviant à ce porte-à-faux , auroient fimétrifé avec ceux des ailes
de la cour, ainfi que nous le remarquerons en parlant de la Planche fuivante.
. °n vo,c aux deux extrémités de cette élévation la coupe des deux ailes de bâ-
timent, qui régnent fur la longueur de la cour. A droite eft le développement
intérieur de l’ancien efcalier qui étoit éclairé en lanterne : façon d’éclairer que
nous avons defire plus d’une fois que l’on pût imiter dans ces fortes de pièces. Ce-
pendant on a fupprimé cette lanterne en conftruifant le nouvel efcalier , qui aurait
eu d autant plus befom de ce genre de lumière , que nous avons déjà remarqué qu’il
etoit oblcur , & qu il ne recevoit que de faux jours. 1 a
A gauche eft la coupe de l’aile oppofée , dont les décorations intérieures , auffi-
bien que les diftnbutions , ont été changées , ainfi que nous venons de le remarquer.
Coupe du principal corps-de-logis, & élévation des ailes du côté de la cour.
Planche XI.
rPfette PknChei faî/Varr ^ C°Upe du Princ'Pal corps-de-logis, dans laquelle Ce
emarque celle du penllile au rez-de-chaulTée , le veftibule en gallerie au-deffus ,
& la décoration des pièces du côté du jardin, avant qu’on eut fait dans ce bâti-
men les changemens dont nous avons parlé. Attenant cette coupe , on voit la dé-
cora ion extérieure d une des ailes du côté de la cour , prife dans la Planche VII,
lur la ligne HI. Cette aile eft compofée au rez-de-chauffée d’arcades feintes en
éleXéeTTl’ -ieftlUelieS f°n'renfermëes des croifées. Ces arcades font trop
chétif l’oÎd!ee^Pon?qrdeU^fleS- ° allW la de cet étage rend trop
Tome CJ1I'‘XS ^ Preierer des croifees , qui auroient produit une bien moins
E e
np %
*3
Kh rt
l'»0i
I mAi *
j* •. i
m
œWi?;
rt
A R C H I T E C T U RE FRANÇOISE, L iv. V.
M :iüu grande Architeélure , & auraient laiflTé dominer celle du premier étage; ce qui
î,.“l de fe p0uvoic d’autant mieux , que la colonnade du fond de la cour étant fans arca-
des , n’exieeoit aucune relation avec le relie de fon pourtour. Sans doute 1 arcade
réelle du porche & celle qui donne entrée dans la baffe-cour , ont lait loi ; mais
alors on devoir fe retourner différemment pour éviter ce défaut d’union , ayant dé-
montré ailleurs , comme un principe reconnu nécelfaire , qu’il falloir que les mailes
produifilTent nécelfairement de belles parties pour former un beau tout.
Elévation du côté du jardin. Planche XII.
Cette élévation eft d’une ordonnance bien plus fimple que les précédentes. Elle
eft compofée d’un avant-corps , de deux arrieres-corps & d un feul pavillon. Ce
dernier qui eft un défaut de fimétrie , doit être corrigé un jour , & 1 on le propoie
de conftruire une gallerie de tableaux dans le jardin, qui occupera la largeur
de ce pavillon. Les arrieres-corps font d’une inégale largeur , & 1 on remarque des
trumeaux partout où il faudroit des vuides ; négligence impardonnable dans un
édifice tel qu’il puifTe être. Cependant l’on peut convenir en general que la dé-
coration extérieure & la diftribution de cette maifon eft fupérieure , a bien des
égards à celle de la précédente , quoique toutes deux bâties fur les defleins du
mêmelÂrchiteéle. En effet , l’ordonnance des façades eft mieux compofée & les dé-
dans font bien mieux entendus ; le porche entr autres , la forme de la cour , le pé-
riftile & les pièces du principal corps-de-logis font difpofes avec beaucoup plus
d’intelligence. , . „ ,
L’élévation de la principale entree de ce batiment étant la meme que celle de
la Place de Louis le Grand, nous ne la donnons point ici. Voyez le Chapitre pré-
cédent où l’on a eu foin de marquer dans le plan , par la lettre A , la porte de cette
maifon qui fait partie de celles du foubaffement de cette place , comme on a marque
B celle de la maifon voifine.
C/ui mbrc ./<•
Chambre a coucher
Cabinet
et nti c/i ambre
Gariterobc.
a/nam/i
Chape/be
{ c/iefl c t/e/mif te
Gre/uet'6
Gardemeul
W&-.
X/?>,^N0xxii,/J4o,
Plan au premiar. efru/e d'un hôtel appartefiant a Jll ' Cro^aâ
■ .
l-vat'on Je. laJacaJe Ju principal cor a* Je toge ï me jind Je ta cour Jim hôtel eU*c Jeuu la, place
louùs leqrand appartenant a C-rozaà
il r
architecture "Fr a n ç ü i s e , lTvTvT
CHAPITRE X XI I I-
Defcription de deux Maijons , fautes rue des Capucines, près la Placé
de Louis le Grand, lune appartenant à Ad. Des Fieux , Fermier
Générât , l autre a M. de Cajtanier , Directeur de la Compagnie des
MAISON DE M. DES VIEUX
CETTE Maifon , ainfi que celle de M. de Caflanier , fut bâtie vers l’an r7aô
furies deffetns de M. Tannevot (a) , Architecte du Roi, deforte qu’on a af-
fnnT ri rrS deCOra“°"S dansales dehors du côté du jardin de ces deux mai-
fons. Celle dont nous parlons , eft occupée aujourd’hui par Madame Des Cmix
veuve du Fermier Général de ce nom, qui l’a fait bâtir. ’
Flan au rez-de-chau]Jee. Planche Première.
Les bâtimens marqués fur ce plan font fimples : le principal corps-de-logis eft entre
cour & jardin, & contient un appartement à coucher , accompagné déboutés es
commodités qui lu, conviennent. La cour eft très-peu fpacieufe ; mais la néceffité de
pratiquer des pièces un peu vaftes dans un terrain fort borné, n’a pû permettre
de la fane plus grande. D’ailleurs il faut confidérer que nous parlons ëci d’une
maifon particulière , & qu’en pareil cas on ne doit pas , comme quelques-uns l’ont
fai , donner tout aux dehors , & rendre les dedans fi peu commodes4, quë toude
batiment ftmble ne confifter que dans des murs de face. Les pans coupés qu’on
cette cour , font autant de reflources pour éclairer d’une pK 2
caliers de 1 autre les degagemens nécelTaires pour le fervice des appartenons
Nous obferverons cependant , en général , qu’il n’en faut Pas faire un trop fiS
ufage , quils réuffiffent mal dans un grand édifice, & qu’ils forment dePtropq pe-
tites parties dans une maifon peu confidérable. D’ailleurs ces ouvertures dam l’al
gle d un efcalier 1 éclairent imparfaitement, & rendent les palliers obfcurs , à moins
que la cage de cet efcalier ne foit circulaire & fes rampes en face des croifées
Le pan coupe du cote du jardin n’eft pas plus tolérable pour les déhors ; mais la l'allé
a manger quil eclaire étant auffi à pans, une feule cïoifée femble lui fuffire Au
relie il faut convenir que a neceffité de tirer parti d’une infinité de commodités
dans une maifon de-peu d’étendue, porte fouvent un Architeéle habile à hëzard
des licences quil ne fe permettant pas dans toute autre occafion, & fi nous re-
levons ceües qui fe remarquent ici, c’eft pour donner à connoîtré qu’on ne doit
IdérSion? 761 "y ^ pas forcé par J mêmes con-
M M. Tannevor ; Ardiitefte duRoi.&dela pre-
mière claffe de fon Académie , cil un de nos Architec-
tes qui a pouffi le plus loin l’art de la diftribution. Nous
avons de cet habile homme une grande quantité de
maifons particulières bâties avec beaucoup de goût , &
qui réunifient toutes les commodités poffibles. La déco-
ration intérieure lui doit auffi beaucoup. Son amour pour
le travail, fon zele infatigable, & fon aûivité peuvent
Tervir d exemple a nos jeunes Architeaes , & leur don
ner de 1 émulation. Ils apprendront en le Clivant dans fe'
differentes operations , combien il eft elfentiel que le che
du batiment Cuve de près les entrepreneurs dans leur'
• travaux , prenne foin du détail, & fe rende compte de
plus petites parties pour fe diftinguer avec honneur dan<
la profeffion d Architede , & s’atm-cr le fuffiage des Cou-
Maifon
de M. Des
Vieux.
1 12
ARCHITECTURE F RA N Ç O I SE, L i v. V.
Plan du premier étage. Planche II.
Maire La diftribution de ce premier étage contient trois _ appartenons à coucher &
Je m Des pjufieurs pièces de fociété , toutes d’une belle proportion, dune hauteur de plan-
V 'UX' cher convenable & décorées avec goût. Plufieurs efcaliers de dégagement don-
nent differentes iffues à ces appartemens , & communiquent aux manfardes & aux
entrefols , dans lefquels on a pratiqué des garderobes qui procurent un fervice fa-
cile aux domeftiques , corrigent la trop grande hauteur des plus petites pièces , &.
fervent quelquefois de ferre-papiers aux Maîtres , de falles des bains , de chambres
privées , &c.
Elévations du côté de l’entrée & du côté du jardin. Planche III.
La Figure Première nous fait voir la façade du cote de la rue , ou eft placée
la porte d’entrée , & au-deffus de laquelle fe remarque l'élévation du principal
corps-de-logis dans le fond de la cour. Nous obferverons en général , qu’il n’y a
pas allez de lévérité dans l’ordonnance de ce bâtiment. En effet, le ceintre de la
porte dont nous parlons , fa corniche circulaire foutenue par de petites confoles ,
le fronton au fommet de l’avant-corps de la façade du côté de la cour , dont la cor-
niche horizontale eft interrompue , la croifée gigantefque de deffous , enfin les
ornemens répandus dans cette élévation, font autant d exemples a éviter. Ce peu
de févérité vient fans doute de ce que la plupart de nos Architeâes , quoique
habiles d’ailleurs , facrifient la décoration des déhors en faveur des dédans , & qu’ils
regardent comme indifférent de foumettre aux régies de l’Art les façades des mai-
fons particulières. Mais en fuppofant qu’on fe puiffe permettre quelques libertés
en pareille occafion, du moins ne doit-on pas alors faire parade d’ornemens dans
ces genres de bâtiment, & il faut au contraire y affeéter une grande fimplicite •
car autrement c’eft mal fe rendre compte de l’efprit de convenance qui doit fe
faire fentir au premier alpeél d’un édifice. Nous avons cite dans le premier Cha-
pitre de ce Volume , page 3 , une maifon bourgeoife fituée rue S. Martin , fort
au-deffous en apparence de celle dont nous parlons , néanmoins tout y eft fournis
aux loixdubon goût; cette autorité eft d un poids confiderable,parcequ on ne fçauroit
concevoir combien il eft important de ne rien offrir aux yeux de nos jeunes Ar-
tiftes qui ait l’apparence du vice. Le défordre gagne infenfiblement , on s’accou-
tume aux licences , le chemin paroît facile , on n’a plus de retenue , aucune bien-
féance n’eft gardée , & enfin il eft à craindre , fi l’on continue , qu’avant trente ans on
ne méconnoiffe la route du vrai beau. Le déréglement de l’imagination & l’oubli
des régies fondamentales de l’Art fe remarquent jufques dans nos Sanétuaires , ou
des décorations triviales & des formes chimériques & bizarres tiennent déjà lieu
delà nobleffe , de la majefté , & du grand qui y devraient être obfervés , & dont
nos anciens Architecles nous ont laiffe des exemples li admirables. ^
Qu’on ne me fçache pas mauvais gré , fi l’amour du bien public m emporte
quelquefois , ce n’eft jamais fur les Architeétes que portent mes obferva-
tions. Je les eftime tous , il n’en eft pas de même de la plûpart de leurs Ouvra-
ges. D’ailleurs je loue le vrai beau , & j’applaudis à l’excellent avec autant de
chaleur que je me récrie ouvertement fur les médiocrités , & principalement fur
celles qui tendent à détruire le goût, & a donner une mauvaife idee de notre
Nation : autrement il eut été mieux que je ne me fuife pas charge de cette entrepnfe.
Maintenant que la carrière eft ouverte, je ne puis fans manquer au Public, me lervir de
modifications, qui non-feulement font contraires à ma façon de penfer, mais qui
lerviroient
9
Maifoa
M. De
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
ferviroient à perpétuer l’erreur. J’avouerai que j’ai quelquefois une forte de cha- hni
grin de convenir de notre négligence à Lien des égards , mais en bon citoyen je rou- Îî™
gis fouvent auffi d’être obligé d’offrir aux yeux de l’Europe des bâtimens qui
ne font pas à beaucoup près aulh réguliers qu’ils devroient l’être , furtout dans un
tems où il ne nous femble pas permis de faire du mefquin , après les exemples
célébrés que nous a laiffé le fiecle précédent. ‘
L’élévation du côté du jardin , repréfentée par la Fig. II , n’eft pas traitée avec plus
de fuccès. Un avant-corps élancé, terminé par un fronton corrompu, & foutenu, corn*
me le précédent, par de petites confoles, dont le timpan eft chargé d’ornemensfrivo-
les & fans, choix , préfentent une ordonnance blâmable. D’ailleurs quelle néceffité
d'avoir élévé la croifée du premier étage plus que les autres ? i°. C’eft cette
élévation outrée qui a contraint d’interrompre l’entablement horifontâl. a». Cette
croifée en plein ceintre & beaucoup plus élévée que celles des arrieres-corps qui
font bombées , caufe un défaut de fimétrie dans la décoration intérieure de la
chambre, à, coucher du premier étage ; défaut qu’il faut toujours éviter , parce
qu’en général , on ne doit jamais fe permettre aucune licence dans les'déhors
quelle ne produife un très-grand bien dans la diftribution des dedans , ou que
la néceffité de la folidité n’y contraigne ; encore cela ne peut-il être autorifé
que dans des occafions de peu d’importance. Ce même défaut fe remarque du cô-
té de la cour , Figure Première , & nuit confidérablement à la décoration du
fallon.
Les pans coupés qui fe remarquent dans ces deux élévations, & que nous avons
déjà dit que l’on doit éviter autant qu’il eft poffible , font ornés de croifées au premier
étage & de portes au rez-de-chauffée. Toutes ces ouvertures font en plein cein-
tre , cependant il convient de diftinguer d’une maniéré fenfible i’ufage d’une por-
te d’avec celui d’une croifée. Cet ufage doit être annoncé diverfenaent , à moins
qu’une grande quantité de portes dans un bâtiment ne donne le ton à quelques
croifees pour empecher la defuniondes parties d avec le tout. Nous remarquerons auffi
que lorfqu’on fe trouve obligé de faire des arcades en plein ceintre, il faut préférer les
impolies & les archivoltes aux chambranles continus , parce que les impolies ré-
parent la rétombée de l’arc d’avec le piédroit , & empêchent le jarret prefqu’inévita-
ble dans l’autre cas. Une des raifons elfentielles qui nous porte à confeiller d’éviter
les pans coupés dans un mur de face , vient de ce que les entablemens fe profilent
toujours camus dans la rencontre des angles ; deforte qu’à moins qu’il ne foit pof-
fible d’accompagner ces pans coupés de relfauts formant des angles droits , il
Faut s’éloigner de ce genre d’ordonnance qui exprime une Architeélure effeminée
ce qu’on doit toujours éviter lorfqu’on a fait choix d’une expreffion fîmple & vi-
rile ; feul caraétere dont on devroit faire ufage dans la décoration des façades d’un
bâtiment particulier.
Coupe Ù* élévation des ailes. Planche IV.
La décoration de l’aile marquée A , eft de beaucoup trop (impie , eû égard à
celle du principal corps-de-logis du côté de la cour : comme les pans coupés fem-
blentles unir l’une avec l’autre, il falloit du moins un avant- corps pour autorifer cette
différence , encore ne devroit-elle avoir lieu qu’en fuppofant que ces ailes renfer-
ment des pièces fubalternes ; mais comme le premier étage eft occupé par des
pièces de Maître , il falloit faire ufage de la même richefle , ces bâtimens , qui
ont peu d’étendue , en auroient paru plus confïdérables. D’ailleurs il faut remar-
quer que la face oppofée à cette aile , eft occupée au rez-de-chauiïee par de gran-
des ouvertures fervant aux remifes, & que ces ouvertures n’ayant aucune relation
Tome II h p f
i
Mai (on
à ? M. Des
Vieux.
114 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv^V.
avec la décoration de ce bâtiment , il en réliilte une confufion de parties qui
n’annonce rien de régulier & de réfléchi au premier afpeél de ce bâtiment, &
qui nuit à l’idée qu'on doit prendre de fa diftribution intérieure , qui certainement
n’eft pas fans mérite.
L’aîle B du côté du jardin eft plus analogue à la façade du principal corps-de-
logis , pour ce qui regarde la forme & la proportion des croifées ; mais la différence
de largeur des trumeaux de cette aile avec celle des trumeaux de la principale façade
(Voyez le plan , Planche Première) eft choquante. Regardera-t-on toujours com-
me indifférent de mettre fi peu de rélation entre l’ordonnance des ailes & les fa-
çades d'un bâtiment érigées lôus une hauteur commune ? Suffit-il de convenir
qu’on n’a pû faire autrement ? N’eft-ce pas renoncer à la profeffion d’Architccle
pour n’exercer qu’un art mécanique , que de ne pas fe fervir de tous les moyens
poffibles pour concilier d’une maniéré louable la décoration extérieure avec les
dedans , & ces deux parties avec la conftruélion ? Je fuis fâché que ces refléxions
tombent fur un bâtiment qui d’ailleurs a des beautés de détail , & qui a été éle-
vé par un homme de mérite ; mais d’un autre côté , fi nos Architeéles qui à la
connoiffance des principes de leur Art joignent une expérience confommée ,
tombent dans des inadvertances auiïi blâmables , que pouvons-nous exiger de nos
jeunes Artiftes , furtout fi on leur met continuellement fous les yeux des exemples
fi contraires au progrès des Arts ? Dira-t-on , comme quelques-uns le publient ,
que les bâtimens particuliers ne font pas faits pour fervir de régie , ni d’autorité ?
On fe trompe : une maifon neuve , quelle quelle foit , attire l’attention de la mul-
titude , fouvent même au préjudice des anciens édifices de réputation. En la voyant
on fe forme involontairement une idée d’imitation , de là la fource du dérégle-
ment dans l’Architeélure ; fource d’autant plus dangereufe , encore une fois , qu’el-
le remonte à des hommes qui ont une réputation acquife , & de qui nous de-
vrions attendre beaucoup plus de retenue 8c de circonlpeclion que des autres ,
parce qu’ils fervent en quelque forte de modèles , & qu’ils donnent le ton au
plus grand nombre.
MAISON DE M. DE CASTAN1ER.
Cette maifon a été auffi bâtie par M. Tantievot ; les dedans fe reffentent de la
perfeétion que cet habile homme fçait donner à toutes fes diftribudons. Nous en ex-
pofons ici les plans comme la partie la plus intéreffante , & dans l’état quelle fut
érigée en 17 26, quoique M. de Caftanier y ait fait faire depuis pêu des augmen-
tations confiderables fur les deffeins & fous la conduite du même Architeéle ; mais
comme ces additions font dans le même genre que les diftributions précédentes ,
nous nous contenterons d’en dire quelque chofe fans en donner les plans. On n’en
trouvera point non plus les élévations , étant les mêmes que celles de la maifon de
M. Des Vieux & fufceptibles des mêmes obfervations.
Flan du rez-de-chaujjee. Planche V.
La cour de cette maifon eft petite pour l’étendue des bâtimens , mais comme
elle eft accompagnée de deux baffes cours , l’une pour le département des écuries
& des remifes , l’autre pour celui des cuifines , elle paroît fuffifante. Au refte ,
comme nous l’avons remarqué plus haut , il faut éviter de faire les cours trop fpa-
cieufes dans des maifons particulières , elles refferrent trop les bâtimens , 8c occu-
pent un terrein qui fouvent pourroit être mieux employé.
Dans un grand veftibule placé à droite & au fond de la cour , eft un affez bel
n^rt
'•v.-j
P Uni cvu. I\ctL.-dc chiiujscc de lu d'fiLiJ'o/L de J\1 . JD es XJicilcc F crm ter Cx en c rci l
, cite rue des Capucines ,'a Paris , bâtie, sur les- desseins du Sr T a-newot Architecte duRoi u Jsbv.TA
7 N° -x-XIIl
PLP'P
-d Paru c/te^i TOAIRERT f rue Dauphine .
ARCHITECTURE
efcalier qui monte au premier étage. Ce veilibule a deux principales ouvertu-
res, l’une du côté de la cour, l’autre par le paflige A . où l’on arrive à couvert: i'“\De
i- / rr ■ U ^ La- r0 f , . . Caitamer.
commodité ellentieile dans un batiment , & qu on ne devroit jamais négliger. Cette
piece donne entrée à un appartement double , compris dans le principal corps-de-
logis, & à un autre en aile, donnant fur le jardin. Cette allé eft fimple ici , elle vient
d’être augmentée dans la partie du terrain marquée B , par un nouveau bâtiment de
onze croifées de fàce , d’alignement au mur C , deforte que la falle à manger qui
fe voit ici , eft à prefent à la place du cabinet ; & au lieu de la Bibliothèque &
du petit efcalier qui la fuit , on a pratiqué un fallon fort orné , dont le plafond eft
peint par M. le Lorrain (a). Ce fallon forme un angle droit avec la nouvelle aile ,
& s’enfile avec elle par une porte vers D , le mur de face E ayant été prolongé
jufqu’en F. On a pratiqué derrière cette nouvelle aile de bâtiment une cuifine belle
& fpacieufe , accompagnée de toutes les commodités nécelfaires , & d’une cour
qui a une iflue par la baffe cour de ce plan & une entrée de dégagement dans la
rue Neuve de Luxembourg, pour les provifions des cuifines & offices. Cette nou-
velle cour , les cuifines , l’aîle de bâtiment dont nous venons de parler , & l’ag-
grandiftèment du jardin de cette maifon fe trouvent placés aujourd’hui dans le ter-
rain où étoit autrefois la baffe-cour de la maifon de M. le Baron de Thiers , &
qui a été échangé avec M. de Caftanier , à condition par celui-ci de faire bâtir les
bafîès cours dont nous avons parlé dans le Chapitre précédent.
Dans la baffe-cour à gauche , du côté de la rue , font encore pratiquées des cui-
fines pour les Domeftiques , lorfque les Maîtres font à la campagne. Attenant le
principal corps-de-logis eft un fécond efcalier, précédé d’un veftibule. Cet efca-
lier qui eft aftez fpacieux , étoit néceffaire pour arriver commodément aux appar-
temens du premier étage. Le cabinet marqué G, eft abfolument trop petit pour
être placé dans l’enfilade du côté du jardin. Il femble qu’on auroit pû fupprimef
la cour qui eft derrière , fon extrême petiteffe lie peut que caufer une humidité con-
fidérable aux pièces qui l’environnent , étant entourée de batimens d’une grande élé-
vation. Il auroit été plus à propat de ne donner que des jours louches dans les dé-
gagemens , les aifances & les garderobes ; car il eft certain que cette cour ne pro-
cure pas plus de lumière dans ces petites pièces , que n’en auraient donnés de faux
jours , pris par le deflùs des portes & au travers des cloifons. Par ce moyen on
auroit procuré plus d’efpace au cabinet , plus de grandeur aux dégagemens & plus
de falubrité en général aux pièces attenantes. Au relie les principales en-
filades des appartemens font bien obfervées , la proportion des pièces & leur fi-
métrie eft exaéte , & l’on peut dire que leur décoration intérieure , fans être
riche , eft traitée avec goût & avec élégance. Dans la grande falle de com-
pagnie l’on voit de fort bons tableaux de Mrs. Carie Vanloo , Natoire & Bou-
cher. Les lambris font vernis dans la couleur naturelle du bois , ce qui rend ces ap-
partemens un peu trilles , principalement quand on les compare avec ceux qu’on
a nouvellement conftruits en aile àu rez-de-chauffée & au premier étage , & qui
font imprimés de diverfes couleurs, rechampis ou dorés , & ornés de tableaux peints
par Mrs. Vien ( h ) , Challes (c) , & Le Lorrain , Peintres , de l’Académie Royale de
Peinture & de Sculpture.
(a) Louis Le Lorrain , Peintre , né à Paris en 171 y i
apprit de M. Dumons les premiers élémens de fon Arc.
Après fon retour de Rome il fut agréé à l’ Académie Roya-
le dePeinture & de Sculpture, en Janvier I7J2. Outre le
genie & l’invention qu’on remarque dans les fujets d’Hif-
toire de lacompofition de cet Artifte , il excelle auffi dans
l’Architeélure &les Perfpeétives .propres aux Décorations
des Théâtres, Fêtes publiques , &c.
(b) Jofepk- Marie Vien , Peintre, né à Nifmes en 1718.
fut éléve de M. Natoire, 6c agréé en 1 7 y 1 , à l’Académie
Royale de Peinture & de Sculpture. Les tableaux de fa
compofition qui ont été vus cette année ( I7J3 ) au’
fallon , ont réuni généralement en fa faveur le futfrage des
Connoiffeu rs , qui tous conviennent qu’on a lieu de fon-
der les plus grandes efpérances fur cet Artifte , foit pour
la fécondité de fon génie , foit pour la correétion du def-
fein , foit enfin pour la beauté de l’éxécution.
(c) Michel- Ange-Charles Challes , Peintre , éléve de YZ
Boucher , fut reçu cette année ( 17^3) à l’Académie
Royale de Peinture. Son morceau de réception eft un pla-
i SI
fffi j'
~- f l(
j» lit
ni :k
K fl
T‘1,
À ' 1 '!!
1
m
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E, L i v. V.
Plan du premier étage. Planche VI.
^îairon Fa diflribution de cet étage" efl aflujettie aux mêmes murs de face & de refend que
Casanier, le rez-de-chauflee. C’eft dans ce plan que l’on fent la néceflîté d’avoir pratiqué deux
grands efcaliers dans ce bâtiment , qui procurent une entrée libre & particulière
aux deux principaux appartemens diftribués ici , & qui femblent féparés par le pe-
tit arriéré cabinet, fans néanmoins que l’enfilade continue du côté du jardin foit inter-
rompue. Ces appartemens font d’une belle proportion , bien percés , & chaque piè-
ce efl aflez régulièrement diftribuée. L’on voit trois petites cours dans ce plan , il
efl aifé de remarquer leur peu d’utilité , & combien il aurait été facile de les fup-
primer , fans nuire aux commodités néceflaires aux pièces des Maîtres.
L’aîle du côté du jardin communique auffi avec les nouveaux bâtimens. Ces
derniers contiennent autant de pièces qu’au rez-de-chauffée , & font même déco-
rés avec encore plus de magnificence , ainfi qu’une bibliothèque affez confidéra-
ble qu’on y prépare. Toutes ces pièces donnent fur les jardins , qui font fort
agréables , quoique peu fpacieux ; ils font ornés de berceaux de treillage d’un goût
élégant, de parterres de fleurs, de terraffes, &c. & contribuent à rendre cette
maifon une des plus belles qui foit dans tout le quartier de la Place de Louis le
Grand.
Nous ne parlerons point du pan coupé qui éclaire la fécondé antichambre. Nous
en avons blâmé l’ufage au commencement de ce Chapitre. Nous remarquerons
feulement qu’il a été pratiqué pour donner du jour à cette piece , & en même tems
pour fimétrifer avec celui qui fe trouve dans l’angle de la maifon voifine ; comme
elle n’eft féparée de celle-ci que par un mur de clôture d’une moyenne élévation ,
ces deux maifons femblent n’en faire qu’une feule.
fond de forme circulaire , placé dans une des falles de a fait une grande réputation à* cet Artifle ; il fe diftinguè
l'Académie , & qui repréfente l’union des Arts de Pein- auffi dans divers genres d’Architeélure & de Perfpeélive ,
ture 8c de Sculpture par le génie du Deffein. Ce tableau , qui prouvent l’étendue de fon génie & la fertilité de fon
qui eft compofé d’une maniéré fçavanre 8c ingénieufe , imagination.
CHAPITRE
J' econde.
\u4nticJiatnJrri
eu J" allen
Chambre
Cabnnet-
shiticJuunlr
Chambr
[h ceuchet
VtnUckamire
S econde
sfntic/ui mire 1
Chambre
Chambre >
coucher
des Domesiùfi
:
Wm
M
-
Plan du premier etzufc de la maison, de Mr Castanier
Lm r. X° XXI ThPl.t
Jbtblwaietru
ARCHITECTURE FRANÇOISE,!, i y. V,
ïi?
CHAPITRE XXIV.
Defcription de la Maifon de M. Le Gendre d.' Armini , rue des Capucines ,
proche la Place de Louis le Grand.
CETTE maifon fut bâtie , en 1713 , fur les deiïeins de M. de Cotte (a) , pour
M. Le Gendre d’ Armini , Ecuyer du Roi. En 1740 , elle fut acquife par M. le
Marquis d’Antin , & en 1748, M. de Meulan , Receveur Général des Financés,
1 acheta de Madame la Comtefle de Touloufe , comme héritière de M. le Mar-
quis dAntin, fou fils. Ceft toujours M. de Meulan qui l’occupe aujourd’hui, Sc
qui , en 1749 ? Y des augmentations confidérabies , fur les deifeins Sc fous
la conduite de M. Roujfit , (JY) Architecte»
ij Phn au rez-de-chaujfee. Planches I, II & III.
La diftributipn que nous offrons ici , Planches Première & fécondé , eft telle que
M. Le Gendre d’ Armini l’a fait exécuter , fur les deffeins de M. de Cotte. M. de Mcu-
hn , lorfqu’il fit l’acquifition de cette maifon , l’augmenta fi confidérablement , com-
me nous venons de le remarquer, que cela nous a engagé à en donner les nou-
velles diftnbuuons, Planche III; mais avant que de parler de celles-ci, nous al-
Ions examiner les premières.
La Planche Première comprend une avant-cour, fix remifes, deux écuries '
deux cours a fumer, une cuifine, un garde-manger & différens efcaliers pour
monter aux chambres des Domeftiques placées fur ces divers bâtimens ; commo-
dites eiientielles Sc diftribuées d’une maniéré convenable dans un terrain qui , fur
une largeur de io toifes 2 pieds dans œuvre , a beaucoup de profondeur. Au-bas
de cette première Planche , fe voit la décoration de la porte d’entrée de cette
maifon , dont l’ordonnance & la proportion font alfez bien entendues. Cette porte
fe trouve renfoncée dans une tour creufe qui racheté l’obliquité de la rue , &
rend fon axe perpendiculaire avec la direaion du principal corps-de-logis ; pré
caution dont on ufe ordinairement dans cette circonftance , quoiqu’elle foit’con
traire à la régularité des façades des bâtimens formant la décoration des rues d’une
Capitale. On a mis en œuvre le même expédient aux Hôtels de Soübife , de Rohan ,
&c ; mais il y eft plus tolérable en quelque forte qu’ici , parce que le plan de ces
tours creufes fe trouve parallèle à l’alignement des rues. Cette porte a été démolie
(a) Voyez ce que nous avons dit de cet Architeéle ,
.1. I. page 230. Note (u').
0) Pierre Noël Rouffit , Architecte, des Académies
de P lorence 8c de Bologne , né à Paris en i 7 1 2 , eft
peut-erre un des Architectes de nos jours- le plus labo-
rieux & le plus rempli du génie de fa profeflion.
Indépendamment de la maifon que nous donnons ici.
Planche III , cet Architeéle en a fait bâtir une autre ,
rue Vivienne , pour M. Boucher , Secrétaire du Roi. Ce
batiment eft diftribué très-commodement 8c décoré de
fort bon goût, quoique fimple; c’eft auffi lui qui a fait
conftruire les cuifines du Château de Livry : ouvrage
très-important par la coupe des pierres , l’ordonnance de
fa décoration 8c la commodité de fes diftributions. 11
travaille aéluellemenr à la décoration intérieure de l'E-
glife de la Sainte Chapelle, à Paris, qui s’exécute fous
les ordres ; fans parler d’une infinité d’aurres projets pour
différens Particuliers , dont j’ai vû les deffeins , qui an-
noncent le feu 8c l’invention de cet Artifte. Mais ce qui
Tome III.
lui fait le plus d honneur , à mon avis , ce font les projets
des Places publiques , qu’il a fait par ordre de M. k fre^-
vot des Marchands dans les divers quartiers de cette Ca-
pitale , lorfque le Roi ordonna un concours pour fe dé-
cider fur la fituation la plus avantageufe de ce monu-1
ment, & dans le nombre defquels deux pour le Carrefour
de Buffi , & deux pour la Place de Grève . ont été pré-
lentes à Sa Majeilé par M. de Maurepas & par M. le
Prévôt des Marchands , 8c ont reçus dans leur tems les
applaudiffemens de la Cour 8c de la Ville, étant com-
pofes d une grande manière, deffinés avec goûr , 8c diftr:«
bues avec une convenance rélarive à ce genre d’édifi-
ce. Nous aurions défiré pouver donner ici une légère
defcription de ces magnifiques projets ; ma.s la loi que
nous nous fommes preferite de ne parler que à, s édifices
qui font exécutés , ne nous permet pas de nous étendre
fur les diverfes productions de nos Architectes François.
Nous nous contentons feulement d’indiquer leurs princi-
paux ouvrages, lorfqu’ils parviennent à notre connoiffance»
Gg
Mnifoïi <bs
M LtG*.a-
dre.
Maifon de
M.LeGen-
dre.
n8 ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i v. Y.
& reconftruite à neuf, fuivant la direction du mur de face. Son ordonnance aétuelle
eft d’une Architecture plus ferme & d’une proportion moins fvelte. ( V oyez le plan
de cette porte , Planche III. )
La Planche fécondé comprend la grande cour qui eft d’une forme prefque quar-
rée , contre toute idée des régies de l’Art , & eft fuivie d’une autre cour à pans.
Cette fécondé eft incommode en ce que les équipages ne peuvent arriver au
pied des bâtimens , à caufe des deux marches qui en interrompent les fols. Le
pavillon B , qui fe trouve feul au rez-de-chauffée , fait ici un mauvais effet. Au relie
la diftribution du principal corps-de-logis eft affez bien entendue ; mais les pièces
font trop fpacieufes , & le percé du milieu , qui eft mafqué par la cheminée pla-
cée fur le mur de refend qui fépare la falle à manger d’avec la chambre , eft un
défaut dans la difpofition d’un plan ; défaut que nous avons blâmé au Palais Bour-
bon, à l’Hôtel de Touloufe , &c. Les petits pans coupés du côté de la cour doi-
vent auffi être rejettés par les raifons dont nous avons parlé dans le Chapitre pre-
cedent.
La Planche III donne les nouvelles diftributions de cette maifon. Nous venons de
remarquer à l’occafion de la Planche précédente que la grande cour étoit d’une forme
peu approuvée , fe trouvant prefque quarrée ; celle-ci a le défaut d être trop lon-
gue pour fa largeur , mais du moins eft-elle régulière , & l’on peut arriver en voi-
ture jufqu’au pied de l’édifice. On a pris foin de marquer fur cette 1 lanche , par une
feule taille , toutes les nouvelles diftributions , deforte qu’il fera facile de connoî-
tre ce qu’on a confervé de l’ancien bâtiment par ce qui eft gravé à deux tailles.
Nous n’avons point donné les plans des étages fupérieurs , ayant voulu feulement
faire connoître la grandeur du terrain que cette maifon occupe aujourd hui , en
comparaifon de ce quelle en occupoit précédemment. On rencontre affez fouvent
de pareilles additions dans les bâtimens dont nous parlons , mais nous ne les donnons
que lorfque nous les croyons affez importantes pour mériter une place dans ce Re-
cueil , ainfi que nous en avons averti ailleurs.
Elévations du côté de la cour & du coté du jardin. Planche IV.
La Figure Première donne l’ancienne élévation du cote de la cour , prifè dans
la Planche II fur la ligne EF. On y voit la façade du principal corps-de-logis ,
les pans coupés & le retour des pavillons B , C. Ce dernier eft flanqué d’une aile
de bâtiment , dans laquelle font compris les offices , & dont la hauteur mafque
le pavillon auquel elle eft adoffée , deforte que celui B paroit feul au tez-de-
chauffée , ce qui produit un défaut de fimétrie dont nous avons parlé plus haut. Ce
bâtiment a deux étages terminés par une manfarde. Sa décoration en general eft
limple , mais d’une proportion convenable & profilée d affez bon goût. ^
La Figure fécondé préfente l’ancienne élévation du cote du jardin, compofee
d’un avant-corps couronné d’un fronton , 8c de deux arriere-corps qui fe trou-
vent affez en rapport avec l’avant-corps 8c avec 1 etendue 8c la hauteur du bati-
ment. La fimpiieité de cette façade eft louable , bien entendue & très-bonne à
imiter dans une maifon du genre de celle dont nous parlons. La proportion des
croifées , la largeur des trumeaux , la dimenfion & la forme de 1 avant-corps le ref-
fentent de la capacité de l’Architeéle qui en a donne les defleins, 8c qui.agiilant
à cet égard comme Mrs. Boffrand & Cartaud , n’a pas dédaigné de donner fes foins
dans plus d’une occafion pour l’édification des maifons des particuliers ; cette
confidération doit faire fentir à la plûpart des Proprietaires la neceffite d avoir re-
cours aux hommes du premier mérite , lorfqu’il s’agit de mettre la main à 1 œu-
vre dans quelque occafion que ce puiffe être.
ToitfeUe
Cabinet
r. Inltc/uun/v
Chambre
Va/le a manaer
/JnticJa/nlre '
Cabinet
Ji en u Je
K en u Je
nnrae
H eau Je
cl Cm J me
CutJuie
ibu Lïujhei
Grarae ma/iaer
Bûcher
’ une
Ge cour
Nouvelle dutribution de laÆcuoon dedlrle Gendre d lArnum, appartenant aujourd'huy
àÆr de dieu /an , Receveur general des Puiances de /a Lrenendite de Paru .
Jardin ,
’ÏT
Ba/Je
Setter/e
B I
i mmmm
Ecurie
S -
r
Por elle
.Echelle île c
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv.V. irp
Nous ne donnons point les additions de ces façades , ayant été continuées dans
le même genre que celles que nous offrons ici , à l’exception cependant des croi-
fées qui ont été baillées partout , afin de donner plus d’air dans l’intérieur des ap-
partenons ; deforte qu’on a pratiqué des banquettes de fer pour fervir d’appui à ceS
croifées, ce qui, en général, procure à ce bâtiment plus d’élégance dans fa dé*,
coration , mais peut-être moins de févérité dans fon ordonnance.
CHAPITRE XXV-
Defcription de 1 Eglife Paroifjlde de S. Roch , rue S. Honore
CETTE Eglife fut commencée au mois de Mars 1653, furies deffeins de EgiiCe d«
Jacques Le Mercier (a) , un des Architeéles de fon tems qui a le plus érigé S" i4'JCh‘
d’édifices facrés. Louis XIV pofa la première pierre de cette Eglife qui a été depuis
plufieurs fois difcontinuée & reprife ; fon portail fut confirait en 173 6 , fur les def-
feins de Robert de Cotte (b) , premier Architeéle du Roi , & continué par J, les
Robert de Cotte , fon fils , aujourd'hui Intendant & Controlleur des Bâtimens de
Sa Majefté.
Plan de l’Eglife de S. Roth. Planche Première.
Cette Eglife peut être regardée comme une des mieux diftribuées & dès mieux
percées qui fe voye à Paris. Elle eft moins grande que celle (c) de S. Suloice, (la feule
de nos Eglifes Paroiffiales modernes avec laquelle nous puifîions la comparer) mais
elle l’emporte de beaucoup fur toutes les autres de Paris par fon élégance , & par la
maniéré ingénieufè avec laquelle elle eft décorée intérieurement, quoiqu’en général,
nous ne puiflïons applaudir à la plûpart des ornemens qu’on y remarque , ainiï
que nous l’obferverons en fon lieu.
La largeur de cette Eglife, hors oeuvre, eft de 17 toifes , prife dans la croi-
fée , fa longueur totale eft de 5 3 toifes & demi , la longueur de la nef, y com-
pris le choeur, eft de 33 toifes dans oeuvre & fa largeur de 3 toifes 3 pieds, fur
9 toifes 3 pieds de hauteur fous clef. Il eft aifé de voir par ces mefures totales
que ce vaiflèau eft plus petit que celui de S. Sulpice , dont nous allons répéter
les melures pour en faciliter la comparaifon.
La largeur de l' Eglife 'de S. Sulpice Ims œuvre, eft de 23 toifes & demi , fa lon-
gueur totale de 6 O toifes. La longueur delà nef, y compris le chœur, ejl de 41 toifes &
fa largeur de 7 toifes , fur 13 toifes de hauteur fous clef. Cependant il faut convenir
que la Chapelle de la Vierge de l’Eglife dont nous donnons ici la defcription ,
eft beaucoup plus grande que celle de S. Sulpice , quelle eft entourée de bas-côtés
qui fe lient d’une maniéré intéreflànte avec ceux de la nef, & qui en multipliant
la furface pour les Paroilîîens, communiquent très-ingénieufement avec la Cha-
pelle de la Communion , placée derrière celle de la Vierge , & qui fe préfente
en face de l’alignement donnant dans toute la profondeur de l’Eglife jufqu’au
Portail.
Les bas-côtés de cette Eglife ont ici 1 6 pieds & la nef 33 , contre l’ufage or-
dinaire , qui eft de leur donner la moitié , ainfi qu’on l’a obfervé dans la fameufe
(tf) Voyez ce que nous avons dit de cet Archite&e , Tome I. pag. 230. Note (à).
T0™1.1* ^a£e 76- Note (b). (c) Voyez le plan de cette Eglife , Tome II. Chapitfe
(b) Voyez ce que nous avons dit de cet Architc&e , V.
120
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
^Rach Cathédrale de Londres , quoiqu’à l’Eglife de S. Pierre de Rome ils l’oient moin-
dres , la nef ayant 1 3 toiles & demi & les bas-côtés y toifes & demi , ainfi qu’à
Notre-Dame de Paris , dont la nef eft de 6 toifes 4 pieds , & les bas-côtés ,
de 17 pieds, mais qui à la vérité font doubles. (Voyez dans le fécond Volume, Livre
IV, la Planche Première du Chapitre III.) Cependant à S. Sulpice les bas-côtés
font plus larges ayant 24 pieds de largeur , & la nef 41 , ainfi que l’Eglife Cathé-
drale de Strasbourg, dont la nef a de largeur 40 pieds & les bas-côtés 33 ,
&c. (d).
La nef, proprement dite, eft ouverte de chaque côté par cinq arcades féparées
par des piédroits dont la largeur eft à celle des arcades , comme 2 eft à y.
A l’extrémité de cette nef eft la croifée de l’Eglife , dont les deux parties colla-
térales font arrondies par leur plan & voûtées en cul de four. Ce genre de voûte
fimétrife avec l’entrée de la nef & en quelque forte avec le rond-point du chœur ,
où eft placé le Maître-Autel. Cet Autel eft conftruit à la Romaine , deforte qu’au-
dellùs & par l’arcade au-bas de laquelle il eft pofé , on découvre dès l’entrée du
Portail de l'Eglife les Chapelles de la Vierge & de la Communion placées der-
rière. Nous parlerons de la décoration de ces Chapelles en expliquant la Plan-
che fuivante. Nous remarquerons feulement quelles furent bâties, en 1709, par
le fecours d’une Lotterie que le Roi accorda à la Fabrique de cette Eglife. Nous
obferverons auffi que lorfqu’on bâtit le portail , on préfera de placer la tour qui
contient les cloches , à droite, vers le rond point de l’Eglife , parce que , félon le
fentiment de plulieurs , il n’y a que les Cathédrales qui puillent en avoir deux (c) ,
malgré l’exemple de la Paroifle de S. Sulpice , où une lèule tour aurait nui à
la fimétrie du portail, ainfi qu’on le remarque àlaplûparc de nos Eglifes Paroiffia-
les Gothiques , bâties à Paris.
Cette Eglife étant lituée fur un terrain d’une pente afiez confidérable, on s’eft
déterminé à racheter ce talud , en élévant le fol de la nef dé beaucoup au-
delfus de celui de la rue S. Honoré , afin de conferver une aire horizontale à tout
le plain-pied de l’Eglife , ce qui fait par rapport à l’ordonnance du portail un fort
bon effet , qu’il conviendrait de procurer à toutes nos Eglifes. On aurait pû cepen-
dant donner une élévation moins confidérable au fol de l’Eglife dont nous parlons , &
partager cette nouvelle hauteur en deux dans la longueur intérieure de ce mo-
nument , pour éléver le fol du Sanéluaire au-delîus de celui de la nef, com-
me ce dernier doit l’être à l’égard de celui de la rue. En effet les inégali-
tés du fol que nous defirons ici , pourraient caraélérifer en quelque forte d’une
(d) Nous avertiffons que les mefures que nous donnons
ici de ces différentes Eglifes ne s’accordent pas toujours
avec les échelles qui lont au bas des plans. Comme la
plupart de ces Planches ne font pas toujours deflinées bien
fidèlement , elles ne doivent pas fervir de régie. D’ailleurs
les différentes qualités des papiers , fur lefquels font tirées
les épreuves , font qu’ils s’étendent plus ou moins lors
de l’impreffion. Pour éviter ces erreurs , nous donnons la
plus grande partie de ces dimenfions d’après les cottes
des anciens livres & d’après les mefures prifes fur les lieux
qui fe font trouvés à notre portée.
(e) Nous avons confulté fur cette matière non- feule-
ment prefque tous lesAuteurs qui ont écrit fur la forme des
Eglifes , mais encore différentes perfonnesque nous avions
crû pouvoir nous donner les lumières néceffaires, mais mal-
gré nos recherches , nous n’avons pû rien apprendre de
fatisfaifant fur l’ufàge , où l’on femble être , de ne met-
tre deux tours qu’aux Eglifes Cathédrales. On prétend
en général que les deux tours marquent la fupériorité de
ces fortes d’Eglifes fur les autres. Mais S. Sulpice , dont
nous venons de parler, S. Jean en Grève, 6c quelques-
autres, tant dans Paris, que dans les Provinces , dé-
montrent affez évidemment que cette opinion a paru in-
différente. Au relie fi l’ufage ne permet qu’une tour aux
Eglifes Paroifliales , ne feroit-il pas naturel, pour éviter le
défaut de fimétrie , de placer la tour ou le clocher fur le
milieu du frontifpice ; il ferviroit alors à le faire pyrami-
der , ôc «endroit lieu des dômes qu’on introduit quel-
quefois dans les monumens de l’efpece de celui dont nous
parlons, 6c qui devroient être refervés pour les coupoles,
tels qu’à Paris au Val-de-Grace , aux Invalides , à la Sor-,
bonne , aux Quatre Nations , Ôcc.
Si quelqu’un eft plus inftruit que nous fur l’origine
des tours 8c fur la néceffité d’en admettre deux aux tgli-
fes Cathédrales 8c feulement une pour les Eglifes Pa-
roiffales , nous l’invitons avec quelque forte d’emprel-
fement à vouloir bien nous communiquer fes lumiè-
res fur ce fujet , notre deffein étant de nous appro-
cher , dans la compofition de nos édifices , des ufages 6c
de l’efprit de convenance fans lequel l’Architeélure
la mieux entendue d’ailleurs , ne fçauroit s’attirer lefuffra-
ge des Connoiffeurs.
manière
BSI
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. y~
PfUS C°nvenable’ ^ divers ufages & les différentes cérémonies qui doivent ïsIir"f
fe paO-er fur chaque aire. Par exemple le fol de la rue, deftiné aux affaires des S'“''
Citoyens & a des aérions mondaines, doit naturellement être au-deffous du Temple •
e ui de la nef, defline aux Fideles , doit tenir le milieu entre celui de la rue & œlui
du Sanfluaire ; ce dernier enfin doit être le plus élévé de tous. Il eft vrai que ces
differentes élévations du terrain s’obfervent affez généralement dans nos Tc?nples
mais on le fait avec trop peu de «vérité , foit parce que l’on paffe trop légére-
rion d"k Xâm dUOnS T V T imp°mmeS qu’elles foienc’ fo«P^ce que la La-
° j de T PpPa J df nos ESllfes n,e Pe™ec pas cette inégalité de niveau. A fé-
LrrbitJl ? ^ d°nt n°“ ,parlons ’ cette idée devoit venir naturellement à
firln d ae’ "tpar raPP°rta la fituation naturelle du terrain, que parla difpo-
dée nd p£rCfSrqUe laous ^ons déjà «marqué dans fa diftribution (/). Cette
idee nous partit fi conforme à celle qu’on doitfe former d’un lieu Saint qufil eft
étonnant qu on n ait pas cherché jufqu’à prefent, même dans un terrain horizon-
midale danTf te fLL/T pluS impoftn“ -tte élévation py-
réxemnt de crtrZ f Uffée m°nUmenS d°nt ™us parl°ns' Nous avons
FauxbomVslacn ^ ’ qu°T e" Petit > dans l’Eglife des Carmélites du
Fauxbourg S. Jacques , qui employé artiftement dans un vaiffeau fpacieux, feroit
ïa CbSeîleTv6^ ^ ^ U%e d’un poubaffemPent , comme à
la Chapelle de Verfailles, fur lequel s eleveroit un grand Ordre de colonnes au-bas
duquel feraient placées des tribunes ou baluftrades , dont le plain-pied égalerait celui
UnP^jet fci-nt ce fyftême , il m’a para faire très-
rinn inl ' q T determme a engager 1 Auteur à donner au Public cette compofi-
frage adkell“P°- * -ndre digne du Tuf-
Coupe fur la longueur de l’Eglife, prife dam le plan far la ligne AB „
Planche II.
irli^de TUr ^ V°!r k développement intérieur d’un des côtés de Ï’E-
g , I Ro.ch > fur, fa longueur. Un Ordre de pilaftres Doriques , couronné d’un
entablement denticulaire , décore le pourtour de la nef & de la croifée : cet Or-
dre eft exécuté avec allez de pureté. Il eff élévé fur un focle ou retraite de 7
Fn dÎT°n 5 h"troP oonfidérable, qui porte à croire qu’on a déterré
Eglife de 3 ou 4 pieds depuis fon édification. Il eft vrai que cette difformité n’a
paru telle que depuis qu on a fupprimé les bancs qui occupoient la plus grande
parue de 1 aire (g) ; deforte que loin que ce lût une inadvertance de la prt de
vSf}0* a marqué dans la diftribution de ce plan :
1 ianche Première, le nom des principales Chapelles diftri-
buees le long des bas côtés de cette Eglife ; il en eft peu
dont la décoration foit intéreffante , à l’exception de cel-
les de S. André 6c de S. Louis. Elles font pour la plûpart
concédées a differentes Familles du premier ordre , telles
que celle de Court env aux , de Pom-Chartrain , du Pré-
iident de Senozan , Sic. Cette Eglife renferme auffi quel-
ques épitaphes & tombeaux d’un certain mérite , mais en
tfès-pent nombre, quoique plufieurs grands hommes v
ayent leur fepulture. De ce nombre font les célébrés Scul-
preurs , François Sc Michel Anguierre , dont nous avons
pade , Tome II. p. 72. Not. (e). Pierre Mignard , mort
premier Peintre du Roi en 1 6py , dont nous avons par-
lé, Tome II. page 70. Not. (d ) Pierre Corneille , né
à Rouen , mort en 1(184, &c. La facriftie qui fe re-
marque auffi dans cette Planche vient d’être changée de-
puis la gravure du plan. De la cour qui eft à côté; l’on a
Tome 111,
fait une facriftie , ayant couvert cette cour à une certai-
ne hauteur par une lanterne, delorte que cette nouvelle
piece , avec un retranchement pris vers E , détermine la
grandeur de la Sacriftie pour les meffes , & toute la par-
tie F eft deftinée pour la facriftie des ornemens. Nous
obferverons ici que la Chapelle des fonds & celle des maria-
ges marquées a Sel, font trop petites pour une Paroiffe auffi
confidérable , & qu’il feroit mieux qu’en pareille occafion
ces Chapelles fuflênt placées à l’entrée de l’Eglife , &
euflent une principale iffue par le porche extérieur , afi.v
•Hi \r P01nr ^onner l’entrée des Temples pendant la nuit
indiferetementà des perfonnes de l’un & de l’autre fexe.
Or) ^es bancs : etoient un abus qui s’étoit introduit
dans les fiecles précédens , & qui empêchoit les Fideles
qui n en avoient point , de trouver place dans nos Tem-
ples , fans compter que ces bancs nuifoient beaucoup au*
cérémonies de l’Eglife,
Hh
jg?y
it
122
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
sE|^r'Je Le Mercier (comme beaucoup l’ont penfé) d’avoir donné une II grande hauteur
à ces focles , il étoit prudent au contraire d’en ufer ainfi ; autrement ces parties
accefloires auroient mafqué les baies & une partie du fût inférieur des pilaftres.
Pour remedier à ce défaut aéluel, il auroit fallu, lors de la réparation totale de
ce monument , convertir ces focles en piédeftaux ; alors on auroit tenu camus les
profils des corniches & des bafes pour ne pas trop prendre fur la largeur de la
nef, & pour fatisfaire à la largeur des piédroits qui auroient reçu le retour de
ces profils.
Les arcades placées entre les pilaftres font d’une belle proportion , & décorées
au-deïïus des archivoltes, de trophées dans la nef & de Figures dans le chœur,
le tout d’une allez belle exécution ; mais nous obferverons que cette richelfe eft
trop recherchée pour la fimplicité de l’Ordre , & qu’en général il y a trop de fculp-
ture dans cette Eglife , que d’ailleurs elle n'eft pas d’un choix aiïez refervé , & qu’el-
le tient trop de Ta décoration de nos bâtimens civils. On doit chercher dans les
ornemens des édifices facrés des formes fimples & nobles , des fujets graves , de
belles malfes & de grandes parties. Le Val-de-Grace eft fort orné , peut-être même
un peu trop ; mais cette richelfe dont les allégories font rélatives au fujet , plaît & in-
vite à la méditation. Tout y eft grand, noble, majeftueux : ici au contraire les or-
nemens font frivoles : nos veftibules , nos fallons , nos elcaliers en pierre font trai-
tés de la même maniéré , il n’y a de différence que les lymboles , encore dans
cette Eglife ont-ils befoin d’un examen réfléchi pour y être remarqués. Ce font les
fymboles qui doivent impofer dans un Temple , les parties de détail ne font faites que
pour les Connoiiïeurs , & toutes les fois qu’on négligera la majefté dans les maf-
fes , n’efperons pas , quelque profufion dont on falfe étalage , qu’une décoration
puifle s’attirer le fuffrage des perfonnes fenfées. Nous l’avons dit plus d’une fois ,
les ornemens doivent être employés avec ménagement dans les Temples , il feroic
même à fouhaiter qu’on rétranchât la plus grande partie des tableaux dont on
décore le Sanéfuaire & les nefs ( h ) ; l’admiration que caufent aux gens de goût
ces merveilles de l’Art , nuit fouvent à la décence dûe à un lieu Saint. Ces cu-
riofités devroient être placées dans les facrifties de nos Paroifles , dans les cloîtres
des Réligieux, &c. 8c la peinture devroit être rélervée pour les voûtes des dô-
mes & pour les Autels de nos Chapelles. Nous penfons de même des tombeaux:
quelques bien exécutés qu’ils foient , ils devroient être mis dans les charniers de nos
Églifes Paroifïiales , parce qu’attirant naturellement la curiofité des Amateurs de
toutes les Nations , nos Temples qui renferment le plus de ces chef-d’œuvres , font
fréquentés avec quelque forte d’indécence , & qu’on s’éloigne par une admiration
fouvent involontaire du refpeél dû à la demeure du Saint des Saints. D’ailleurs
il faut obferver que pour mettre dans tout leur jour ces merveilles de l’Art , l’on
tombe infenfiblement dans le défaut de procurer trop de lumière à nos Eglifes , con-
tre l’ufage confiant des premiers fiecles , où elles étoienr pour la plupart peu éclai-
rées. Trop d’obfcurité à la vérité eft nuifible, mais trop de lumière dans un Tem-
(/*) II eft vrai que dans la primitive Eglife les Chré-
tiens ont fait ufage de tableaux dans leurs Temples. Eu-
febe dit qu’on y repréfentoit par des fujets coloriés l’hif-
toire des Martirs qui repofoient dans chaque Eglife &
celles de l’ancien & du nouveau Teftament. Vrudence
& AJlerius confirment ce fait ; mais il faut obferver que
ces peintures étoient faites pour les ignorans à qui elles
tenoient lieu de livres , ainfi que le remarque Grégoire
JI. en écrivant à l’Empereur Leon , Auteur des Icono-
claftes. Les hommes & les femmes , lui dit-il , tenant en-
tre leurs Iras les petits enfans nouveaux baptifs leur
montrent du doigt les hijîoires , ou aux jeunes gens , ou
aux Gentils étrangers , ainfi ils les édifient , & élévent
leurs efprits & leurs cœurs à Dieu. Mais aujourd’hui
que nous fommes plus inftruits, & que l’Art de la Pein-
ture eft devenu plus féduifant , il femble qu’on en de-
vroit ufer avec plus de retenue , les fujets coloriés d’ail-
leurs faifant prefque toujours un mauvais effet dans des
monumens conftruits tout en pierre , à la place defquels
on devroit employer la fculpture. On peut facilement fai-
re la comparaison de l’un à l’autre par les tableaux placés
dans les panaches du dôme des Invalides , ou par les bas-
reliefs placés dans ceux du dôme du Val-de Grâce : on
ne parle point ici de l’abus qu’on a fait de la Peinture, de
la menuiferie& de la dorure dans la décoration du Sanc-
tuaire de l’Eglife de S. Jean en Grève & ailleurs.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. Y. 123
pie eft condamnable. C efl ordinairement la fource de la diftraétion qu’on re- E ,.f
marque dans le plus grand nombre. Ce qu’il y a de certain , c’eft que ce grand s- ^ci».
au recueillement. Le Val-de-Grace que je ne puis trop citer, paroît
éclairé d’une maniéré convenable , à l’exemple de la plupart des Temples d’Italie ,
tels que S. Pierre de Rome , la Rotonde , S. Jean de Latran, &c. La Sorbonne, à
1 aiis, au contraire eft fombre & trille, le dôme des Invalides eft trop éclairé, S. Sulpice
me parott tenir un jufte milieu, quoique percé d’un même nombre de croifées que
lEglile dont nous parlons ; mais comme le vailîèau eft plus vafte, la lumière
le répandant dans un plus grand efpace , rend cet édifice plus conforme à notre
“ee ’ Peut_être même feroit-il encore un meilleur effet H la lumière y étoit moins
confiderable.
. ^ a ^etcre A indique la coupe du portail 3c l’aire de la nef, qui eft élévée d’en-
viron fept pieds au-deftus du fol de la rue S. Honoré , comme nous l’avons déjà
remarque. Cette différence de niveau n’eft pas exprimée dans cette Planche à cau-
le du peu de grandeur de l’échelle, mais on l’apperçoit mieux dans la Planche
IV qui donne 1 élévation du fronti/pice de cette Egli/e.
On voit en B , la décoration de la nef percée d’arcades , à travers defquelles on
apperçoit les Chapelles (;) diftribuées le long des bas côtés. Ces Chapelles font
un peu petites en general , mais on obfervera que leurs Autels font placés avan-
tageu/ement (k) pour être apperçus de la nef, & que cette fituation eft plus con-
venable qu au bas des vitraux , à caufe du peu de hauteur que ces derniers lai C-
lent au rétable d Autel, ce qui gêne confidérablement pour la forme de leur com-
polition, &occafionne de petites parties qui ne conviennent jamais dans un grand
vaiifeau , principalement lorfque ces Chapelles font partie de la décoration géné-
r:! e a]nc Eglife Paroiiïïale , telle que 1 Eglile de S. Sulpice , cù on les a placées
ainii. Cette fituation d’Autels n’eft tolérable que dans la Chapelle de Verfailles ,
qui eit un lieu bien moins vafte , & dont les defleins d’ailleurs font d’un goût
exquis , en comparaifon de la forme triviale de la plupart des Chapelles de S. Sul-
pice , dont on ne Içauroit trop blâmer la compofition.
La lettre C fait voir la forme d’une des extrémités de la croifée de l’Eglife ,
dont la décoration chargée de trop d’ornemens , n’eft pas à imiter , ainfi que nous
1 avons déjà remarqué. On y voit une des portes collatérales qui dégagent à la
bute S. Roch, & qui ne fervent que dans les jours folemnels , étant trop reïïèr-
rees par les bâtimens voifins. Au bas de cette porte eft un tambour de menuiferie
qui tient lieu de porche ; piece qu’il feroit toujours nécelfaire de conftruire aux prin-
cipales entrées des Eglifes , les Anciens eh ayant fouvent pratiqué de doubles ,
un extérieur , 1 autre intérieur. Cette obfervaticn , que nous avons déjà faite dans
les volumes precedens , nous conduit infenfiblement à remarquer , à propos des
mai/ons trop voifines de cette ParoilTe , qu’il feroit nécefTaire de limer nos Egli-
les de maniéré qu’elles ne fulTent pas adolfées à des bâtimens particuliers.La première
depen/e a laquelle on devroit fonger , feroit non-feulement de dégager les environs
es Temples , mais encore d’en défendre l'approche par des murs d’appui , ou par
des grêles , ainfi qu’on l’a pratiqué avec beaucoup de raifon & de convenance à
lEglile de S. Paul de Londres, & qu’on fe propofer de le faire à Saint Sul-
pice, rien n’étant plus indécent que d’enclaver le Temple du Seigneur au milieu
(,) Les Chapelles de nos Eglifes cirent leur origine des
chambres ou cellules qu’on plaçoic autrefois le long des
anciennes Eglifes , & qui étoient érigées pour la commo-
dité des perlonnes qui vouloient méditer & prier en par-
ticulier. Audi dans les fiecles précédens ces chapelles
toient-eiles encore fermées par des murailles ou des gril-
es très-peu évuidées, & ce n’eft gueres que depuis le
commencement de celui-ci qu’on a pratiqué de très-gran-
des ouvertures à ces chapelles , qui pour la plupart ne
ferment plus à prefent que par des grilles baffes, com-
me on vient de le faire à l’Eglife de l'Oratoire & ail-
leurs.
00 Voyez la Planche Première de ce Chapitre.
124 ARCHITECTURE FR ANÇOISE, Liv. V.
Igii(èj, des maifons habitées indiftinélement par toutes fortes de perfonnes. Il feroit auflî
S. Koch. à propos d’éloigner les Eglife du paifage des voitures & des cbarois , furtout
dans une grandeVille comme Paris , où ils interrompent ordinairement le fervi-
ce divin par le bruit & l’embarras qu’ils occafionnent , & accoutument le peu-
ple à palier au pied de ces monumens fans aucun refpeét (I). Les précautions né-
celfaires pour remedier à un pareil abus , occuperoient fans doute beaucoup de
terrain ; mais dans une grande Ville il faut des places publiques , des carrefours
fpacieux , des dégagemens & des percés proportionnés à fon opulence. Certainement
ce feroit dans ces occafions qu’on les devrait mettre enufage, & préférer à toute
autre circonftance l’application de ces efpaces , qui en décorant la Capitale , four-
niroient au peuple Chrétien un motif d édification , 3c latisleroient aux loix de
la convenance.
La lettre D donne la décoration du choeur qui eft percé de neuf arcades dans
fon pourtour & fermé de grilles , deforte que le fervice divin fe fait en preien-
ce des Fideles , ce qui eft contraire à l’ancien ufage , le peuple réunifiant aujour-
d’hui fa voix à celle du Clergé. Ce Chœur eft fepare de la croifee de 1 Eglile
par une grille , au bas de laquelle font pofées les Halles qui forment un retour
d’equerre de chaque côté au pied des deux premières arcades. Le coffre d’ Autel
eft placé en E , on en voit ici la coupe ( m ). Il aurait pû être plus élévé, ainfi que nous
l’avons déjà remarqué. Au-deftùs de cet Autel à la Romaine, eft une arcade qui
laide appercevoir dès l’entrée de l’Eglife les Autels des Chapelles de la Vierge
6c de la Communion , marquées H, K, 3c qui par la meme railon auroient pû etre
plus élévées , étant détachées du corps de l’Eglife.
Au-defiùs de l’Ordre Dorique qui régné dans tout l’intérieur de cette Eglife ,
fe voit la coupe de la voûte en plein ceintre , qui eft ornée d arcs doubleaux en-
tre lefquels font des croifées formant lunette. Ces arcs doubleaux font enrichis
d’ornemens 3c élévés fur des piédeftaux , interrompus dans 1 ouverture des vitraux ,
afin de laiiïèr plus d’elpace à ces derniers ; cette interruption à la vérité don-
ne une belle proportion aux croifées , mais elle procure peut-etre une lumière trop
confidérable à cette Eglife.
Au-deflüs & au milieu de la croifée fe voit la calotte en cul de four ; les
panaches de cette partie fupérieure font ornés de bas-reliefs qui repréfentent les
quatre Evangeliftes ; enfin fur toute la longeur de l’Eglife on voit au-defiùs le dé-
veloppement de la charpente du comble pratiqué en croupe dans fes deux ex-
trémités.
La lettre F indique le retour circulaire des bas côtés qui régnent au pourtour de 'a
nef & du chœur , & qui dans cet endroit communique par une grande ouverture ce
28 pieds dans la Chapelle de la Vierge marquée G , laquelle eft de forme elliptique*,
& qui , comme nous l’avons déjà dit , fut bâtie en 1709' La décoration de cette Cha-
pelle confifte en deux Ordres de pilaftres , l’un Corinthien , 1 autre Compofite , éle-
vés l’un fur l’autre. Ce dernier, d’une proportion Attique 3c couronné d une corni-
(1) Voyez ce que M. \’ Abbé Fleury rapporte à ce fu-
jet dans fon livre des mœurs des Chrétiens, pag. 178: ou-
vrage excellent , Sc qu’à bien des égards on ne fçauroit
trop lire.
(w) Cet Autel eft placé ici deforte que le Célébrant
& le Peuple font tournés vers le Nord, contre l’ancien ufa-
ge , qui eft de le placer à l’Crient , ainfi qu’on l’a pref-
que toujours obfervé dans nos Eglifes Gothiques , telles
que font S. Paul, S. Gervais, S. Jean en Grève , S.
Euftache, les Carmélites, & S. Sauveur; confidération
pour laquelle fans doute on a adoffé le chevet de cette
derniere Eglife au principal portail de cette Paroifle. Il
eft vrai que dans plufieurs autres Eglifes anciennes & mo-
dernes , il femble qu’on ait négligé cette fituation ; car
l’Autel de l’Eglife de S. Jacques du haut Pas eft expofé
au couchant , celui des Invalides & des grands Jéfuites
au midi , les Minimes au Nord , comme l’Eglife dons
nous parlons, & c. quoique les rits des Anciens ayent
prononcé d’une maniéré confiante à cet égard. La dif-
pofition des rues peut avoir contribué à cette négligence ;
mais , ainfi que nous venons de le remarquer , comme il
feroit à défirer que nos Eglifes fulTent environnées de pla-
ces qui lailfaffent un libre efpace autour d’elles, ce moyen
fi néceffaire &fi utile par lesraifons que nous avons rap-
portées, fourniroitl’occafion de fituer convenablement les
rétables d’ Autel.
clie
ÀRCHITECTUR E F R A N Ç O ISË , L ,
che archîtravée , reçoit urnTgrande voûte conftruite en charpente , recouverte de
plâtre que Ion décoré aujourd'hui de peintures («). Le rétable d’Autel de cette S’Roch'
Chapelle va etre reconftruit à neuf : plufieurs habiles Sculpteurs en ont fait des
modèles, &il paraît que l'on va choifir celui qui aura le plus d’analogie avec le
Vierge!16 P ’ a“ plaf°nd » & 4“ ^préfente l’Affomption de la
La lettre I fait voir la décoration intérieure de la Chapelle de la Communion
qm eft d un plan prefque fpherique. On y arrive par les bas côtés circulaires pra-
tiques autour de la Chapelle de la Vierge * qui ont leur ilTue par ceux qui Ré-
gnent autour de la nef & du chœur. ( Voyez le Plan , Planche Première de ce
SmÏefi?ueLefe r ^ deCOrée de P'laftres d’0rdre Compofite >
entre lefquels font places trois vitraux , qui lui procurent un très-grand jour
quoique, relativement a fon ufage particulier, elle eût dû être moins e'clairéfr. Au’
dellus des pilaftres rogne une corniche Compofée & ornée de modillons : au-deff
fus de cette corniche eft un plafond en calotte très-furbaiffée. Ce plafond doit
etre auffi peint, lorfque celui de la Chapelle de la Vierge fera achevé.
Coupe de l'Eglife de Saint Roth , prife dans le plan fur la ligne CD,
Planche III.
^Cette coupe eft delà même ordonnance que la Planche précédente. Elle offre
r0nd~P01,nt de lEglife> °ùeftplacé le Maître-Au-
lf cLeûf dëSL C 61 ^T. Mde ouverte’ qui ^ voir le vitrail de
la Chapelle de la Communion placée a l’extrémité de cette Eglife • c’eft nOUr
cet e raifon que nous avons déliré plus haut qu’on eut élévé pyramidalement non-
feulement le coffre d Autel de cette Chapelle , mais auffi celui de la Chapelle de
la Vierge, lime entre le retable du Maître-Autel & celui du S. Sacrement afin
que des 1 entre du portail, on eut apperçû d'un feul coup d’œil ces trois Autels
ce qui auroit produit un effet bien pluscapable d’infpirer delà contemplation aux Fi-
dèles , & d exciter en eux le defir d'aller vifiter ces monumens divers qui faute
d’être apperçus , font ignorés par la plupart. ’ q » taMe
ies Piédroits 5“ f°ûd,e™ent les panaches de la voûte de la croifée
de 1 Eglife, & aux deux cotes de la grille qui donne entrée au chœur, font de
petites Chapelles qu on va enger à neuf, & pour lefquelles on a déjà fait plu!
fleurs modelés qui font aélueliement expofés en place. Au refte , en fuppofant qÜ’on
faffe choix des meilleurs, il eft a craindre, quelque bien qu'on faffe ceSP Chapelles
quelles ne forment de trop petites parties, quelles ne nuifent à l’effet total &
qu elles ne mafquent une des pairies inférieures del’Ordre Dorique, appliqué comœ
les piédroits qui portent le dôme. Bien loin de multiplier ces Chapdlel comm!
on les a marquées dans le plan , Planche Première , il feroit à défirer au co“
le qu on les y fupprimat. On doit s'apercevoir de leur peu de fuccès dans f
que toutes nos Eglifes de Paris : Notre-Dame, S. CernTain l'AuxÜrois , S. £<
(n) Ce grand morceau s’éxécute usuellement par M.
, o" ’ ^ ,Académle R°yal= . & premier Peintre de M.
le Vue d Orléans qui en a déjà fait une efquilTe en petit
& des Etudes de la grandeur de l’exécution, lefquelles'
je font attirées le fuffhge des hommes du premier mérite.
Néanmoins la modeltie de ce célébré Artifle l’a fait s’op-
poier a 1 envie que nous avions de parler avec éloge ,
non-feulement de cet ouvrage important , mais enco-
re de les autres gavantes produétions ; deforte que
lemelll.
nous nous trouvons forcés , par égard pour lui, d’attendre
a une autre occafion pour nous étendre fur le fume & fur
les beautés de détail des Peintures de cette voûte. Nous
ne pouvons cependant nous empêcher d’àllurerque lorf-
que ce grand Ouvrage fera achevé, à en juger par eu
qu il y en a déjà de fait , il ne cédera en rien J ce qui fe
trouve d execuce dans ce genre par nos plus habiles Pein-
tres h rançois.
: - ... '
» ;
ah
"’t Li
W
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Sgiifede tache , &c. font autant de preuves de ce que j’avance. Il n’y a guéres que S. Sul-
pice où l’on n’ait pas fuivi ce mauvais exemple : il eft vrai que le Maître-Autel
de cette ParoifTe eft à l’entrée du chœur, & qu’il n’auroit pas été convenable de
placer de petites Chapelles fi près du principal Autel , mais en général je perfifte
à croire que dans quelque occafion que ce puifte être , il ne faut pas embarralfer
l’entrée du Sanétuaire , & que les Chapelles rangées le long des bas côtés d’une
Eglife , fuffifent; encore faudroit-il prendre foin de pratiquer des corridors parti-
culiers ou des couloirs , comme on l’a obfervé dans l’Eglife des Prêtres de l’Ora-
toire , pour le dégagement des Chapelles & la communication des perfonnes à qui
elles appartiennent. (Voyez ce que nous avons dit à ce fujet au Chapitre X. de
ce Volume , page y J. )
Portail principal de l’Eglife de Saint Poch du côté de la rue Saint Honoré.
Planche IV.
Ce Portail eft élévé de quatorze marches au-dellùs du fol de la rue Saint
Honoré : ce feroit un avantage confidérable pour ce frontifpice , s’il avoit un
point de diftance plus éloigné. Les Connoiffeurs font partagés fur l’ordonnance
de fa décoration & fur l’eftime qu’ils en doivent faire. Les uns , à la faveur du
mouvement qu’on remarque dans Ion plan , le regardent comme un des beaux
ouvrages modernes qui foient à Paris dans ce genre. Les autres le rangent au
nombre de ces produélions qui font trop peu févéres pour le frontilpice d un édi-
fice facré , & trouvent qu’il eft d’ailleurs chargé d’ornemens aifez mal entendus.
Nous allons , rélativement aux obfervations qui accompagnent les monumens dont
ce Recueil eft compofé , expofer auffi notre fentiment , fans prétendre cependant ,
comme nous l’avons dit ailleurs , qu’il falfe loi , & fans aucune intention d afïoi-
blir la réputation de l’Architeéle , n’ayant pour but , dans les obfervations que nous
allons faire , que d’inlpirer un véritable amour pour les beautés répandues dans
ce Portail , & d’avertir en même tems des licences qu’on doit éviter dans la com-
pofition de l’ordonnance d’un pareil édifice.
Il eft certain que l’Ordre Dorique eft employé avec convenance dans ce
frontifpice. Sa virilité eft du reiïort des édifices facrés , & il eft toujours bon de
l'annoncer dans l’ordonnance de la décoration extérieure d’un monument tel que
celui dont nous parlons ; car il eft à remarquer qu’il ne fuffit pas de lui donner une
fclidité réelle , mais il faut encore qu’elle foit vifible & apparente. La forme en plein
ccintre de la porte principale au rez-de-chaulfée eft auflî préférable aux portes
quarrées ou bombées qu’on voit dans la plupart de nos Eglifes , tant anciennes que
modernes. Nous ajouterons que les pilaftres placés à l’entrée de ce Portail, font
imités des anciens Temples , & qu’ils peuvent réufhr dans bien des occafions. Nous
nous réfervons cependant de difcuter dans Ion lieu , leur application 8c la manié-
ré de les mettre en œuvre : enfin nous obferverons que le fronton triangulaire de
l’extrémité de ce frontifpice eft placé convenablement , & que , comme nous 1 a-
vons remarqué ailleurs , on ne devroit jamais les multiplier dans un même Portail
d’Eglife.
Après avoir fait l’éloge de toutes les parties qui condiment les beautés de ce
frontifpice , examinons préfentement quelles font les licences qu’il auroit fallu y
éviter. Ce fronton , dont nous venons de louer la fituation , a le defaut d etre ce
qu’on appelle à reflàut : il n’y a que le larmier & la cimaife de fes corniches ram-
pantes , qui foient direétes , l’entablement horizontal faifant retour fur 1 entre-
du milieu , deforte que d’en bas la faillie du fommet de
ce fronton paroît énorme , le point de diftance étant très - peu confidérable.
ARCHITECTURE ERA NÇOISE, Liv. V.~
Ï27
Cette grande faillie ne doit fe bazarder que dans le cas où l’on peut apperce- EEiir' <■'
voir de fort loin la partie fupérieure d’un frontilpice; encore eft-il contre l’ori-
gine des frontons Sc la fèverite des réglés de 1 Art de découper un couronnement
de cette efpece par fon plan , malgré l’exemple de plulieurs anciens édifices Sc
le fentiment de quelques modernes qui les ont imités. ( Voyez ce que nous avons
dit à propos des frontons dans notre Introduction , Tome I. page 104. ) D'ailleurs
les armes que le tirnpan de ce fronton renferme , font maffives à l’excès 3 & fer-
vent à rendre tous les autres ornemens de ce Portail d’une petitclfe extrême , étant
en outre mal imagines , poftiches Sc fans beaute. Nous avons déjà remarqué dans
le premier Volume, page i9i , qu’il ne faut faire parade qu’avec beaucoup de
circonlpeéfion des armoiries dans le frontifpice d’un édifice facré, parce qu’on
ne doit allier que le moins qu il eft poflible les attributs de la vanité humaine
avec les fymboles du Chiiftianifme. Nous ajouterons ici que fur les corniches ram-
pantes de ce fronton font placées des figures afiifes , qui malgré l’exemple de la
plupart de nos batimens François , n en font pas moins contraires aux régies de
la convenance. Ces ftatues devraient être placées debout , ainfi qu’on le remar-
que dans prefque tous les monumens antiques ; d’ailleurs des figures pofées fur
des bafes inclinées , produifent toujours une fituation contraire à la vraifemblan-
ce , quoiqu on les ait fuppofees ici des Anges : fiélion qui paroît peu févére &
contraire à la majefté qu on doit obferver dans les parties accefloires d’un édifice
facré.
Ce fronton , ainfi que fon entablement horizontal, eft foutenu par des colon-
nes Corinthiennes ifolées. Cet Ordre , qui eft ici d’une afTez belle exécution , pa-
raît oppolé à la progreflîon qu on doit obferver , lorfqu’on éléve plufieurs Ordres
les uns au-defTus des autres; c’eft-à-dire qu’y ayant un Ordre Dorique au-defTous,
U aurait fallu mettre un Ordre Ionique à la place du Corinthien , les proportions
extremes du folide au délicat étant contraires à l’ordonnance de la bonne Archi-
teélure Sc aux loix du bon goût , quoiqu’on en ait ufé ainfi depuis au Portail des
Prêtres de 1 Oratoire. Quelquefois au lieu de l’ionique , Sc pour éviter l’élégance
du Corinthien, on employé le Cotnpofite , qui eft ordinairement plus mâle &piüs
nourri , ainfi qu’on le remarque au Portail des Minimes , au Château de Clagny,
&c. D’ailleurs nous obferverons que les axes des colonnes de l’Ordre Corinthien
dont nous parlons , portent en retraite fur .celles de delfous , principalement celles
des extrémités qui font arriere-corps , deforte que lorfqu’on regarde ce Portail
fur fon profil , ce défaut d’à plomb fait un effet défagréable. Il eft moins vicieux
a la vérité que fi elles eufient porte a faux , mais c’eft toujours une licence plus
ou moins condamnable en Architeélure , que de 11e pas conferver une direélion
intime entre les parties fupérieures & les inférieures.
Le focle qui foutient ces colonnes eft trop peu élévé. Il auroit dû avoir la
hauteur d’une baluftrade , non-feulement à caufe que la faillie de la corniche de
1 Ordre Dorique eft allez confiderable , mais âuffi parce que l’ouverture placée dans
1 entie-colonnement Corinthien a la forme d’une porte &non d'une croifée , qui pouf
cette railon fembloit exiger un appui évuidé en forme de baluftrade.
Les confoles renverfees qui tiennent lieu d’arcboutans à cette partie fupérieure
du Portail font d un goût mefquin , & s’allient on ne peut pas plus mal avec
les piedeltaux des angles qui foûtiennent les deux groupes , repréfentant les qua-
tre, Peres de lEglife. Ces Groupes, ainfi que les figures du fronton, font fcul-
ptes de la main de Claude Francin , de l’Académie Royale de Peinture & de Sculp-
ture. D’ailleurs la hauteur de ces piédeftaux fert à anéantir celle du focle qui
foutient les colonnes , & forme un mauvais effet dans les retours collateraux de
frontilpice,
<*
I2g ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
ïgUfed» a 1 egard de l'Ordre Dorique , le mouvement du pian que nous avons dit être
S Rod’' applaudi par plufieurs , apporte ici une irrégularité dans la diftribution des mutules
& des métopes , dont la fimétrie néanmoins fait un des principaux mentes de 1 en-
tablement de cet Ordre. C’eft pour cette raifon que les Anciens obfervateurs feru-
puleux des régies de l’Art, n’employoient cet Ordre que dans des plans de forme
reétangle , ayant toujours tâché d’éviter les retours angulaires rentrans , a caufe
des difficultés prefque infurmontables qui empêchent d’ajufter d une manière pre-
cife les intervalles des caffettes & As mutules, d’où dépend abfolument la beau-
té de l’Ordre Dorique, & fans laquelle , comme nous l’avons remarque ailleurs,
cette ordonnance n’a aucun mérite. En effet les efpaces inégaux des intervalles
mutulaires ne peuvent donner qu’une fauffe idée de la conftruéhon , & présen-
tent un défordre direélement oppofé au mot d’Ordre, qui certainement doit
offrir un affemblage régulier de plufieurs parties , lefquelles reunies enfemble
foient capables de compofer un tout fimétrique , noble, majeftueux & împolanc.
Cet Ordre , dans ce frontifpice , préfente bien d’autres licences que nous ne pou-
vons rapporter ici fans quelques figures particulières ; nous n’aurions pas négligé
fans doute de les donner dans ce Chapitre , fi, comme nous l’avons déjà annonce ,
nous ne nous étions refervés de traiter à fond des Ordres dans le huitième Volu-
me de cet Ouvrage, où nous renvoyons. Nous y rappellerons la négligence avec
laquelle cet Ordre eft exécuté , non-feulement dans ce frontifpice , mais dans prel-
que tous nos édifices d’ordonnance Dorique. , „
La porte en plein ceintre du milieu de ce monument au rez-de-chauflee eft
trop fvelte pour le caraétere viril de l’Ordre Dorique qui y régné. Le claveau , au
contraire , eft trop maffif, & l’efpace qu’il contient , eft mal rempli par les deux
petits Génies tenant lieu d’agraffes. Les arcades feintes qui renferment dans une
portion elliptique les portes collatérales , & qui font de la meme dimenfion
que celle du milieu , font tout-à-fait mal imaginées , aulli-bien que la Sculptu-
re placée fur les impolies, qui non-feulement font compofees de trop pentes par-
ties pour occuper un auflî grand efpace , mais qui font poftiches , mal amenées , Sc
qui ne fe fentent point du tout de ce caraétere noble qui doit annoncer le ffon-
tifpice d’un Temple. Les trophées des petits entrecolonemens de 1 Ordre luperieur
& de l’inférieur font dans le même cas , auffi-bien que le couronnement de l’arcade
Corinthienne , les candélabres , les fleurons, les confoles renverfées,&c , tous ces
ornemens , quoique d’une affez paffable éxecution & fculptés par Louis do Mon-
tsan , Sculpteur de l’Académie de Saint Luc , étant placés fans choix fans prudence
& fans aucun rapport avec l’Architeélure. _
Les pilaftres Doriques des extrémités de ce Portail, & qui, comme nous 1 a-
vons remarqué , font placés dans le goût des Anciens , différent cependant des
exemples qu’ils nous en ont donnés, en ce qu’il n’admettoientees pilaftres qu aux par-
ties angulaires de la muraille qui fermoit l’intérieur du Temple , qu ils appclloient
Colla , & qui pour l’ordinaire étoit entourée de plufieurs colonnes ifolees , formant
des ailes ou galleries. (Voyez Vitruve & les Temples différens qu’il décrit, page
6o , jufqu’à la 72 , fécondé Edition. ) D’ailleurs comme ici ce pilaftre eft extérieur,
& qu’il fe trouve feul à chaque extrémité & accouplé d’une colonne , quoique
naturellement les pilaftres femblent mieux porter l’entablement dans fon retour ,
il convient de mettre toûjours deux pilaftres enfemble , ou enfin deux colonnes
accouplées , lorfque dans toute une ordonnance on en a fait choix de preference.
En effet les colonnes réufliffent mieux que les pilaftres , ces derniers compoient
une Architeélure moins avantageufe que les colonnes , à en juger par la façade
du Louvre du côté de la riviere , comparée avec le pénftile du meme batiment
du côté de S. Germain l’Auxerrois. C’eft donc avec juftice que plufieurs blâment
1 accouplement
**»»*«>« .1—,
Lio. T ' N û. XX T^f P 1,^
Pian, et Elévation.- chc Portail de tEqiure de S -Ho ch, ,
et soiur ia, conduite dco J\Tono'icur'~
ba-ty en, J J O) 1 • •ruf' l&r deto-eui+r de Eforuneur de Costco
Gabriel yremiem -d rchitectei du, P oy .
A R C H I T E G T U R E F R A N Ç O I S E , L i v.
l'accouplement du pilaftre avec la colonne qu’on voit ici ; cette demiere étant en-
gagée , & autorifant par là le retour de l’entablement , qui annonçant un corns
léparé , devoir être abfolument compofé de deux pilaftres ou de deux colonnes ,
mais plutôt de deux pilaftres dans ce frontifpice , parce que par là on aurait laifle
dominer l’avant-corps , & l’on aurait évité le reflaut dé l’entablement des extré-
mités de ce Portail. Il s’enfuivroit peut-être de cette obfervation qu’on aurait dû.
fupprimer les colonnes placées à chaque côté de l’avant-corps ; mais comme elles
régnent dans toute la hauteur de l’édifice , & quelles fervent à nourrir cette par-
tie dominante du Portail , qui fans elle ferait devenu trop haut pour fa largeur ,
il convenoit de les y laiifer , mais de fouftraire feulement celles des angles , mal-
gré la fimétrie quelles procurent aux portes collatérales, qui par ce moyen font
accompagnées de chaque côté par une colonne. Cependant comme ces pilaftres
propofés dans les angles forment , pour aïnfi dire , des corps féparés , pour éviter
ces retours d’entablement & l’accouplement d’une colonne avec un pilaftre , il
aurait été préférable qu’ils eulfent formé un arriere-corps , qui aurait procuré plus
de repos à toute cette ordonnance ; trop de mouvement dans l’Architeélure n’étant
pas en général du raifort d’un frontifpice du genre de celui dont nous parlons.
Nous finirons en obfervant qu’à propos de ce mouvement , il eut été aufii plus
convenable de fupprimer le renfoncement du milieu de l'entablement Dorique ;
une platebande fans renfoncement eût été plus fiera & plus conforme à la virili-
té de l’Ordre , & aurait empêché l’étranglement que forment les deux retours de
fa ^corniche. D’ailleurs parce moyen cet arriere-corps n’auroit pas monté de fond
julqu’au-deiïous des cimaifes angulaires du fronton , qui par là paraît trop étroit,
& qui auroit réuffi beaucoup mieux s’il eut feulement pris nailfance fur l’enta-
blement Dorique , n’approuvant les reffauts que dans l’entablement Corinthien ,
parce qu’ils lui appartiennent comme à un Ordre délicat , ou dans un Ordre Compo-
fite que nous avons déliré plus haut que l’on fubftituât au Corinthien.
Nous ne donnons point dans ce Chapitre les élévations des Portails collatéraux
de, cette Eglife. Il n’y a guéres que celui du côté de la rue neuve S. Roch qui
mérite quelque attention, celui du côté du clocher, prefque enclavé dans les maifons
particulières qui font près de cette Eglife , eft très-peu de chofe , & n’eft pas
meme fini. Un grand foubalfement couronné d’un plinthe , forme tout le rez-de-
chauffée de ce frontifpice. Au-defliis s’élève un Ordre de pilaftres Corinthiens
dont les chapiteaux ne font pas encore fculptés. Cet Ordre eft couronné d’un en-
tablement d’un profil affez médiocre ; au-delfus eft un chéneau de plomb , &c.
A l’égard de celui du côté de la rue neuve S. Roch , il eft compofé de deux
Ordres d’Architeélure , l’un Dorique, l’autre Ionique. Les chapiteaux de celui-
ci font d’une compofition plus finguliere que belle & imitent trop la me-
nuiferie. Au-deflus régné une corniche architravée d’un aifez beau profil & cou-
ronnée d’un fronton triangulaire ; l’Ordre Dorique eft diftribué avec beaucoup
d’exaéhtude , aulfi a-t’on évité les accouplemens. D’ailleurs fa corniche eft fans mu-
tules , ni denticules , & eft profilée très-camus. La frife eft néanmoins enrichie de
triglifes & de métopes bien fimétriques. Enfin cet Ordre , quoique peu févére ,
n’eft pas fins mérite, & nous n’héfiteronspas d’avancer qu’à certains égards, il nous
paraît préférable, malgré fa fimplicité , à toute la richelfe du frontifpice principal de
cette Eglife. c L
Tlçli/c cî*
S. Roctn
Tome 111;
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
I
130
CHAPITRE XXVI.
Defcrip'tion de V Hôtel de No aille s , rue .V. Honore
Hotd je E T Hôtel fut bâti , fur les deffeins de M. De Lajfurance ( a ) , pour Henri
iwies. Pujfort , Confeiller d’Etat , Oncle du célébré M. Colbert. A fa mort , en 1 697 ,
ce fut Pierre Vincent Berlin, Receveur général des parties cafuelles, qui l’acheta. Après
le décès de ce dernier , arrivé en 1711 , fes héritiers le vendirent à Adrien Maurice ,
Duc de Noailles , Maréchal de Wance , qui l’occupe aujourd’hui , & qui y a fait
faire quelques changemens dans les bâtimens , & replanter à neuf le jardin , fur les
delfeins de M. Charpentier , Architeéle ( b ).
Flan du rez-de-chaujfée. Planche Première.
Cet Hôtel eft peut-être un des plus grands bâtimens que nous ayons à Paris
dans ce genre, fans excepter l’Hôtel de Touloufe , celui de Soubife,& même
celui de Louvois , dont nous avons parlé précédemment. De grandes pièces ma-
gnifiquement décorées , ornées de tableaux & richement meublées , compofent les
principaux appartemens du rez-de-chaufiee , dillribués dans un corps-de-logis
femi-double entre cour & jardin. Du côté de la rue font difpofées les dépendan-
ces de ce vafte Hôtel , aufiî-bien qu’aux deux côtés de la grande cour. Sur la
droite elt un bâtiment particulier , nommé le petit Hôtel de Noailles , dans lequel,
au rez-de-chauflee , fe trouve un appartement privé qui communique au grand
Hôtel. Quelques obfervations que nous allons faire , donneront à' connoître les
parties qui peuvent être admifes dans la diftribution en general , & celles qu il
faut éviter dans la difpofition du plan d’un Hôtel de l’importance de celui dont
nous parlons.
La cour principale , de dix toifes & demi fur douze toifes cinq pieds , paroît
trop petite pour une aullt grande maifon. Cet efpace, qui dans toute , autre occa-
fion feroit fuffifant , ne l’eft pas ici , non-feulement à caufe de la trop grande
élévation du bâtiment , mais à caufe de la forme variée de fon plan qui ne doit
jamais être imitée , un grand bâtiment devant s’annoncer par des déhors réguliers ,
vaftes, aérés & d’une heureufe difpofition. Il étoit aifé cependant d’éviter ce dé-
faut , ou en donnant moins de profondeur au porche A , ou en avançant le prin-
cipal corps-de-logis de quelques toifes fur le jardin qui eft affez fpacieux ; il eft
d’ailleurs diftribué ingénieufement , & orné de bofquets , baffins, treillages, parterres
ainfi que de quelques belles ftatues de M. Falconnet , un des habiles Sculpteurs mo-
dernes de l’Académie Royale, j
A l’égard de la forme variée de la cour , nous obferverons que les tours ron-
(a) Voyez ce que nous avons dit de cet Architeéle ,
T. I. pag. 232. Not.tf.
(h) Jean Charpentier naquit en Brie , en 17 Indé-
pendamment de l’Hôtel de Noailles dont nous parlons ,
& où il a fait, depuis 1740 , des augmentations affez con-
fidérables, telles que les jardins qui ont été plantés à neuf,
la Chapelle au rez-de-chaulfée, le cabinet qui la précé-
dé, 6c c , cet Architeéle a fait éléver, en 1 7 $■ o , un bâti-
ment , rue neuve S. Roch, dont la première pierre fut
pofée le 19 Octobre de la même année, & qui fut entiére-
mentnnien 1772; fans compter plufieurs exce liens projets
pour cette Paroiffe , qui s’exécuteront dans la fuite ; une
autre maifon particulière dans la rue S. Honoré , vis-à-vis
l’Oratoire , &c. Cet Architeéle a prouvé aufli fon expé-
rience & fa capacité dans les mécaniques par un moulin
à bled d’une conftruétion finguliere , qu’il a fait exécuter
pour M. le Maréchal de Noailles, à fa terre de Maintenon ,
avec tout le fuccès imaginable. Il a de même donné des
preuves de fon bon goût pour la décoration intérieure
dans les revêtiffemens de feize appartemens de Maître ,
qu’il a fait conftruire à neuf pour M. le Duc de La V nl-
liere, dans fon Château de Champ , dont nous parlerons
dans le fixieme Volume de ce Recueil.
ARCHITECTURE F RAN ÇOI SE , L i v. V. ï3t
des & la tour creufe qui s’y remarquent, & que quelques Architectes regardent
comme une marque de génie , ne doivent néanmoins jamais être préférées aux
formes totalement quadrangulaires ou reétangles. Le Château de Vincennes , le
Luxembourg, à Paris, les Invalides , l’Hôtel de Carnavalet, Sic. font des autori-
tés louables , la fimplicité dans les formes & la proportion en général ayant feules
droit de plaire en Architecture ; & iï quelquefois on fe permet des formes circu-
laires dans les cours , ce ne doit être que dans les côtés oppofés au principal corps-
dc-logis , ainfi qu’on l’a pratiqué par une forte de nécellité aux Hôtels de Sou-
bife , de Rohan , de Matignon , de Noirmontier , de Roquelaure , ou par d’autres
confidérations particulières, comme aux Hôtels de Lambert , de Beauvais, de Bi-
feuil , &c. (Voyez ces bâtimens dans les Volumes précédens. )
Au fond de cette cour eft un périftile ouvert par cinq entre-colonneméns. Ce pé-
riflile donne entrée à droite à un grand efcalier , à gauche dans une antichambre -,
& par le milieu dans une faile des gardes , fervant , à proprement parler , de premier-
ré antichambre : défaut que produifent ordinairement les bâtimens fimples , ainfi
que ceux qui ne font que femi-doubles. Je dis défaut , car il eft certain , comme
nous l’avons remarqué ailleurs , que les antichambres , les falles des gardes , les
falles à manger & les autres pièces de cette efpece ne doivent jamais faire partie
des enfilades principales d’un bâtiment , parce que celles des maîtres fe trou-
vent alors interrompues dans leur alignement. Cet inconvénient peut fe re-
marquer ici dans 1 enfilade BC , qui eft indiftinétemenf traverfée par une chambre
à coucher , des antichambres , des cabinets & une Bibliothèque. A propos de
cette derniere, nous remarquerons qu’il aurait été à délirer que cette enfilade eut
pafte par le milieu de la Bibliothèque , ce qui étoit poftible en donnant à
cette piece ( qui n’a qu’un étage & qui a été bâtie après coup ) moins de faillie
fur le jardin , & faifant la petite gallerie , placée derrière , moins profonde. En ef-
fet , il n’y a point de doute que lorfqu’il s’agit de la difpofition des pièces d’un
appartement , la première attention d’un Architecfte , foit qu’il le compofe à neuf,
foit qu’il y faffe feulement des additions , doit être d’obferver les loix générales de la
diftribution. Or certainement la première loi de la diftribution confifte non-feu-
lement dans les enfilades principales , mais auiïi dans la direétion régulière de ces
mêmes enfilades ; donc il auroit été elfentiel que la ligne BC eut paifé par le
milieu de la bibliothèque , & que la cheminée , au lieu d’être en face des croi-
fées , fût à l’extrémité de l’enfilade. Il eft vrai que ces fortes de pièces ne doivent
pas effentiellement faire partie de l’enfilade d’un appartement ; mais comme il fe
pourroit , ainfi qu’on l'a obfervé ici , quoiqu’alfez imparfaitement , que cette biblio-
thèque dans une autre occafion fervît de gallerie de tableaux , &c. il étoit alors im-
portant de la difpofer de maniéré que dans tous les cas fon axe répondît à l’en-
filade générale.
Toutes les pièces du côté du jardin, ainfi que nous l’avons déjà remarqué,
font grandes , fpacieufes , décorées avec magnificence , & contiennent des ta-
bleaux des plus excellens maîtres ; mais comme ce corps-de-logis eft femi-dou-
ble , & que la dignité du Propriétaire exige une fuite d’appartemens confidéra-
ble , on n’a placé aucune chambre à coucher de ce côté , on en a pratiqué
feulement de privées, l’une du côté du petit jardin, marquée D, l’autre dans
le petit Hôtel donnant fur le jardin E. Cette derniere eft accompagnée de piè-
ces de commodités , & dégage dans le grand appartement par la' petite gallerie
dans l’enfilade de laquelle , vers F , on a pratiqué une nouvelle Chapelle dans une
partie de la petite cour ; deforte qu’à la place de la croifée G, on a ouvert une
porte qui lait voir 1 Autel dans toute la profondeur de cet appartement. Cette
13S ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
1 Chapelle & le cabinet font éclairés par des jours de coûtume fur le mur mitoyen.
Le tableau de delfus l’Autel eft de Champagne , le plafond eft peint par Brunetti ,
Sc les figures en grifaille font de Parocel, le Neveu , le tout fous la condui-
te de M. Charpentier , Architeéle. Derrière ce petit appartement eft placé un ef-
calier , où l’on entre par la cour du petit Hôtel de Noailles , qui contient au pre-
mier étage le logement de M. Le Maître , Treforier des fortifications , & au rez-
de-chau(Iee du côté de la rue, une écurie , des remifes , une cuifine , &c.
Du côté du petit jardin D , & en face de la chambre en niche , eft pratiquée
une falle des bains , que l’on a augmentée d’une garderobe aux dépens de la petite
cour H. Cette piece communique à la chambre en niche, ou à découvert par le
petit jardin , ou à couvert par la falle à manger des Officiers , fervant d'anticham-
bre. On n’a point exprimé ici cette nouvelle garderobe , ni les cloifons de la cham-
bre en niche , ces additions étant peu importantes , & le plan que nous donnons
étant fort anciennement gravé.
Nous avons trouvé dans ce plan la cour principale trop petite ; les baftè-cours
font dans le même cas. Il en réffilte un défaut de falubrité dans tout cet Hôtel ,
principalement dans les logemens des Officiers de cette Maifon. Sans doute que
par là on a mis à profit plus de terrain , mais cette confidération n’eft pas fuffi-
fante , un grand Hôtel devant fuppofer un grand emplacement , fans quoi l’on
s’écarte des loix de la bienféance , les dépendances d’un grand édifice devant an-
noncer l’importance du Propriétaire.
Nous n’entrerons point ici dans le détail des diftributions des bâtimens des
cuifines , ni des écuries : les noms écrits dans ce plan les indiquent allez. Nous
rappellerons feulement ce que nous avons dit plus d’une fois , touchant la néceffi
fité de pratiquer des baffe- cours particulières pour les différens départemens d’une
maifon confidérable , en faifant enforte quelles ayent des forties dans les déhors.
On n’a point obfervé cette régie dans la diftribution de cet Hôtel à l’égard des
cuifines & offices , ce qui nuit confidérablement à la propreté de la grande cour
& au coup d’œil des Maîtres , à caufe du palfage continuel des gens fubalternes qui
vont & viennent de la cour principale dans les cuifines.
Plan dit premier étage. Planche II.
Le principal corps-de-logis au rez-de-chaulfée étant compofé , pour la plus
grande partie , d’appartemens deltinés aux audiences publiques & à la fociété , on
en a pratiqué dans celui-ci de propres à l’habitation , & d’autres de parade. On y
arrive par un allez bel efcalier , quant à la décoration , car nous ne pouvons nous
difpenfer d’obferver qu’il eft un peu roide , les marches ayant peu de giron &
trop de hauteur. D’ailleurs fa cage eft petite , & fes quartiers tournans produifent
des collets qu’il faut fçavoir éviter dans un efcalier principal. A l’égard de fa
décoration, un Ordre de pilaftres Corinthiens , difpofé fimétriquement , fait fon
principal ornement. Cet Ordre eft couronné d’un entablement régulier , dont les
moulures font ornées de Sculpture d’un travail d’alfez bon goût , auffi-bien que
les trophées & les agrafes qui font diftribués au premier étage dans le
pourtour de fa cage. Cependant comme cet efcalier en général eft peu éclairé ,
la beauté de fon exécution ne laiffe pas que d’y perdre beaucoup ; de forte qu’à
l’exception de fa fituation avantageufe , étant piacé à droite , & de fa décoration
dont la richeffe eft analogue à l’importance du bâtiment , on ne peut applaudir à
fon peu d’efpace , ni à fa forme , qui aurait été mieux reétangle. Cette figure
plus régulière auroit auffi produit plus de grandeur & plus de dégagement à l’ef-
calier , & procuré à la cour une décoration extérieure beaucoup. plus grave , en
évitant
ARCHITECTURE
évitant les tours rondes , que nous avons déjà remarqué apporter dans ce plan un
contralto qui n’eft jamais tolérable dans un grand édifice'/ où les corps reâilignes
doivent être abfolument préférés. 1 °
Cet efcalier, par un grand palier , communique d’un coté à une terrmTe prati-
quée fur le périftile du rez-de-chauffée , & de l’autre dans une grande anticham-
bre qui conduit à une falie du dais, de là dans une chambre de parade fucce
dee d’un grand cabinet , nommé cabinet des glaces, cette piece étant ornée avec
une grande magnificence, auffi-bien que celles de tout cet étage. Nous obferve-
rons cependant que la plupart pêchent contre la proportion qui leur convient
i La grande antichambre eft trop fpacieufe pour la grandeur de l’efcalier & pour
celle de la lalle du dais : on auroit pû la partager en deux, & l’aopartement de
parade en auroit paru plus vafte. 2”. La forme oblongue de la falie du dais a
obl.ge de pofer le dais au-deffus de la cheminée fur un des murs de refend ’cê
qui paraît contraire à la bienféance , malgré l’exemple de l’Hôtel de Soubife ’ où
l’on remarque la même inadvertance. 3°. La chambre de parade, nommée ainil
parce que le lit eft enferme dans une baluftrade , eft d’une forme contraire à la
proportion de ces fortes de pièces , qui doivent toûjours être plus profondes crue
larges & jamais quarrees. ( Voyez ce que nous avons dit dans l 'Introduction , Tome I.
concernant la dimenfion des différentes pièces d’un appartement.) A l’égard du grand
cabinet, fa forme eft plus indifférente , mais nous remarquerons que faute d’avoir
une antichambre qui donne entrée d’une maniéré convenable à la chambre à cou
cher placée dans l'angle de ce bâtiment, on eft obligé de paffer par cette belle
piece pour y arriver; défaut qu’on ne peut éviter que dans les bâtimens doubles
triples , &c. ,
Derrière la chambre à coucher dont nous parlons, eft une chambre en niche
femblable a celle du rez-de-chauffée, Ces pièces font d’autant plus néceffaires à
ménager proche un appartement décoré avec quelque magnificence , que ce double
appartement fert de retraite, & eft fouvent habité de préférence , parce qu’il eft
plus, chaud en hyver, & qu’il conferve le grand appartement dans un état de pro
prete. On arrive a cet appartement double par un efcalier particulier qui monte
de fond en comble & qui communique au grand efcalier de l’antichambre A on-
ia terraffe du coté de la cour. Près de la grande antichambre dont nous
avons parlé , eft pratiquée une Chapelle , & fur les bâtimens des baffe-cours
lont dntribues des logemens pour les Officiers & pour les Domeftiques auff-
bien que dans les entrefols, mais dont la plûpart font affez fombres , ayant delà
remarque que les baffe-cours font trop petites pour procurer un air falubre à tous ces
difterens logemens. Pour éviter un défaut auff. effentiel dans une grande maifon
d aurait fallu fupprimer ici le petit Hôtel, qui compofe un petit bâtiment parti’
effiler , & dont le terrain auroit été mieux employé dans une toute autre dif-
Elévation du côté de la rue. Planche III,
Nous, ne remarquerons dans cette élévation que la porte principale qui den^
ne entrée au grand Hôtel, le refte de cette façade étant d’une Architèéhire
allez médiocre, ce qui arrive ordinairement dans nos plus belles maifons à Paris ,
depuis quon a pris le parti delever les principaux corps-de-logis entre cour &
jardin, afin deloigner le Propriétaire du bruit tumultueux que produifent ordi-
nairement les grandes Villes Cette confidération , en faifant le bien des Particu-
liers, nuit effentiellement a la décoration extérieure, & produit un effet contrai-
re a une forte de fimetrie qu’il ferait bon d’obferver au moins dans les rues pria-
opales & dans les quartiers les plus fréquentés d’une Capital
Tome IÎL 1 ' j j
£6*
Hôtel de
Noailles.
i34 ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E, L i y. V.
L’ordonnance de cette porte , qu’on dit être du deiTein de Jean Richer ( c ) , eft
compofée d’un Ordre Ionique , furmonté d’un Attique & couronné d’un fronton.
Cette porte, dont le fommet eft bombé , eft accompagnée de chaque côté
d’une colonne formant avant-corps , avec un pilaftre qui lui fert d’accou-
plement. L’architrave de deffus eft continuée d’une colonne à l’autre , ce qui
donne à cette ordonnance un caraétere de fermeté que Jean Richer a obfervé
dans quelques-unes de fes productions , ainfi qu’on peut le remarquer dans deux
maifons décrites dans les Chapitres I & V de ce Volume. La frife dans l'éxe-
cution eft droite & non bombée comme elle fe voit ici, & contient l’infcrip-
tion fuivante :
HOTEL DE NOAILLES.
La corniche a des modillons , & eft profilée très-correctement ; on remarqué
rarement cette correction dans les autres façades de cet Hôtel , ce qui nous per-
fuade en quelque forte que cette porte eft d’un autre Architecte que le refte
du bâtiment. L’Attique de delïus paroît un peu élévé : fans doute ce qui a dé-
terminé à cette hauteur, eft le grand intervalle des pilaftres Ioniques de delfous ;
d’ailleurs le fronton fans cette élévation auroit paru trop écrafé , de maniéré que ce
qui dans toute autre occafion auroit été une licence condamnable , eft devenu ici
une néceffité prefqu’abfolue. On doit conclurre de là , que lorfqu’on examine un
bâtiment, il eft bon de l’envifager fous diftérens points de vue, & de penfer
en même tems , qu’un Architecte eft fouvent forcé de fe prêter aux différen-
tes circonftances qu’exige fon ordonnance en général , principalement lorfqu’il lui
en revient un bien réel pour la dimenfion des malfes de fon édifice , & qu’aucu-
ne des parties n’en paroît altérée fenfiblement. Nous obferverons même que cet
Attique ainfi élévé , autorife en quelque forte le fronton qui le couronne ; autre-
ment ce genre d’amortiffement ne peut aller avec un Attique , que nous avons re-
connu dans notre lntrodutlion être un Ordre fort irrégulier.
Les croifées du rez-de-chauffée , à côté de cette porte , font d’une bonne pro-
portion & d’une aiïèz belle ordonnance. Il étoit feulement plus convenable que
leurs fommiers fuflent de niveau à celui de la porte principale ; cette inégalité de
hauteur étant toujours un vice plus ou moins condamnable dans une Architeélure
régulière. Cette licence ne fe rencontre ici fans doute que parce que l’appui de
ces croifées , qui éclairent des pièces fubalternes , devoit être élévé un peu au-
delfus du fol de la rue , afin que la vue des dedans fût défendue aux dehors ;
mais cette confidération n’eft que particulière, & une raifon de cette efpece ne
doit jamais contribuer en rien au défordre des façades. En pareil cas il vaut mieux
fe déterminer à changer toute fon ordonnance , le grand art dans l’Architeélure
confiftant à arranger d’une maniéré convenable la néceftité intérieure avec la décora-
tion extérieure , fans oublier les loix de la folidité , foit réelle , foit apparente. Nous
finirons en remarquant que ce que nous trouvons de moins tolérable dans cette
élévation, c’eft la maigreur des corps de refends, l’exceffive hauteur delà baluf-
trade qui couronne l’ Attique , & au contraire le trop peu d’élévation du focle ou
retraite qui le foûtient.
(c) Voyez ce que nous avons dit de cet Architeéle au
commencement de ce Volume , pages 3 & 1 7. Quelques-
uns prétendent que cette porte eft du deflein de Jran Ma-
rot , Archituéte, qui avoit , dit-on , donné originairement
les defteins de tout cet Hôtel. Ce qui eft de certain , c’eft
qu’on trouve dans Les Delices de Paris , Planche 122 ,
une élévation de l’Hôtel de Puffort , portant le nom de
Jean Marol ; mais il fe pourroit bien que ce fut un projet
qui n’a jamais été exécuté , ainfi qu’une infinité d’autres
bâtimens qui compofent fes œuvres , & qui font feule-
ment de fon invention 3 fans avoir jamais été érigés.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Elévation du cote de ta cour , oppofée au principal corps-de-logis.
Planche IV.
nns avoir égard aux façades des bafle - cours qui le remarquent fur cette HéttiJè
Planche, ni à celles du petit Hôtel, nous ne parlerons que de l’élévation qui fait
face au principal corps-de-logis , & qui a la même ordonnance que les ailes du
bâtiment, fituées aux deux côtés delà grande cour, celle des baiTe - cours étant
d’une Architedbre trop indifférente & même d’une décoration trop négligée
pour en faire mention ici. Il eft vrai que ces baiTe - cours n’étant pas vues de& la
principale entrée , il étoit peu important d’affecTer de l’uniformité dans leurs fa-
çades , cependant cette raifon ne devrait jamais faire qu’un Architeéte fe négligé
dans fes compofitions : tout ce qu’il produit devant fe reifentir des régies du^ bon
goût , meme dans les parties les moins apperçûes en apparence de fon bâtiment ;
mais revenons a la partie qui nous intérelîe. Nous ne pouvons nous difpenfer de
remarquer que rélativement au peu d’efpace de la cour , cette façade eft trop élé-
vee. Il eft important de ne jamais faire les murs ou les bâtimens en lace des prin-
cipaux corps-de-logis d’une certaine hauteur , autrement les appartemens font trif-
tes, lorfqu’on y eft totalement privé de la vûe des dehors; en un mot il faut
qu’une manon, deftinée à la réfidence d’un grand Seigneur, ait des cours fpa-
cieufes'ou des bâtimens peu élévés , pour que l’air que l’on y refpire foit pur;
cl ailleurs cette grandeur que nous délirons , annonce d’une maniéré plus pofitive
la magnificence d'un Proprietaire. Ce qui contribue ici à rendre encore cette cour
fort reuerree , c eft la neceflite dans laquelle on s’eft fans doute trouvé d’élé-
ver le mur A de toute la hauteur du bâtiment , à caufe de fa fimétrie avec l’aile
B . circonftance allez embarraftànte , Sc qui a dû coûter beaucoup , mais qui étoit
indifpenfable , vû la difpofition totale du bâtiment.
A l’égard de l’ordonnance de cette élévation , elle n’eft pas fans beauté , étant
profilée d’une aflèz grande maniéré, mais en général , on peut remarquer que l’avant-
corps C & les pavillons D,D font d’une proportion trop fvelte , pendant au con-
traire que celles des arcades du rez-de-chauifée font trop maflives. Nous obfer-
verons auffi que les piédroits de ces arcades font ornés de refends , genre de dé-
coration qui ne va point avec l’impofte qui les couronne , ni avec les archivoltes
qui retournent horifontalement fur ces derniers , & dont les intervalles ornés de
tables rentrantes, forment un contrafte qui ne peut être admis dans la bonne Ar-
chiteéture. Cependant il faut convenir qu’il régné un afTez beau fimple dans toute
cette façade & un certain caraflere viril , dont on jugera beaucoup mieux dans
la Planche fixieme , parce qu’étant de même ordonnance & vûe de face , il fera
plus aifé d’en comparer les rapports généraux & la fubdivifion des parties.
Elévation du principal corps -de- logis du côté de la cour .
Planche V.
Nous avons déjà blâmé la trop grande hauteur des bâtimens précédens eu
égard à la grandeur de la cour. Celle de cette façade eft cependant encore plus
coniide râble , ayant non-feulement un étage Attique de plus, mais un comble
d’une élévation outrée , de forte que ce dernier paraît anéantir par fa capacité
toute l’Architeélure de deJous , qui d’ailleurs fe trouvant compofée de beau-
coup de petites parties , ne femble avoir aucun rapport avec les malTes de cet
édifice.
Hôtel de
arc II I TECTU-R E F R AN Ç O IS ë, Liv. V.
135 - —
Ce n’eft pas qu’on ne puiife remarquer quelques beautés de detail dans cet-
te façade , mais comme le premier plaifir que doit faire un batiment confille
dans l’enfemble général & dans le rapport du tout aux parties & des parties au
tout, il eft certain que c’eft manquer ellTentiellement aux principes de 1 art, que
de négliger dans un édifice cette analogie intime dans la fimilitude des membres
d Architecture qui le compofent , & qui feule a droit de former cet unillon , cet
accord & cette harmonie , qu’un Archite&e habile doit fçavoir raffembler dans
toutes fes produirions. , -, .
A propos de quelques beautés de détail, nous obferverons que 1 Ordre Dori-
que qu’on voit ici eft exécuté avec alTez de pureté, & que fon entablement
compofé eft ingénieux & d’un allez bon profil , mais les colonnes qui le foutiennent,
font d’un troo petit diamètre pour la hauteur du bâtiment ; on en peut dire au-
tant de rionique , de l’Attique , &c. D’ailleurs les colonnes Doriques qui forment
le périftile ( efpece d’ordonnance qui réullit toujours bien ) fe trouvant enclavees
entre deux corps d’Architeiure d’un genre abfolument different , ne peuvent p ai-
re à l’examen: de maniéré qu’on peut dire en général , que maigre le fucces des
colonnades , il faut fçavoir quelquefois fe priver de cette décoration , lorlque
le refte de l'édifice , par économie ou autrement , ne peut repondre a cette or-
L’Ordre Ionique, comme nous venons de le remarquer, eft non-feulement
trop petit , mais la terralTe qui eft au-devant mafque la plus grande partie
de fa hauteur , ce qui le fait paroître égal à l’Attique de dcffus , & ccrnp oie une
décoration irreguliere qui bien loin d’annoncer une Arcbitefture noble & ma-
jeftueufe , telle que doit l’être celle des façades d’un grand Hôtel , n eft pas me-
me tolérable dans les façades d’une maifon particulière L entablement de
cet Ordre eft modillonaire , mais il eft profilé d’un goût mefqum & camus. En-
fin l’ordonnance de cette élévation a quelque chofe de fec qui ne previem pas , &
qui , joint à fa hauteur prodigieufe , détourne le fpeélateur de 1 idee qu il^devroit
fe former de l’importance de ce bâtiment.
Les pavillons A , B , qui flanquent cette façade , font d’une décoration trop
étrangère à fon ordonnance. Leurs amortiflemens C , C , font mal difpoles &
chétifs. Ils n’annoncent point l’ étude , rien n’indique ici l’etendue de I ima-
gination de l’ Architecte. U falloir des croifées , on a percé les murs de face;
des corniches , on a fait des profils. La difpofition du plan a détermine es for-
mes extérieures, on s’y eft aftiijetti , fans prévoir ce qui en refulteroit : cela arri-
ve tous les jours. Je n’ai pû faire autrement, dit on ; le Proprietaire, les dedans
m’ont gêné : enfin quelques confidérations particulières fervent d’autorité. On s ex-
cufe , on donne des raifcns , le bâtiment s’élève , & ce n’eft que lorfqu il eft
entièrement fini qu’on s’apperçoit , parce que tout le monde le publie, qui
n’eft bâti ni fuivant les régies de la convenance , ni fuivanf les principes du
S°Cette digreflion fans doute ne fait pas l’éloge de nos bâtimens François , mais
il eft cependant certain qu’elle convient à beaucoup de ces erniers , prmcipa
lement au bâtiment dont nous parlons, qui exigeoit que l’Architeélure fut régu-
lière , refléchie , & que l’Architeéle y fit de fon côté ce qu’il devoit, pour repondre
par fa capacité à la confiance du Seigneur qui le mettoit en œuvre.
Nous ne parlerons point des bâtimens qui accompagnent cette principale fa-
çade, ils font d’une Architeaure trop négligée, &, comme nous lavons remar-
qué plus haut, n’étant point apperçus de la grande cour, ils font en general affez
indifferens. r .
Loupe
ARCHITECTURE
FRAN Ç O ! S E ,
Coupe fur la longueur du bâtiment. Planche VI.
„ <:e£je ?lanc!ie, nous donne à connoître le développement extérieur d’un des
cotes de la grande cour, l'intérieur du corps-de-logis fur la rue, & celui du côté
du jardin. Nous obferverons , a l'égard des dehors , que les différens corps d’Ar-
chitecture qui compofent le pourtour de cette cour, exigeoient, à caufe de fon
peu detendue, beaucoup plus d’uniformité dans leur décoration, au lieu qu’ici
aile A , le pavillon B & l’avant-corps C forment autant de morceaux d’Architeaure
variée , laite pour aller d’autant moins enfemble que plus la cour eft petite , moins il
falloit s ecarcer d une forte de fimétrie. On a pris foin , à la vérité , d'annoncer ces
differentes parties par des corps plus ou moins élévés , qui , en quelque forte , don-
nent un airpyramidal a l’édifice ; mais comme il n’y a pas une diltance fuffifante dans
la cour pour remarquer ce genre de beautés , ce qui feroit un mérite eifentiel dans
toute autre circonftance , ne fert ici qu’à apporter de la confufion dans l’efprit du
opectateur ; tant il eft vrai que ce qui réuifit bien dans une occafion , fait un ef-
fet contraire dans toute autre : raifon pour laquelle il faut qu’un ArchiteHe foit
muni d une expérience confommée pour appliquer les réglés de fon Art , félon
la diverfite des batimens qui font confiés à fes talens.
Nous ne rappellerons point ici la forme des arcades de i’aîle A , nous en avons
par e , page 1 3 y. Nous ne dirons rien non plus de la décoration intérieure des
appartemens de ce grand Hôtel , les compartimens des lambris n’étant point ex-
primes ans cette Planche , mais l’on fe louviendra qu’en décrivant les plans du
rez-ae-chaullee &du premier étage, nous avons annoncé qu’ils étoient d’une
tres-grande magnificence, ornés de fculpture, de tableaux, de glaces, de bron-
zes , de meubles de prix, &c. °
Façade du côté du jardin. Planche VII.
. La Proportion des Ordres de cette façade eft la même que celle de la Planché
cinquième , d’où il eft aifé de conclure qu’ils parodient encore plus chétifs que du
cote, e a cour , le jardin étant beaucoup plus vafte Sc plus aéré , de forte que cette
partie effentielle de l’Architeaure ne fe manifefte en rien ici. C’êft pour cette
raifon que nous avons plus d’une fois recommandé la fuppreifion des colonnes &
des pilaftres dans un édifice de moienne grandeur, ne produifant pour la plûpart
<JUp c Pet:Ites parties , Sc qui par cette confidération ne devroient être employés
raiionnablement que dans les maifons Royales , les monumens facrés , les édifices
publics, &c.
Nous remarquerons aulfi que la largeur de l’avant-corps eft de beaucoup trop
conliderable pour les arnere-corps , qu’il aurait été mieux de fe contenter feulement
de celui qui foutient le fronton. Par-là on aurait donné plus d’étendue aux der-
niers & le comble ferait devenu moins large & moins élévé. On aurait pii aufll
uppnnici es mansardes , genre d’ordonnance peu convenable à la décoration
de leipece du batiment dont nous parlons, malgré l’ufage qu’on envient de faire
au faims Royal ( ainfi que nous l’avons remarqué dans ce Volume , pave 4.6. ) Par
ces. differentes fuppreffions , les Ordres dont il eft queftion auraient paru moins
petits , la grandeur reelle des parties fe jugeant ordinairement par la compa-
rai on e ce e des malles, quoiquen général, comme nous venons de le re-
marquer , ce loit un abus plus ou moins condamnable que de faire ufage des Ordres
XsTr mtImeM de P£U d’étendue> Principalement lorfqu’on ne les rend paS
' M m
|f : " . }
h:,».’1'
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Hoiei Je continus dans toute fa longueur, quelque raifon qu’on prétende avoir d’ailleurs
de vouloir marquer l’avant-corps par quelque richelfe particulière.
Nous ne pouvons regarder d’un meilleur œil la forme des portes du rez-de-
chaulfée de l’avant-corps , qui auroient dû être en plein ceintre & difpofées dans
de plus grands entre-colonnemens. D'ailleurs ces portes font trop fveltes pour l’Or-
dre Dorique, & n’ont aucune analogie avec la proportion des arcades du rez-
de-chauflee des arrieres-corps , qui n’étant que feintes , auroient dû être de mê-
me forme & de même grandeur que celle du milieu. Il eft encore aifé de remar-
quer le défaut d’analogie qu’ont enfemble les croifées & les portes de cette fa-
çades , lefquelles étant toutes dilfemblables , forment un contralle nuifible à l’unité
de ce bâtiment.
Les profils de cette élévation font beaucoup plus négligés que dans toutes les
autres parties du bâtiment ; les ornemens y font d’ailleurs poftiches , placés fans
choix , & bien loin enfin de pouvoir être propofés comme une autorité , ils doi-
vent au contraire être cités comme autant d’exemples à éviter.
La façade de la Bibliothèque marquée A , quoique moins effentielle ( étant
entièrement féparée de celle dont nous venons de parler par une charmille de
douze à quatorze pieds de hauteur, ) n’eft pas non plus à imiter. Des croifées
courtes , des tables chantournées, des buttes, &c. forment en général une ordon-
nance qui n’eft pas recevable , & qui annonce , à plus d’un titre , le défaut de ju-
gement , de principes & de goût de l’Architeéfe qui l’a fait éléver.
Cia/n bre
Chambres
acoucher
CrrcuicL Cabinet
AnJÀcJxarnbre
Cabinet avec
en niche.
■ll.l/f.l-r,
I Cabinet
' C hatnbree
dnticluimhre
mec
Chambre-
Chambre-
ci Coucher
'hcunbre
Cabinet
C namb
Plan bu premier étaae de [Ho-Hel de-JToa
TZki’ation du câ te de la Caitr, du caryrade tay/ûf J'u.
la. / ~ue, dit /relit Ha rte l de Ha aille a .
Elévation de LU d tel de NoaiUeo du co-fte de La
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
CHAPITRE XXVII.
Defcription de l Eglife des Filles de l' Ajfomption , rue Saint
Honore'.
'E Couvent , de la Réglé de S. Auguftin , fut fondé en 1622 , par l’union que
fit le Cardinal de la Rochefoucault des biens de l’Hôpital des Audrie'ttes à cette r.Aaimf’
Mai Ion. Pendant environ 48 ans , ces Filles n’eurent qu’une petite Chapelle dans ‘
1 endroit ou ell iituee 1 Eglife dont nous allons parler. Ta première pierre de
cette Eglife fut pofee au mois dAoût 1670, & elle fut achevée en 1 C~jC , fur
les deifeins de Charles Errard (a). Nous ne dirons rien ici des bâtimens de l’in-
térieur de ce Couvent, notre objet eft feulement de donner la defcription de
l’Eglife , dont l’entrée eft libre aux Connoiffeurs , & dont l’Architeaure & dif-
ferens ouvrages de peinture qu’elle renferme y méritent quelque attention.
Plan de l’Eglife. Penche Première.
Cette Eglife confifte dans un dôme circulaire de 10 toi fes, 2 pieds & un quart
de diamètre, dans œuvre , fur 17 toifes , 4 pieds de hauteur, fous clef, précédé d’un
porche du côté de la cour. Ce monument peut être comparé à celui de la Vifita-
tion , rue S. Antoine , dont nous avons parlé dans le fécond Volume , page 1 3 1 ,
avec cette différence néanmoins que ce dernier a été bâti fur les deifeins de Fran-
çois Manfard, dont le nom feul fait l’éloge, & qu’il eft beaucoup plus régulier,
d une Architeélure plus grave , & d’une proportion en général beaucoup plus fatis-
inlante , quoique d’une grandeur moindre que celui dont nous parlons , n’ayant
que 7 toiles, un pied de diamètre, fur 13 toifes, 2 pieds d’élévation. Ceoen-
dant , maigre la différence qui fe trouve entre ces deux édifices , nous remarque-
rons les beautés qui fe rencontrent dans celui-ci , en en faifant obftrver les médio-
crités , fans partialité & fans autre motif que la perfeélion de i’Architeélure , à la-
quelle on ne peut arriver abfolument que par l’efprit de comparaifon.
Il eut été fans doute plus intéreffant , pour parvenir à ce but , que les édifices du
même genre fe fuffent trouvés dans le même volume de cet Ouvrage, mais nous avons
rendu compte ailleurs des raifons qni nous ont forcé d’en ufer autrement. C’eft
pourquoi nous renvoyons le Leéteur aux autres Tomes pour les bâtimens que
nous citons, dans le deffein de ne pas renverfer l’ordre des quartiers de cette
Capitale , & pour donner par là occafion de parcourir ce Recueil avec plus de
fruit & avec une attention moins fervile. r
(a) Charles Errard, Peintre & Architefle; naquit
a Nantes , en 1 606. On ignore les particularités de
la vie de cet Artifle : tout ce qu’on en fçait depo-
fitif, c’eft qu’il a peint le dix-feptieme May qui fut
donné à l’Eglife Cathédrale de Paris , en 1 1545-. Ce ta-
bleau reprélente S. Paul guéri de fon aveuglement , 8c
baptifé par Ananie. M. Errard étoit un des douze Anciens
qui fe réunirent, en 1648, pour former l’Académie de
Peinture & de Sculpture , que le Roi honora enfuite de fa
proteélion en lui accordant un Reglement & des Lettres
Patentes pour fon établilfement. Quelque tems après, en
1 666 , Sa Majefté ayant établi une autre Académie de
Peinture, à Rome , pour perfeétionner les jeunes Artilles
qui ont gagné le premier prix de Peinture, de Sculpture,
ou d’ Architeélure 3 dans celles de Paris , M, Errard , qui
étoit alors Reéleur de l’Académie, furchoifi pour être
le Direéleur de cette nouvelle Académie , à Rome , & il y
pafla le relie de fa vie , à l’exception d’un voyage de deux
ans qu il fita Paris en 1673. Ce fut pendant ce long féjour
en Italie , que cet iiluüre Artifle fit mefurer 8c deffiner fur
les lieux les plus beaux morceaux d’Architeélure des Maî-
tres modernes de fon tems , pour en former une efpece de
fuite au Para/le/e cP Architecture deM.de Chambra v; mais
la mort le furprit avant qu’il pût faire aucun ufage des ma-
tériaux qu il avoir amalïes pour cette continuation. Nous
donnerons dans le huitième 8c dernier Volume de cet
Ouvrage , une grande partie de ces Ordres d’Architcélu-
re , ainfi que nous l’avons promis dans notre Profpeftus ,
publié en 1770. M. Errard mourut Direéleur de l’Acadé-
mie de Rome , en 1 68<p , âgé de 83 ans»
140 ARCHITECTURE FRA N Ç O I S E , L r v. V.
rAiï'o.r'd' Nous avons fait fentir ailleurs lanécelîîté des porches à l’entrée des Temples.
lion. a'P L’ufage qu’en ont fait les Anciens , ainfi que l’exemple que nous en fourniiTent
la Sorbonne & S. Sulpice, à Paris, nous ont fervi d’autorité. Ainfi quand on
ne trouveroit que cette partie elfendelle dans le monument dont nous parlons ,
il mériterait de la confédération. Ce porche au relie eft bien difpofé , d’une allez
belle ordonnance & d’une proportion qui n’a rien de chétif. A l’égard de l’in-
térieur de l’Eglife, elle eft vafte , fimple , noble & ornée avec la retenue qui
convient : enfin la difpofition extérieure de cette Eglife ne laitlè rien à défirer
qu’une cour moins petite & une fituation plus avantageufe , afin que l’entrée de
1 Eglife pût fe trouver en face de celle de la cour. Mais, nous l’avons obfervé plus
d’une fois , tous nos édifices de quelque importance pèchent par la fituation (b).
Les grandes Villes font fujettes à ces inconveniens. Une infinité de confidérations
particulières arrêtent, déterminent & font palfer par dellus cette première loi
de l’Architeélure. Nous remarquerons même que dans l’état prefent où fe trou-
ve cet édifice , la cour , toute mal difpofée qu’elle nous paroît , eft encore plus
irrégulière , les murs A , B , qui fe trouvent ici parallèles & ornés avec fimétrie
n’étant qu’une fuite du premier projag qui n’a pas encore été exécuté, & dont
on peut juger l’ordonnance de la décoration dans une vûe perfpeétive faifant partie
de l’Œuvre de Marot , dont les Planches que nous donnons ici ont été tirées ; on
en voit auffi un partie , marquée A , dans l’élévation géométrale repréfentée fur
la Planche troifieme de ce Chapitre.
Dans cette Planche I". eft exprimée une partie du chœur des Religieufes , qui a de
longueur 60 pieds , & dont le plafond a été peint par Charles de la FoJJ'e. On y voit auilî
les Sacriflies intérieure & extérieure , & une tribune au rez-de-chauifée , apparte-
nante à Mademoifelle Alexandrine , Fille de Madame la Marquife de Pompadour ,
qui y eft aéluellement penfionnaire , auffi-bien qu’un parloir particulier pour cet-
te Demoifelle.
Elévation extérieure du côté de la principale entrée de l’FgliJè. Planche II.
Si nous avons trouvé matière à applaudir dans la diftribution intérieure de ce
monument, il nous fera moins aifé de faire l’éloge defon ordonnance extérieure,
ne pouvant diiïïmuler que la partie fupérieure de cet édifice eft tout à. fait hors
de proportion, étant lourde, péfante & d’une forme auffi materielle que peu in-
gënieufe. Cela provient fans doute du grand diamètre qu’on a donné à ce dô-
me , mais en ce cas fa hauteur auroit dû être mieux proportionnée pour làtisfaire
aux réglés de l’Art & aux principes du goût. En effet toute cette maffe géné-
rale anéantit le porche pratiqué au rez-de-chauifée , & rend les colonnes qui le
compofent petites & grefles , quoique de deux pieds & demi de diamètre. Il eft
vrai que le point de diftance d’où l’on apperçoit ce monument , eft fi proche
que l’on ne peut gueres voir de dedans la cour que ce feul porche. Néanmoins
lorfqu’on confédéré cet édifice en examinateur éclairé , il n’en eft pas moins évi-
dent qu’on ne remarque aucune analogie entre la bafe & le fommet du Dôme ,
& que même de loin fa hauteur , quoique d’environ Ipo pieds au-defius du fol ,
paroît trop peu confidérable eû égard à fon diamètre ; ce défaut de proportion
eft fi facile à appercevoir, qu’il n’échappe pas même aux perfonnes les moins ver-
fées dans l’Architeélure. Nous obferverons donc que la hauteur du dôme, qui
eft à fon diamètre comme un eft à deux , non compris fon amortiffement , eft de
beaucoup trop écrafée , que la multiplicité des yeux de bœuf y eft défagréable ,
(b) Voyez ce que nous avons dit à ce fujet dans le XIII.Chap.de ce Volume, en parlant de la Bibliothèque duRoi ,
page dp.
que
#
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
que la péfanteur des côtes de plomb qui le décorent , fait un mauvais effet 3 & /a!'
qu’enfin fon couronnement eft fans goût, fans grâce & d’une forme qui n’annon-
ce rien de fatisfaifant. Le corps d’Architeélure qui foûtient ce dôme eft traité
avec beaucoup de (implicite , d’une affez grande maniéré & d’une pronortion con-
venable ; mais comme ce font autant de beautés de détail , dont l’enfemble géné-
ral ne fe relfent point , de là vient l'impreffion défagréable dont on fe prévient au
premier afpeét de ce monument. Ce corps d’Architeélure eft couronné par un enta-
blement compofé , enrichi de confoles & d’ornemens qui font affez bien , mais fon
profil eft fans choix & fa hauteur trop petite , eû égard au corps d’Architeéturë
qu’il couronne & à la malle du dôme qu’il foûtient. Ce défaut d’analogie eft con-
damnable dans la compofition d’un édifice tel qu’il foit , à plus forte raifon lorf-
qu’il s’agit d’un monument facré. Ce corps d’Architeélure eft exhaufle fur une ef-
pece de foubaffement ou de ftilobate continu, couronné d’une corniche avec gor-
gerin & aftragales , au-deffous duquel font fufpendues des têtes de Chérubins & des
guirlandes , genre d’ornement qui auroit pû être placé plus convenablement partout
ailleurs.
L’Ordre Corinthien du portail qui eft au pied de ce monument , eft , comme
nous l’avons déjà remarqué , d’une affez belle proportion , mais ce qui n’eft pas
concevable ici , c’eft que fon entablement eft dépouillé de tous les ornemens qui
lui conviennent , fa corniche n’ayant ni modillons (t) , ni denticules , & que fa
hauteur eft un peu moins du cinquième de la colonne , d’ailleurs il eft profilé
très-camus contre tous les exemples univerfellement reçus, & contre l’origine de ces
membres d’Architeélure , qui en fervant de couronnement aux Ordres , doivent
en même tems préferver le pied de l’édifice des pluyes du Ciel. Le fronton qui
couronne ce périftile eft trop peu élévé , ayant démontré ailleurs la néceffité de
proportionner la hauteur des frontons à la largeur des avant-corps. Le timpan de celui
dont nous parlons , eft orné d’une AJfomption de la Vierge en bas rélief , & non d’un
médaillon avec des guirlandes , comme on le voit dans cette Planche, Cette Af-
fomption eft d’une exécution peu intéreftànte , aufli-bien que les figures de ronde-
boffe qui font placées dans les niches au-delîüs , & qui différent feulement de
celles qui font exprimées ici , en ce qu’elles font élévées fur un pié-douche qui
rend leur proportion moins gigantefque.
Aux deux côtés de ce périftile font des portes collatérales d’une Architeéturè
affez cotreéle , diftribuées entre des pilaftres aufli d’un Ordre Corinthien , &
qui dévoient figurer avec ceux qu’on avoir projetté de placer fur le revêtiffemene
des murs intérieurs de la cour. Au-deftus de ces portes collatérales & fur l’enta-
blement de cet Ordre , s’élève une baluftrade , non-feulement d’un profil mefcfuin
& fans goût , mais dont les travées font ridiculement difpofées fur les pilaftres ,
ne reffèmblant point du tout au deffein que nous donnons , ce qui provient fans
doute de l’ignorance de ceux qui ont pris la conduite de ce monument , étant
vraifemblable ( comme nous venons de le remarquer) que Charles Errard n’a don-
né que les delfeins de cet édifice , & qu’il n’a pas été chargé de l’exécution , là
principale profeflïon étant la peinture. (Voyez ce que nous avons dit de cet Ar-
(c) On voit cependant fur cette Planche dés modii-
lons dans la corniche de l’entablement Corinthien . mais
il n’y en a point dans l’exécution. Sans doute les gra-
vures que nous donnons ici , & que nous avons déjà dit
aVoir été tirées de l’Œuvre de Marot , ont été faites
fur les premiers projets envoyés de Rome par l’Auteur,
qui n’a pû veiller par lui même à l’exécution de cet
édifice , ayant été nommé Directeur de l’Academie de
Tome 111,
Peinture, à Rome, en 1 666. Nous avons été obligé
d’eflàcer les profils en grand qui étoient fur cette Flan-
che , n’ayant aucune rélation avec l’édifice. On en aver-
tit dans cette note , afin que lesperfonnes dans les mains
defquelles fe trouvent les Œuvres de Marot , ne pren-
nent aucune confiance en ces mefures pour juger d’une
maniéré précife des différentes parties de ce monument-.
Nn
.
h E I
"’a
më
fc-h
»
JL, •
m i
V J r
FRANÇOISE, Li v. V.
une
ancienne
ERtiüde tifte, au commencement de Ce Chapitre , note a. ) La coupe du bâtiment A eft
aile projettée , celle qui fe voit aujourd'hui fur le lieu , étant fuivant l’ancie
difpofition du terrain fur lequel ce monument a été érigé.
Coupe intérieure de l’Eglife , prifi dans le pian fur la ligne CD. Planche III.
Cette coupe nous fait voir la décoration des dedans de cette Eglife , dont l’or-
donnance , en général, grave & impofante , ottre à l'imagination l’imprelfion qu’on
doit reifentir à l’afpeél de l’intérieur d’un Temple , étant bon d’obferver que les guir-
landes , les figures & les aftragales des entre-pilaftres qui fe voyent ici , font fup-
primées , aufli-bien que la richefie indifcrete qu’on s’étoit propofé de mettre dans
la voûte du dôme , à la place de laquelle , dans l’exécution , font feulement dit
tribuées des calfettes oélogonales de couleur d’or , enrichies de rofaffes , & au-
delTus defquelles , dans la partie fupérieure de la voûte , eft un grand ouvrage de
Peinture à frefque , par Charles de la Fojfe , qui y a repréfenté t Ajfomption de la Cier-
ge. Cette voûte eft élévée fur un entablement dont les moulures font taillées
d'ornemens diflribués avec choix , & au-delfous duquel font alternativement pla-
cées huit croifées & huit grands tableaux repréfentant des lujets pris de la vie de
la Vierge , peints à l’huile par Bon Boulogne , par Stella & par Antoine Coypel. Sur le
fol du pavé de l’Eglife s’élève un grand Ordre de pilaftres Corinthiens accouplés
Sc de trois pieds & demi de diamètre. Cet Ordre eft exécuté avec pureté , les fûts
des pilaftres font canelés , les chapiteaux d’un travail recherché , & l’entablement
profilé avec une élégance rélative à la légèreté de l’Ordre ; mais ce qui fait beau-
coup de tort à cette ordonnance, c’eft la diftribution vicieufe des modillons, dont
les axes ne répondent point à plomb de ceux des pilaftres , ni des arcades qui dé-
corent cette rotonde. On remarque encore ici un autre défaut qui n’eft pas moins
condamnable , c’eft la différence qui fe trouve entre l’axe des trumeaux de l’étage
fupérieur & celui de l’accouplement des pilaftres de dellous ; de maniéré qu’il n’eft
pas concevable comment cette inadvertance peut fe rencontrer dans une compo-
fition qui d’ailleurs annonce une connoiiîànce fuffifante des régies de la bonne
Architeélure.
L’arcade marquée B , fermée d’une grille , fait voir l’ouverture du choeur des
Religieufes , en face duquel , dans une autre arcade , eft placé le Maître-Au-
tel ( voyez le plan , Planche Première ) lequel eft de menuiferie , feinte de marbre
de couleur variée , & orné d’un tableau repréfentant la Nativité , peint par Houajfe.
Vis-à-vis de la porte du porche , eft une arcade feinte dans laquelle on voit un
tableau alfez eftimé de Noël Coypel, repréfentant un Crucifix & la Vierge à fes pieds ,
placé au lieu de la colonne marquée C. Enfin au-deffus de la porte d’entrée ,
enfermée dans une quatrième arcade feinte , fe voit , vers D , un morceau de pein-
ture à frefque , par Antoine Coypel , d’une exécution fort intérelfante.
Dans l’entre-pilaftre E eft placée une Chapelle dont le tableau de l’Autel eft peint
par La Fojfe , & dans celui F eft la tribune au rèz-de-chauffée,dont nous avons parlé ,
page 140 de ce Chapitre. Au-delTus font placées des tribunes au-devant defquel-
les font des baluftrades , & dont l’ Architeélure , qui eft allez reguliere, ainfi que la
diftribution des pilaftres, nous a donné occafion d’applaudir à la plus grande par-
tie de l’intérieur de ce monument.
La coupe G donne le développement du porche dont nous avons parlé , & l'élé-
vation A la décoration qu’on s’étoit propofé d’ériger au pourtour de la cour qui
donne entrée à ce monument.
te
A Paris dte^_ JOAIBF.RT, rue Dauphin
P/an de.LEa.lise- c/e<? Rêlictieu,*e<r de iHlLomplion rue , s*. Honore .
Z lu. y. "N °. XXVil.P/jr'
mm
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E, L i v. V.
H A
T R E
Defcription de l’ancien Hôtel de Monbafon, aujourd’hui la Maïfon de AL
Richard , Receveur General des Finances.
CET Hôtel fut bâti, vers 1718, furies deffeins de M, de Lajfurance (a) -, pour M,îr,u
Dame Louife-Julie de La Tour d’ Auvergne , Veuve de François- Armand de Rohan , A
Prince de Monbafon. Après la mort de cette Dame, fes héritiers le vendirent ,
en Ï7J1 > à M. Richard, Receveur Général des Finances, qui y a fait faire de-
puis quelques embellilfemens , fur les delfeins de M. Tannevot (b) , Architecte.
Plan du rez-de-chaujfée. Planche Première.
De tous les bâtimens particuliers dont nous avons parlé jufqu’à prelènt dans
ce Recueil, celui-ci eft le moins confidérable , n’ayant qu’un feui étap-e au rez-
de-chauiïee & une manfarde au-deflus. Le principal corps-de-logis elt double , &
eft fitué entre cour & jardin. Sa diftribution eft allez bien entendue, pour être
comprife dans un terrain de 12 toifes 4 pieds dans œuvre, & compofe un bel ap-
partement de parade , une falle à manger , une chambre particulière 3c des gar-
derobes , au-deftus defquelies lont des entrefols , ayant leur dégagement par l’ef-
calier qui monte aux manfardes , & contenant des logemens d’une alfez grande
etendue. La plupart de ces garderobes font éclairées par une petite cour qui n’eft
tolérable ici que par le peu d’élévation du bâtiment & par la nécelîité d’éviter
les faux jours de ces fortes de pièces , lorfqu’on peut leur en donner de plus conve-
nables Sc leur procurer un air plus fàlubre. Nous avons dilcuté précédemment s’il étoit
a propos de fuivre 1 opinion dans laquelle font la plupart de nos Architeéles de
faire ulage de ces cours , ou s il valoit mieux les lupprimer. ( Voyez ce que nous
avons dit a ce fujet Tome Premier, page 222, & dans celui-ci en parlant de
l’Hôtel de Louvois, de la maifon de M. Crozat, &c.)
Vers l’endroit marqué A, on a pratiqué nouvellement, hors œuvre , une Cha-
pelle qui manquoit à cette maifon ; mais, cette commodité intérieure nuit à la
décoration des déhors , & paraît auffi ridiculement placée que contraire à la bien-
féance.
Le corps-de-logis fur la rue contient les cuilines , les remifes & les écuries.
Pour augmenter ces dernieres, à la place de l’Office & delà falle du Commun ,
qui fe voyent ici , on a pratiqué une écurie pour huit chevaux , & on a placé les Of-
fices en entrefols au-deffus de la cuifine. (Voyez les élévations de ces bâtimens
du côté de la rue , Figure II de la Planche IV. )
La forme de la cour, en général, ferait un mauvais exemple à imiter. La por-
tion circulaire du côté de l’entrée eft défagféable , fans grâce & de beaucoup trop
faillante ; de forte que la partie reéliligne de cette cour , qui eft barlongue au lieu
d être oblongue , préfente un effet contraire à celui qu’on doit attendre de la pro-
portion de ces fortes de parties extérieures. Il étoit plus convenable ou de rendre
les portions circulaires plus courtes , ou d’avancer le principal corps-de-logis fur
le jardin , qui ne laiffe pas que d’être profond ; par ce moyen on aurait procuré
une entree plus convenable a cette mailon. Nous oblèrverons néanmoins que ce
qui a peut-être empêché de prendre ce dernier parti , c’eft que la plus grande
partie des Hôtels du Fauxbourg Saint Honoré de ce côté a [été bâtie fur le
meme alignement 6c prelque dans la meme année * de forte que l’on ne pouvoit
OO Voyez ce que nous avons dit de cet Architeae . (b) Voyez ce que nous avons dit de cet Architefle au
1 . i. page 23 2. Note (rf)* commencement de ce Volume , page 22»
maaaâiiaïâMîÈZ^^
Maifon
M. Ri-
chard.
144 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
guéres remedier à la forme vicieulè de la cour qu’en racourciiTant les portions cir-
culaires, comme nous venons de le remarquer, mais alors les logemens fubalter-
nes feroient devenus trop peu confidérables. Il paroît donc qu’il étoit de toute néceT
lîté pour conferver l’alignement des façades du côté des jardins des Hôtels de ce
quartier , & pour donner une proportion fatisfaifante à la cour dont nous parlons ,
de pratiquer une aile de bâtiment dans l’un de fes côtés , qui en lui ayant donné
moins de diamètre , l'auroit rendu d’une proportion plus convenable , auroit for-
mé des logemens en plus grande quantité & procuré la commodité d’une cour à
fumier, ainfi qu’on peut le remarquer dans le plan au rez-de-chaulfée de la mair
fon qui fait l’objet du Chapitre fuivant.
Elévation du côté de la cour. Planche IL
La décoration extérieure de ce bâtiment eft de l’efpece de celles dont il feroit
à délirer qu’on ignorât le nom de l’Architeéle , l’on ordonnance étant abfolurrient
contraire aux loix du bon goût & aux principes de la bonne Architeâure. En ef-
fet tout eft vicieux dans cette façade , la hauteur de l’étage eft trop confidéra-
ble, il eft mal terminé par une manfarde, l’avant-corps du milieu paroît ici pra-
tiqué fans aucune nécelfité que celle de divifer l’étendue de ce bâtiment & de
compoferde petites parties toujours condamnables dans un édifice. Le milieu des pa-
villons eft mafqué par un trumeau , les croifées font fans proportion , les ornemens
fans choix. Enfin les pilaftres Attiques d’une grandeur coloflàle , qui fe voyent ici
contre toutes les régies de l’Art , ainfi que l’entablement interrompu , préfentent
ce que l’Architeélure a de plus condamnable , & annoncent vifiblement le dé-
reglement de l’imagination de ceux qui ont été chargés de l’exécution de ce bâ-
timent : car certainement il n’eft pas pollible qu’un Architeéle , dont nous avons
vû précédemment des édifices qui n’étoient pas fans mérite , ait préfidé a la conduite
de celui dont nous parlons , & c’eft la fource involontaire de la plûpart des défagré-
mens de notre profelfion. On eft follicité par des perfonnes de confidération de
donner des delfeins & de faire des projets pour un édifice : on fe rend à des
inftances réitérées ; occupé d’ailleurs , on abandonne fouvent le foin de fa gloi-
re à des Entrepreneurs & à des ouvriers mal inftruits , qui ne connoillànt ni les
régies de l’Art , ni les principes de la convenance , défigurent des produélions
bien conçues à la vérité , mais qui avoient befoin néanmoins d’être dirigées dans
la fuite par l’Architeéle. De-là vient fans dcute la caufe principale des inadver-
tances que nous fommes obligés de relever fouvent dans nos obfervations , fans au-
tre intention , ainfi que nous nous en fommes expliqué plus d’une fois , que de
combattre les erreurs fans attaquer les Artiftes.
Qu’on nous permette donc d’entrer dans quelque détail pour faire appercevoir
les licences qu’on remarque ici , & qu’il eft toujours important d’éviter dans quel-
que occafion que ce puilfe être. De cette efpece eft l’arcade feinte du milieu , qui
a amené nécellairement l’avant-corps , occafiortné les pilaftres , & qui , par une
fuite ridicule , a fait imaginer au-delfus de l’archivolte un bas rélief qui , occu-
pant un grand efpace, a obligé de fupprimer l’architrave & la frife de l’entable-
ment , contre tout principe de vraifemblance. Pour éviter ce défordre , il eut été
mieux de continuer les mêmes croifées & de n’admettre qu’une feule ouverture à
chaque pavillon , par l’un defquels on auroit entré dans la première anticham-
bre , l’autre auroit conduit au petit efcalier , étant préférable dans ce plan , pour
donner plus d’efpace au milieu du bâtiment, d’entrer par les extrémités des pa-
villons , afin de profiter d’une plus grand furface pour la diftribution des ap-
partemens.
Nous
as
tla FaJ>°“ry
A Paru e/utt^AOJKBRKT rue Dauf>l^m
d/evafionde ï/wt&l de Iftonl'Mon du cote de U cour
d fôvatïon de C/ofcl de /ïïon/hiJon du cote du Jardin
Java Je Jee cote Je /enfree Je f/dte/Je fl? on/y a son
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv.V.
Nous avons déjà remarqué que les croifées étoient d’une proportion trop fvel-
te ; mats nous obferverons que le ceintre qui les termine eft tout à fait condam-
nable , étant de beaucoup trop relTenti pour être bombé. Cet excès offre plutôt
un jarret qu une forme agréable , c'ell pour cette raifon que nous avons donné ail-
leurs la manière de décrire ces fortes d’arcs. ( Voyez {'Introduit, on , premier
Volume, page no.) A l’égard des tables placées au-deffus des croifées & dans
les trumeaux , non-feulement elles découpent l’Architefture , & imitent la me-
nmlerie , mats elles dtvtfent inconftdêrement la largeur de ces mêmes trumeaux ,
qm n ayant que les deux tiers des vuides, exigeoient qu’on les laiffat liffes. En-
hn la leule chofe ici qui fait exécutée avec une forte de fuccès, c’efl l’enta-
. biement qui couronne ce bâtiment ; il eft profilé avec affez de goût & d’une
proportion convenable , ayant entre le quart & le cinquième de la hauteur de l’éta-
ge , non compris les retraites.
1;P,A/Trd dr u Panier £"Périeure1 de cette %ade » nous remarquerons qu’au
lieu de la manfarde, il falloir une baluftrade , ainfi qu’on en ufe ordinairement
dans les batimens a un feul etage , comme on peut le remarquer au Palais Bour-
bon, aux Hotels de Laffai, de Pompadour, &c. On pouvcit fe dédommager du
logement que procurent ces manfardes , en conftruifant l’aîle que nous avons Pro-
polee dans 1 un des cotés de la cour , pour donner plus de grâce aux élévations
«St tirer un meilleur paru du terrain fur lequel cet Hôtel eft élévé.
Elévation du côté du jardin. Planche III.
en^rLvnr’011’^1^111™6 ordonnancf ftue k précédente, différé Cependant
en ce quelle a moins d ouvertures, que les trumeaux font plus larges, & que
1 arcade du milieu eft plus naturellement amenée, fans pour cela que la déco-
ration qui 1 environne, foit plus tolérable, ni les combles en manfarde plus re-
1a ni P mT remar<luer la virilité que procure à cette façade
la plus grande largeur des trumeaux, eft contraire en quelque forte à l’idée qu’on
doit le former d un batiment vft du côté des jardins , à qui un air d 'élégance
ett toujours convenable. Cette confidération doit déterminer un Architecte8 à ne
nen produire au hazard , & à raffembler dans la compofition de fon bâtiment
tout ce qui peut contribuer à fa réputation & à la fatisfaftion des perfonnes qui
le mettent en œuvre. r ^
Coupe & profils fur la largeur de tout le bâtiment. Planche IV.
nr;nn-nF|gUrC . don"e f comioltre d’une part la décoration intérieure du
nenr les1 ™°T' T ' v k de Ùs Planchers & le logement qu’occu-
pent les manfardes ; de 1 autre le revetiffement d’un des murs mitoyens qui dé-
écurièsa,C&c: " Un d£S bâdmenS & c°” la les nouvelles
La Figure deuxieme offre la façade du côté de la rue, au milieu de laquelle
eft placée la principale porte d’entrée de cet Hôtel. Cette porte eft de forme
ombee , ainfi que la corniche qui la couronne , laquelle eft foûcenue dans fes
parties horizontales par des confoles , & couronnée par les armes accolées delà
mfts°don/l hl lan e a Manon de La Tour d' Auvergne , avec leurs fupports ,
ma^s doptkbkzon eft efface, depuis que cet Hôtel a été vendu à M. Richard à
qui il appartient aujourd hui.
Maifoft
de M. Ri-
-chard.
Tome II I,
Oo
146 A R C H ITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
CHAPITRE XXIX
D : fcription de la Maifon de M. Blouin , appartenant prdfentement à
M. Michel , Directeur de la Compagnie des Indes, rue du Faux-
bourg S. Honore'.
Mai(in Je E T T E Maifon fut bâtie , en 171 8 , fur les defleins de M. Gabriel ( a ) , pour
M.Biouin. Louis Blouin , Gouverneur de V erfailies. Elle a enfuite appartenu à Madame
la Comtede de Feuquieres. Après fa mort , fes héritiers la vendirent à M. Saint-
Amarante, Receveur Général des Finances ; celui-ci l’a depuis vendue àM. Michel ,
Directeur de la Compagnie des Indes , qui la fait embellir aujourd’hui , fur les
defleins de M. Contant (b) , Architeéle du Roi.
Flan au rez-de-chaujfée. Planche Première.
Le plan de cette maifon efl compofé d’un petit corps-de-logis fur la rue , d’une
baffe-cour , d’une cour principale , d’une aile à gauche , enfin d’un bâtiment dou-
ble entre cour & jardin , de 13 toifes 2 pieds de face , hors œuvre, fur neuftoi-
fes un pied & demi de profondeur. Cette diftribution efl beaucoup plus commo-
de que celle de la maifon précédente , & cependant elle n’a pas plus de largeur,
ni plus de profondeur, fans compter que la forme de la cour efl beaucoup plus agréa -
ble , & qu’il y a le double de logement dans celle dont nous parlons , plus que dans
l’autre. Tant il vrai qu’il n’eft pas toûjours néceifaire d’avoir un grand terrain pour y
éléver un bâtiment aflez confidérable , quand l’ Architeéle efl un homniè d’expé-
rience & qu’il fçait faire mouvoir les reflorts de fon imagination. Nous convien-
drons néanmoins qu'on a pratiqué ici deux étages dans le principal corps-de-lo-
gis , non compris la manfarde , pour multiplier les logemens , ce qui ne fe trou-
ve point dans la maifon précédente , mais ces étages ainfi multipliés , femblent
autorifés dans un bâtiment particulier, principalement lorfque le terrain efl: borné,
& que la perfonne pour qui en l’éléve , veut y loger la plus grande partie de fa
famille. Ce font ces différentes confidérations qui iournilfent à un Architeéle di-
vers moyens de fe retourner dans la compofition de fes projets , & il doit fçavoir
s’y plier , fans pour cela s’écarter des régies de la convenance , ni des principes
de fon Art. Le point elfentiel efl de pouvoir concilier les principales intentions
de celui qui le met en œuvre avec les préceptes fondamentaux de la bonne Ar-
chiteélure , autrement la moindre circonftance arrête. D’une part le Proprietaire
exige des chofes contraires aux loix du bon goût , de l’autre l’Architeéle fe laillè
entraîner, & s’y prête par complaifance : le bâtiment s’élève, & cette Ca-
pitale , le centre des beaux Arts , fe trouve remplie d’édifices qui , pour la plu-
part indifférens en apparence , ne laiflent pas que de faire nombre. Cette négli-
gence gagne infenfiblement jufqu’aux Palais des Rois , elle fe remarque dans nos
édifices publics, & même très-fouvent nos Temples n’en font pas exempts.
Nous avons déjà dit que la comparaifon , en fait debâtimens , étoit le plus fûr
moyen d’éviter ces abus ; or il efl certain que fi l’on veut confidérer les différentes
maifons particulières qui font dans ce Recueil , telles que celle dont nous yenons de
(a) Voyez ce que nous avons dit de cet Architecte , (b) Voyez ce que nous avons dit de cet Architecte ,
Tome I. rage 241. Note ( a ). Tome I. pag. 238. Note ( b ).
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i v. V.
parler dans le Chapitre précédent, celles de M. d’Argenl'on, de M. de Janvri , JkjJj’V*
de M. de Moras , l’Hôtel de Vauvrai , la Maifon de M. du Noyer , celle de M. Man-
fard, celle de Madame de Varangeville , l’Hôtel du Ludes , de Villeroi , l’Hô-
tel Lambert, Fauxbourg S. Germain, celui de Choifeuil, &c. tous bâdmens
compris dans les Volumes précédens & dans celui-ci & conftderés comme par-
ticuliers (c) , il fera facile , aidé des obfervations qui les précédent , de prendre
d’après ces differens exemples , une route fûre qui portera peut-être à imiter ce
que nous y avons approuvé & à rejetter ce que nous y avons remarqué de vicieux.
Je le répété, cette comparaifon eft indifpenfable & plus inftruélive que ne le
pourroient être les dilfertations les plus détaillées , & dans lefquelies il n’ell pas
poilîble d’éviter des répétitions fouvent ennuyeufes au Leélcur, parce que nou» avons
prefque toujours les mêmes licences à relever ou les mêmes beautés à applaudir.C’eft
pour cette raifon que nous nous fommes dilpenfés d’entrer ici dans une analyfe
trop étendue du plan de cette maifon. Nous remarquerons feulement qu’il auroit
été à fouhaiter que le veftibule eut communiqué avec le fallon , au lieu de la ni-
che qu’on y a pratiquée , que l’efcalier eut été placé à droite , & qu’on fe fût ar-
rangé de maniéré qu’on eut pû fe priver de la petite cour , qui rélativement à
la hauteur du bâtiment , devient trop fombre , & occafionne de l’humidité aux piè-
ces adjacentes.
Apres avoir obfervé ce qui ferait à défirer dans ce plan , nous remarquerons
l'heureufe proportion de la cour , la correétion de fa tour creufe , la maniéré in-
génieufe du porche, la commodité de la baife-cour, & enfin l’agrément effentiel
de pouvoir fervir à couvert des cuifines dans les appartemens. Aucun de ces
avantages ne fe rencontre dans l'Hôtel précédent , quoiqu’il ait été bâti originai-
rement pour une perfonne de la première ccnfidération.
Nous avons dit plus haut que l’on travailloit à l’embellifTement des apparte-
mens de cette maifon , nous remarquerons , à propos de ces embellillêmens , que
1 on y a fait quelques changemens dans la diltribution , mais comme nous les avons
reélifies pour la plus grande partie dans ce plan , on n’en peut faire Ja comparaifon
que dans les premières éditions des Planches gravées de ce Recueil , que M. Ma-
riette avoit commencé il y a près de 20 années.
Nous ne donnons point ici le plan du premier étage qui précédemment
étoit peu de chofe , 8c qui devient aujourd’hui beaucoup plus intéreiïant par la
décoration des lambris 8c par la richefte des meubles qu’on prépare pour ces nou-
veaux appartemens ; mais comme fa diftribution efl à peu près la même que celle
du rez-de-chauftee , 8c que la grandeur de la coupe , Planche Troifieme , n’expri-
meroit qu’imparfaitement les détails des ornemens de ces lambris , nous nous con-
tentons de les annoncer , fans en donner les développemens.
'Elévations du coté de la cour & du côté du jardin . Planche II,
La Figure Première donne l’élévation du côté delà cour avec la coupe de l’aile
qui régné contre un de fes murs mitoyens. Dans le milieu de cette élévation , au
rez-de-chauftee , fe voit un avant-corps , décoré de colonnes 8c de pilaftres , qui
procure une grande ouverture au veftibule. Nous remarquerons que ce genre de
décoration entraîne après foi deux défauts eifentiels , l’un que i’Architeéhire de
0 ) Il faut confulter la Table des Chapitres , placée à la vécejjhé , & enfin ceuxqui font conftruits pour la magni -
tete de chaque Volume, pour trouver facilement ces di(Fe- ficence, fuivant les divifions que nous avons indiquées dans
rens bâtimens répandus dans le corps de l’Ouvrage. Il en le nouveau programme qui annonça cetOuvrageauPublic,
faur ufer de meme pour comparer tous les édifices érigés à lorfque nous nous chargeâmes des dilfertations & de la
l’ufage de la Société Civile, pour £ utilité, pour h fureté & la conduite de cette vafte entreprife.
148 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Mairôn de deflus porte à faux fur le grand entrecolonnemenc , l’autre que cet entrecolon-
' a“‘ ' nement produit l’hyver un froid ccnfidérable dans les appartemens au rez-de-
chaulfée. Cet inconvénient , fans doute , a fait boucher après coup la communica-
tion du veftibule au fallon , pour empêcher la pénétration de l’air extérieur dans
les dedans. C’eft pourquoi ces grands entrecolonnemens & même les portiques
qui n’ont point de fermeture , doivent être réfervés pour les Temples , ou pour les
maifons de plaifance , qu’on n’habite que dans la belle faifon , & non pour celles
qui font élévées dans les Capitales , ainfi qu’on en ufe inconfidérement dans une
infinité de bâtimens à Paris , qui font autant d’exemples à éviter à cet égard. Tels
font l’Hôtel de Clermont , le Palais Bourbon , l’Hôtel d’Humieres , l’Hôtel de
Torcy, l’Hôtel du Préfident Lambert , dans fille , l’Hôtel de Soubife, la Maifon
de M. Sonning, celle de M. de Thiers, l’Hôtel de Noailles , la Maifon du Pré-
fident Chevalier , l’Hôtel d’Evreux, &c. où ce défaut fe rencontre avec plus ou
moins d’incommodité , félon que les appartemens de Maître font plus ou moins
proches de ces veftibules.
Les colonnes & les pilaftres de cet avant-corps font Doriques & couronnés d’un
entablement architravé ; genre de licence que nous avons blâmé plus d’une fois ,
& qui à peine eft tolérable dans une maifon particulière , & même les colonnes
ne devroient jamais entrer pour quelque chofe dans leur décoration , prace
qu’étant alors obligé de leur donner un trop petit diamètre , elles annoncent
une Architeéhire trop chétive. Au-defiùs de cet entre-colonnement s'élè-
ve un corps d’Architeélure qui monte de fond , & qui par ce moyen enclave d’une
maniéré alfez ingenieufe les colonnes & les pilaftres du rez-de-chaulfée. Cependant ,
comme nous l’avons remarqué , le maffif que produifent les piédroits de la croi-
fée du premier étage lùr le vuide de défieras , eft toûjours un vice très-condamna-
ble qui devrait déterminer à fupprimer totalement les périftiles , lorfqu’on ne
pratique pas derrière les colonnes un mur de face au rez-de-chaulfée qui paroilfe
foutenir celui du premier étage , ainfi qu’on l’a obfervé dans la plûpart de nos bâ-
timens les plus généralement approuvés. La partie fupérieure de cet avant-corps
eft terminée par un fronton , fous la corniche horizontale duquel font placées ,
alfez mal à propos, des confoles qui femblent avoir mis l’Architeéle dans la né-
ceffité de fupprimer l’aftragale , ce qui diminue trop fenfiblement la hauteur de la
corniche déjà affoiblie par la fuppreffion inévitable de fa fimaife fupérieure , & qui
pour cela avoit befoin d’etre fortifiée & nourrie par ce membre d’Architeélure
dont la difeontinuité d'ailleurs eft toûjours un défaut contre les régies du goût
& les principes de l’Art.
Les autres parties de la décoration de cette façade font d’une alfez bonne Ar-
chiteéhire ; fa fimplicité eft louable & du raifort de la convenance d’une maifon
particulière, & fi l’on eut donné plus de largeur au corps de refend qui termine
les extrémités des avant-corps, il n’y a point de doute que cette ordonnance
feroit très-bonne à mettre en pratique dans une infinité d’occafions.
Lélévation, marquée Figure IL conferve la même fimplicité des arriere-corps de
la façade precedente , mais l’avant-corps du milieu non-feulement eft trop large par
rapport à fa hauteur & rélativement à la longueur du bâtiment , mais auïfi eft
tenu trop fimple comparé avec celui de la cour. Nous l’avons déjà remarqué , les
élévations du côté des jardins doivent avoir quelque chofe de plus élégant ; pour
cette raifon il auroit fallu faire ufage des colonnes de la façade du côté de la cour
pour porter le balcon qui fe voit ici, & qui paraît mal foûtenu par des confoles ,
dont on ne fçauroit trop blâmer l’abus. Nous obferverons cependant que , comme
nous ne pouvons en général approuver les Ordres dans un petit bâtiment , au
Ltv . Tr. ^ XXIX Fl
ôlevaàon, de ht mauonde^lFlBlouin. ducoté dujardm
ttcheüe de
4 g e j s Td>
d'ievaàori de lumai^(m^deJflBloiu/i du. cote de Ul cour
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i v. V.
lieu d’employer des colonnes qui annoncent une décoration faftueufe , ou de fe M,;ron lc
fervir de confoles dont la richeiîè indifcrette devrait être réfervée pour l’inté-
rieur des appartemens , il étoit plus naturel de former au rez-de-chauffée un avant-
corps dont la hauteur fe ferait arrêtée fous le balcon , ce qui auroit procuré dans le
plan de cette façade un mouvement qui réuffit toujours bien en pareille occafion.
Les deux chaînes de refend qui régnent au premier étage dans le milieu de
l’avant-corps , font tout à fait hors de place & femblent avoir déterminé la lup-
prelfion des bandeaux des croifées qui fe voyent aux extrémités de cet avant-corps.
Le timpan du fronton eft orné fur le lieu d’un bas-relief repréfentant Flore , ce
qui n’eft point exprimé ici , non plus que deux confoles poftiches placées aux
deux côtés de la partie fupérieure de la croifée du milieu , 8c qui y font tout-à-
fait mal. Malgré ces licences , nous fommes obligés de convenir que l’ordonnance
de ce bâtiment eft préférable à celle de l’Hôtel que nous avons décrit dans le
Chapitre précédent , ce qui nous porte à croire que dès le commencement de ce
lïecle, la décoration des déhors a été facrifiée aux commodités des dedans , puifque
les deux bâtimens dont nous parlons , qui ont été élévés par deux Architectes d’une
alfez grande réputation , ne nous préfentent rien de fatisfaifant , ni qui puiife fervir
d’autorité à l’avenir pour arriver à la perfection de bâtir.
Coupe du principal corpi-de-hgis. Planche III.
Cette Planche donne le développement intérieur du principal corps-de-logis
dont la décoration fe change actuellement , fous la conduite de M. Contant , ainlî
que nous l’avons déjaobfervé, mais dont nous ne pouvons donner ici les deflêins,
cet Ouvrage n’étant pas encore fini. On n’a point non plus ajoûté à cette coupe
les bâtimens de la cour , ni ceux de la rue , cette Planche étant anciennement gra-
vée & leur décoration d’ailleurs étant peu intérelfante ici , quoique nous obier-
vions que rien n’eft à négliger dans la compofition d’un bâtiment , principalement
lorfque fes dépendances font partie du coup d’œil des Maîtres,
ARCHITECTURE FRANÇOISE, L i v. V.
15°
CHAPITRE XXX.
Defcription de deux Maifons particulières , làties rue du Fauxlourg
S. Honord.
M.ûfon de ✓'"'lES deuxMaifons furentbâties , en 1718, pourM. Chevalier de Mtmtigny , Fer-
M-5fsS-" \^;mier Général, fous le nom de M. fon frere ,ITéfident au Parlement de Paris, fur
gnac j &c, les delîèins du fieur Grandhomme , Architeéle & Entrepreneur. Celle qui eft à droite
a paffé par fucceffion à M. le Comte de Stignac, qui a époufé la fille de M. de Mon-
tigny ; l’autre à gauche ,fous le nom de MadameLe Vieux , Sœur du Fermier Général
& du Préfident, à qui elle appartenoit, fut donnée àM. Le Gendre , Fermier Géné-
ral qui époufa fa fille, & qui depuis cinq à fix ans, l’a vendue à M. Permet ,
auffi Fermier Général , qui l’occupe aujourd’hui , & qui y a fait faire des change-
mens dont nous parlerons en fon lieu , fur les delîèins de M. Chevotet (a) , Ar-
chitecte du Roi.
Plan au rez-de-chaujfce. Planche Première.
Cette Planche donne le plan général de la dillribution des bâtimens des deux
Maifons dont nous venons de parler , féparées feulement par un mur de clôture
de neuf pieds de hauteur , en forte que le grand efpace qu’occupent les deux cours ,
procure aux appartemens un air très-falubre & une lumière fuffifante , ainfi que
nous l’avons déjà remarqué dans le Chapitre XXXI du Premier Volume , page
294. La maifon, cottée A , de même dimenfion que celle B , eft compofée d’un
bâtiment fimple fur la rue , d une aile double dans le retour , de d un corps-de-logis
fimple entre cour <3c jardin. Elle n’a point fouffert de changement confidérable depuis
fon édification, au contraire de celle B , dans laquelle M.Perinet , depuis l’acquifition
qu’il en a faite , a changé le grand efcalier qui fe voit ici pour le mettre à la pla-
ce de la falle à manger, afin d’avoir une antichambre qui précédé les apparte-
mens du côté du jardin , telle qu’on la remarque du côté A. Sans cette commo-
dité , ce corps-de-logis étant fimple , on ferait obligé d’avoir des antichambres dans
la principale enfilade , comme on l’a pratiqué en B , ce qu’il faut éviter abfolu-
ment. Voyez auffi , dans la Planche V. de ce Chapitre, l’ancienne élévation en allé
du côte de la cour , qui comparée avec la Planche IV , fait voir que non-feulement
il en réfulte un bien réel pour la dillribution , mais auffi que la décoration exté-
rieure , en général , fait un meilleur effet, ces deux façades étant aujourd’hui affez
femblables & placées vis-à-vis l’une de l’autre.
La grandeur de l’échelle de ces plans , l’indication des pièces & la fimplicité
de leur dillribution nous difpenferont d’entrer dans un plus long détail. Nous re-
marquerons feulement ici que les pièces de Maîtres font d’une proportion affez
heureufe, que les départemens des Domeftiques font commmodes, & que. s’il
relie quelque chofe à délirer dans ces deux maifons , c’eft d’avoir des baffe-cours
(u) M. Chevotet , de la première Claffe de l’Académie
Royale d’Architeélure . eft un de nos célébrés Architec-
tes. Non-feulement il s’eft acquis une grande expérience
dans l’arc de bâtir , mais il poffede les parties les plus né-
ceffaires à un Arcbiteéle, telles que la décoration des
déhors & celle des dedans , la dillribution des appar-
temens, celle des jardins, &c. Ces connoilïances di-
V crfes , jointes à la probité la plus exaéle , lui ont attiré
la confiance d’une infinité de perfonnes du premier Or-
dre. Nous n’entrerons point ici dans le détail des bâtimens
que cet Architeéte a fait élever , fa modeftie nous em-
pêche d’en faire l’éloge ; nous refervons cet aveu public
lorfque nous trouverons occafion dans ce Recueil de pré-
fenter à nos Leéteurs quelques-uns des ouvrages de cet ex-
cellent Artifte.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, L i v. Y, IJt
p!us lpacieufes , plus aérées , & qui ayent des dégagemens fur la rue ; précaution
que nous avons déjà recommandée plus d’une fois. Nous obferverons cependant
pour la juftification des bâtimens dont nous parlons, i°. que l’on a voulu mettre
le terrain à profit en pratiquant beaucoup de pièces. 2°. Que , comme maifcn par-
ticulière , l’étendue de ces balle-cours demandoit une forte d’économie , & qu’à
1 égard de 1 ilîùe extérieure , cette même économie engage fouvent le Maître du
logis à vouloir être témoin de ce qui fe palfe dans les differens départemens de fa
maifon , dont il n’eft jamais plus certain , que lorfque le fervice des Domeftiques
fc pafle fous fes yeux, & qu’ils n’ont qu’une iilue commune. On voit par-là qu’il
je î encontre une fi grande quantité de conlidérations particulières dans l’art de
bâtir, qu’on eft fouvent obligé de s’écarter des régies générales pour fe confor-
mer aux loix de la convenance, ce qui donne toujours à un Architeéte de nou-
veaux moyens d’exercer fon fçavoir & de mettre en œuvre les différentes ref-
fources qu’une longue expérience lui fuggere.
Vlan du premier étage. Planche II.
La diftribution de ce plan eft abfolument aïïujettie au mur de refend de celui
de deffous , a l exception de quelques cloifonnages qui font de peu d’importance ,
ôc qui lont lujets a varier dans un bâtiment, pour peu qu’il foit occupé dans la
luite des tems par différens Propriétaires. Ainfi nous ne dirons rien de particulier
. cette Planche, dont les diftributions font très-bien entendues, n'ayant d’autre
inconvénient que d’être contenues entre deux murs de face: difpofition qui ne
peut aller a tous les genres de pièces, étant éclairées pour la plupart de deux
cotes autrement il faut feindre des croifées dans les dehors du bâtiment, ce quï
occa lonne non feulement une dépenfe affez confidérable , mais encore un défaut
ue iimecrie pour la décoration extérieure.
Elévations du côté de U cour & du côté du jardin. Planche III,
Cette Planche, comme les précédentes, raffemble les deux maifons , lefquel
les étant affujetties à la même hauteur d’étage & à la même ordonnance ne diffe-
rent que dans la décoration des avant-corps des façades du côté des jardins les éléva-
tions du cote de la cour étant abfolument fimétriques. Voye z les Figures I & II
Nous obferverons en général que les diftributions de ces bâtinfens font pré-
férables a la décoration extérieure. Celle-ci eft trop monotone, & quoique ces édi-
ficesipuiffentetreconfiderés comme des maifons particulières , comme elles étoient
deftinees a la refidence de perfonnes de confidération , il aurait été convenable
de les compofer dune maniéré plus élégante , foit en donnant plus de richeffe à
leur Architecture , foit en procurant plus de mouvement aux plans des arriere-
corps & des avant-corps. Par ce moyen on aurait un peu interrompu l’unité trop
régulière de la longueur de ce batiment, qui n’eft bonne à obferver que dans les
façades élevees dans les rues de certains quartiers , où la voie publique fait loi
mais qmnereufht jamais bien ailleurs, f, ce n’eft dans les hôpitaux , les feminai-
res , les infirmeries , les cazernes , & c.
Maifons rlè
M.le Com-
gftac, d’C.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Li v. V.
i J2
Coupe fur la profondeur de la cour & des bâtimens marqués A , dans la Flanche Première.
Planche IV,
Ma;rons Je Cette planche fait voir la coupe du principal corps-de-logis du côté du jar-
?e jê'sT" din > l’élévation en aile , la porte de la baffe-cour & la coupe du bâtiment lur
giuc , &c. la rue.
Nous ne remarquerons ici que l’avant-corps pratiqué dans l’aile au rez-de-
chauffée , dont le grand entre-colonnement eft d’une proportion vicieufe , d’une or-
donnance peu correéte , affez mal profilée & produifant un porte à faux confi-
dérable à l’étage de deffus , dont nous avons déjà blâmé l’ufage dans le Chaptire
précédent.
A l’égard de l’ordonnance des autres parties de cette façade , elle eft la même
que les autres élévations de ce bâtiment dont nous avons déjà parlé.
Coupe fur la profondeur de la cour & des bâtimens marqués B , dans la Flanche Première.
1 Planche V.
Cette coupe prëfente l’ancienne décoration , avant que M. Permet eut fait tranf-
porter le grand efcalier , comme nous l’avons remarqué à l’occafion de la Planche
Première , de forte que l’ entre-colonnement que l’on voit ici eft femblable à ce-
lui de la Planche précédente ; mais ayant été refait depuis fur les deffeins de M.
Chevotet , fon ordonnance dans l’exécution eft beaucoup plus conforme aux régies
de l’Art & d’un deffein plus correét. En effet on n’y voit point de colonnes
engagées, il eft amené par un avant-corps , en un mot il fe relient de la févérité
de la bonne Architeélure , quoiqu’en général on puiffe dire qu’il eut peut-être mieux
valu préférer ici des portiques aux colonnes , n’y en ayant aucune dans tout ce bâ-
timent , dont la décoration d’ailleurs eft chétive. Du moins nous remarquerons qu’il
eut été plus convenable de placer ce périftile dans le milieu de la longueur de l’aile
pour rendre fa dimenfion plus régulière , & d'alîûjettir cette façade à une même or-
donnance. Non-feulement ce périftile étoit poffible dans un auffi grand terrain , mais
encore par-là on aurait évité la défunion trop fenfible qu’on remarque entre les parties
& le tout. Il eft vrai que ce n’eft pas toujours un défaut de donner un air d’infériorité
aux ailes pour laiffer dominer le principal corps-de-logis , mais du moins faut-il que
cette infériorité foit amenée d’une maniéré avantageulè , & que cela ne fe rencontre
pas dans un bâtiment fans aucune raifon de bienféance & aux dépens fouyent de l’ac-
cord général de l’édifice.
CHAPITRE
Ctlumbrca. coucher
Antichambre
JeconJe Antichambre.
Ihimbre a coucher
rarderobb •
'detvblt
j cuber Je
'eçMici’ien/
Petit te cour
■rut.uwer
Remise
Remise
Porte J entre.
curies
J.o a entent du
‘'Portier
Posément du
Portier
Gratuit Cour
lie a nninjcr
Plan au rente W Je Jeux Mai™ cendg.u-e Jant celle cotte’, A appartenir à Meneur Chrmtier P, entent au.Pi
Paris t/irr i.
Jardin
I Remises
chambre a coucher
Jliltc dÀjseml/ec
Zhambre de parade.
iarderobbe
tÇ'cuher
Petite
Chambre a coucher
dictle de
'abùiec
i h ambre a coucher
Chambre
Cabinet
Plan ilu premier eâu/e Je J et ex Maure ne contâmes Jenh/iinc ce ttee A., appartient*
Chambre a coucher-
Antichiunbre
arda-o
Cabinet-
Chambre a coucher
Cabinet
Chambre a coucher
< Tardent b e
\irderobbe
dntic/iambrc
(•rond
C\ n/ter
Chambre
-arderebbe
domesbt/ucA
Chambre des
des dômes tu] u ce
’ i
L, o. N ° x x x . Fl . 2 .
wiaici/r /,- P/coiJç-nl L 'leva hcr, et celle coltccF- estr a Jlfachunc IcVteuLv ira diru/r
Chambre
Chambre
■ ■ ■
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
*53
CHAPITRE XXXI.
Defcription de ï Hôtel de Duras, rue du Fauxbourg Saint
Honore',
CETTE maifon fut bâtie originairement fur un terrain que M. Boffrand (a),
Architecte du Roi, acquit vers 1718. Après qu'il eut fait élever les bâti-
mens dont nous allons parler, cet Architecte les vendit, en 1722 , à MtJJire Jean
Durfort , Duc de Duras , Maréchal de France , qui l’occupe aujourd’hui.
Plan général des bâtimens , jardins & dépendances de cet Hôtel,
Planche Première.
Le principal corps-de-logis de cet Hôtel eft triple & ifolé de toutes parts.
Nous donnerons fa diftribution intérieure au rez-de-chauifée , en expliquant la FL
gure Première de la Planche II , nous parlerons feulement ici de la forme de fa
cour principale qui eft d’une proportion affcz agréable; elle eft fermée de murs
de onze pieds de hauteur & percée de portes , qui d’un côté conduifent aux baf-
fe-cours , & de l’autre au jardin potager. La baffe-cour , d’une forme régulière , eft
environnée de bâtimens qui contiennent les écuries , les remifes , les cuifines ,
offices &c, & dont les hauteurs font inférieures à celle du principal corps-de-logis, ce
qui laiffe dominer ce dernier fur tout le refte , & lui donne cet air de fuperiori-
té que M. Boffrand a fçu mettre en ufage dans toutes fes produirions. Les jar-
dins de cet Hôtel font peu étendus , & leur diftribution , en général , eft allez mal
difpofée , défaut à la vérité, qui fe remarque plus dans le deffein que dans l’exé-
cution ; c’eft ce qui nous a fait obferver plus d’une fois que l’oft ne pouvoir
juger que très-imparfaitement de la beauté d’un jardin par fon plan , la nature ayant
toujours de quoi plaire , pour peu qu’elle foit fécondée par les foins & l’entretien
d’un jardinier intelligent. Ces jardins ont une iffue particulière par la rue. Il auroit
été à fouhaiter qu’on en eut pratiqué une autre pour dégager les baffe-cours dans les
dehors • mais , comme nous l’avons remarqué dans le Chapitre précédent , ce dé-
gagement eft moins néceffaire dans une maifon particulière, telle que l’étoit celle-ci
dans fon origine , où l’on a toute liberté d’ailleurs d’en pratiquer un lorfqu’on
le jugera à propos , la diftribution aéluelle permettant ce dégagement fans nuire
en rien à la difpofition générale des bâtimens des baffe-cours.
( a' ) Voyez ce que nous avons dit de ce célébré Ar- leur eft due , cet Ouvrage en devienne en même tems
ehite&e dans le premier Volume de cet Ouvrage , page plus exaét ; une colleétion de cette nature devant inté-
242 , 8cc. Nous avertirons que , par inadvertance , ( dans relier tous les hommes à talens , en général. A propos de
ce même Volume, note n , page 235.)nous avons avancé ceci nous conviendrons d’une inattention de cette efpece
que c’étoit M. De La Maire qui avoit été l’Archite&e de qui nous eft arrivée concernant le grand Autel des Char-
ce bâtiment , parla raifonque les Planches que nous don- treux de Lyon que nous avons attribué ( Tom: IL page
nons ici, & qui viennent du fonds de M. Mariette , nous 37 , note a ) à M. Servàndoni , & qui eft du delfein
l’avoient annoncé ici ; mais dans nos recherches , nous de M. Souÿiot , Architeéle du Roi , dont nous parlerons
avons appris de M. Boffrand lui-même que cet édifice dans fon lieu. Il eft vrai que M., Servàndoni a fait un
fut bâti primitivement pour lui 8c fur fes defieins , quoi- deffein pour cet Autel , mais il n’a pas, été exécuté : la
qu’il n’en ait pas fait mention dans fon livre d’Architec- note que cet Artifte nous donna par écrit lors de l’im-
ture dont nous avons déjà parlé. preflîon du fécond Volume nous jetta dans cette erreur.
Nous prenons occafion de cette erreur, pour réitérer Nous ne pouvons être garants de pareilles méprïfes ; c’eft
nos inftances aux Architeéles 8c aux auttes Artiftes , à pourquoi , pour nous juftifier à l’avenir de telles inad-
qui involontairement nous pourrions avoir donné les vertances , nous prenons foin de garder les mémoires qu’on
ouvrages des autres, ou qui feroient en droit d’en re- nous envoyé , 8c qui ferviront dans la fuite à prouver la
damer quelques-uns, de vouloir bien nous adreffer droiture de nos intentions,
leurs obfervations , afin qu’en leur rendant la juftice qui
Tome m. Qq
Hôtel fc
Duras.
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , Li v. V.
*54
Plan du rez-de-chaujpe & du premier étage. Planche IL
>u«s'! d' Fa Figure Première donne la diflribution intérieure du principal corps-de-lo-
gis au rez-de-chauffée. Les chambres à coucher n’ayant pas eu originairement de
garderobes , il paroît qu’on en a ajoûté dans la fuite à la faveur du nouveau mur
de face AB pris fur le jardin , duquel on auroit dû profiter pour procurer à ces
garderobes un dégagement extérieur. Faute de ce dégagement, on eft obligé de
traverfer tout le corps-de-logis pour y arriver , ou du moins de paffer par la falle
à manger, ce qui produit un défagrement confidérable dans le fervice intérieur
de la maifon & nuit à la commodité perfonnelle des Maîtres. Au relie les pièces
qui compofent ce plan font d’une forme convenable , bien difpofées , décorées avec
goût & d’une hauteur allez rélative à leur diamètre , l’efcalier fe préfènte bien , il eft
heureufement fitué, doux, commode & néanmoins fa cage occupe peu d’efpace.
La Figure deuxieme , qui offre la diflribution du premier étage , eft aflujettie aux
mêmes murs de refend que le plan précédent. Les logemens des Domeftiques fonc
pratiqués dans les combles , & l’on y monte par les efcaliers dérobés que l’on re-
marque ici. On voit auiïi dans ce plan le nouveau mur de face AB , dont nous
venons de parler plus haut , & qui procure à cet étage les garderobes néceflai-
res aux pièces de Maîtres qui y font diftribuées. Ce nouveau mur de face,
qui n’eft alfujetti à aucune fimétrie , nuit fort peu à la décoration extérieure , cette
derniere façade étant flanquée d’un bofquet , entouré de maffifs de bois qui maf-
quent fon ordonnance. ( Voyez le plan général , Planche Première. )
Elévations du côté de la cour & du côté du jardin. Planche III.
Cette Planche contient les deux élévations les plus intéreflàntes du principal
corps-de-logis , l’une du côté de la cour , l’autre du côté du parterre. En général
la décoration de ce bâtiment eft alfez fimple ; mais il faut convenir que la fubdi-
vifion des parties eft rélative au tout & que les profils font d’un très-bon choix &
analogues à l’un & à l’autre. Cet accord ne fe rencontre dans un édifice que lorf-
qu’il eft élévé par un homme d’expérience qui fçait tirer avantage de tout , même
dans les bâtimens les moins fufceptibles en apparence d’élégance, de goût & d’in-
vention. U eft même bon d’obferver que la fimplicité dont nous parlons ici étoic
nécelfaire , puifque dans fon origine cet Hôtel avoit été bâti comme maifon par-
ticulière, laquelle, en cette confidération , ne devoit pas fe reffentir de l’étalage
des ornemens , ni de l’appareil des Ordres d’Architeélure , qui doivent abfolument
être réfervés pour les Palais des Rois , les édifices facrés , les Places publiques ,
&c. C’eft même un abus , ainfi que nous l’avons remarqué ailleurs , de faire ufa-
ge des Ordres dans les bâtimens de peu d’importance, parce qu’ils ne produifent
le plus fouvent que de petites parties, contraires à l’efprit de convenance qu’un
Architeéle doit obferver avec foin dans toutes fes productions.
La Figure Première donne l’élévation du côté de la cour, qui eft décorée d’un
avant-corps peut-être un peu trop fvelte , mais dont la fimplicité a de quoi plaire.
Les croifées des arriere-corps font d’une bonne proportion , leur forme grave &
régulière fait un bon effet , & devroit toûjours être imitée dans les bâtimens de
l’efpece de celui dont nous parlons.
La Figure deuxieme offre l’élévation du côté du parterre ; fon expofiticn l’a
fait traiter avec un peu moins de fimplicité , l’avant-corps du milieu étant couron-
né d’un fronton & orné d’un bas-relief dans fon timpan. Cet avant-corps eft moins
fvelte que celui ducôtédela cour , & par-là il acquiert une dimenfion plus convena-
Cabinet
Gzbùtet\
Gardera b c
Chambre
a coucher
Grand Cabinet*
d Antichambre
Girdewbt'A
Petits L,
Cabinet
Gardera b l-c
C h ambre
a coucher
Grand SLnticl amb rc
•rvantde Salle 'a manejer
Grande Salle
Chambre
Vestibule'.
Grand Escalier
Llv .rc N c
Plan du premier e'bzae de llrôtel de Duras.
W- - - •"
if\\ ■ :
} !
i i
S -e4 nti dt ambre
JJ
1
Palier
z.
r~ md
Plan de letaae au rcz^-de-chaussee d
4-J6.
mmSàmf
■P??**'
«
Elévation de la. façade de l'kcte.1 de Duras, du. coté de LtCour.
Elévation i
ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i v. V.
ble ; mais comme l’étendue du bâtiment n’a pas permis de le percer de trois ou- Hfei ,
vertures dans fa largeur , il en réfulte un trumeau dans le milieu. Une pareille li-
cence ne feroit pas tolérable dans un bâtiment plus confidérable , ni fi elle eut
été mife en œuvre par un Arcbiteéle moins habile. Il n’appartient qu’aux hom-
mes du premier mérite de hazarder des fautes heureufes dans quelques parties de
leurs édifices , parce qu’ils fçavent reparer les licences qu’ils employent , par la di-
menfion des maffes & par certaines beautés de détail capables de dédommager le
Speélateur des inadvertances qui leur devenoient comme nécelfaires dans l’ordon-
nance de leurs façades. Cependant comme ces inadvertances ne doivent pas faire
loi, ni être indillinélement imitées par de médiocres Artiftes , nou^nous femmes
déterminés à traiter dans l’ Introduttion qui fe trouve à la tête du premier Volu-
me , page 75 , des licences , en général dont on fe trouve quelquefois obligé de faire
ufage dans l’Architeélure.
Coupc & profils fur la profondeur du bâtiment. Planche IV.
Cette Planche donne à connoître la décoration intérieure du princiDal corps-
de-logis , le développement des différentes pièces qu’il contient dans fa profon-
deur, la coupe de la charpente, les entrefols , l’élévation du grand efcalier, Scc
Par la difpofition de la charpente il eft aifé de s’appercevoir que le mur de face
À dont nous avons parlé , a été reculé après coup , puifque l’une des parties ram-
pantes du comble femble porter à faux dans cette coupe , mais, lors de la conf-
truélion de ce mur , elle a été retenue par des entraits qui lient le tout enfemble
avec affez d’induftrie. Les détails des lambris font exprimés ici avec une forte de
précifion ; d’ailleurs ils font affez peu intérelfans pour ne pas exiger une deferip-
tion plus étendue. C’efl pourquoi nous finirons ce Chapitre en remarquant que
quoique nous n’ayons donné que deux élévations de ce bâtiment, celle du côté
du jardin fleurifle ( voyez le plan général , Planche Première ) mérite quelque atten*
tion , étant de la même ordonnance que celle dont nous avons parlé , & ne diffé-
rant que parce qu’au lieu d’un avant-corps, ce font deux pavillons’ qui forment
les extrémités de cette façade , d’où il réfulte deux défauts affez effentiels à éviter -
l’un que le milieu de cette façade fait arriere-corps , l’autre que par le nombre pair
des croifées un trumeau marque le milieu de l’arriere-corps & des pavillons de cet-
te élévation.
.
ij6 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Hôtel
J’Evreux.
CHAPITRE XXXII.
Defcription de l’Hàtel d’Evreux , rue du Fauxbourg S. Honoré
CET Hôtel fut bâti en 1718 , fur les defleins & fous la conduite de M.
Mollet, Architecte & Controlleur des bâtimens du Roi (a), pour Henri-
Louis de la Tour d’Auvergne , Comte d’Evreux. Après fa mort, arrivée en 1752 ,
cet Hôtel fut, acheté par Madame la Marquife de Pompadour , qui y fait faire ac-
tuellement quelques changemens fur les delfeins de M. de LaJJurante , Architecte
& Controlleur des bâtimens du Roi ( [h ).
Plan au rez-de-chaujfée. Planche Première.'
Le plan de cet Hôtel eft peut-être un des mieux difpofés & des plus réguliers
que nous ayons décrit jufqu’à préfent dans ce Recueil. Une grande & magnifique
cour (r) de 18 toifes de largeur fur 27 de profondeur annonce un principal corps-
de-logis double de 2 6 toifes & demi de face, compofé dun rez-de-chaufiee ,
d’un premier étage & d’une manfarde. Aux deux côtés de cette cour principale
font diftribuées fur fa longueur deux baife-cours pour le departement des écuries
& des cuifines & une troifieme fur la rue, à droite , pour les rend es. ^ette dei-
niere cour dégage dans les dehors; commodité que nous avons ^defirée plus dune
fois dans les bâtimens précédens , & dont on peut ici reconnoitre tous les avan-
tages. On fe propofe néanmoins de faire des augmentations confiderables dans ces
baife-cours , telles que d’éléver de nouvelles écuries pour environ 50 chevaux ; de
multiplier les remifes , d’aggrandir les cuifines & de pratiquer enfin quelque loge-
ment plus confidérable pour les Officiers & les Domeftiques de cet hôtel. Nous ve-
nons de remarquer que le principal corps-de-logis étoit double lur fa profondeur ,
nous obferverons ici qu’il eft ifolé entre cour & jardin , de manière que les laces laté-
rales ont vûe fur ce dernier. Ce jardin cR vafte , bien entretenu , & 1 on y jouit du
fpeélacle agréable des Champs Elifées qui femblent lui fervir de parc. Sa longueur
eft aéluellement de 92 toiles, a compter du mur de face du batiment , mais on
doit le prolonger d’environ 20 toifes pour gagner les premiers arbres des Champs
Elifées , & l’on a intention d’y pratiquer une grande allée de traverfe en face de
l’alignement AB. Au moyen de ce nouveau percé , du principal corps-de-logis on
pourra découvrir non-feulement la riviere , mais encore les bâtimens qui font de
l’autre côté.
On fe propofe auffi d’acquérir , attenant le mur de clôture LU , un marais
pour faire un potager , à l’extrémité duquel fera une iffue afin que des Champs
Elifées on puiiTe avoir une entrée dans les jardins de cet Hôtel. _
A gauche du principal corps-de-logis eft pratiqué un jardin particulier pour
des fleurs, donnant entrée à un bofquet avec portiques & treillages , mele de ver-
dure , & qui contient une volière , une grotte avec nappes d eau , ôte. Au pied
(a) Le même qui a bâti l’Hôtel d’Humieres , le Châ-
teau de Stain , &c.
(b) Voyez ce que nous avons dit de cet Architeéle dans
le premier Volume, page 232. note n.
(c) A l’exception de celle de l’Hotel de Soubife qui a
de largeur 22 toifes fur 30 de profondeur, on ne voit
point à Paris d’Hôtel qui foit pi'ccedé d une auffi belle
cour. Les Hôtels de Touloufe , de Louvois , de Mati-
gnon , de Noailles , de Lambert . &c. tous grands &
vaftes en bâtimens , ont des cours fort inférieures a celle
dont parlons, & qui paroîr d’autant ^plus fpacieu.e ici ,
que fes murs collatéraux font peu élevés , n ayant au-
cun bâtiment qui leur foit adoHTé. Ce peu d élévation des
murs , en épargnant une dépenfe affez confiderable , pro-
cure au principal corps-de-logis un air^falubre qui eft
toujours défirable dans un édifice élevé dans la Ca-
pitale.
du
ARCHITECTURE FRANÇOISE, L iv. V.
du bâtiment , du côté du grand jardin eft une terraffe que i’on lé propofe d'élé- i .^^el
ver de 18 pouces, afin de pouvoir découvrir avec plus de facilité, de defius cet-
te éminence , l’étendue des dehors qui environnent cet Hôtel. En effet il fe trou-
ve fitué de maniéré que , quoique bâti à l’entrée de cette Capitale , il a tous les
avantages d’une des plus belles maifons de plaifance des environs de Paris.
Les diftributions du principal corps-de-logis au rez-de-chauftee ont déjà fouffert
quelques changemens depuis la nouvelle acquifition de cet Hôtel ; mais comme
ils font peu confidérables , nous en ferons feulement mention, fans marquer ces
additions fur cette Planche , nous refervant d’en donner par la fuite un nouveau
plan , lorfque les augmentations y auront été faites , tant dans les bâcimens que
dans les jardins. Ces changemens confiftent aujourd’hui dans la fuppreffion de l’ef-
calier E , à la place duquel & de la piece F , on a fait une antichambre qui pré-
cédé l’appartement en aile ; à qui on a aulfi ajoûté des garderobes & de petites piè-
ces de commodité, dillribuées avec beaucoup d’art & dégoût. A la place de la
garderobe G , on a confirait un nouvel efcalier qui conduit aux entrefols & qui
fervira de dégagement au premier étage , lorfqu’on aura pratiqué , comme on le
projette (ci) , un grand efcalier dans la falle H , qui placé à droite , s’annoncera
du veftibule , le mur de refend I devant être tenu ouvert dans fa plus grande par-
tie. Le refte de cette piece fervira de première antichambre , & toutes celles du
côté du jardin compoferont un appartement de parade , étant déjà revêtues de me-
nuiferie ornée de fculpture, de glaces, de dorure & de peintures d’une aflèz gran-
de beauté (e) , de maniéré que , lorfqu’elles feront entièrement meublées , tout
concourera à faire de cet Hôtel une maifon des plus imnortantes.
Revenons à la fuite des changemens faits dans ce corps de logis. On a fup-
primé dans l’antichambre la cloilon K , pour aggrandir cette piece , à deffein fans
doute d’en faire une falle à manger qui dégage dans le nouvel efcalier placé en
G. Cependant il eft à croire que dans la fuite on imaginera un moyen de prati-
quer un dégagement qui puiiïê des cuifines faire lêrvir à couvert dans cette falle
a manger , foit qu’on la laifie où nous difons, foit qu’on préféré de la placer à
1 extrémité de la grande lalle H du coté de la face latérale , ne convenant pas , fé-
lon ce que nous avons dit ailleurs, de placer ces iortes de pièces dans les enfilades
du côté du jardin, à moins d’une fête extraordinaire ; & même en ce cas , la piece
du milieu , telle que fe voit ici le fallon , peut lêrvir de falle de feftin & les
pièces adjacentes , d’appartement de fociété. La piece marquée L , eft def-
tinée aujourd’hui pour une chapelle. Enfin des portes de dégagement , des che-
minées , des entrefols fupprimés & reconftruits à neuf dans ce côté du bâtiment
complettent les changemens dont nous avons voulu parler , lefquels, comme nous
en avons averti , ne font point exprimés ici , parce qu’ils feront compris dans un
nouveau plan que l’on fera de cet Hôtel, lorfqu’il fera entièrement achevé. Nous
en uferons de même à l’égard du plan du premier étage du principal corps-de-
logis, dont on voit les anciennes diftributions , Figure Première, Planche II Du
tems deM. le Comte d’Evreux, ce premier étage n’a jamais été fini , ni habité ,
mais on fe propofe d’y travailler l’année prochaine. Alors on conftruira le grand
(d) Nous annonçons ces additions & celles dont nous
avons parlé d’après ce que nous en avons appris fur le lieu,
en vifitant cet Hôtel , le 3 Septembre 175-3, pour par-
venir à fa defeription. Il fe pourroit bien qu’on chan-
geât d’avis à leur égard , mais ces additions nous
ont paru fi convenables & fi néceflaires que nous avons
crû devoir ajoûter foi à ce qu’on nous en a dit d’a-
près les projets de M. De Lajfurance , dont les fentimens
femblent autant d’autorités en matière d’Archite&ure.
Tome IIL
grand
(e) On trouvera dans le fixieme Volume une par-
tie des lambris de l’intérieur de ce bâtiment gra-
vés anciennement. On donnera dans la laite de nou-
velles planches qui comprendront ce qui aura été fait ici
de nouveau, & que l’on aura foin de deffiner & de faire
graver co reélement & avec goût, afin de dédomma-
ger le r ubJic du peu d art qu’on remarque dans les an-
ciennes
Rr
Hôtel
d’Evreux.
i;8 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
efcalier dont nous avons parlé , ceux qui font exprimés dans ces plans ne s’annon-
çant pas avec une forte de diftinétion & ne pouvant fervir que d’efcaliers de dé-
gagement, pour répondre à la magnificence d’une auffi belle maifon.
Elévations du côté de la rue , du côté de la cour , & d’une des faces latérales.
Planche II.
La Figure I. donne la dillribution du plan du premier étage dont nous venons
de parler , & ne diffère de l’exécution que dans la fuppreflïon de l’efcalier A , tranl-
porté en B, & dans le mur de refend C, à la place duquel on a pratiqué une for-
te cloifon de charpente , l’ancien mur portant à faux fur le plancher foûtenu
par les colonnes de la chambre de parade du rez-de-chaulfée. Le relie ell abfo-
lument le même, mais , comme nous l’avons déjà remarqué , il n’a jamais été ha-
bité , n’ayant été jufqu’ici ni carrelé , ni parqueté.
La Figure deuxieme préfente l’élévation de la porte d’entrée de cet Hôtel ,
dont le plan ell retourné d’équerre à l’axe du bâtiment , malgré l’obliquité de la
rue où elle ell fituée. ( Voyez le plan de cette porte. Planche Première.) Sa dé-
coration confifte dans un Ordre de colonnes Ioniques , ifolées & accouplées , éle-
vées fur un focle & portant un entablement partie horifontal & partie en plein
ceintre. La porte ell bombée & ornée d’un bandeau , lequel ell couronné d’un
plinthe recevant les armes de feu M. le Comte d'Evreux avec leurs fupports , a la
place defquelles feront incelfamment fubllituées celles de Madame la Marquife
de Pompadour , qui ne different guéres que dans une partie du blafon. Nous ne di-
rons rien de l’ordonnance de cette porte , nous avons remarque ailleurs 1 effet que
produifent les corniches circulaires dans l’Architeélure. ( Voyez ce que nous avons
dit concernant les frontons de ce genre dans l’Introduôlion , page 104, Figure
douzième. ) _ .
La Figure troifieme fait voir l’élévation du principal corps - de - logis du cote
de la cour. Il comprend , comme nous l’avons déjà remarque , un rez de-chaulfee,
un premier étage 8c une manlarde. Cette élévation ell flanquée a fes extrémités
par deux pavillons & décorée dans fon milieu par un avant-corps dont le fol
ell orné de quatre colonnes d’Ordre Dorique fans aucune fujettion , l’entablement
qui les couronne n’ayant ni triglifes , ni mutules. Au-delfus s’élèvent quatre pi-
lallres d’Ordre Corinthien qui foûtiennent un entablement terminé par un fron-
ton triangulaire. ( Voyez ce que nous avons dit dans le Chapitre XXIX de ce
Volume , concernant les murs de face élevés fur des entre colonnemens. )
Les arriere-corps de cette élévation font percés chacun de quatre croifées à
chaque étage : celles du rez-de-chaulfée font bombées , celles de deffus , à piate-
bande , & dans les manfardes font autant de lucarnes terminées en ceintre furbailfé
Sc peut-être un peu trop ornées pour la fimplicité des arriere-corps. Les croifees
fupérieures des pavillons font en plein ceintre , fans doute pour leur comerver
quelque analogie avec celles de l’avant-corps du milieu de cette façade. En gene-
ral , on peut obferver que les profils de ce bâtiment font aifez peu analogues à
l’expreffion des Ordres , & qu’ils font incorreAs & fans fermeté ;.caraétere qui
leur auroit été cependant nécellàire , la cour 6c les jardins qui 1 environnent étant
fpacieux & fort aérés. .
La Figure quatrième offre une des faces latérales de ce batiment donnant fur
le jardin fleurifte , & dans laquelle ell exprimé le retour de 1 aile A , donnant fur
un bofquet, & qui dégage l’appartement du rez-de-chaulfee dont nous avons par-
lé en expliquant la Planche I. Toutes les croifées de cette façade font en plein
ceintre & entourées de bandeaux, les lucarnes font à plate-bande ; au-delfus de
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V?" ï?9
Eaîle A on voit le retour d'un des pavillons dont nous avons auffi parlé à l’oc-
caiion de la Planche précédente.
Elévation du côté des jardins & Coupe fur la longueur du bâtiment- .
Planche III.
La Figure Première fait voir la coupe du principal corps-de-logis , un des
murs collateraux de la cour, & la coupe delà principale porte d'entrée, prifes
tÿ; Planche Première fur la ligne AB. La coupe marquée A, offre en petit
la décoration intérieure des appartemens du rez-de-chauflfe , la hauteur de? fes
Planchers celle du premier étage & celle des manfardes. On voit ici des lam-
bris dans le premier etage, mais ce n’eft qu’un projet, ayant remarqué précédem-
ment que cette partie intérieure du bâtiment n’étoit pas achevée. A l'égard
aThri ffTTr” taS le fal,lon du rez-de-^ffée, donnant fur leSjar-
din & dans le veftibule fur la cour, ils font exécutés, mais annoncés affez im-
parfaitement dans cette Planche, principalement ceux du fallon, qui fur le lieu
l’échXTl nP°irUne PTe déGOrée -gnifiquement, mais que\ petiteffe de
le ch elle & la négligence du Graveur a exprimée d’une maniéré fort indécife
La décoration du veft.bule eft mieux rendue, étant plus limple ; mais , corne™
1 avons déjà obferve , ce côté ferafupprimé dans la fuite pour laiffer voir le grand
efcalier qu on fe propofe de conftruire à neuf, ainfi que nous en avons délaver
lonne r \mUrS de C£tte COUPe ^ voit , du côté du jardin , les Z-
l’Ordre d0nnt|hffnne^e evles ^ d“ pilaftfes Ioniques , & du côté de la cour
pSlé of peut voir d°rmthler d£S C0l°nneS D°ritlUeS donr nous avons
parie On peut voir dans ce dernier le porte à faux que procurent les murs de
affez ÎE Ta'LidV 't||e_Cf°nilement de de^us 5 genre de décoration
l’Art de“ 1 ree e apparente’ des parties effentielies de
teneur
tel. La façade marquée ç, , eu une décoration qui revêtit i un des murs qui dé-
terminent la largeur de la cour. (Voyez le plan. Planche Première. ) Elle eft
toute ici pour la magnificence n’ayant dans fa longueur qu’une porte réelle
qui fimetnfe avec celle qu. lu. eft oppofée. L’une & Autre donnent entrée aux
affe-cours. Cette décoration coniifte dans des arcades feintes en plein ceintre
ont les piédroits & les claveaux font ornés de refends, couronnés d’un plinthe
& ternîmes par une baluftrade qui donne à cette cour un air de magnificence
qui réufft tres-bien Ces ornemens , joints à fa grandeur, annoncent d’une ma-
rathon.110^ & lmp°fame Ia rëlIdence d’une perfonne de la première confidé-
O rLppet|tre P fa'AV0-rla C?up,e & le profil de la principale porte d’entrée de
S VH f ‘ji*"5 1 ePa,,rfur de laquelle on a pratiqué d’un côtéP le logement du
Smffe & de 1 autre ce ui du Concierge. La lettre E exprime le reto“
g e droit du cote de la rue , que l’on a préféré ici aux tours creufes dont on
fa,t ufage ordinairement dans la plûpart de nos grands édifices. Cette première
manière nous paraît plus régulière, principalement lorfque le mur deP clôture
neft pas perpendiculaire au batiment. ( Voyez le plan, Planche Première.)
d’,m FvSnrre “T T enFm la %ade du côté du jardin.Elle eft comnofée
mvilir, *dePV ^ dfUX arriere-corps , de deux pavillons, de deux arriere-
p.v ons 3c de deux ailes , faifant en total quarante toifes un pied de longueur
ce qui donnanc lur de beaux jardins & ayant pour fpeétacle le coup d'œil des
'Hôtel
d’Evreux.
( Hôtel
d’tvreux.
160 ARCHITECTURE FRA NÇOISE,Liv. V.
Champs Elifées , forment une des plus belles maiicns qui l'oient à Paris. Ceft pour
cette confidération que nous aurions défiré plus de févérité dans la répartition des
membres d’ Architecture de cette façade , de plus grandes malfes & des beautés
de détail plus conformes à l’étendue de cet édifice & à l’efpace qui l’environ-
ne. Nous n’entrerons point dans le détail des chofes qu’on peut trouver à re-
prendre dans fa décoration extérieure , nous avons difcuté plus d’une fois , dans
les bâtimens que nous avons décrit précédemment, la nécelfité d 'éviter les dé-
reglemens trop ordinaires dans l’ordonnance de la plupart des édifices qui fe font
élévés depuis le commencement de ce fiecle , & nous y renvoyons le Leéteur.
D’ailleurs la diftribution de cet Hôtel , en général , a des beautés fi fatisfaifantes
que nous croyons ne pouvoir mieux terminer ce Volume qu’en le citant pour
exemple , fans vouloir relever les inadvertances fans nombre qu’on remarque dans
fes façades.
Fin du Troijieme Volume.
Grande Ccnu 1
Kafisfisii
ŒBMteisài
««sgyaaaatagwagsaMfflu^^
1